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 Here we are again [Libre]

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MessageSujet: Here we are again [Libre]   Mar 17 Avr 2018 - 11:57

~Mardi 15 septembre – Dans la nuit ~

Chercher l’anonymat. Chercher le calme profond, l’absence de regard pesant sur lui. Disparaître dans la foule, ne plus être reconnu, ne plus être vu. Pouvoir se perdre quelques instants, faire taire le cri permanent dans sa tête. Ce cri déchirant qui l’empêchait de réfléchir, de dormir la nuit. Ce cri qui peuplait ses cauchemars. Enzo, sa mère se mêlaient dans un ballet sombre. Deux disparitions, deux fautes, deux regrets profondément ancrés. Assis au comptoir d’un bar au cœur de Londres, Caem se noie dans la foule. Devant lui, un verre de vodka qu’il n’a pas touché jusque-là, qu’il regarde depuis une bonne heure déjà. Le gérant l’a remarqué mais ne dit rien. Il n’est pas le premier qu’il voit agir de la sorte et sait très bien ce qui peut se cacher derrière. Il a hésité à lui demander s’il avait son jeton sur lui, à lui demander depuis combien de temps il est sobre, pour l’aider. Mais le jeune visage le déstabilise et il a préféré ne rien dire. Caem fixe ce verre depuis trop longtemps déjà. Ses doigts s’enroulent finalement autour de lui. Et d’un coup sec, il fait glisser le contenu dans sa gorge.

Une semaine. Cela faisait déjà une semaine que Caem avait appris pour Enzo et qu’il cherchait désespérément à le retrouver. Chaque jour était un combat. Le russe vivait temporairement chez son père, en Irlande mais passait le plus clair de son temps ailleurs. Après Ismaelle, ce fut avec Leiv qu’il s’était entretenu. L’homme, ayant constaté son intérêt pour les affaires médicales, comme lors de l’arrivée des élèves de Salem, lui avait proposé de le former en la matière. Caem avait accepté et quand il ne cherchait pas Enzo, il étudiant avec acharnement. Sauf que cela ne suffisait pas à faire taire les voix en lui. Cela n’apaisait pas sa colère, cela n’apaisait pas sa souffrance. Il ne s’était pas remis de l’attaque, il n’avait pas eu le temps de faire son deuil, d’accepter ce qu’il avait vu. Il s’était retrouvé projeté dans une autre crise. Une fois de plus on l’avait privé de tout contrôle. On lui avait retiré son repère et il ne pouvait rien faire d’autre que d’imaginer la souffrance de son ami. C’était en train de le ronger, de l’intérieur.

Caem est adossé contre le mur, à l’entrée du bar. Après avoir bu son verre, il a acheté une bouteille et est sorti. Cette dernière se trouve toujours entre ses doigts. De l’autre main, il a sorti son téléphone. Il fixe l’écran comme s’il attendait un message. Un signe. Appeler Killian ? Mais pour lui dire quoi ? Qu’il sombre, qu’il perd prise, qu’il a fait une connerie ? Non, pas encore. Pas comme ça, pas alors qu’il ne peut même pas lui expliquer pourquoi. Killian croit qu’il digère encore l’attaque, que ses moments de silence ne sont liés qu’à ça. Et il continue de la bercer dans cette illusion. Il lui avait promis de ne plus mentir mais les règles ne sont pas les siennes. Appeler Mateo ? Caem sait au fond de lui que c’est ce qu’il est censé faire. Il affiche son contact sur l’écran. Il fixe son numéro.

Téléphone dans la poche, Caem déambule dans les rues de Londres. La bouteille de vodka qui pend au bout de son bras n’est toujours pas entamé même s’il sent encore le verre qu’il a fait glisser dans sa gorge dans le bar. Les gens ne le regardent pas. Alors qu’il a glissé une capuche sur sa tête, il ressemble à une de ses silhouettes qui effraie les bonnes familles. Drôle quand on connait le garçon. Caem avance dans les rues où personne ne le reconnait. Jusqu’à s’arrêter dans un petit parc. Il se laisse tomber sur un banc. La lumière des lampadaires est encore là, il ne sait pas pour combien de temps.

La vodka coule lentement dans sa gorge. Caem vient juste d’ouvrir la bouteille. Il prend une première et longue gorgée. Lorsqu’il repose la bouteille sur le banc à côté de lui, il ferme les yeux. L’alcool lui brûle la gorge. Il n’est plus habitué à la violence du liquide. Et pourtant, il sent une étrange plénitude l’envahir. Il sait que s’il continue, il attendra bientôt cet état d’oubli. Il pourra bientôt se laisser glisser, faire disparaître toutes ces ombres qui le suivent. Caem prend une nouvelle gorgée.

Un bruit de verre rompt le silence qui s’était installé dans la nuit. La bouteille qui se trouvait dans la main de Caem git désormais au pied d’un arbre. Après la seconde gorgée, il l’a jeté avec rage contre un arbre. Il n’a pas le droit de céder. Pour Killian. Pour Enzo. Et pourtant il sent déjà les effluves lui monter à la tête et un semblant de paix qu’il cherchait déjà depuis des jours.
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MessageSujet: Re: Here we are again [Libre]   Ven 27 Avr 2018 - 16:17

Mardi 15.09.2015
Dans la nuit

Soho, London, United Kingdom

Une semaine. Ça faisait une semaine que Poudlard était tombé et que Caitlyn avait fui, sans attendre, sans se retourner, sans réfléchir à ce qu’elle allait faire par la suite. Fui la guerre qui s’était déclenchée au château, fui la prison que l’école était redevenue. Seule. Ils étaient nombreux, pourtant, à avoir pris la fuite. Les gardiens et les professeurs avaient fait en sorte d’évacuer le plus de monde possible lorsque les barrières magiques avaient cédé à l’assaillant. Comme s’ils avaient prévu le coup. Ce qui en soit serait tout à fait logique et même attendu de leur part. Mais une fois dehors, Caitlyn s’était retrouvée seule. Aucun de ses amis n’avait réussi à la rejoindre. Aucun de ses amis n’avait réussi à s’échapper comme elle. Rafael, Elias, Adrianna, Sovahnn… De toutes les personnes à qui elle avait envoyé des messages, seuls Rosalyn et Ricardo avaient répondu, ayant pu rentrer et trouver refuge dans leur famille respective. Les autres étaient tous restés coincés à Poudlard, et Caitlyn se sentait seule, abandonnée. Trahie, comme s’ils s’étaient promis de faire tout ce qui serait en leur pouvoir pour se retrouver à l’extérieur et qu’ils n’avaient pas tenu leur promesse.

Qu’allait-elle faire ? Elle avait réussi à rassembler toutes ses affaires dans son sac avant de quitter son dortoir, comme si ses projets étaient clairs, comme si son chemin était tracé. Retourner en Australie pour reprendre sa vie de nomade et continuer à voyager comme en Août, voilà ce qu’elle s’imaginait faire. Pourtant, une fois arrivée à Londres, elle n’avait pas su mettre son plan à exécution. Une semaine venait de s’écouler et elle était toujours là, incapable de prendre la décision, incapable d’avancer. Comme si quelque chose la retenait là, dans cette ville dans laquelle elle n’avait pourtant aucune attache. Un espoir fou, un désespoir profond. Le sentiment de culpabilité aussi… C’était comme si elle ne pouvait pas partir, comme si elle ne se sentait pas la légitimité de vraiment tout abandonner, encore plus qu’elle ne l’avait déjà fait en quittant Poudlard. Elle n’arrivait pas à se détacher, à prendre du recul. Alors elle restait, passait ses journées à ruminer et à attendre qu’elles passent affalée dans le canapé du salon et ses nuits à errer dans les rues sans aucun but.

Un vieux t-shirt unisexe noir délavé, un short de plage, des tongs aux pieds et les cheveux attachés en un chignon depuis deux jours, Caitlyn n’accordait aucune importance à son apparence lorsqu’elle sortait, le soir, trouver la fraicheur et le calme de la nuit. Elle arpentait les rues du voisinage ou des quartiers adjacents, essayant d’éviter celles où les bars restaient ouverts jusqu’au petit matin, s’arrêtant dans les aires de jeux parfois pour s’asseoir sur les balançoires et réfléchir… Elle sentait qu’il allait falloir qu’elle se reprenne en mains, qu’elle laisse derrière elle tout ce qu’elle avait vécu et s’émancipe de son passé pour repartir à zéro, mais elle ne s’en sentait pas encore la force. Chaque jour, une vague de détermination un peu plus puissante se formait dans son esprit. Un jour, elle le serait assez pour lui permettre de prendre ses affaires et partir. Mais en attendant, elle se laissait porter par la vie.

Soudain, dans le silence du parc où elle s’était installée, retentit un bruit de verre qui s’écrasait par terre et se brisait en mille morceaux. Les sens en alerte mais les mouvements quelque peu ralentis, comme pâteux, Caitlyn se redressa et se retourna vers la source du bruit et aperçut une silhouette sombre avachie sur un banc, capuche sur la tête, seule. Réprimant le réflexe de sortir sa baguette magique ou juste de s'en aller en hâte, elle se rassit sur sa balançoire, tournant à nouveau le dos au jeune qui n’avait pas bougé. L’avait-il vue ? Était-il bourré ? Était-il seulement conscient ? Elle repensa à Warren qu’elle avait croisé plus ou moins dans le même contexte la semaine passée et à sa mise en garde des dangers qu’elle courait en sortant ainsi seule dans la nuit. Le jeune ne semblait pas particulièrement agité ou agressif, mais elle resterait attentive, méfiante, au cas où il s’avérait vouloir entrer en contact avec elle de quelle manière que ce soit…


Dernière édition par Caitlyn Louise Twain le Ven 11 Mai 2018 - 11:38, édité 4 fois
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MessageSujet: Re: Here we are again [Libre]   Sam 5 Mai 2018 - 12:55

Comment en était-il arrivé là ? Avec l’aide d’Enzo, avec le soutien de Killian il avait réussi à se remettre sur pied, à vaincre ses démons et à enfin accepter ses blessures. L’alcool n’était plus son exutoire, il avait su l’oublier, la laisser de côté sans difficulté. Les premiers temps avaient été sombres, difficiles mais il avait réussi. Et il en avait été fier. La période qui avait précédé cette renaissance n’avait pas franchement était très joyeuse. Ni belle à voir. Caem s’était laisser submerger, s’était noyé dans l’alcool pour s’oublier, pour ne pas affronter sa peine. Il lui avait fallu du temps pour accepter le problème, pour se rendre compte que ce n’était plus possible et avancer. Sans Enzo il n’aurait sans doute jamais pu le faire. Mais il y était arrivé. Et voilà qu’à la première grosse crise, il replongeait. L’attaque de Poudlard avait été traumatisante, personne ne chercherait à lui faire croire le contraire. La disparation d’Enzo était un coup violent, une attaque frontale. Et pourtant, pourtant cela ne justifiait pas qu’il craque si vite. Il n’avait pas le droit de flancher au premier coup dur. Il n’avait pas le droit de réduire à néant tous les efforts de ses proches, tout ce qu’ils avaient enduré pour qu’il retrouve une vie digne de ce nom. S’il avait bu une gorgée dans un moment festif, ça aurait été différent. Sauf que là, il remettait l’alcool dans le rôle de son sauveur. De son aide face aux difficultés. Et c’était piégeux, il le savait, tout son corps s’en souvenait. Pourtant il avait bu, il avait acheté cette bouteille et l’avait ouverte comme si elle pouvait régler ses problèmes. Mais Enzo n’était pas de retour pour autant. Et les images de l’attaques étaient toujours dans son esprit.

Un soupir, une main passée sur son visage. Caem releva finalement la tête. Il remarqua alors une silhouette qui venait juste de se détourner. Une jeune femme qu’il ne pouvait distinguer convenablement dans l’obscurité. Elle était assise sur une balançoire. Elle avait dû être alertée par le bruit de la bouteille brisée. Le russe n’avait aucun mal à se figurer que d’un œil extérieur son attitude ne devait rien avoir de rassurante. S’éclaircissant la gorge, craignant que sa voix ne soit sinon trop rauque, Caem se redressa sur le banc et leva son bras dans un geste calme et qui se voulait rassurant.

« Désolé. »

Caem avait parlé suffisamment fort pour que sa voix porte jusqu’à la jeune femme. Il avait sans doute troublé sa balade et surtout, il avait pu lui faire peur ce qui n’était clairement pas son but. Il n’avait pas remarqué sa présence et sans doute aurait-il était incapable d’en tenir compte. C’était comme si, jusqu’à ce que cette bouteille se fracasse contre l’arbre, tout avait été flou autour de lui. Il était à l’extérieur, en plein dans les rues de la ville et pourtant il avait eu l’impression de nager à l’intérieur de lui-même. Caem tourna finalement la tête vers la bouteille explosée par terre et poussa un long soupir. Il ne pouvait pas laisser ça comme ça. Il aurait pu utiliser la magie mais ce n’était clairement pas la bonne période pour jouer de la baguette en pleine ville. Et puis il y avait cette demoiselle sur sa balançoire qui pouvait se retourner à tout moment. Bien. Pause. Le russe ferma les yeux quelques secondes et passa ses mains sur son visage. Il fallait qu’il se réveille, qu’il sorte de cette transe. Qu’il reprenne le dessus. D’un geste un peu trop vif, qui faillit le faire tituber, il se leva du banc. Sa capuche tomba alors sur ses épaules. Son visage était cerné, marqué par l’angoisse.

Caem fit quelques pas avant de venir s’accroupir au niveau des débris. Il y avait du verre partout, la bouteille avait bien explosé. La vodka quant à elle ne tarderait pas à être complètement aspirée par la terre. Le russe n’était pas certain que les plantes adorent cette substance mais bon, il pouvait difficilement la rattraper. Il commença donc à ramasser les bouts de verre. C’était fastidieux et il en aurait sans doute pour un bon moment. Mais ce n’était pas plus mal au final. Se concentrer sur cette tâche aussi répétitive et simpliste soit-elle l‘aidait à ne penser à rien d’autre. Il laissait de côté quelques instants les pensées qui le rendaient fou depuis des jours. Même s’il pouvait encore sentir la brûlure de la vodka dans son estomac presque vide. Même s’il avait toujours cette impression qu’il ne pouvait pas respirer librement.

Les petits bouts de verres commençaient à s’amasser dans la main de Caem et il allait bientôt falloir qu’il songe à aller vider ce stock dans une poubelle avant de recommencer sa chasse aux morceaux brisés. Sauf que bien évidemment, alors qu’il cherchait du regard une poubelle, il se déconcentra quelques instants et un morceau de verre vint entailler son doigt. Rien de méchant mais avec les résidus de vodka, ça piquait méchamment et surtout ça saignait pas mal.

« Et merde, fait chier… »

Pour la politesse, on pouvait repasser…
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MessageSujet: Re: Here we are again [Libre]   Jeu 17 Mai 2018 - 21:43

Comment en était-elle arrivée là ? Comment s’était-elle retrouvée à errer dans les rues de Londres la nuit, sans but, sans vie ou presque ? Des ressources, elle en avait… ici ou ailleurs, dans ses amis ou en elle ; elle n’était pas démunie. Pourtant, elle était plus perdue que jamais. Incapable d’avancer, incapable de se relever. Que s’était-il passé en elle ? Dans sa tête, les pensées se bousculaient sans cesse, mais il y avait comme un vide intersidéral qui séparait son cerveau de son visage, et elle n’arrivait pas à exprimer toutes les émotions qu’elle ressentait. Tristesse, colère, peur, culpabilité… tout se mélangeait, mais à la surface ne transparaissait rien d’autre que l’épuisement. Elle n’en pouvait plus, elle n’en pouvait plus de cette situation, elle n’en pouvait plus d’être bloquée là, comme paralysée, sidérée par ce choc qu’elle n’était pas en mesure d’encaisser. La chute de Poudlard.

Elle aurait pu s’y attendre, pourtant. C’était inévitable et ils ne étaient tous bien conscients. Mais… pas maintenant. Pas comme ça. C’était trop tôt, trop violent. La première semaine n’était même pas passée que les Supérieurs se tenaient déjà aux portes du Château, un otage en main. Ce garçon, Caitlyn l’avait croisé maintes fois dans les couloirs, il avait un an de moins qu’elle, Adam ou Evan ou quelque chose comme ça, Gryffindor ou Hufflepuff probablement, mais ça aurait pu être n’importe qui d’autre, ça aurait pu être Adrianna ou Marlone, ça aurait pu être Elias ou Rafael, ça aurait pu être elle-même – et quelque part, vu l’état dans lequel elle s’était retrouvée à Sainte Mangouste après son enlèvement, elle pouvait s’estimer heureuse que ce ne soit pas le cas – mais sa mort n’avait servi qu’à retarder de quelques jours le moment fatidique où les barrières magiques avaient lâché. Une semaine. Une petite semaine, et, comme Salem, comme le Ministère, comme Azkaban probablement, et comme d’autres structures sans doute, Poudlard était finalement tombé.

Et ses amis y étaient restés. Bloqués, coincés, prisonniers à nouveau dans les murs de cette école qui n’en était plus vraiment une depuis bien longtemps. Une fois de plus, elle s’en tirait tandis que ses proches payaient pour elle. Une fois de plus, elle était épargnée et ses amis souffraient à sa place. Rafael n’avait jamais rien demandé à personne, Elias non plus, pas plus que Marlone ou Adrianna, pourtant ils s’étaient retrouvés enfermés dans l’enceinte du château, à la merci de ces illuminés qui n’avaient pas trouvé mieux à faire de leur vie que de pourrir celle des autres. Et elle, ayant réussi à fuir sans se retourner, était là, elle était là avec sa liberté mais sans savoir quoi en faire, elle avait son avenir à portée de main mais était incapable de tendre le bras, incapable de faire le pas.

Un bruit de verre la tira de ses pensées et elle sentit son âme sursauter dans sa poitrine en lui coupant le souffle tandis que son corps se redressait lentement de la balançoire sur laquelle elle était assise en se retournant. Elle distingua vaguement la silhouette d’un garçon assis sur un banc, prostré, replié sur lui-même, capuche sur la tête et mains sur son visage. Depuis combien de temps était-il là ? Etait-elle arrivée avant ou après lui ? Elle n’était pas en mesure de répondre à ces questions qui lui venaient à l’esprit tandis qu’elle se rasseyait, lui tournant à nouveau le dos comme si de rien n’était, mais le cœur battant plus vite et plus fort qu’avant. Il n’avait pas l’air spécialement dangereux, mais se savoir seule avec un homme dans une aire de jeu du centre-ville en plein milieu de la nuit n’était pas rassurant.

« Désolé. »

Cette fois-ci, elle se crispa légèrement en guise de sursaut. Il y avait toujours ce décalage entre la force de ses émotions et celle de ses expressions, ce vide entre son esprit et son visage, mais il était un peu plus fin qu’avant. Entendre la voix du jeune homme, forte et un peu enrouée, semblait la sortir de sa torpeur. Comme si sentir son cœur se serrer et son ventre se nouer lui rappelait qu’elle était là, physiquement, malgré son absence apparente ces derniers jours. Comme si se savoir potentiellement en danger lui redonnait un semblant de réactivité, de lucidité. Elle ne répondit rien, cependant, mais resta attentive et finit par l’entendre soupirer puis se relever et faire quelques pas. Alors, doucement, précautionneusement, elle tourna sur elle-même avec un grincement qu’elle tenta en vain d’éviter, croisant les chaines de la balançoire au dessus de sa tête pour observer en silence le jeune homme accroupi au pied d’un arbre ramasser les débris de verre.

Au bout de quelques instants, il releva la tête et parcourut le parc du regard, et elle distingua ses traits tirés, ses yeux sombres entourés de cernes, sa barbe datant de plusieurs jours. L’espace d’une fraction de seconde, elle eut l’impression d’être comme frappée par la puissance de sa détresse. Et puis, aussi brutalement qu’elle était venue, cette impression repartit, la laissant un peu effarée. Se pouvait-il que le jeune homme soit en proie à un mal-être similaire au sien ? Ou avait-elle simplement rêvé, s’était-elle laissée submerger par la profondeur de son désespoir à nouveau ? Elle ne savait pas, elle n’était sûre de rien. Elle aurait aimé lui demander si ça allait, mais elle se retint. Ça ne la regardait pas, il ne lui avait rien demandé Mais soudain, elle le vit se raidir et l’entendit lâcher un juron.

« Et merde, fait chier… »

Elle fronça les sourcils, ne comprenant pas tout de suite ce qui s’était passé.

« Ça va ? »

La question lui avait échappé, c’était presque un réflexe. Et là voilà qui se levait de la balançoire, la laissant se dérouler tandis qu’elle s’approchait du jeune homme sans plus se poser de questions. Elle n’était pas totalement sereine pour autant, mais quitte à être ensemble dans ce parc désert, autant arrêter de faire comme si l’autre n’existait pas. Elle arriva à son niveau et s’accroupit en face de lui. En temps normal, elle aurait fouillé dans son sac pour en sortir un mouchoir ou un pansement, mais pour le coup, ses poches ne contenaient que son portable et sa baguette magique. Elle fit d’ailleurs attention à bien dissimuler cette dernière, et sortit l’autre pour allumer l’application lampe torche. Son doigt saignait assez profusément, dans son autre main se trouvait un tas de débris et à leurs pieds était éparpillé le reste. Elle releva alors le regard vers lui, et ce fut à ce moment là qu’elle le reconnut.

« Caem ? Je t’avais pas reconnu. Tu vas bien ? T’as besoin d’aide ? »

Caem, le copain de Killian et un bon pote à Enzo. Il était dans son année, arrivée en début de cinquième, et sans doute qu’ils avaient encore d’autres amis en commun, mais malgré ça, ils ne se connaissaient pas tellement. Plutôt discret, taciturne, toujours au fond de la classe, ne parlant que lorsqu’on l’y incitait, toujours avec un petit accent russe, il n’avait pas cherché à l’aborder et elle non plus n’avait rien fait pour se rapprocher de lui. La seule chose qu’elle savait de lui, finalement, était qu’il s’intéressait à la médicomagie. Il devait donc sûrement être capable de soigner sa blessure. Sauf s’il n’était pas en possession de tous ses moyens, ce qui ne serait pas impossible, au vu de l’odeur d’alcool qui planait autour d’eux...
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MessageSujet: Re: Here we are again [Libre]   Ven 25 Mai 2018 - 10:43

Cette situation avait quelque chose de risible, de ridicule. Alors qu’il voyait le sang commencer à couler de son doigt, Caem avait presque l’impression d’être dans une mauvaise comédie. Il était là, dans ce parc, face aux débris d’une bouteille qu’il avait achetée sans trop savoir pourquoi alors qu’il était sobre depuis des mois. Il avait été en colère, profondément triste et avait fini par la faire éclater. Et maintenant ? Il se sentait coupable, idiot, et complètement vidé. Il avait comme l’impression que plus une once d’énergie ne se trouvait en lui et qu’il n’avait plus qu’à ramassé mécaniquement les morceaux de verre pour ensuite errer jusqu’à rentrer quelque part. Chez lui ? Mais où ? Chez son père ? Chez Killian ? Qu’il aille chez l’un ou chez l’autre, ils sentiraient immédiatement qu’il avait bu, même si ce n’était qu’une petite quantité et clairement, il n’était pas encore prêt à cette discussion. Caem se sentait embourbé, pris au piège par sa propre faiblesse, sa propre bêtise. Et voilà qu’il bloquait sur son doigt entaillé, qu’il fixait le sang sans autre réaction qu’un juron.

Une voix poussa cependant Caem à sortir de son état de torpeur. Il releva la tête et vit que la jeune femme dont il avait deviné la silhouette sur la balançoire un peu plus loin venait de se lever en lui demandait si ça allait. Il était surpris oui, de cette attitude. Se grattant la gorge, il marmonna une réponse mais fut incapable de parler très fort, ce qui lui causa un doute sur le fait qu’elle l’ait vraiment entendu répondre.

« Oui, oui, c’est rien, pas d’inquiétude… »

Non pas d’inquiétude. Surtout que Caem réalisait que s’il s’était fait discret, il aurait pu se lever, aller vers une poubelle et choisir un moment de solitude pour sortir sa baguette et faire disparaître rapidement la plaie. Mais maintenant qu’il avait signifié sa présence et que la jeune femme s’approchait indéniablement de lui, il était coincé. Fatigué et n’ayant pas l’envie d’ajouter quoi que ce soit de plus, il demeura dans la même position, attendant que la silhouette soit finalement à son niveau. Sans bouger, ne voulant pas l’effrayer et qu’elle pense qu’il était totalement bourré et dangereux, Caem attendit sagement que la jeune femme mène l’échange. Elle fouilla alors dans ses affaires et finit par en sortir un téléphone portable duquel elle alluma la lampe de poche. Leurs regards se croisèrent alors et ce ne fut qu’à cet instant que les neurones du russe décidèrent de se connecter. Caitlyn. Poudlard. Quelle était la probabilité pour qu’un truc pareil arrive ? En tout cas, elle aussi l’avait reconnu assez rapidement et commença à s’enquérir de son état. Normal, il était loin de donner une image très reluisante de sa personne.

« C’est rien, juste une petit coupure… Mais comme je savais pas qui était là, j’ai pas trop osé sortir ma baguette. »

Tentative d’humour, Caem esquissa ce qui pouvait ressembler à un sourire. L’avantage étant que l’obscurité ambiante déformait déjà ses expressions, l’étrangeté de son sourire pouvait donc être placé exclusivement sur le compte de la luminosité. Parfait. Toujours était-il qu’avec les débris de verre dans une main et l’autre qui saignait, il était un peu coincé et ne pouvait pas rester éternellement comme ça. Poussant un soupir, il reprit la parole à l’attention de Caitlyn.

« Je vais déjà aller jeter ça… »

Caem avait légèrement soulevé sa main contenant les débris de verre avant d’entreprendre de se redresser. Il n’allait tout de même pas reposer tout ça sagement sur le sol du parc ou rester deux heures avec dans la main, il risquait tout simplement de se couper de nouveau. Profitant de la nouvelle lumière apportée par le téléphone de Caitlyn, il repéra plus facilement une poubelle non loin de là. Il alla y déposer les morceaux de verre avant de revenir vers la zone sinistrée. Il voyait bien qu’il restait encore pas mal de morceaux à ramasser. Debout, il baissa la tête vers son doigt qui saignait toujours. Il allait s’en mettre partout à ce rythme. Puis il posa le regard sur Caitlyn.

« Si ça peut te rassurer je ne suis pas complètement ivre. La bouteille a explosé après la première gorgée. »

La bouteille a explosé ? Moyen doux et délicat de dire qu’il l’avait jeté avec rage contre un arbre, fou de colère face à sa propre faiblesse. Mais clairement, il n’avait pas envie de rentrer dans les détails et s’il présentait l’information ainsi, il risquait au contraire de rendre son comportement encore plus inquiétant et plus suspect aux yeux de son ancienne camarade de classe. Ce qui n’était pas franchement le but de la manœuvre. Il fallait plus d’alcool pour qu’il perde le contrôle de lui-même. Pas beaucoup plus de peine en revanche.
Caem commença alors à jeter des regards autour d’eux. Il semblait n’y avoir personne et pourtant, il n’avait pas du tout confiance en l’idée de sortir sa baguette pour soigner sa plaie. La tension qui pesait actuellement sur le monde magique était bien trop forte. Tout le monde était tendu, à cran et les anciens de Poudlard étaient très bien placés pour savoir que le danger pouvait se planquer n’importe où. Résigné, le russe plongea sa main libre dans ses poches à la recherche d’un mouchoir ou autre qu’il pourrait compresser contre la coupure pour arrêter le saignement.
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MessageSujet: Re: Here we are again [Libre]   Dim 27 Mai 2018 - 19:16

Caem. Poudlard. Quelle était la probabilité pour qu’un truc pareil arrive ? Caitlyn avait imaginé beaucoup de visages différents à la silhouette sombre qu’elle avait distinguée dans la nuit, mais elle ne s’était certainement pas attendue à ce que l’inconnu s’avère être un de ses camarades de classe. Pourtant, en soi, ça n’avait pas grand-chose d’étonnant. Ils devaient être plusieurs, parmi ceux qui avaient réussi à fuir Poudlard, à errer dans les rues de Londres sans savoir quoi faire de leurs vies. Petits face à l’immensité du monde qui s’ouvrait à eux, perdus dans cette guerre qui faisait rage autour d’eux. Mais de ses proches, personne n’était dans ce cas, et c’était bien là la raison de son désespoir. Caem était-il dans la même situation ?

« C’est rien, juste une petite coupure. Mais comme je savais pas qui était là, j’ai pas trop osé sortir ma baguette. »

Un sourire forcé étira les lèvres du jeune homme et Caitlyn lâcha un petit rire sans joie. Oui, une petite coupure, juste. Une petite coupure sur son doigt alors qu’il ramassait les débris d’une bouteille d’alcool qu’il avait jetée pour la briser alors qu’elle était manifestement loin d’être vide. Mais à part ça, tout allait bien, n’est-ce pas ? C’était ridicule. Tout dans l’attitude du Russe témoignait de son mal-être. Et c’était juste ridicule de voir à quel point ils étaient finalement tous dans le même bateau, tous dans la même merde.

« Je vais déjà aller jeter ça… »

Elle hocha la tête et releva la lumière de sorte à ce qu’il puisse plus facilement rejoindre une poubelle dans laquelle il vida sa main valide pleine d’éclats de verre avant de revenir sur le lieu du crime. Il ne s’accroupit pas, cependant, et resta debout à contempler son doigt au bout duquel le sang continuait à couler. Elle se redressa à son tour, calmement, toujours un peu ralentie sur le plan moteur, avec toujours ce contraste entre ses pensées et ses actions.

« Si ça peut te rassurer je ne suis pas complètement ivre. La bouteille a explosé après la première gorgée. »

Elle le regarda. Ivre ? Non, il n’avait pas l’air complètement ivre. En tout cas, il était encore assez lucide pour savoir ce qu’il disait et faisait. Malgré tout, elle était inquiète, pour lui, pour ce que ça signifiait, pour ce que ça impliquait. Errer dans les rues de Londres en pleine nuit était déjà signe de peine, alors à quel point souffrait-il pour qu’il envisage de noyer son chagrin dans l’alcool ? Elle se souvint de Warren, de sa compagnie, de ses soins. Il avait été là pour elle quand personne d’autre n’avait pu l’être. Était-ce à son tour de l’être pour d’autres ?

« Dommage, j’aurais bien bu un verre avec toi si j’avais su que c’était toi. »

Elle n’était pas au courant de ses problèmes d’alcool, et rien dans son comportement actuel ne les trahissait. Jeter une bouteille de d’alcool contre un arbre sous l’effet de la colère n’avait rien de réellement étonnant à ses yeux, du moins elle pouvait tout à fait s’imaginer avoir la même attitude que Caem si elle avait acheté du rhum ou du whisky pour se saouler dans ce parc puis réalisé que boire ne résoudrait aucun de ses soucis. Ce n’était cependant pas une tentative d’humour qu’elle venait de faire là, non, c’était tout à fait sérieux, comme la majorité de ce qu’elle disait, n’ayant pas la force de chercher à plaisanter.

« Toi non plus t’arrives pas à rester tranquillement chez toi ? »

Elle ne savait rien sur sa vie, était incapable de dire s’il avait un endroit où aller, et elle doutait qu’il soit au courant de sa situation à elle, mais au fond, peu importait, ils étaient tous les deux là, seuls, et ça voulait bien dire ce que ça voulait dire. Incapables de trouver le sommeil, incapable de rester enfermés entre quatre murs, ils cherchaient dans la nuit une forme de sérénité, d’apaisement, ou au contraire de stimulus, de revivifiant.

« Attends, laisse-moi. »

Plus une offre qu’un ordre, une proposition qu’elle lui faisait, alors qu’il fouillait ses poches, probablement à la recherche d’un mouchoir. Elle tendit sa main pour qu’il puisse poser la sienne dessus et l’illumina à l’aide de son portable. La plaie n’était pas très grande mais assez profonde et pas prête à cicatriser spontanément dans l’immédiat.

Coinçant son portable dans la ceinture élastique de son short de bain au niveau de son bas-ventre de sorte à ce que le flash allumé en mode lampe torche éclaire devant elle, elle s’apprêta à sortir sa baguette magique qu’elle avait également coincée de la même manière au niveau de sa hanche gauche, mais elle remarqua qu’il regardait autour d’eux, comme inquiet qu’ils ne soient pas seuls. Elle en fit de même, scrutant les environs.

« Il n’y a personne. Mais on peut se cacher derrière l’arbre si tu préfères. »

Si, plus jeune, elle avait tendance à ne pas trop se servir de la magie, elle était aujourd’hui assez encline à le faire. Surtout lorsqu’elle le pouvait et que ça pouvait lui être utile et lui faciliter la vie. Bien sûr, elle n’allait pas forcer Caem mais, voyant qu’il ne semblait pas réticent outre mesure, elle l’emmena derrière l’arbre contre lequel il avait jeté sa bouteille, sortit sa baguette, et la pointa sur sa blessure en murmurant trois fois d'une voix douce.

« Vulnera Sanentur. »

Après la première incantation, le sang cessa d’affluer à la surface de sa peau. Après la deuxième, la plaie se nettoya. Après la troisième, les berges se rapprochèrent jusqu’à se refermer.

« Voilà. »

Et maintenant… maintenant quoi ?

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MessageSujet: Re: Here we are again [Libre]   Mar 29 Mai 2018 - 22:00

Caem avait lâché un rire sec, affichant un léger sourire alors que Caitlyn déclarait qu’elle aurait bien bu un verre avec lui. Entendre ça d’un coup le renvoyait à sa propre faiblesse. A ce qu’il venait de faire, à cette promesse qu’il avait rompue. Il allait devoir recommencer, repartir de zéro pour ce simple verre. S’il ne faisait pas partie des alcooliques anonymes, il avait son parrain en quelque sorte. Enzo. C’était à lui qu’il parlait de ses problèmes de sobriété, à lui qu’il pouvait confier ses doutes vis-à-vis de cela aussi. Il avait parfaitement confiance en Killian mais il avait besoin de quelqu’un d’extérieur à son couple pour parler de ça. Et Enzo était son homme dans ce domaine. C’était lui qui avait créé l’électrochoc pour qu’il arrête. Sauf qu’il n’était pas là et que sans lui, il n’avait rien trouvé de mieux à faire que de replonger, le trahissant du même coup. Cette idée le crispait alors il s’accrochait à ce qu’il avait, en cet instant, un visage familier. La présence de Caitlyn pouvait l’aider à reprendre ses esprits et pour ça, il devait accepter un peu de légèreté. Accepter de ne pas tiquer alors qu’on parlait d’alcool. Il avait pas mal d’entraînement en la matière de toute façon. Et puis, au-delà des mots, il y avait autre chose dans la voix de sa camarade. Il ne la connaissait pas plus que ça mais savait qui elle était. Elle avait fait partie du groupe qui avait lancé la résistance par la musique, elle se remarquait par sa pugnacité. Et là, elle semblait empreinte d’une sorte de mélancolie… Cette idée se confirma par la question qu’elle lui posa juste après même s’il fallut du temps à Caem pour percuter ce qu’il y avait derrière ces mots.

« On peut dire ça comme ça, oui. »

Il avait répondu sans trop réfléchir, presque par automatisme. Un sourire doux s’était dessiné sur son visage. C’était une belle façon de décrire ce qui lui passait par l’esprit en ce moment. Non il n’arrivait plus à rester enfermé chez lui. Il tournait en rond. Comme un loup en cage oui, la métaphore, aussi ironique que cela puisse paraitre, était complètement appropriée.
Le russe commença alors à fouiller ses poches pour trouver de quoi calmer le saignement de son dos. Mais Caitlyn prit les choses en main et il se laissa faire sans rechigner. Il posa sa main dans la sienne alors qu’elle examinait la plaie à la lumière. Rien de méchant mais s’il ne voulait pas mettre du sang partout, il fallait envisager de panser tout ça. Elle semblait avoir envisagé d’utiliser la magie et lui proposa d’aller se cacher, ayant sans doute capté ses regards. Caem acquiesça d’un simple mouvement de tête. Il ne voulait pas tomber dans la paranoïa mais la prudence était pour lui une indéniable qualité. Ne pas fuir les conflits mais ne pas non plus se jeter gratuitement dedans. Il se laissa donc entraîner par sa camarade. Ancienne camarade. Après trois incantations habilement menées, elle vint à bout de la légère blessure. Caem regarda sa main avant de relever la tête vers la jeune femme.

« Merci beaucoup. »

Il bougea alors son doigt, comme pour vérifier. Non pas qu’il doutait de Caitlyn, il s’agissait plus là d’un réflexe qu’autre chose. Il lui aurait bien proposé un verre pour la remercier mais clairement, l’idée de s’exposer une fois de plus à la tentation lui donnait la nausée. Se tenir loin des bars quelques minutes au moins lui ferait du bien. Il ne se confronterait pas alors gratuitement à ses erreurs ni à ses peines. Il fit cependant un signe de tête à la jeune femme et commença à avancer vers le banc qu’il occupait quelques instants auparavant. Dans son mouvement, il finit par lâcher une question qui tournait dans sa tête depuis quelques minutes déjà.

« Qu’est-ce qui t’empêche de rester chez toi ? »

Parce que c’était ça qui l’avait intrigué une fois de plus dans les paroles de Caitlyn. Il était évident que lui cherchait à fuir quelque chose, tout dans son comportement semblait l’indiquer. La jeune femme n’en avait laissé paraître que peu jusque-là. Mais dans ces mots c’était en fait évident : elle aussi avait un démon à combattre. Il n’était pas suffisamment proche d’elle pour la pousser à la confession, de toute façon, cela n’avait jamais été sa manière de faire. Il ouvrait des sujets, laissant toujours la possibilité aux gens de répondre ou simplement de prendre la tangente. Dans ces cas-là, il prolongeait dans ce sens et ne revenait pas en arrière. Respectant les silences de chacun autant que leurs paroles.
Les deux jeunes gens approchaient du banc et Caem s’y assit de nouveau. Il n’y serait sans doute pas retourné s’il s’était retrouvé tout seul. Il aurait fini de ramasser les bouts de verre et aurait fuit ce parc. Mais avec une présence c’était différent. Il se sentait poussé, forcé à se tirer de lui-même, à sortir de son introspection. Peut-être que ce dont il avait besoin dès le début était tout simplement ce qu’il fuyait : une compagnie neutre, un visage vaguement connu.

« Pas que faire de la balançoire en pleine nuit ça n’ait pas l’air sympa hein… »

Un nouveau sourire, un peu plus franc, se dessina sur le visage de Caem. Certes, il n’était pas empli d’autant de cœur, d’autant de joie qu’à l’accoutumée. Mais au moins, il lui permettait d’arrêter quatre secondes de penser à tout ce qui tournait en boucle dans son esprit depuis quelques jours. La pause serait peut-être de courte durée mais pour le moment, il se laissait porter.
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MessageSujet: Re: Here we are again [Libre]   Ven 6 Juil 2018 - 18:57

Un rire, rien d’autre. Pourtant Caitlyn n’avait pas spécialement cherché à être drôle. Mais le rire de Caem était bien loin d’être amusé ; au contraire, c’était un rire sans joie, un rire vide, même si plein d’amertume. Elle ne releva pas, cependant, et pinca légèrement les lèvres, les yeux dans le vague, presque blasée. Elle était loin de s’imaginer les véritables raisons de cette morosité, l’attribuant simplement à ce contexte de guerre qu’ils vivaient tous, sans se douter que Caem était en proie à des démons qui lui étaient propres. Et puis surtout, elle n’avait pas la force de chercher plus loin. C’était un peu comme avec Warren, finalement – elle était incapable de concevoir qu’il puisse exister d’autres problèmes que les siens, que ceux qui devaient sûrement être les leurs à tous. Le danger, l’insécurité, la peur, la culpabilité… N’était-ce pas déjà assez ? Que pouvait-il y avoir d’autre, de plus important, de pire ? Obnubilée par ses états d’âme, elle s’isolait dans son égoïsme, se perdait dans sa cécité. Et elle n’en pouvait plus de rester cloîtrée, seule avec soi-même, entre les quatre murs de sa chambre, à la merci des pensées qui se bousculaient dans son esprit. Manifestement, elle n’était pas la seule…

« On peut dire ça comme ça, oui. »

Elle n’attendait pas forcément de réponse de sa part là non plus, c’était presque une question rhétorique finalement qu’elle venait de poser, mais la réaction de Caem l’interpella davantage cette fois-ci, paradoxalement. Il souriait faiblement, répliquait du tac au tac, à peu près aussi absent qu’elle, avec le même abattement, la même résignation… ce qui en soi n’avait rien d’étonnant, justement. Comment aurait-elle pu savoir que l’état dans lequel se trouvait son camarade de classe n’était pas autant dû à la guerre qu’ils avaient fui tous deux mais à la disparition de son meilleur ami dans des circonstances tout à fait différentes, sans lien apparent avec la chute de Poudlard, et surtout particulièrement inquiétantes ? Rien, dans l’attitude du jeune homme, ne trahissait la véritable nature des épreuves qu’il était en train de traverser.

Et puis il y avait cette plaie. Cette petite coupure qu’il avait au doigt, rien de grave ni même de dangereux en soi, mais bel et bien là, physique, tangible, et, surtout, facile à soigner. En temps normal, à la place de Caem, Caitlyn se serait contentée de porter son doigt à la bouche ou de l’essuyer dans un pan de son t-shirt et d’attendre que le saignement se tarisse. D’ailleurs, le jeune homme ne semblait pas non plus accorder énormément d’importance à sa blessure et entreprendre quoi que ce soit de très sophistiqué pour la traiter, s’affairant simplement à chercher un mouchoir dans sa poche pour sécher le sang qui coulait le long de ses phalanges. Pourtant, quelque chose la poussa à vouloir le prendre en charge, et elle l’inspecta puis l’attira derrière l’arbre avant de sortir sa baguette. Elle avait besoin d’agir, de faire et non plus d’attendre.

« Merci beaucoup. »

Elle lui adressa un sourire, puis cacha sa baguette sous son t-shirt, la coinçant dans la ceinture élastique de son short. Il bougeait son doigt, vérifiant sa mobilité plus par automatisme qu’autre chose, et semblait relativement satisfait. En tout cas, il n’avait pas l’air sceptique ni mécontent, et il lui fit un signe de tête avant de se diriger vers le banc où il était assis auparavant, lui intimant de le suivre, puis reprit la parole.

« Qu’est-ce qui t’empêche de rester chez toi ? »

Elle aurait pu s’y attendre. Pourtant, cette question la frappa de plein fouet, et elle resta interdite pendant quelques instants, prise de court, l’imitant sans réfléchir tandis qu’il s’asseyait sur le banc en béton. Qu’est-ce qui l’empêchait de rester chez elle ? Rien du tout, en soi ; mais elle était mieux dehors. Elle n’avait tout simplement pas envie d’être chez elle. Elle n’en pouvait plus de ne rien faire, cloitrée dans les murs de l’appartement, prostrée dans son lit ou avachie sur le canapé, à attendre que ça se passe. Pourtant, elle n’avait pas la force de réellement faire quoi que ce soit, de prendre les choses en main. Mais quitte à rester passive, elle aimait autant l’être à l’extérieur où le calme était plus apaisant, moins oppressant, qu’à l’intérieur.

« Pas que faire de la balançoire en pleine nuit ça n’ait pas l’air sympa hein… »

Cette fois-ci, elle sourit, lâchant même un rire amusé, sincère. Un jour, elle aurait l’énergie pour accomplir plus que simplement faire de la balançoire en pleine nuit. Un jour, elle aurait assez de force pour se relever, assez de volonté pour s’extraire de cette léthargie dans laquelle elle s’était enlisée depuis une semaine. Elle le savait. Elle le sentait, elle voyait son avenir à portée de sa main, chaque jour un peu plus. Et quand elle l’atteindrait enfin, elle savait exactement ce qu’elle allait faire. Mais en attendant, elle était là, avec Caem, et quelque part, c’était peut-être exactement ce dont elle avait besoin.

« C’est ça, moque-toi de moi ! En vrai c’est même très sympa, d’abord. »

Elle n’avait pas envie de revenir sur toutes ces pensées qu’elle s’efforçait de fuir. Elle n’avait pas envie de replonger dans cette mer d’émotions négatives qui la submergeaient à intervalles réguliers. Elle voulait s’accrocher à cette légèreté, rester dans ce registre jovial qui lui faisait tant de bien. Une autre stratégie pour oublier ses tracas aurait été de s’intéresser à ceux de l’autre, mais elle se doutait que c’était exactement ce qu’il cherchait à éviter. Alors elle détourna le regard, le fixant au loin à l’horizon, tandis que des mèches de ses cheveux tombaient devant ses yeux comme des lianes dans la jungle. Elle devait avoir l’air d’une loque, avec son chignon à moitié défait et ses vêtements ternes… mais Caem avait à peu près la même mine qu’elle, et puis de toute façon, ça n’avait aucune espèce d’importance.

« Je sais pas, c’est pas que ça m’empêche, c’est juste que… j’ai l’impression d’étouffer à la maison, j’ai besoin d’air. »

Rien contre Casey, bien au contraire, le soutien de la blondinette était vraiment très important pour Caitlyn, et c’était sans parler de son hospitalité. Mais elle ne pouvait pas rester enfermée tout le temps, elle n’y arrivait pas, c’était impossible. Et puis, elle n’avait pas envie de lui imposer sa présence au quotidien, de lui infliger tantôt ses humeurs, tantôt ses silences. Elle ne l’évitait pas systématiquement pour autant, mais elle avait besoin de ces moments de solitude, de ces instants où elle n’avait pas l’impression d’être un poids sur les épaules de son amie.

« À la base, je prévoyais de retourner en Australie avec mon sac à dos… Enfin, prévoyais, c’est un grand mot. J’avais fait ça cet été, après l’anniversaire de Enzo, et c’était vraiment cool, du coup, en voyant les Supérieurs gagner, j’ai rassemblé mes affaires en me disant que je ferais pareil. Sauf qu’il semblerait que j’ai un peu perdu la motivation en cours de route, mais du coup là j’attends qu’elle revienne, et ensuite on verra, mais je pense bien me casser une fois pour toutes. »

Dit comme ça, c’était assez optimiste, et ce n’était pas pour lui déplaire. Elle avait beau ne pas avoir de véritables racines, de réel chez soi, elle n’était pas sans ressources pour autant. Il allait falloir qu’elle mène seule sa barque, et les eaux ne promettaient pas d’être calmes tout le temps, mais elle y arriverait, un jour, elle en était convaincue.

« Tu as des nouvelles de tes amis ? »

La question lui avait échappé sans qu’elle ne puisse la retenir, comme un automatisme. Comme si elle était finalement incapable de ne pas évoquer les sujets qui fâchent, en dépit des efforts qu’elle faisait pour les éviter. Comme si elle ne pouvait pas se résoudre à arrêter d’espérer un miracle, un retournement de situation, aussi improbable que ce soit. Parfois, elle se surprenait à s’imaginer que tout ça n’était qu’un interminable mauvais rêve, un cauchemar dont elle finirait par se réveiller en sueurs dans son lit, entourée des autres Ravenclaw de son dortoir. C’était stupide, elle le savait, mais elle n’arrivait pas à faire autrement, n’arrivait pas à éteindre cette petite lueur d’espoir, cette petite flammèche qui continuait à danser en elle.
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MessageSujet: Re: Here we are again [Libre]   Dim 8 Juil 2018 - 21:28

Même si l’énergie n’y était pas complètement, même s’il y avait encore des hésitations et des maladresses palpables dans sa voix, Caem fut content de l’effet provoqué par sa petite plaisanterie. Caitlyn laissa échapper un rire, léger mais sincère et le sourire du jeune homme s’accentua immédiatement. Il se laissa même aller à rire lui aussi, quelques secondes seulement lorsqu’elle se mit à protester, semblant vouloir défendre l’activité balançoire nocturne. Elle avait bien raison, il fallait défendre ses passions, même les plus absurdes. Après tout, si le monde est aussi vaste, c’est aussi pour accueillir toutes les lubies possibles, non ? Le rire du russe avait fini par s’éteindre, comme celui de Caitlyn et le silence s’était peu à peu installé entre eux. La tension était palpable. Pas alimentée par le fait qu’ils se croisent non, c’était quelque chose qu’ils portaient chacun au fond d’eux. Un truc qui les bouffait, qui les étouffait. Pourtant, ils semblaient tous les deux réticents à l’idée de parler, de mettre des mots, de partager toutes ces émotions sombres. Le russe ne bougea pas, le silence ne le dérangeait pas, au contraire, il l’avait toujours apprécié. Pour lui, il n’était pas difficile de rester en compagnie de quelqu’un sans rien dire, en se contentant simplement de profiter d’une présence. Il fixait l’obscurité qui s’étalait devant eux. Son regard avait fini par s’y habituer, il distinguait des ombres et y trouvait quelques choses de poétiques. Malheureusement, les étoiles étaient cachées par les lumières trop importantes de la ville de Londres. Tiens, il aurait bien envie de se perdre à la campagne, de s’allonger dans l’herbe et de fixer les étoiles. Oui, il irait peut-être faire ça chez Ismaelle et Leiv.

La voix de Caitlyn avait fini par rompre le silence et plus par instinct que pour lire quoi que ce soit sur son visage, Caem avait légèrement tourné la tête. Elle avait lâché quelques mots, sur cette impression d’étouffer, d’être trop à l’étroit. Il comprenait parfaitement. Son regard se porta de nouveau sur l’obscurité. Caitlyn reprit alors d’elle-même et le russe était content de voir qu’elle arrivait à s’exprimer un peu. Il ne la pousserait pas, respectant autant ses paroles que ses silences. Elle parla de son envie d’aller en Australie. Elle évoqua Enzo. Caem sentit son cœur se serrer, une violente nausée l’envahir mais il ne bougea pas. Rien dire, il l’avait promis. Il avait même gardé le silence face à Killian, il ne romprait pas cette promesse. Mais entendre son prénom au détour d’une conversation, avec autant de simplicité, de facilité. Putain Enzo, t’es où ?

« J’espère que tu trouveras ce que tu cherches, là-bas, sur les routes. »

Caem tourna alors légèrement la tête pour adresser un sourire timide à Caitlyn. Voyager, partir sans rien d’autre qu’un sac, il y avait pensé à plusieurs reprises. Cela aurait pu lui plaire oui, mais pas tout de suite. Lui qui avait tant connu la solitude, qui avait su la dompter et en faire une véritable amie ressentait l’envie, le besoin viscéral de partir avec ses proches. De les emmener avec lui, de ne pas les lâcher. Pas maintenant. Mais si Caitlyn en avait besoin, il fallait qu’elle le fasse. Qu’elle se referme sans doute pour mieux s’ouvrir après. Les voyageurs le disent, c’est toujours quand on part seul qu’on fait le plus de rencontres.

Caem avait perdu toute notion du temps et il aurait été bien incapable de dire combien de secondes, de minutes s’écoulaient entre chaque prise de parole. Il avait l’impression d’être plongé dans un autre monde, un autre univers. Il se sentait loin de tout et pourtant, connecté à son histoire par la présence de Caitlyn. Caitlyn dont la voix se fit entendre de nouveau. Des nouvelles de ses amis. Caem resta immobile. Il eut envie de rire, de lâcher un rire cynique et mauvais, de ceux qu’il gardait habituellement bien enfouis en lui, qui le répugnaient plus qu’ils ne le chatouillaient. Mais il ne pouvait pas. Il n’en avait pas le droit. Le regard toujours perdu devant lui, il esquissa un mince sourire, presque pour se donner du courage.

« Oui, mes amis les plus proches ne sont soit pas retournés à Poudlard ou ont pu s’en échapper. Un coup de chance il faut croire même si je pense encore à ceux restés là-bas. »

Car bien que ceux qui comptaient le plus pour lui n’étaient plus entre les murs de l’école, il ne pouvait s’empêcher de penser à ces connaissances à qui il n’aurait jamais souhaité le moindre malheur. Il y avait ces images, de ceux qui étaient restés sur le sol de l’école. Caem ferma les yeux quelques instants. Il se battait pour que le visage d’Enzo ne s’impose pas. Pour que les yeux éteints de certains élèves ne se mélangent pas aux siens. Pas maintenant.

« Et de ton côté ? »

Caem s’était de nouveau tourné vers Caitlyn, prêt cette fois à la regarder, ravalant ses démons, ces mauvaises images qui s’imposaient dans son esprit, qui lui dévoraient le cerveau jusqu’au dernier neurones. Comme pour en enlever tous les bons souvenirs. Comme pour n’y laisser qu’un océan de noirceur. Il ne voulait pas de ça. Il s’était battu contre ça. Il n’était pas le seul. Ils s’étaient tous battus pour continuer à sourire, pour se sentir plus forts, plus heureux. Ils s’étaient révoltés, passant par la musique, par la force du collectif. Ils avaient construit des familles là où on avait cherché à les séparer. Et pourtant, c’était comme si chaque défaite venait faire oublier la victoire précédente. Etait-ce vraiment ainsi qu’on se souviendrait de tout ça ? Comme des victoires éphémères et des défaites toujours plus féroces, toujours plus intenses.

« Enfin si tu veux en parler bien sûr, j’ai l’impression d’oublier toute ma délicatesse… »

Nouveau sourire, partagé entre l’amusement et la sincérité. Tout ça était tellement absurde, tellement improbable. Caem s’en rendait un peu plus compte à chaque seconde. C’était le sens qui s’était perdu dans toutes ces batailles.
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