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Don't Worry Be Happy ( Enzo ) - [Flashback]

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Derek Ryans



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MessageSujet: Don't Worry Be Happy ( Enzo ) - [Flashback] Mer 9 Fév - 0:21


** Don’t Worry Be Happy **



Je ne m’étais jamais senti aussi bien. J’avais l’impression d’avoir fait un voyage dans le temps et d’être revenu sur l’une de mes plages préférées, à Lake Entrance. J’étais revenu à l’époque de mes onze ans, assis sur le sable chaud, les cheveux au vent et le sourire aux lèvres. Mes parents tout près de moi, ma mère sortait le pique-nique de notre panier en osier géant tant dis que mon père mettait la couverture sur le sable. Mais je ne leur prêtais aucune attention, étant concentré sur un surfer qui osait défier les vagues immenses. Le maître de l’eau comme j’aimais l’appeler. Le voilà qui redescendait avec une précision exacte, les jambes repliées aux degrés parfaits. Je ne pouvais pas m’empêcher d’être impressionner. Même avec son petit corps frêle, il était capable de dominer toutes les sortes de vagues. Rien ne lui faisait peur. J’entendais encore ma mère qui lui criait de venir le plus rapidement possible. Il continuait de descendre sa dernière vague et hop! Le voilà qui courait droit vers nous, sa planche noire sous le bras avec un sourire illuminé en nous demandant si nous avions vu son petit spectacle aquatique. Mes parents souriaient et moi je faisais l’air de rien alors que je n’en n’avais pas raté une miette. Hors de question que je lui dise un commentaire sur cette scène spectaculaire qu’il venait de nous offrir en direct. Mes compliments étaient très difficiles à mériter et pour mon jeune frère, ils étaient carrément inexistants. La compétition qui régnait entre nous ne me permettait pas d’être aussi clément envers lui. Peut-être étais-je trop dur avec lui…

D’aussi loin que je me souvienne, il m’avait toujours impressionné. Cette impression c’était intensifié lorsque nous avions perdu mes parents. Par je ne sais quel hasard, il avait survécu à l’accident. Un miracle selon les médecins que j’avais rencontrés sur place. Une simple morsure d’un animal sauvage et il avait échapper à son mort. Le destin tragique n’était pas pour lui du moins, pas aussi jeune. Avec une nouvelle faculté de loup, il pouvait continuer de vivre normalement non sans séquelles, bien entendu. J’avais énormément pleurer et rager la mort de mes parents, n’empêche que discrètement, je gardais un œil sur lui, de peur qu’il s’envole à son tour sans explication. Lentement mais sûrement, il s’était remis de ce triste événement, revenant encore plus fort. Peut-être qu’il ne s’en rendais pas compte mais tout chez lui avait changer à cet instant là. Probablement que le nouvel être qui l’habitait le changeait complètement mais j’étais certain que ce n’était pas simplement à cause de ça. Il avait enfin compris qui il était réellement et même si je savais qu’il se cachait derrière la bête sanguinaire, il découvrait quelque chose qui tout ce temps dormait en lui. Une puissance magique beaucoup plus forte qu’il ne l’aurait jamais cru. Ce n’était pas simplement à cause de sa nouvelle transformation : elle avait toujours fait partie de lui mais ce n’était qu’à cet instant qu’il l’a découvrait réellement. J’avais toujours vu ce potentiel et avec diverses manigances, j’avais tenter de lui extirper tout son savoir faire naturel. Mais il était trop borné ou alors trop peureux pour explorer la chose plus loin. Il ne voulait pas me répliquer, sachant parfaitement qu’étant plus vieux que lui, j’étais forcément plus doué. Avec le temps, les choses s’arrangeaient cependant. J’avais cette chance inouïe de l’avoir à mes côtés lors de mes récentes expériences sur des moldus et il était un compagnon hors pair. D’ailleurs, depuis son entrée dans notre équipe, la jalousie des autres membres se faisait bien sentir. Je n’étais pas prêt à le laisser tomber cependant. J’avais trop mis d’efforts pour le laisser de côté.




Mon frère, maintenant que nous sommes ensemble, je ne laisserais rien ni personne nous séparé. Je te vois d’un nouvel angle et je n’ai pas envie de revenir à mon ancienne vision démoniaque. J’ai envie de crier au monde entier que nous partageons le même sang et qu’un jour, nous deviendrons les maîtres de l’univers. Mon souhait le plus cher s’est réalisé et quand tu es à mes côtés, c’est là que je réalise à quel point nous sommes compatibles. Tous les deux des meurtriers hors pair, des chasseurs de moldus exceptionnels. Je sais ce que tu penses. Que tout ceci est probablement mal mais je te console : un jour, les autres sorciers comprendront. Ils découvriront que ces moldus courent à notre perte, nous les magiciens. Ce que nous faisons, ce n’est pas en vain et ce n’est pas aussi malsain que tu le crois. Avec le temps, je suis certain que tu comprendras et qu’intérieurement tu cesseras de culpabiliser.



J’étais extrêmement énervé. Mais dans le bon sens du terme. Comme à tous les soirs de pleine lune depuis deux ou trois mois. À croire que je partageais le poil de la bête de mon frère. Sachant parfaitement ce qu’il m’attendait au menu le soir je ne pouvais faire autrement que de courir dans tous les sens, comme un gamin surexcité à cause d’une sucrerie. Plutôt que d’aller me coucher, j’allais partir à la conquête de la forêt interdite avec toute mon équipe de supérieurs et mon meilleur ami à mes côtés : Enzo. Emportant quelques moldus avec nous, c’était toujours la fête dans ces occasions là. Je prenais mon pied à chaque fois sans même toucher à une goûte d’alcool. Maintenant que j’avais déjà goûté le sang et que j’avais finalement accepté mon sort, je n’étais plus capable de m’en séparer. Ma destinée était vouée à être un meurtrier. Probablement que j’allais terminer mes jours à Azkaban pour tous les crimes commis mais j’étais prêt à l’affronter, à l’accepter. Le mal s’était déjà incrusté en moi, je n’étais plus récupérable. Le mensonge, la tricherie et tous les autres défauts faisaient parties de mes cartes principales et je les jouais sans cesse. Seules Megan et Jillian pouvaient encore voir mon véritable visage, celui qui pouvait encore ressentir de bonnes émotions.
Justement, parlant de la couleur jaune…


- Derek, t’es vraiment insupportable. Tu ne peux pas t’asseoir pendant au moins deux minutes? J’en ai la tête qui tourne…

Jolie et douce Megan.
Elle se trouvait debout, à quelques mètres de moi, encore cette foutue clope portée à sa bouche. À fumer comme une cheminée, elle allait finir par avoir le cancer. J’avais beau la prévenir, elle n’en faisait qu’à sa tête. Il faut dire que moi non plus je ne l’écoutais pas vraiment…
Je jetai un coup d’œil à l’horloge grand-père.


- Tu vas être contente, tu vas enfin avoir la paix de ma carcasse. Je pars à la chasse!

Un énorme sourire se dessina sur mon visage tant dis qu’elle haussait les épaules avec une mine déconfite. Je vis même sa pauvre cigarette pendre sur le coin de sa bouche, comme si elle avait de la difficulté à la retenir simplement avec ses lèvres.
Autant moi je pouvais adorer ces pleines lunes sanglantes, autant elle pouvait les détester. Elle m’avait d’ailleurs dit son point de vue de long en large mais je ne faisais comme si je ne l’avais pas entendue. Elle n’approuvait pas mon comportement, que ce soit vis-à-vis de moi-même, vis-à-vis mon frère et naturellement vis-à-vis nos victimes dépourvues de pouvoirs magiques. D’ailleurs, elle n’aimait tout simplement pas mon double jeu concernant mon Enzo. Je ne lui avais toujours par révéler une part de vérité que je connaissais. Maintenant qu’il y avait de nouveau cette confiance entre nous et cette nouvelle fraternité, je n’avais surtout pas envie de tout gâcher. De toute façon, si je disais quoi que ce soit à propos de ce maudit Johnson, j’étais bon pour la morgue et ça ne me plaisait pas vraiment. J’aimais mon frère et tout ce que je faisais était pour son bien. Il semblait être aussi heureux que moi qu’on ce soit retrouvés, il n’avait pas besoin de ce moldu à la con pour continuer d’avancer dans sa vie.
Je me retournai, prêt à partir retrouver mon frère pour notre escapade nocturne lorsque je sentis une petite main m’entourer le bras. Mon sourire s’effaça aussitôt et j’eus un soupir.


- Fais quand même attention…

Pour ma propre vie ou celle d’Enzo? Ou encore celle des moldus qui allaient la perdre quelques heures plus tard?
J’avais vraiment l’impression qu’elle se prenait pour ma mère celle là. Tenait-elle réellement à moi ou avait-elle plutôt peur pour ceux qui avaient le malheur de se trouver sur mon chemin? Impossible à dire. De toute façon, je n’arrivais pas à être en colère contre elle. Surtout en sachant parfaitement que c’était moi qui était dans le tord et non l’inverse.
Pour la rassurer, je me retournai lentement vers elle et elle lâcha prise, me regardant avec ses petits yeux tristes. Je l’a détestais quand elle me jouait ses grands airs.


- Tu sais bien que tu t’inquiètes pour rien. Je reviens en un morceau à chaque fois. Je suis bien plus puissant qu’eux. Et avec Enzo, je n’ai pas à m’inquiéter.

Megan poussa un soupir à son tour alors que je déposai un baiser sur son front à découvert. Un dernier regard et je disparu de l’endroit, la laissant seule avec sa fumée mortelle. Elle n’avait plus la force de me faire la morale, je lisais trop bien à travers elle. C’était même sans doute la seule chose que j’arrivais à percevoir de son immense personnalité complexe. Même après toutes ces années passées près d’elle, je continuais à ne rien savoir de sa vie en dehors du château. C’était peut-être tout ce mystère qui gardait notre amitié en vie, qui sait…
Quoi qu’il en soit, je traversai le château en quatrième vitesse, le manche à balai dans une main et baguette dans l’autre. J’arrivai près de la porte du hall d’entrée où se trouvait un supérieur qui surveillait les environs. Nous échangeâmes un signe de tête et je pu sortir à l’extérieur. Avec Enzo, nous avions prit l’habitude de nous rencontrer dehors avant d’aller rejoindre les autres. Il se transformait donc sous mes yeux et ça me rassurait. J’ignorais bien pourquoi d’ailleurs mais je voulais être certain que l’animal qui se trouvait à mes côtés c’était lui et personne d’autre. Je me rendis aux abords de la forêt interdite, notre point de rencontre habituel. Derrière les arbres géants, le soleil se couchait doucement et moi, je restai aux aguets, attendant patiemment que mon petit frère se pointe dans son costume d’humain.

Cette nuit allait définitivement être belle.
Comme toutes les autres que j’ai passé avec toi depuis ces derniers mois.
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MessageSujet: Re: Don't Worry Be Happy ( Enzo ) - [Flashback] Jeu 10 Fév - 20:41

Ça fait quelques mois maintenant que je suis sorti de l’enfer, ou que j’y ai foncé tête baissée je ne sais pas trop. Je suis devenu celui que j’avais toujours refusé d’être et je ne culpabilise pas. La vie est bien plus simple quand on s’abandonne totalement à ses démons. Je ne souffre plus. Je ne pense plus à rien ni personne. Mon cœur ne bat que pour me maintenir en vie et mon cerveaux s’est totalement déconnecté de la réalité. Je n’irai pas jusqu’à dire que la vie est belle mais étant donné que ça se passe bien avec la seule personne que j’ai décidé de garder dans ma vie, c’est à dire mon frère, c’est supportable. Lui ? Je n’ai pas envie d’en parler, d’y penser. Je ne veux plus rien avoir à faire avec quoi que ce soit qui me rapproche de Lui, de près ou de loin. Elle ? Même chose. On ne se parle plus et c’est très bien comme ça.

La seule et unique personne autour de laquelle je gravite et qui a encore de l’importance pour moi, c’est Derek. Plutôt étrange quand on y pense mais je le considère malgré tout comme mon sauveur. C’est lui qui est venu me sortir de mon cauchemars après deux semaines de lente agonie et même si la solution que j’ai choisi pour m’en sortir n’est pas la plus belle, c’est la seule que j’ai trouvé. Ne plus rien ressentir. Bien sur dans les faits ce n’est pas aussi simple que ça mais pour l’instant, j’arrive à ne pas trop penser aux conséquences de mes actes. Ça me soulage de faire du mal aux autres et je prends chaque moment que je passe avec mon grand frère comme un cadeau. Ça n’a pas toujours été simplement entre nous deux, c’était même pire que tout. Quand je nous regarde aujourd’hui je me dis que c’est un mal pour un bien. Je trouve simplement dommage qu’il ait fallut en passer par là pour arriver à ça. Notre relation est devenu presque fusionnelle. Il est mon meilleur ami, je suis le sien. On se fait confiance - dans la mesure du raisonnable parce que je n’oublierai jamais de quoi il est capable - on s’amuse. On forme une bonne équipe lui et moi, même si on fait parfois trembler le château. Mes contacts direct avec les Supérieurs sont très limités. Je me contente d’obéir aux ordres même si la plus part du temps, je n’en ai pas besoin. Je connais mon rôle maintenant, je sais ce que j’ai à faire. Moins je les côtoie, mieux je me porte. Je ne pourrais jamais oublier l’épisode de la Cabane Hurlante et tous le mal qu’ils m’ont fait. Jamais. Alors je reste loin d’eux, dans la mesure du possible. Je ne tue pas, et ce n’est d’ailleurs pas ce qu’ils attendent de moi. Derek, lui, disons qu’il a beaucoup moins de problème de conscience que moi. Je ne suis en général pas là lorsqu’ils exécutent ceux qui se montrent trop résistant. Contrairement aux apparences, il me reste un semblant de cœur. Ceci dit, s’ils arrivent à les choper et à les tuer, c’est parce que je les rabats vers eux avant ça. Donc c’est de ma faute. Je suis un assassin par procuration et rassurez vous, ça m’empêche bien de dormir. Même si j’en laisse filer quelques uns dès que je le peux. Pour l’instant, ils ne s’en rendent pas compte. Je n’ai pas eu de commentaires là dessus en tout cas. Je profite de ma chance, j’imagine que ça finira par tourner.

Je ne passe pas une nuit sans faire de cauchemars et ça m’épuise. Ils sont relativement toujours les mêmes mais parfois ça varie. Quoi qu’il se passe, Il est toujours là, qu’il soit spectateur de mes horreurs ou bien victime de leurs sortilèges. Je me réveille en sursaut, et la culpabilité me ronge jusqu’à ce que je retrouve mon frère. C’est le même cirque presque tous les jours, mais quand je retrouve Derek, tout va mieux. Il arrive à me faire oublier tous mes problèmes alors que fut un temps, il était le seul problème que j’avais. Quand nous étions encore en Australie, et après être arrivé ici, il me pourrissait la vie en permanence. L’évolution de notre relation m’impressionne. Je ne pensais vraiment pas qu’on puisse en arriver à ça un jour. Je crois que nos parents seraient heureux de nous voir comme ça, même s’ils n’apprécieraient probablement pas la partie chasse aux moldus. Je sais que ce que je fais est mal, mais je serais capable de n’importe quoi pour lire de la fierté dans les yeux de mon frère quand il me regarde. Ce qu’en pensent les autres, je m’en fous. Il n’y a plus que lui qui compte. Peu importe ce que ça me coûte. Peu importe si j’ai l’impression d’avoir vendu mon âme au diable.
Cette fatigue, ça me rend encore plus irascible, et con autant l’avouer, que je ne l’étais déjà avant. Sans parler du fait que je suis devenu le reflet presque exact de mon frère. Je méprise et regarde les autres de haut. Je ne me gène pas pour leur balancer leur quatre vérités au visage. Je sais que certains ont peur de moi et j’aime ça. J’en arrive même parfois à comprendre mon frère et cette manie qu’il a de vouloir avoir le contrôle sur tout et tout le monde en permanence. La différence, c’est que moi les autres je m’en fous. Réellement. Ils n’existent pas pour moi. Je n’ai pas besoin d’avoir une petite cour comme un Roi. C’est Derek le Roi. Moi j’me vois plus comme une sorte de Prince Noir, l’ombre du Roi. Le solitaire qui n’en ai pas moins dangereux. Le devant de la scène je le laisse à mon frère. Je n’en veux pas. Je n’en ai jamais voulu. La lumière c’est pas pour moi. J’ai toujours préféré l’ombre. Il n’y a eu qu’une seule exception, et lorsque cette lumière s’est éteinte, j’ai sombré dans une noirceur que je n’avais jamais connu. Je ne me ferais pas prendre au piège une deuxième fois. Encore une fois ça peut paraître très égocentrique, et ça l’est probablement mais par moment j’aime vraiment celui que je suis devenu. Tout est tellement plus simple quand on ne ressent rien. Je n’ai pas versé une larme depuis des semaines. Je me sens fort, presque infaillible. Et ce pouvoir qui danse dans mes veines, que j’ai si longtemps rejeté, je lui laisse libre cours maintenant. Il s’exprime et je le laisse faire. Les conséquences, ça n’a pas d’importance.

Fin d’après midi. Je suis en cours d’histoire de la magie et je n’en peux plus d’être enfermé. Cette nuit la Lune sera pleine et je peux déjà le ressentir. Je suis agité, tendu, à fleur de peau. Je ne tiens plus en place et rester dans la même pièce que cet abruti de White est un véritable supplice. J’ai hâte de changer et de pouvoir me défouler sur mes quatre pattes. Parfois je regarde le Prof, un nouveau, Andrews, et je me dis que ce gars là n’est pas heureux. C’est écrit en gros sur son visage. Je n’aime pas ce que j’y lis parce que j’ai l’impression de me revoir quelques mois plus tôt et je n’ai pas envie de ça. Et ce connard qui ne veut pas se taire. Il ne parle pas fort mais mes oreilles perçoivent déjà des sons qu’elles ne devraient pas entendre. C’est plus fort que moi. Mon impulsivité finira par me tuer.

« Tu peux pas fermer ta putain de grande gueule, White. »

Un ton calme, détaché, sans aucun regard. Et lui qui se retourne brusquement vers moi alors que le silence s’installe dans la classe. Tout le monde nous observe, y compris le prof qui pour l’instant ne réagit pas.

« Va t’faire mettre Ryans »

Un sourire en coin étire mes lèvres, parce que le voir s’énerver alors que d’apparence j’ai l’ai calme, ça m’amuse.
Je ne le regarde toujours pas.

« Messieurs, calmez vous. Cette classe n’est pas un défouloir. »
« Et si j'ai pas envie, qu'est ce que vous allez faire ? »

Toujours ce même ton distant et calme, à l’adresse du prof cette fois ci, alors que je dessine machinalement sur le parchemin qui se tient devant moi. Il n’apprécie pas vraiment ma nonchalance et ce petit air supérieur que j’arbore souvent ces derniers temps.

« Sors d’ici Enzo. Tout de suite. Avant que je m’énerve vraiment. Et tu viendras me voir après le cours, c’est clair ?! »
« C’est ça Ryans, sors d’ici. »
« Quant à toi, tu restes là, mais tu viendras me voir aussi à la fin du cours. J’veux vous voir tous les deux. »

Un regard vers Andrews, un autre vers White et mon sourire de n’estompe pas. J’attrape mon sac, laisse tomber mes affaires dedans et me lève lentement. Je traverse la classe la tête bien haute jusqu’à ce que j’arrive à la hauteur de mon cher ami et je me penche vers lui avant de lui murmurer dans l’oreille ces quelques mots.

« Conseil d’ami, surveille tes arrières. »
« Dehors ! »

Peut être que je pousse le vice trop loin, sûrement même. Ce prof ne m’a rien fait et pourtant c’est lui qui prend pour d’autres. C’est comme ça. L’injustice, je connais ça par cœur. A moi de la mettre en pratique. Je suis sorti prendre l’air après ça puis j’ai regagné le dortoir où j’ai trouvé mon chat roulé en boule sur mon lit. La seule avec qui je redeviens l’ancien Enzo. Ma petite Princesse. Lune. Bien évidemment, je ne suis pas retourné voir le prof après les cours. Je me suis contenté d’attendre que le temps passe et lorsque ma main est allé s’égarer sous mon oreiller, qu’elle a frôlé le tissus du vêtement que je laissais cacher là malgré tout, je l’ai retiré immédiatement. Parfois, ma volonté était plus forte que mon inconscient, même si ces fois là n’était pas les plus nombreuses. L’heure du repas est arrivé. J’ai avalé ma dernière dose de Tue-Loup sous le regard « bienveillant » d’un Supérieur qui voulait s’assurer que j’allais être maître de moi même. Je ne lui ai pas adressé un mot. J’ai été faire mes devoirs puis lorsque le soleil a commencé à décliner sérieusement là dans le ciel, j’ai su qu’il était pour moi l’heure d’y aller. J’ai attrapé mon sac à dos que j’ai vidé avant d’y placer des vêtements de rechange, au cas où. J’ai retiré ma montre et ma bande de cuire que j’ai rangé dans un tiroir, fermé à double tour. J’ai ensuite enfilé un vieux baggy, un T-shirt auquel je ne tenais pas spécialement et un sweat à capuche, laquelle s’est retrouvé immédiatement sur ma tête, et je suis sorti du dortoir puis de la salle commune, mon sac sur le dos, les mains dans les poches. Les escaliers se sont tenus tranquilles et je suis arrivé dans le Hall sans encombre. Je ne me pressais pas. Il faisait encore assez jour pour que je puisse me permettre de prendre mon temps. J’allais encore devoir changer dehors parce que Derek préférait m’avoir sous le coude pour je ne sais trop quelle raison. Si ça peut le rassurer je suis d’accord, et parce qu’on est encore en fin d’été. Le mois de septembre est plutôt doux pour ne pas dire chaud. En revanche, dès l’instant où le temps s’aggravera, qu’il ne compte pas sur moi pour venir me foutre à poil à l’extérieur. Après tout, s’il tient tant que ça à être près de moi quand je change, il peut tout aussi bien le faire à l’intérieur. Je me suis fait à sa présence. Au départ c’était un peu difficile de tolérer quelqu’un dans ce moment là mais je savais qu’il m’avait déjà vu me transformer, et puis c’est mon frère. J’avais juste peur de lui faire du mal si jamais le Loup se décidait à prendre le contrôle sur moi mais ce n’est plus jamais arrivé depuis … Depuis des mois. J’ai confiance en lui, en cet animal puissant qui m’aide à me sentir plus fort.
J’ai traversé le Hall sans encombre, il n’y avait presque plus personne. Un Supérieur gardait la porte, je suis passé devant lui sans lui accordé la moindre attention. Il n’a pas bronché non plus. J’ai continué ma route comme ça, nonchalamment, jusqu’à la lisière de la forêt. Notre point de rencontre était toujours le même et je savais qu’il m’attendrait là, patiemment. Bien que la patience ne soit pas notre fort à tous les deux. Je le distinguais déjà alors que je me rapprochais des gigantesques arbres. Nous étions seuls et je n’avais aucunement l’intention de le surprendre. Une fois arrivé près de lui, j’ai laissé mon sac tomber sur le sol et j’ai passé mon bras autour d’une de ses épaules, un grand sourire illuminant mon visage de sale gosse.

« Salut p’tit frère. Ah pardon ! C’est vrai que c’est toi l’aîné. Faudrait p’tetre penser à grandir Derek, non ? »

Aller tiens, mange toi ça le frangin. Je prenais de plus en plus de liberté avec lui, l’évolution de notre relation dans le bon sens me le permettait et il n’était de toute façon pas le dernier pour me chambrer. Seulement depuis quelques temps, je le dépassais presque à force de grandir et j’adorais l’emmerder avec ça. Avec ça oui, mais pas seulement. Avec pleins d’autres choses encore.
J’ai fini par le lâcher et j’ai tendu ma main vers lui, pour notre shake de frères. Une petite habitude qu’on avait pris de se taper la main puis le poing pour se saluer. Un truc de mecs. Y a pas à dire, notre relation a vraiment changé du tout au tout et si je n’avais pas ça, si je n’avais pas mon frère à qui me raccrocher, je pense sincèrement que je serais devenu fou ou pire, que je serais mort. Passons sur les détails sordides de ces derniers mois. Je vais bien, dans la mesure du possible et tant que j’ai Derek près de moi, je tiens le cap. Même si d’avis de certains je suis devenu un connard, un monstre sans cœur, ce genre de truc. Ils ont raisons. C’est la vie.

« J’comprends vraiment pas pourquoi t'insiste pour que je change près de toi. C’est pas franchement ce qu’il y a de plus agréable à voir. En plus de ça, c’est un peu gênant pour moi. Et puis franchement, si c’est vraiment le doute qui te pousse à vouloir ça, t’en connais beaucoup des Loups noirs qu’ont une tache blanche dans le cou toi ? Sans parler de ma chaîne, je l’enlève jamais. »

D’ailleurs, elle commence à me piquer la garce, j’espérais que l’argent ne me ferait jamais rien mais visiblement je m’étais fourré le doigt dans l’œil. Enfin tant que c’est supportable, je la garde.
Je ne devrais pas pourtant, je pourrais l’abîmer. Après tout, je continue de grandir alors j’imagine que le Loup aussi et ce n’est pas parce qu’il y a quelque mois elle a résister qu’elle continuera à le faire. C’était au départ un accident, c’est devenu une habitude. Je n’aime pas ne pas sentir sa présence autour de mon cou même si à l’approche des Pleines Lunes elle commence à me faire mal. Quand je suis Loup, je ne la sens pas parce que ma fourrure l’empêche d’atteindre directement ma peau mais lorsque je suis humain, et s’il n’y a pas de vêtement pour la séparer d’un contact direct avec mon corps, je ressens une légère brûlure. J’espère qu’à terme je n’aurais pas à devoir ne plus la porter du tout. C’est un cadeau de ma mère et je ne veux absolument pas m’en séparer. Quoi qu’il m’en coûte. Naturellement, en repensant à ça je ne peux pas chasser de mes pensées cette nuit là, la dernière que j’ai passé avec Kyle avant qu’on ne me l’arrache, mais je n’en montre rien. Je ne sais pas si Derek a eu le droit aux détails, on en a jamais reparlé. Je sais seulement qu’il est au courrant que Kyle est mort et disons que j’évite de lui demander ce que ça lui fait. Je sais déjà ce qu’il me répondra et tout ce qu’on a construit ensemble s’effondrera. Je ne veux pas prendre ce risque et puis à quoi ça servira de toute façon ? Remuer un passé qui me fait mal n’arrangera pas les choses.
Ma tache blanche, j’y tiens. J’aime cette particularité. Elle est vraiment insignifiante mais je ne sais pas, le fait qu’elle soit unique, qu’elle me rende unique, j’apprécie beaucoup ça. Ce n’est rien qu’une tache de naissance que personne ne voit vraiment quand je suis humain puisque mes cheveux la recouvrent la plus part du temps mais quand je suis Loup, je crois que je pourrais passer des heures devant un miroir à la détailler. Oui je sais, je suis égocentrique. Et alors ?

Je n’arrivais pas à me défaire de mon sourire. En vérité, au fond de moi je n’étais pas aussi heureux que je le prétendais mais le simple fait de passer un peu de temps avec mon frère m’aidait à faire passer la pilule. Je n’arrivais pourtant pas à me sortir du crane que cette nuit encore, des innocents allaient souffrir, voir mourir, par ma faute. Je garde en moi les vestiges d’un passé pas si lointain où lorsque l’on m’avait enfermé dans une cage, j’avais volé la vie de l’une d’entre elle. Je n’en parle jamais, à personne. A vrai dire je ne sais même pas si Derek est au courant, mais elle continue de me hanter. Ce n’est pas permanent, pas persistant, mais je ne l’oublierai jamais et je le sais. Elle sera toujours là dans ma tête pour me rappeler que ce que je fais est mal. Depuis que leur ancien chef est mort, personne ne m’a jamais fait de remarque à ce sujet. Ils savent tous que c’est à cause de moi qu’il a basculé dans le vide pour se fracasser la tête sur la pierre, et ils savent bien entendu tous pourquoi j’ai fait ça, mais c’est à croire que le simple fait de ne pas m’avoir laissé mourir est une punition suffisante à leur yeux. Je dois me lever chaque matin tout en sachant qu’aujourd’hui encore je ne pourrais pas le prendre dans mes bras. Je n’en montre jamais rien, mais j’en souffre toujours autant. J’imagine qu’ils s’en doutent et que pour eux, c’est probablement la pire des sanctions qu’ils soient. Ils ont raison. Tout ça reste simplement sous silence et ça arrange tout le monde. Je ne m’adresse qu’à Derek dans la mesure du possible. Cet espèce d’accord implicite semble convenir à tout le monde.
Quoi qu’il en soit, et ce même si j’ai toujours cette petite voix dans ma tête qui me harcèle, je continue de sourire et d’emmerder mon frère parce que quand je fais ça, je me sens vivant.

« J’espère que t’es en forme parce que j’ai envie de courir et puis .... Tu t'empattes un peu, non ? C’est pas des poignées d’amour que j’vois là ? Fais gaffe, je trouve que tu te laisses aller ces derniers temps. Ton p’tit frère va finir par être plus sexy que toi.»

Et je lui pince les cotés, même si je sais parfaitement que je raconte des conneries. Le jour où Derek aura ne serait-ce qu’un millimètre de graisse, il tombera des lingots d’or du ciel.
J’me pavane devant lui, sachant pertinemment que les représailles vont tomber qu’il va probablement me foutre par terre d’un moment à l’autre mais je m’en moque. On s’amuse. On est frère. On joue à la bagarre et c’est normal, naturel.

« En fait c’est déjà le cas. Regarde moi ce corps de rêve. Pas un pet de graisse, pas un seul kilo en trop. Rien qu’du muscle. »

Tu m'étonnes, je commence tout juste à reprendre du poids.
Je continue de faire le mariole, jusqu’à ce qu’une violente crampe d’estomac me coupe en deux.

« Putain de merde, saloperie. Ça fait un mal de chien. »

Oui je sais, je suis parfois très grossier, vous m'en voyez absolument pas désolé.

Plié en quatre, les bras entourant mon ventre, je ferme les yeux comme si la douleur pouvait s’en trouver atténuée. Je sais très bien que ça ne changera rien puisque ce n’est pas une douleur ventrale comme une autre. Derrière les arbres, le soleil disparaît dangereusement. La transformation me guète.

« Arrête de t'marrer ou j’te bouffe. »

Encore un peu d’humour.
Il sait de toute façon très bien que jamais je ne lui ferais de mal si je peux m’en empêcher.
Tant que j’aurais le contrôle, il ne lui arrivera rien. Et comme je n’ai pas l’intention de le perdre une nouvelle fois …
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MessageSujet: Re: Don't Worry Be Happy ( Enzo ) - [Flashback] Mar 26 Avr - 2:50

Je n’aurais jamais cru que la mort simulée de Johnson, aurait eu autant d’impact dans la relation que j’entretenais avec Enzo. Car avant son apparition, les choses semblaient vouloir s’améliorer de notre côté. Pour ça, il a fallu que je tue un moldu et que je m’ouvre à lui. Je ne pensais pas que ça aurait été jusque là pour que je me remette à lui parler, mais il fallait dire que je n’étais pas toujours facile à suivre non plus. Quoi qu’il en soit, Enzo m’avait prêté une oreille attentive, chose que je n’oublierais jamais. La mort de grand-père annoncer quelques jours plus tard ne m’a pas aidé à garder l’esprit sur Terre et j’ai préféré m’éloigner de mon frère plutôt que de m’en prendre directement à lui. C’était un nouveau choc pour moi, presque aussi fort, sinon plus puissant, que lorsque j’avais perdu mes parents simultanément. Les moldus… Encore et toujours responsables de la mort de ceux qui me sont chers. Après que mon père et ma mère soient décédés dans un accident d’une voiture moldue, mon grand-père se faisait tabasser à mort par une bande de jeunes morveux. Je les détestais déjà ces enfoirés, mais là c’était encore pire que de la vermine à exterminer pour moi. Ils représentaient mon ennemi numéro un et je les plaçais tous dans le même panier. Aucune distinction entre eux. Qu’ils soient homme, femme, enfant cela m’importait peu. Je n’avais pas envie de connaître leurs origines ni leurs histoires qui n’avaient aucun intérêt pour moi. Je leur faisais du mal aussitôt que je le pouvais, laissant mon meurtre derrière moi. Même que j’en venais à me vanter auprès d’eux pour les effrayer d’avantage.
Lorsque j’eu cette vision d’horreur, j’ai cru que j’allais mourir d’une crise cardiaque. Parce qu’en plus d’apprendre que mon frère était une tapette, je découvrais également qu’il s’était rapproché d’un Américain moldu. Mon pire cauchemar devenait réalité et je me demandais encore comment Enzo avait pu terminer comme ça alors que je l’avais déjà vu avec quelques filles. Qu’est-ce qui clochait chez lui? Il avait pourtant des qualités intéressantes et c’était un beau garçon. Doué en magie, doublé d’un don qui le rendait encore plus fort que n’importe qui… Où était le problème? Je n’arrivais pas à mettre le doigt dessus. Pourtant les faits étaient là : ils semblaient être irrévocablement attirés l’un par l’autre comme s’il s’agissait d’un fichu roman à l’eau de rose. Deux garçons. Un sorcier et un moldu emprisonner dans sa prochaine mort. Mission impossible. Les supérieurs avaient effacer la mémoire de Johnson. Bien entendu, j’étais légèrement derrière tout ça puisque j’avais tenté de trouver des solutions avec eux. Je ne voulais pas avoir cette histoire là dans ma famille. Ce n’était pas sain pour Enzo et pour moi non plus d’ailleurs. En tant que grand frère, je me devais de garder un œil sur lui afin qu’il aille dans le droit chemin pour son avenir. Là, c’était loin d’être un avenir prometteur. Il souffrait déjà et avec le temps ça allait empirer. Pas question que je laisse faire ça. Je devais avouer que je le faisais pour moi aussi parce qu’après tout, avoir ça sur la conscience ne m’aidait pas vraiment à garder les idées claires. Au début, le sort sur Johnson avait fonctionné à merveille. Il ne reconnaissait plus mon frère et ne se souvenait de rien de ce qu’il s’était passé avec lui. Mais du jour au lendemain, les choses se sont gâtées. J’ignore comment et d’ailleurs personne ne le sait vraiment, il a retrouvé sa mémoire d’avant. Tous ses souvenirs sont revenus tout d’un coup. C’était du jamais vu. Les supérieurs étaient épatés et moi, je jubilais de fureur dans mon coin. Je ne voyais pas d’autre choix que de le tuer, mais les supérieurs hésitaient, trouvant Johnson un sujet fascinant. Ils ont préférés simulé sa mort et tenter de les séparer de cette façon là. Faisant croire aux deux amants que l’autre était désormais entre les mains de Dieu ou Merlin, peu importe, après une scène théâtrale digne de ce nom.

Cette fois-ci, tout fonctionnait à merveille. Nous nous efforcions de garder les garçons séparer chacun de leurs côtés. Enzo à recommencer à faire les quatre cent coups pour mon plus grand plaisir et Kyle est à la disposition des supérieurs. Le plus difficile aura été de voir mon frère après qu’il est appris que son ‘’amoureux’’ n’était plus. Je reconnaissais la tristesse qu’il avait éprouvé lors de la disparition de nos parents mais avec un quelque chose en plus. Ça ma briser le cœur et sur le coup, je regrettais presque de participer à tout ce cirque. Mais le temps arrange les choses. Du moins, c’est ce que l’on dit. Je retrouvais mon frère et nous avions enfin la relation que j’avais toujours rêvé : le duo de choc. Je n’étais pas pour les pratiques des supérieurs qui se trouvaient souvent cruels envers lui, mais je ne pouvais pas faire grand-chose à part leur dire de baisser un peu leur garde. Enzo se présentait toujours sous forme lupine devant ses hommes et il maîtrisait très bien son loup, chose qu’ils savaient, mais qu’ils prétendaient oublier. Encore heureux que mon frère ne les ait pas attaquer directement. Car même s’il ne dit rien et s’il ne le montre jamais, je sais qu’il souffre intérieurement encore de la perte de son très cher Johsnon et qu’il aurait envie de se faire vengeance. Mais au lieu de ça, il préfère passer du temps avec moi et je suis très heureux de l’avoir de nouveau à mon côté. Je voulais qu’on impose notre loi à deux. Qu’on détruise tout sur notre passage pendant le temps qu’on pouvait encore le faire.




Je l’attendais avec impatience. La lune allait bientôt faire son apparition et voir la transformation de mon frère allait m’exciter, comme à chaque fois. J’ignorais pourquoi mais ça me donnait de l’adrénaline. Comme si le fait d’avoir un loup à côté de moi m’aidait à atteindre une nouvelle force que je connaissais uniquement lorsque je me trouvais en sa présence. Disons aussi que les chasses aux moldus étaient devenues beaucoup plus passionnantes depuis qu’il faisait parti de l’équipe. Certains supérieurs, pour ne pas dire la majorité, n’aimaient pas beaucoup la présence d’Enzo sur le terrain. Ils avaient toujours voulu l’avoir dans son équipe mais depuis qu’ils étaient responsables de la ‘’mort’’ de Johnson, ils étaient un peu plus sur leurs gardes. Après tout, il pouvait se retourner n’importe quand contre eux, mais je savais qu’il ne ferait jamais ça. Du moins pas tout de suite. Et quand le moment viendrait, je n’allais pas être là pour l’empêcher de se faire vengeance. Non pas pour Johnson, mais plutôt par simple satisfaction. Je n’étais pas un idiot : je savais parfaitement qu’ils m’utilisaient et je comptais bien leur rendre la monnaie de leur pièce. Et Enzo allai être ma première arme, mon pilier central.
À nous deux, mon frèrot, on va conquérir l’univers magique. Sur toutes les lèvres et dans tous les yeux nous liront notre nom : Ryans.

Il arrivait enfin, je pouvais le voir à présent.
Laissant son sac tomber sur le sol, il passa un bras autour de mes épaules avec un large sourire aux lèvres.


- Salut p’tit frère. Ah pardon ! C’est vrai que c’est toi l’aîné. Faudrait p’tetre penser à grandir Derek, non ?
- Connard!

C’est bon, à peine ta connerie déjà dite que je te pardonne déjà. Tu as tellement changé en l’espace de si peu de temps… Quelques semaines auparavant je te trouvais dans cette chambre moisie du quatrième étage dans un état encore pire que lorsque j’étais venu te rendre visite à l’hôpital. Je sais que ces changements ont été difficiles pour toi, mais si tu savais combien je suis fier de ce que tu es devenu… Papa et maman aurait été fiers de nous voir aller de cette façon. Bon, on sait tous les deux qu’ils n’auraient pas apprécié le fait que l’on chasse et que l’on tue des moldus mais ils auraient été content de nous voir unis malgré les épreuves que l’on traverse. Détruire Johnson. L’arracher de ta vie. C’était la meilleure chose à faire Enzo. Peut-être que tu ne t’en rends pas compte, peut-être même que tu ne te poseras jamais de question quant à sa disparition, mais ce mec là ne t’aurait rien apporté. Il est ici à Poudlard pour y mourir, rien de plus. Il s’agit de sa prison, mais aussi de son futur cercueil. Plus jamais il ne retrouvera son univers, sa vie calme d’avant. Il a été choisi parmi des milliers de moldus parce que les supérieurs ont vu quelque chose de spécial en lui. J’ignore ce que toi tu as perçu de ce mec là, mais ça devait être assez puissant pour que tu t’attaches à ce point. Comment voyais-tu ton avenir avec lui? C’est la question que je me pose depuis que je vous ai vu ensemble. Deux mecs. Ça ne peut pas procréer ça. Tu pensais à quoi… ? C’était une mauvaise passe de ta vie, une simple expérience? J’aimerais le croire.
Je sais que tu as changé, mais je sens aussi l’immensité de ta comédie. Il dort constamment dans ton esprit même si je tente de t’occuper à autre chose. Tu fais semblant d’être heureux alors qu’en réalité, tu dois vagabonder dans tes souvenirs que tu as partagé avec cet infâme être humain. Je lis la tristesse dans tes yeux lorsque je te regarde. Et dans ma nuque, je sens le souffle chaud de Johnson. Ce salopard n’est toujours pas mort.

Parce qu’il est important à leurs yeux, mais pas à moi.

Il me lâche et on fait notre salut habituel. Aucune idée de comment c’était venu, mais c’était naturel entre nous. Il était le seul avec qui je partageais cela. Même mes sous-fifres n’avaient pas l’honneur d’avoir autant d’intimité avec moi. Notre relation fraternelle c’était développée un en temps record. Nous avions fait bien plus de pas en peu de temps que prévu. Je le manipulais peut-être, mais je l’étais moi-même à mon tour par ces supérieurs qui ne me lâchaient pas d’une semelle depuis que j’étais chargé de cette mission quasi impossible. Au début, je n’y croyais pas trop, mais plus le temps avançait et plus je me disais que c’était la meilleure chose qui avait pu nous arriver. Nous retrouver de cette façon là. Autrement, je pense que ça n’aurait jamais fonctionné.


- J’comprends vraiment pas pourquoi t'insiste pour que je change près de toi. C’est pas franchement ce qu’il y a de plus agréable à voir. En plus de ça, c’est un peu gênant pour moi. Et puis franchement, si c’est vraiment le doute qui te pousse à vouloir ça, t’en connais beaucoup des Loups noirs qu’ont une tache blanche dans le cou toi ? Sans parler de ma chaîne, je l’enlève jamais.

J’haussai les épaules.

- Je sais pas… J’aime bien avoir le contrôle sur tout, tu le sais bien. J’sais que c’est juste une transformation, mais j’y tiens. C’est assez cool et je me sens privilégier. Et puis… T’as pas à être gêné. Je sais à quel point toi et moi on à été gâté par la nature.

Il me sourie et je fis pareil. Son sourire sonnait faux, j’arrivais à le sentir sans difficulté. Par contre le mien respirait le bonheur du moment.
Quelle belle complicité. Enfin, c’est rapidement dit mais bon…


- J’espère que t’es en forme parce que j’ai envie de courir et puis .... Tu t'empattes un peu, non ? C’est pas des poignées d’amour que j’vois là ? Fais gaffe, je trouve que tu te laisses aller ces derniers temps. Ton p’tit frère va finir par être plus sexy que toi.

Et là, il me pinça les côtés comme s’il espérait trouver des poignées d’amour. En réalité, ce qu’il tatait entre ses doigts n’était que du muscle pure. Il était hors de question que je me permette de transformer tout mon travail en graisse dégoûtante. J’avais beaucoup trop d’estime de moi-même et je m’aimais trop pour me laisser aller. Si ça arriverait un jour, ça voulait dire que j’avais un sérieux problème car il allait devoir m’en arriver des tonnes et des tonnes de choses avant de sombrer dans l’enfer de la nourriture malsaine.
Enzo se pavana devant moi, aussi fier qu’un coq. Il faisait bien. Avec son visage aussi angélique que le mien, il avait la beauté pour avoir toutes les filles qu’il voulait à ses pieds. Encore une fois, je me demandais pourquoi il s’était contenté de ce moldu alors qu’il devait bien avoir des filles qui l’admirait en cachette? Il faisait vraiment n’importe quoi ce grand fou…


- En fait c’est déjà le cas. Regarde moi ce corps de rêve. Pas un pet de graisse, pas un seul kilo en trop. Rien qu’du muscle.

Je croisai les bras sur ma poitrine, secouant la tête de gauche à droite, pas du tout convaincu de ce que j’entendais. C’était moi l’être parfait entre nous deux, aucun doute. C’était moi que l’on regardait lorsque nous marchions côte à côté dans les corridors de l’école. L’aîné Ryans, rien de moi. Enzo n’était que mon ombre et encore là, c’était déjà pas mal.
Et là, sans crier gare, il arrêta ses mouvements de paon, avant de se plier en deux, se tenant l’estomac à deux bras.


- Putain de merde, saloperie. Ça fait un mal de chien.

Que de grossièretés!
J’éclatai d’un rire franc. Pas que la souffrance de mon frère me faisait rire, mais c’était plutôt sa réaction qui était comique. Je n’avais même pas eu besoin de lever le petit doigt ou d’ouvrir la bouche pour le faire taire. La nature avait simplement suivie son chemin.
Quoi qu’il en soit cela voulait dire que la transformation avait déjà commencée. Le soleil avait presque entièrement disparu et donc le reste n’allait pas tarder.


- Arrête de t'marrer ou j’te bouffe.
- Ouais c’est ça. J’imagine que je te servirai de dessert!

Je me calmai un peu avant de sortir ma baguette de ma poche.

- Accio Éclair de feu!

Je resserrai ma baguette et je revenais à mon frère.

- Désolé mais je n’ai pas envie de courir ce soir. J’voudrais pas perdre mes graisses accumulées, tu comprends? En plus j’veux te laisser tout l’espace nécessaire vu que là c’est toi qui va jouer le rôle du petit gros sur quatre pattes. Je t’observerai d’en haut!

Je garderais un œil sur toi, promis.
J’avais toujours peur que quelqu’un intervienne pendant la transformation de mon frère. C’était une peur inutile et je me demandais d’ailleurs d’où elle venait. Peut-être que les supérieurs avaient envie de jouer un vilain tour ou quelque chose du genre.

Quelques secondes se passèrent et mon Éclair de Feu fit son apparition. Je grimpai sur mon balai et m’envolai lentement dans les airs tant dis que mon frère continuait de se tordre de douleur.


- Bonne chance frérot! Ce soir, ce sera une très belle nuit pour la chasse…

Un nouveau sourire nacquit sur mon visage.
Elle serait douce et belle pour nos deux.
Longue, pénible et mortelle pour nos ennemis jurés.
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Enzo Ryans



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MessageSujet: Re: Don't Worry Be Happy ( Enzo ) - [Flashback] Ven 29 Avr - 19:25

Souffrir ou faire souffrir. Manger ou se faire manger. On appelle ça la loi de la jungle, celle du plus fort. Le plus fort, le plus faible, le plus lâche. Tout ça c’est exactement la même chose selon des points de vue différents, c’est tout. Je ne me sens pas plus fort parce que je fais le mal autour de moi, bien au contraire. Je sais que c’est terriblement lâche et égoïste. Je sais que je suis en fait seulement trop faible pour prendre ma vie en main et arrêter de laissé parler mes émotions pour moi. Des émotions trop fortes pour le coup, que je ne maîtrise pas toujours, que je ne tente même pas de maîtriser en vérité. Je choisi la facilité, et j’en suis parfaitement conscient. Quand je les regarde eux, les Supérieurs, ou même mon frère même si lui c’est encore un cas à part, je crois qu’ils ne se rendent pas bien comptent du ridicule de la situation. Ils passent leur temps à courir après des êtres humains pour assouvir leur complexe de supériorité. Regardez moi ! Je suis le plus grand, le plus fort, le plus puissant. Vous ne m’arrivez pas à la cheville et pour vous le faire comprendre, je vous écrase, je vous enfonce plus bas que terre encore. C’est ça. Très simple. Je pose un œil critique sur tout ce cirque mais ça ne m’empêche pas d’y participer depuis des semaines, des mois même. Je me console en me disant que je ne suis pas vraiment comme eux, que je suis simplement une sorte d’esclave bien obéissant qui n’a pas vraiment eu d’autre choix, mais je comprends bien que j’essaie simplement de me donner bonne conscience. Quand un Non-Magicien souffre, ou meurt, après être tombé entre leurs griffes, après avoir été torturé, je me dis que je suis responsable de cette souffrance. C’est difficile à avaler, mais j’arrive par je ne sais trop quel moyen à vivre avec ça pourtant. La vérité, c’est que j’essais simplement de penser au minimum. Ne pas réfléchir à tout ça, à mes gestes, mes paroles, ça aide. J’agis, c’est tout. Je ne suis plus qu’un corps sans âme, que je sois Loup ou Homme. Faire peur aux plus jeunes dans les couloirs, c’était mon frère tout craché ça, et pour l’avoir vécu pendant des années, pour avoir été à leur place, je suis le moins bien placés pour prendre la voie de Derek. Pourtant … Hier encore j’abusais de magie sur un quatrième année, je racontais une histoire sordide à une gamine de 11 ans. Ceux qui m’ont connu ne me reconnaissent plus. Je perçois les regards noirs de Jill lorsque je la croise. Elle n’approuve pas du tout et pourtant mon sourire malsain ne s’efface pas. Un masque. C’est un masque. Un masque qui cache sous son couvert une douleur sans bornes. Je suis un animal blessé, un loup avec une épine coincée dans la patte, pris au piège, alors je deviens agressif, violent, méchant. La cruauté, c’est quelque chose de typiquement humain en revanche. Je voulais devenir insensible, j’ai plus ou moins réussi et les autres en paient le prix. C’est injuste mais je n’ai pourtant pas l’intention de tenter quoi que ce soit pour faire changer les choses.

Les frères Ryans réunis. Qui aurait pu croire une chose pareille ? Personne, bien évidemment, et surtout pas moi. En 16 ans et demi de vie commune, c’est la première fois que notre relation se porte aussi bien. Je crois que Derek finalement n’attendait que ça, et qu’il est plutôt satisfait de la nature de notre lien même s’il y a encore beaucoup chose passées sous silence pour que tout ça soit vraiment sincère. Cependant, je sais qu’il tient à moi même s’il n’a pas trouvé d’autre moyen que de me faire souffrir pour en arriver à ça. Je m’y suis fait, par habitude je dirais. Je suis malheureux, c’est vrai, mais les moments que je passe avec lui me permettent d’oublier un peu, quelques instants. Quand il est là, toute mon attention est tournée vers lui. Mon grand frère, ce héros. Il n’est pas vraiment mon héros, mais il est famille. Et puis, on s’amuse bien tous les deux. De toutes cette histoire sordide voilà la seule chose qui en ressort encore de positif.

Assez cool … Je ne reprends pas mais ce n’est pas vraiment le mot que j’aurais employé pour décrire la transformation. Je crois qu’il ne prend pas la mesure de ce « changement ». Il n’a pas la moindre idée de ce qu’on peut ressentir à ce moment là. C’est une douleur sans nom, je ne connais rien s’en approchant un minimum. Et le pire dans tout ça, c’est qu’on sait parfaitement que rien ne pourra stopper le processus si ce n’est la mort. Je me transforme de plus en plus rapidement, et c’est chaque fois moins douloureux mais je sais que ça restera toute ma vie comme ça. Ça prend du temps une transformation, du temps pour sentir chaque parcelle de son corps se changer. Alors non Derek, crois moi, ça n’a rien de cool. En revanche oui c’est sur tu es privilégié. Si je te laisse rester près de moi c’est simplement parce que tu es mon frère et que tu connais tout de moi. Je n’ai rien à te cacher que tu n’es jamais vu ou perçu. Cependant ne va pas croire que c’est une partie de plaisir pour moi, car même si tu dis que la nature nous a gâté, il n’en reste pas moi que cette situation me met toujours mal à l’aise. Enfin … c’est comme ça.

Et oui ça je sais que tu aimes avoir le contrôle sur tout, et sur tout le monde, même sur ma propre vie … J’ai rien à dire là dessus, puisque je te laisse faire.

Enfin bref, j’étais là entrain de me plier en deux sous ses éclats de rire, le menaçant entre deux crampes et lui se marrait toujours plus. J’aurais voulu l’emmerder encore un peu plus mais c’était visiblement trop tard. Le temps défilait à une allure folle, me volant ma dernière part d’humanité.

« Ouais c’est ça. J’imagine que je te servirai de dessert! »
« Tu plaisante, j’ai pas envie de m’empoisonner. J’suis persuadé que même un canard empoisonné a meilleur goût et est moins nocif que toi. »

Même parler commençait à devenir difficile tant mes muscles se tendaient et ma peau se tirait. Je voyais le soleil disparaître lentement derrière les arbres et j’avais pourtant l’impression qu’il allait beaucoup trop vite. Je n’avais plus du tout en vie de rire.

« Accio Éclair de feu! »

Attends … Tu te moques de moi là ?

« Désolé mais je n’ai pas envie de courir ce soir. J’voudrais pas perdre mes graisses accumulées, tu comprends? En plus j’veux te laisser tout l’espace nécessaire vu que là c’est toi qui va jouer le rôle du petit gros sur quatre pattes. Je t’observerai d’en haut! »
« T’es une vrai feignasse, Derek. Tu m’déçois. Et le p’tit gros il t’emmerde. »

Il n’a fallut que quelques secondes à son balais pour arriver jusqu’à nous. Au fond de moi, et ce même si je le taquine avec ça, je suis rassuré de le savoir dans les airs. Au moins il ne sera pas à porté de crocs et je sais que de là haut il veillera sur moi. La transformation, c’est le moment durant lequel je suis le plus vulnérable et la Forêt Interdite regorge de tellement de créatures toutes plus maléfiques les unes que les autres. Sans parler des êtres humains. En vérité, ce sont eux que je crains le plus. Je n’ai pas que des amis dans ce château, loin de là même, et nombreux sont ceux qui seraient susceptibles de profiter de ce moment pour venir s’en prendre à moi. Juste retour des choses pour certains, mais pas pour tous. Ils sont rares ceux qui connaissent mon secret, mais sachant que tous les Supérieurs sont au courant et qu’ils ne me portent pas dans leur cœur, je suis sans arrêt à l’affut du moindre bruit, du moindre mouvement, du moindre soupir. Mes sens sont déjà exacerbés et je sais que si quelqu’un d’autres que mon frère débarque dans mon périmètre je le sentirai, mais ça ne me rassure pas pour autant, puisque dans quelques minutes, je serais sur le sol, entrain de faire face à la mutation, totalement à la merci du premier qui passe.

Derek, lui, décollait lentement du sol, m’accordant un dernier regard, que je lui rendais tant bien que mal.

« Bonne chance frérot! Ce soir, ce sera une très belle nuit pour la chasse… »
« Ouais c’est ça dégage, et protège tes arrières, des fois que j’aurais appris à voler depuis la dernière fois. »

Je réplique, avec pleins de sarcasme et d’ironie, un sourire perceptible dans mes paroles, mais au fond de moi j’ai mal, je souffre le martyr et je sais pertinemment que cette douleur bien plus mentale que physique n’est absolument pas du à la transformation imminente. Non, cette souffrance atroce, c’est simplement la culpabilité qui se fraie un chemin sordide et sournois dans chaque parcelle de mon être. Je sais que cette nuit encore des innocents souffriront par ma faute. Si je me débrouille bien, j’arriverai à éteindre mon esprit pour ne laisser vivre en moi que mes instincts de prédateur. J’y arrive parfois. Et le résultat n’est pas franchement joli à voir. Et si jusqu’ici j’ai réussi à me contrôler assez pour ne pas faire de mal directement, disons pas physiquement, à ne pas tuer, ce n’est pas toujours l’envie qu’il m’a manqué. Je ne peux pas permettre de me venger directement sur eux, ces lâches, ces assassins, parce que même si je n’ai plus goût à rien, je ne veux pas leur offrir satisfaction, je ne veux pas prendre le risque qu’ils s’en prennent à mon frère ou qu’ils brisent cette nouvelle relation entre lui et moi. Il n’empêche que chaque fois que mon regard se pose sur eux, mon corps tout entier se crispe, mes muscles se tendent et je n’ai plus qu’une seule idée en tête : Les faire souffrir autant qu’ils l’ont fait souffrir. Autant qu’ils nous ont fait souffrir.
J’essaie pourtant, de ne plus y penser, ni à lui, ni à tout ce qu’on a partagé, à tous nos rêves et nos espoirs envolés en fumé quand ils me l’ont arraché. Oui j’essaie, vraiment, parce que ça fait trop mal, mais je n’y arrive pas. Je n’arrive pas à me le sortir de la tête et j’ai parfois l’impression qu’il y est encore plus présent maintenant qu’il n’est plus là, alors qu’il en occupait déjà toute la place de son vivant.

Spoiler:
 


Oui vraiment, j’essaie. Chaque jour qui passe. Je sais que c’est un travail de longue haleine mais j’ai l’impression que quoi que je puisse faire ça ne s’en ira jamais. Ce manque au creux de l’estomac, ces réveils en sursaut, et mon corps, ma peau, qui brûlent et meurent de froid simultanément. C’est ridicule, improbable. Ce n’est pas normal. Je ne le connaissais que si peu, il n’aurait pas du me toucher autant. J’étais vulnérable, c’est vrai. J’avais besoin de me raccrocher à quelqu’un, c’est vrai. Mais pas comme ça ! Pas avec autant de force et de puissance. Pas un garçon, même si le cœur à ses raisons que la raison ignore. Jamais je n’étais tombé amoureux dans toute ma vie aussi courte fut-elle et ça m’est tombé dessus si rapidement. Je n’ai rien compris. Je n’y comprends toujours rien. J’ai cette sensation étrange au fond de mon cœur qui me pousse à croire que ça ne s’arrangera jamais. Aujourd’hui j’aimerai sincèrement qu’il me laisse partir. Certains jours, j’ai tellement mal qu’il m’arrive de souhaiter ne l’avoir jamais rencontré. Il m’a fait beaucoup de bien, mais est ce que ça en valait vraiment la peine ? Est ce que si l’occasion se représentait je foncerai tête baissée comme j’ai pu le faire, tout en sachant les risques qui encourraient ? Malheureusement je crois que oui. Quitte à en souffrir le double, juste pour passer encore un peu de temps avec lui. Ça valait tout le sang et les larmes versés. Les nuits blanches. Les punitions, les humiliations. Tout. Absolument tout.

Et Derek dans tout ça ?
Il ne comprend pas.
Il ne peut pas comprendre.
Il ne comprendra jamais.

A quoi bon ressasser tout ça ? Hein ?! Ca ne sert à rien et puis de toute façon, je ne suis plus même. J’ai changé et désormais je ne vois plus les choses de la même façon. J’en ai assez de jouer les martyrs. Ils veulent faire de moi un monstre, m’utiliser comme bon leur semble ? Et bien qu’il le fasse. J’ai au moins la satisfaction de pouvoir être libre de mes mouvements lupins et de voir cette étincelle de crainte quand je m’approche un peu trop d’eux. Ils ont peur de moi, je peux le sentir, et rien dans ma vie actuelle ne me fait plus plaisir que ça en dehors des moments que je passe avec mon frère. Oui, ils ont peur. Peur que je pète un plomb, peur que je décide de me venger. Je le vois, ils marchent en permanence sur des œufs. Rien que pour ça, pour continuer à ressentir ça, je suis près à de nombreux sacrifices encore. Ces nuits là je me sens libre. Libre de leur faire vivre un calvaire même si les punitions ne sont pas rares. Je ne fais pourtant pas vraiment d’écart mais ça les rassure. Ils testent, ou bien se vengent après, quand je redeviens l’insignifiant être humain que je suis tout le reste du mois. Je n’ai pas vraiment à me plaindre contrairement à beaucoup d’autres. Certes ça ne m’enchante pas plus que ça de jouer les chiens de chasse pour eux, ni même de me faire traiter parfois comme un moins que rien, comme un traitre à son sang, mais je sais que si Derek n’était pas là, ma condition serait encore pire. Je ne sais pas bien pourquoi il lui accorde ça, parce que très franchement, il n’est pas indispensable pour eux. Personne n’est indispensable pour eux. Je reconnais bien mon frère là, capable de se mettre des hommes pareils dans la poche, et d’arriver jusqu’à en faire des larbins pour certains.

Je m’étais mis à couvert des arbres, m’enfonçant un peu plus loin dans la forêt alors que les dernières lueurs du jour s’estompaient. Je posais mon sac à l’abris d’un arbre ceux, retirait mes chaussures et quelques vêtements que je cachais à leur tour et déjà je sentais le froid s’immiscer en moi. J’étais toujours plus sensible, plus fragile, juste avant la transformation, et un petit moment après. D’énormes frissons me parcourraient le corps. J’avais hâte d’en finir. Assis sur le sol, contre un arbre, les genoux repliés et les bras enroulés autour de ceux ci, j’avais la tête posées et les yeux fermés. Puis la Lune a fait sa grande entrée, et le cirque infernal a commencé. Les os d’abord, qui craquent, se brisent et se déplacent. Les muscles ensuite. La morphologie de mon corps change, puis ce dernier se recouvre d’un pelage noir d’encre. Mon visage se tort à son tour. Mes crocs poussent et mes yeux se modifient légèrement. Je ne perds pas conscience une seule fois malgré la douleur atroce qui me brûle tout l’organisme. Je hurle. J’ai mal. Je veux que ça s’arrête. Les minutes s’écoulent puis le silence revient. Combien de temps j’ai mis cette fois ? Je pense que Derek a du chronométrer. Les premières transformations duraient plus d’une heure. Le temps se réduis au fil des mois. Ça fait un peu plus d’un an maintenant, un an et demi même, j’ai du gagner une bonne demi heure, peut être même plus. Enfin moins, en l’occurrence. De l’homme, et après être passé par une phase de transition faisant de moi un monstre, je retrouve ce corps animal que je connais désormais comme ma poche. Déjà je me sens libre.
J’ai toujours besoin de quelques minutes pour me remettre, alors je prends le temps, et je reste couché sur le sol, les yeux clos. Là où se tenait un jeune garçon, repose désormais sur le flanc un énorme Loup noir. Il a une petite tâche blanche dans le cou, et une chaine en argent autour de celui ci. Un Loup Garou avec une chaine en argent, qui retient une petite croix forgée dans le même métal. Je casse le mythe dans les règles de l’art. Non je ne suis pas une créature de l’Enfer sinon cette croix me brulerait. Non je ne crains pas l’argent tant qu’il ne m’inflige pas une blessure directe. Mais ça personne n’a besoin de le savoir, et si on ne regarde pas de près, ma chaine, et sa croix, on ne peut pas les voir, celles ci étant noyé dans mon pelage.

J’ai trop de souvenirs dans la tête, et je sais que je dois les chasser pour profiter pleinement de ma seule nuit de pseudo-liberté. J’ouvre un œil, puis l’autre et relève la tête. J’observe. Pas un bruit. Je ne vois pas mon frère mais je peux le sentir, il n’est pas loin. Je me redresse totalement, me mets sur mes quatre pattes et m’étire lentement avant de faire quelques pas pour faire repartir ma circulation sanguine. Mon cœur de Loup bat à 100 à l’heure mais j’ai retrouvé une respiration normale. J’accélère le pas, trottine, tourne en rond, pour me refamiliariser pleinement avec ce corps que je n’ai pas vu depuis un mois, je vais chercher ma baguette, l’attrape entre mes crocs délicatement puis repars, et d’un bond agile je saute sur un arbre mort, couché sur le sol. J’y dépose ma baguette, Derek viendra la chercher quand je lui aurais fait signe que c’est bon, que la voie est libre, que j’ai bien le contrôle. La tête bien droite, la truffe vers le ciel, les oreilles en arrière et les yeux fermés, je laisse s’échapper de ma gorge un hurlement qui doit en faire trembler plus d’un. C’est bon Derek, tu peux venir. Tu ne risques rien. Et tu es peut être bien le seul ….

Le Loup va bientôt sortir du bois.
La chasse va commencer.
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Don't Worry Be Happy ( Enzo ) - [Flashback]

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