AccueilAccueil  FAQFAQ  RechercherRechercher  MembresMembres  GroupesGroupes  S'enregistrerS'enregistrer  ConnexionConnexion  

Partagez | 
 

 I'm not here, this isn't happening - Emily

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Aller en bas 
AuteurMessage
avatar
Hiboux postés. : 2158
Date d'inscription : 27/05/2013
Crédits : Carter
Double Compte : Dimitri & Charleen & Mateo & William & James & Leiv



Voir le profil de l'utilisateur http://impero.superforum.fr/t2099-viens-decouvrir-les-printemps-
MessageSujet: I'm not here, this isn't happening - Emily   Ven 11 Sep 2015 - 15:51

► I'm not here, this isn't happening ◄
Emily & Kezabel


Nuit du Dimanche 22 au Lundi 23 Février

Main tendue devant moi, je scrute chaque flocon de neige tombant au creux de ma paume. Je perçois une fraicheur furtive pour chacun d’entre eux, suivit d’une sensation humide lorsqu’ils fondent au contact de ma peau. Je me sens calme, apaisée et étrangement détendue. Pourtant, je sens le danger venir et rôder autour de moi. Il est là, quelque part, mais je ne m’affole pas pour autant. Pas tout de suite.
La voix de mon frère, enfantine, m’appelle et je décroche de ma contemplation. Elle semble à la fois lointaine et proche, comme un écho au creux de mon oreille. Adam est là, debout sur ses deux jambes, joues rougies et respiration haletante. Son sourire est communicatif, je sens mes lèvres s’étirer sur mon visage alors que je réajuste mon bonnet. J’ai 16 ans et mon innocence est intacte. Je ne suis qu’une ado sans histoire, sans problème. Je me sens bien. Une vague sensation me souffle que je n’avais pas ressenti pareille plénitude depuis de longs mois, voir, années. Pourquoi cela fait si longtemps ? En cet instant présent, je n’arrive pas à me souvenir puisque mon subconscient décide délibérément de passer à la trappe des informations, images et sons que je devine cruciaux. Mais je ne lutte pas contre, bien au contraire. Je veux encore profiter de cette sensation de légèreté qui m’enveloppe. Tout me semble étrangement précis, dans les moindres détails. Mes années de pratiques en dessin m’ont affuté l’œil.

Adam me lance une boule de neige en pleine poitrine, lâchant un rire mi-amusé, mi-provocateur et je ne tarde pas à faire de même, formant une masse compact au creux de mes mains avant de la lancer avec force vers lui. Elle atterrit en pleine tête, à l’arrière du crâne. La bataille est lancée et je peux même voir de l’autre côté de nos bosquets une silhouette se dessiner.

— Eh Anya ! Tu veux m’aider à mettre une raclée à Adam ?
— J’arrive !

Anya. Voisine et amie de très longue date, elle est d’un an mon ainé. Grande et à la carrure athlétique, cheveux roux lui arrivant jusqu’au bas du dos, elle s’apprête à nous rejoindre. Le fait qu’elle soit en short et en tee-shirt ne semble choquer ni mon frère, ni moi-même. Ce genre de détails parait normal, dans l’ordre des choses. Quand je la regarde bouger, ramenant sa longue chevelure de feu en un gros chignon, je ressens au creux de moi un élan d’affection à son égard. Elle n’est pas qu’une voisine, nous nous connaissons depuis maintenant 4 ans, nous nous voyons tous les jours lorsque je reviens de Poudlard et nous ne manquons pas de nous écrire. C’est une moldu et elle pense que chaque fois je pars à l’étranger, dans une école qui nécessite à ce que je reste à l’internat.

Je lève les yeux vers le ciel complètement bleu, sans l’ombre d’un nuage. J’esquisse un sourire.

— C’est d’la triche ! Vous allez être deux contre moi !

Sa voix me semble toujours lointaine alors qu’il se trouve à moins de deux mètres de moi.

— Quoi, t’as la frousse ?

Adam lui tire la langue et forme déjà sa boule de neige alors qu’elle se dirige vers son portillon. Il l’interpelle, Anya se retourne et reçoit le projectile blanc en pleine poitrine. Mon amie se stoppe net, figée, bouche ouverte et le visage plus pâle qu’il ne l’est d’habitude. Je fronce les sourcils et sens mon myocarde s’accélérer violemment. Le danger qui rôdait tout à l’heure se fait plus présent et oppressant. Ils sont là. Qui ? Je ne sais pas puisque la seule chose qui me focalise en cette seconde est la tâche de la taille d’une balle de ping pong sur le torse d’Anya qui ne bouge toujours pas. Une tâche vermeille, qui s’élargit comme si son vêtement se gorgeait d’encre.

Du sang.

L’angoisse me martèle les tempes, mes sens s’alarment, s’activent et se bousculent. Un flot d’élément en parfait contraste avec l’instant précédent me submerge. Le ciel vire au rouge sombre parsemé de nuage lourd, menaçant. Adam ne bouge pas, ses yeux braqués sur Anya. Je suis son regard et me retrouve nez à nez avec elle, son visage à quelques centimètres du mien. Un hoquet de peur m’échappe alors que je fais face à ses yeux exorbités de douleur… Anya ouvre la bouche et pousse un hurlement strident qui explose mes tympans mais qui, surtout, m’offre un nouveau bouquet de peur qui m’étouffe. J’ai l’estomac à l’envers, crispés et les larmes m’échappent sans que je n’aie la volonté de les retenir. Je veux me recroqueviller, fermer les yeux et hurler à mon tour pour que tout s’arrête. Pourtant, je n’y arrive pas. Je continue de la regarder alors que son visage s’effrite sous mes yeux, son cri ne cessant pas de s’étendre et me glace les sangs. L’épouvante est d’une telle intensité que j’ai la sensation que je ne peux absolument plus respirer. Et je cherche mon air, incapable d’inspirer pour laisser entrer l’oxygène dans mes poumons.

Tout s’efface. Anya disparait, mes poumons se gonflent, son cri s’éteint.
Et les autres, naissent.

Hurlement de rage, de plaisir malsain. Ceux gorgés de larmes et de suppliques. Des enfants, des femmes, des hommes. Un chien qui aboie et qui lâche un couinement douloureux. Et ils s’intensifient alors que je cherche Adam du regard et que je l’appel en hurlant. Il n’est plus là. Je m’affole et lorsque je vois le ciel rouge se zébrer d’éclairs bleus, je comprends enfin.
Ils sont là.

— KEZABEL ! ADAM ! A LA MAISON !

Non.

Je fais volte-face et mon frère est déjà sur le pas de la porte, dans les bras de ma mère. Elle est là. Vivante. Le visage crispé d’inquiétude, mais vivante.
Je comprends seulement maintenant ce qui m’attend et je m’y refuse. Je fais opposition, en bloc et mon premier réflexe est de vouloir plonger la main dans la poche de mon manteau pour en sortir ma baguette. Je ne ferais pas la même erreur deux fois. Je ne la laisserais pas mourir une deuxième fois.
Les sons sont insupportables, diversifiés d’horreur. La chair qui se déchire, les os qui se brisent, les rires de nos assassins qui se répercutent en écho dans le village qu’ils mettent à sac et à sang. Ma peau est parcourue d’un long frisson lorsque la conscience s’éveille enfin, balayant d’un coup de rage cette terreur qui la maintenait sous silence. Pour la deuxième fois, je vais perdre ceux que nous connaissions depuis des années. Des amis, des connaissances. Mais surtout, ma mère.

Je commence à courir vers la maison alors qu’Adam, revient en hurlant, en sens inverse. Il ne revient pas, non. Il est éjecté vers l’avant. Son corps vole sur plusieurs mètres avant de s’écraser lourdement sur le sol. Les évènements ne sont pas cohérents, ils n’ont aucun sens. Et ces cris qui s’intensifient, à m’en rendre dingue, à m’en faire pleurer comme si je ne pourrais jamais plus m’arrêter. Papa s’est matérialisé par je ne sais quel moyen aux côtés de mon frère, hurlant sur son corps.

Ca n’a aucun sens.
Mes émotions explosent.

— MAMAN !

Sa voix, je l’ai entendu. Et c’est pour ça que je cours jusqu’à la maison, main dans la poche de mon manteau. Pas de baguette. Pourquoi ? Je l’ai toujours sur moi, pourtant elle n’est pas là. Je ne comprends pas.
Je l’appel de nouveau, en hurlant toujours, essayant de couvrir les cris des victimes et des bourreaux, ceux qui me hanteront encore et encore sans que ça ne s’arrête jamais. Je le sens qu’elle est en danger, parce que je sais que c’est le cas. Tout va exploser et il faut que je la sorte de là avant, avec ou sans baguette.
Je chute brutalement en avant, dans l’allée couvert de gravier gelé. Je me relève, hurle toujours pour la faire venir jusqu’à moi. Des sors explosent à l’intérieur, les jardins ont disparus, le quartier entier s’est volatilisé. Notre maison n’est plus qu’une demeure au milieu d’un chaos rouge sombre.

— KEZABEL AIDE MOI ! JE T’EN PRIE !

J’arrive maman, j’arrive.
Oui, j’arrive. Et je me relève en trébuchant mais accours sans jamais atteindre cette maison qui semble s’éloigner de moi à chacun de mes pas. J’arrive. Allez. Je force sur mes jambes, luttant contre l’angoisse qui m’inflige une pression que je ne contrôle pas. Je pleure, gémis, hurle parfois et me débats contre cette impossibilité d’atteindre le perron où ma mère apparait.

Le temps se ralenti brutalement. Mes propres gestes se suspendent et s’effectuent avec une lenteur qui me rend malade. Pourquoi ça ne va pas plus vite ? Elle va mourir. Ma mère va mourir. Elle me regarde avec des yeux horrifiés, bouche ouverte comme si un cri silencieux lui avait été arraché, alors qu’elle tend la main vers moi, courant pour échapper au drame. Elle aussi, le sait. Elle est consciente de ce qu’il l’attend.
L’explosion prend naissance derrière elle. C’est un nuage de flamme que je perçois dans son dos. Au ralenti.

Please don’t go,
I want you to stay…


Un hurlement surgit de ma gorge mais à la seconde où j’essaie, le temps se débloque. L’explosion surgit avec une violence inouïe qui me vrille les tympans et je ferme les yeux par réflexe. La dernière image que je perçois est le visage de ma mère, figé dans son cri inaudible dans sa douleur naissante.

Non. Non. Non.

Mon cœur tambourine avec force, j’ai terriblement chaud et une douleur s’insinue dans chacun de mes muscles. Comme si j’étais resté dans la même position des heures durant. Paupières closes, je n’ose faire face à ce qu’il m’attend, mais je ne contrôle rien de moi, rien de ce qu’il se passe, rien de ce qu’il doit se passer. Alors, brusquement, mes yeux s’ouvrent.

Le choc est aussi violent qu’horrifiant. Effroyable. Angoissant. Ma gorge se bloque dans un sursaut, mon cœur se braque aussitôt alors que mon ventre lui, se retourne littéralement. Mon sang est un bloc de glace et mon corps, lui, se crispe telle une planche de bois. Mes jambes ne tiendront pas le coup. La chaleur se fait suffocante, lourde. C’est irrespirable.

— Pourquoi tu m’as laissé, ma chérie ?

Après Anya, c’est ma mère qui se trouve à quelque centimètre de mon visage, la peau ravagé par les flammes, laissant entrevoir le sillon de ces muscles et os sous la peau déchirée. Je me débats mentalement pour me sortir d’ici car la conscience sait pertinemment que c’est un foutu cauchemar. Un cauchemar dont je n’arrive pas à me sortir depuis tout à l’heure.
Son visage s’approche un peu plus et mes larmes redoublent d’intensité. Pourtant, je ne lâche aucun sanglot, bouche entrouverte.

— Tu aurais dû rentrer dans cette maison pour venir me chercher. Tu aurais dû le faire.

Son visage se dégrade. Je veux disparaitre. Maintenant.
Elle me dépose un baiser brûlant sur le front alors que son regard est gorgé de rancune. Ce geste sonne le glas d’une malédiction. Maman se repositionne face à moi, ses traits se déforment et s’allonge, sa peau s’étire, ses muscles se déchire. Elle pousse un hurlement strident qui termine de m’achever…

… et de me faire hurler à mon tour. Je me redresse brutalement, me débattant contre quelqu’un, quelque chose qui me maintient les bras, les épaules. Le retour à la réalité est d’une telle violence que je n’hésite pas à griffer tout ce qui peut se trouver à porter de mains, donnant des coups de pieds et de poings dans l’air alors que deux voix me hurlent d’arrêter.

— Keza ! Arrête ça n’est que nous !!

Il fait chaud et encore en cette seconde j’ai la sensation que si j’ouvre les yeux je serais au plein cœur de cette fournaise, celle qui a détruit ma mère. Pourtant ce sont deux visages aux traits flous qui apparaissent alors que je me suis reculée contre ma tête de lit, complètement en nage. Ma respiration est haletante, l’oxygène ne semble jamais réussir à parvenir suffisamment jusqu’à mes poumons.

— Hey, c’était qu’un cauchemar. Tout va bien.

Mon visage est baigné de larme et je ne m’en rends compte que maintenant, que lorsque je distingue Lucy dont les traits traduisent une inquiétude que je lui reconnais bien. Eclairée par le Lumos de Patty à côté d’elle, elle semble fantomatique, comme si je n’étais jamais sortie de ce cauchemar. Anya. Ma mère. Je revois leur visage se distordent sous leurs cris.
La main fraiche de Lucy sur mon front ne m’apaise pas, au contraire. Je sens un poids s’alourdir sur mon thorax et l’air peine de plus en plus à franchir mes lèvres. Je reconnais bien là les signes de ce qui me guettent depuis plusieurs semaines et je sais aussi qu’il est hors de question que je reste ici.  

— J… j’dois y aller.

— Hein ? Mais il est pas loin de 2 heures du mat’. Lucy me maintient gentiment alors que j’essaie de sortir du lit. L’angoisse s’intensifie. J’étouffe. Tu veux aller où comme ça ? C’est dangereux avec ce qu’…
— Faut que j’partes Lucy. Tout de suite.

Ce n’est pas ma voix que j’entends. Tout du moins elle n’y ressemble pas. Je ne parle jamais aussi sèchement et Lucy ne s’en offusque pas pour autant. Je me dégage rapidement de l’étreinte de sa main alors que Patty me regarde faire. Mon premier réflexe est de prendre ma baguette sur ma table de chevet et je n’attends rien de plus pour franchir la porte du dortoir.
Ca n’est plus un besoin mais une urgence. Vitale. Je titube, trébuche dans l’escalier, me rattrape de justesse à la rambarde. Mais jambes tremblent mais je me fais violence. Comme pour chaque geste que je fais jusqu’au couloir. Je suis en tee-shirt et bas de pyjama, mais pieds nus. Je n’ai pris la peine de rien. Ni de me vêtir plus chaudement, ni de prendre quelconque précaution. Je ne supporte plus ces vêtements sur ma peau, ni mon existence tout court. Et ce n’est même pas le visage de ma mère qui me hante cette seconde, mais ses paroles. Son hurlement qui m’effraie plus que quoi que ce soit d’autres. Les sons de cette bataille vécue 4 ans plus tôt me hantent aujourd’hui. Parce qu’ils sont revenus, encore une fois et ce, dans l’unique but de tuer avec brutalité. Ils ont terminés d’achever l’ouverture de cette plaie que j’avais recousue moi-même, à la va vite, pour mieux m’occuper de mon père et d’Adam.

Et maintenant je me retrouve titubante dans ce couloir à deux heures du matin, le cœur prêt à exploser. Un vide au creux de soi, un vide au creux d’une existence entière. Une culpabilité qui, sournoise, s’est manifestée après avoir dormi durant quatre années complètes. Mes larmes continuent de ruisseler alors que je serre les dents pour ne laisser échapper aucun sanglot.
Pourquoi maintenant ? Pourquoi comme ça.

Mes pas me guident spontanément, sans que je n’aie à réfléchir plus longtemps et je sais que pour ça, je culpabiliserais aux premières lueurs du jour.
Arrivée devant la porte des Serpentard, je bredouille leur mot de passe, me demandant si cette chaleur intense qui semble se focaliser sur moi, disparaitra un jour. Pour la première fois, j’ai l’envie brutale de me gratter la peau à sang, comme si cela pouvait faire disparaitre cette sensation de brûlure continuelle.

Je l’ai abandonnée.
J’aurai dû y aller. N’écouter que mon instinct.

La porte s’ouvre, je trébuche sur la première marche et me rattrape au mur. Mes pas sont aussi précipités qu’incohérents. Comme un nouveau-né qui apprendrait à marcher.
J’ai besoin de quelqu’un, d’une existence. D’une main fraiche sur ma peau pour me calmer. Je veux la sienne. Me raccrocher à ce port dont elle est le phare, pour ces soirs où je me perds. Comme cette nuit où ma raison à complètement foutu le camp et où la panique est seul maitre à bord. Mon angoisse m’oppresse à chaque pas et je ne réussis pas à me calmer, donnant sûrement l’impression d’avoir le diable aux trousses.

Inspire. Expire. Tranquillement.

J’essaie, je prends de grande goulée d’air même si je n’arrive plus à ignorer ce bruit de fond. Ces hurlements.
Je grimpe les escaliers, toujours baguette en main et franchis la porte du dortoir sans aucune discrétion. Plus rien n’a d’importance en cette seconde où je suis au bord du précipice, à deux doigts de devenir folle. J’ai l’envie pressante d’hurler. Un vrai cri profond, qui pourrait me donner l’impression de vomir tout ce qui est entrain de m’écraser, comme des milliers de petites bêtes qui grouillent en moi pour venir me ronger petit à petit.
Du dos de ma main tremblante, je me frotte le front soudainement perdue. Quel lit ? Comme si je ne connaissais pas cet endroit par cœur… désorientée, je me balance d’un pied sur l’autre, glissant cette fois mes doigts dans mes cheveux. Il n’y a plus rien de cohérent chez moi.

Ce sont les piaillements de Monkey qui me guident et je les suis sans une once d’hésitation. J’ouvre les rideaux, Riley était déjà entrain de se réveiller. Je ne peux que compter sur sa petite luciole pour entrevoir son visage endormie.

— Riley…

Elle se frotte les yeux et me regarde. Je tremble. Pourquoi est-ce que je n’y suis pas retournée, dis-moi. Pourquoi est-ce que je n’ai pas été la sauvée. Pourquoi est-ce que j’ai été aussi stupide.
Elle comprend que quelque chose ne va pas, elle comprend toujours. Elle se redresse, se met à genoux pour se mettre à ma hauteur. Elle murmure des choses que je ne comprends pas, que je n’entends pas.

— Cauchemar. J’veux pas me rendormir. J’peux pas y retourner.

Retourner dans ce lit où j’ai cru y sentir un brasier.
Contre toute attente, le visage de Marcus revient s’imposer et l’angoisse grimpe en flèche.

Il m’a fallu une bonne heure avant de réussir à me calmer, entre ses bras. Riley est mon point d’ancrage, celui que je tente toujours de rejoindre consciemment ou non, lorsque je sens que tout échappe à mon contrôle. Je ne devrais pas être là, pas alors qu’elle a perdu une amie il y a une semaine. Mais je ne pouvais pas.
Je ne pouvais juste pas…

¥

Lundi 23 Février – Tôt le matin

Je n’ai pratiquement pas dormis mais l’angoisse s’est dissipée lorsque j’ai réussi à me caler sur la respiration de Riley, y trouvant un réconfort apaisant. Yeux grands ouverts, je patiente encore un peu avant de décider à me lever. Je n’arriverais pas à me rendormir, pas à cette heure-là et pas dans un état comme celui-ci. Je me retourne en douceur pour ne pas réveiller ma meilleure amie qui dort paisiblement. La semaine a été dure pour elle et comme prévue, je culpabilise d’être venue cette nuit dans un état pareil. Pourtant elle est ma meilleure amie et je ne me voyais pas aller trouver quelqu’un d’autre qu’elle. C’est de Riley dont j’avais besoin.

En silence et en douceur, et surtout bien moins fébrile qu’il y a quelques heures, je me lève et lui écris un mot rapide la remerciant et lui indiquant que je lui prends quelques vêtements pour la journée. Retourner en pyjama jusqu’à ma salle commune ne me tente absolument pas. Je lui fais un bisou sur le front avant de m’extirper des draps. Je serais complètement perdue sans elle.
Je prends une douche tiède et constate que je n’ai plus cette sensation de chaleur ardente sur la peau, en revanche le visage de maman s’interpose de temps à autre, me rappelant ce cauchemar immonde. Devant la glace, je me passe un peu d’eau fraiche sur le visage avant de me regarder… Traits tirés, cernes sous les yeux, blanche comme une morte, j’ai l’air de tout sauf d’une fille qui a passé une bonne nuit. Je sais déjà le déroulement de ma journée, je connais déjà cette tonne de questions qui vont venir m’étouffer à certains moments. Elles reviennent à chaque lendemain d’horreur. A chaque fois que je revis sa mort, et ce depuis quelques temps, à la différence que ça n’a jamais été aussi intense et éprouvant que cette nuit.

Je ne suis pas surprise de voir Lucy fraichement réveillée à mon arrivée dans le dortoir. Je repense à la manière dont je lui ai parlé cette nuit… Je n’étais pas moi-même, même si ça n’excuse pas tout. Avant que je n’aille la voir directement, elle se retourne et vient m’accueillir grand sourire aux lèvres.

— He… ca va ?
— Oui… Enfin, mieux. D’ailleurs… je détourne mon regard, affichant une moue d’excuses. Pour cette nuit, j’voulais pas te…
— Chut. Te fais pas de bile pour ça.

J’hausse les épaules et lui affiche un sourire. Ça n’allait pas mais est-ce que c’est toujours le cas ? Je me sens un peu… ébranlée, certes. Fatiguée et perturbée mais je pense avoir repris un certain contrôle sur le problème. C’était un cauchemar frisant la réalité mais un cauchemar. Ca me passera, comme à chaque fois. Et je n’ai de toute manière pas envie de me pencher sur la question, pas aujourd’hui. Pas en ce moment. J’ai clairement autre chose à penser qu’à ma petite personne.
Je lui dépose un bisou sur la joue.

— Merci.

Elle me fait penser à Anya.
Je me dirige vers mon lit et prends mon sac de cours dans le but de le vider et d’y mettre mes cours d’aujourd’hui.

— Au fait Keza, j’ai un truc à te demander.
— Hum ?

Je suis dos à elle, mon sac sur le lit alors que je regarde deux trois bouquins pour vérifier que ce sont les bons.

— Tu sors avec Maxime ?

Mes épaules s’affaissent alors que je lève mon visage vers le ciel, lâchant un soupire entremêlé d’un rire. Je tourne mon visage vers Lucy, en haussant un sourcil :

— Je t’ai déjà dit que non ! C’est juste… on se voit de temps en temps mais c’est tout. Juste comme ça, pour… passer du bon temps.

Sans blague.
Je ne me suis pas posée la question de savoir si ça pouvait aller plus loin parce que ça ne m’ait jamais venu à l’esprit. Je laisse simplement les choses faire et ça me va très bien comme ça.
J’entends Lucy pousser un long soupire de soulagement en s’étalant sur son lit. Cours de potion.. Où est mon bouquin.

— Ca me rassure bordel, parce que je l’ai croisé ce matin.
— Ah bon ? Où ça ? Je continue de ranger un livre.
— Ici. Enfin, dans la salle commune quoi.

Une première fois, mon geste s’arrête alors que je fronce les sourcils. Ici ? Elle ne vient jamais chez les Poufsouffle à part pour venir partager mes nuits ou tout simplement venir discuter dans ma chambre.

— Enfin pas que ! Hier soir j’ai été faire un tour à la fête chez les Serpentards et j’ai en peu trainassé ici. Elle est arrivée complètement bourrée, t’aurai dû voir ça… Elle était avec l’autre là. Comment elle s’appelle l’universitaire, celle qui traine toujours avec Daniella-couche-toi-là.
— Delphine.

Mon ton est plus froid que je ne l’aurai imaginé et je ne range plus aucun bouquin dans mon sac, mes gestes en suspend, regard dans le vide.

— Ouais ! Elle ! Bordel qu’est-ce que j’peux pas l’encadrer. Enfin bref, elles étaient déjà entrain de se bécoter assez sauvagement donc… j’voulais m’assurer que tout était clair entre vous avant que je n’organise une tuerie.

Elle rit.
Moi pas.

Cette nuit j’avais l’impression de respirer un brasier, d’avoir la peau qui brûlait, se consumait.
En cette seconde, c’est une douche froide que je me prends et mes gestes se font plus rageurs alors que je fourre mon dernier livre dans mon sac. Lucy continue de parler mais je ne l’écoute plus, pour la simple et bonne raison que je visualise Maxime dans les draps de Delphine. Que je visualise ses mains sur son corps à elle. Ses lèvres contre les siennes. Ses soupires dans le creux de son oreilles.
L’agacement commence à s’insinuer violemment dans mes veines, entremêler à de la colère pure. Rien que d’imaginer je…

— Keza, tu m’écoutes ?

Je me redresse, revenant à la réalité. Je zippe brutalement mon sac et le jette sur mon épaule. J’essaie d’afficher un visage qui se veut détendu, un sourire sincère. Parce que je n’ai aucune raison d’être aussi en colère en cet instant. Je ne lui dois rien et l’inverse est valable. Alors pourquoi devrais-je me sentir aussi concernée ?

— Désolée Lu’, j’dois y aller. Je dois rejoindre une amie.

Mensonge.
Mais je n’ai rien trouvée de mieux pour m’échapper, sentant une bouffée de colère monter dangereusement.

Et ça a continué durant mes deux heures de DFCM où je n’ai pas hésité à mettre le paquet en termes de sorts, à me défouler et à laisser évacuer une certaine rage contenue jusqu’ici. Et j’avais presque oublié cette histoire avec Maxime et Delphine. En quoi ça me regarde ? En rien. Elle fait ce qu’elle veut, avec qui elle veut. Point. Si demain j’ai envie de m’envoyer en l’air avec Zachary par exemple, j’en ai tous les droits.
Je sors de cours, sac sur l’épaule et lorsque je vois Delphine au loin, le couvercle explose. Les images reviennent de plein fouet et je ne comprends pas pourquoi je sens à ce point mon sang bouillir tout en les imaginant entrelacés. Pire, ça me rend furieuse. Terriblement furieuse.

— N’importe quoi.

Je suis juste… fatiguée. La nuit a été éprouvante et mes nerfs sont clairement à vifs. Un rien me ferait exploser.

Delphine au-dessus de Maxime, lui mordant la peau du cou.
Respire, j’ai dit. Qu’est-ce que ça peut faire ? Maxime ne te doit rien. Et il n’y a rien de tel pour attiser ma colère que d’être injustement énervée vis-à-vis de cette situation.

Je détourne mon regard de Delphine qui ricane avec sa greluche de Daniella et continue d’avancer, tête baissée, pour rejoindre mon deuxième cours. Je me concentre sur ma marche et uniquement sur ça, le cœur tambourinant malgré tout à mes tempes. C’est ridicule, bon sang.

Je me sens brutalement bousculée sur le côté et un bac de glace se déverse dans mes veines.

Désolée !

Intonations françaises. Je lève mes yeux et lorsque je croise son regard et son sourire, je ne retiens plus rien.

— Bordel, tu n’peux pas regarder où tu vas ? Tu crois que c’est le couloir de ton père ?

Delphine se retourne aussitôt vers moi, son visage pâle virant au cramoisie.

— Pardon ? J’viens de te dire que j’étais désolée. C’est quoi ton problème.
— Qu’est-ce que ça peut te foutre ?

Mes yeux se fixent sur le creux de son cou dénudé où une tâche rouge y ressort. Je suppose que Maxime y est pour quelque chose. Et je suppose que ses lèvres n’ont pas explorées que ce putain de morceau de chair.
Delphine s’approche de moi, elle me toise et me pousse sans ménagement. Je lâche mon sac d’un geste, les muscles en feu. L’idée que Maxime ait pu toucher sa peau m’ait insupportable. Et cette sensation l’est encore plus. Je ne comprends pas ce qu’il se passe, ni ce qu’il m’arrive. Mais une chose est certaine : J’ai simplement envie de la détruire sous mes doigts et je me suis rarement connue une haine aussi viscérale.
La machine est lancée et mes nerfs tremblent, sur le point de se rompre.

— D’où tu me parles comme ça, petite conne.

Et c’est chose faite.
Mon poing s’abat avec violence sur la pommette de Delphine qui recule de quelques pas et je ne lui laisse pas le temps de réagir, malgré la douleur qui vient de me traverser les phalanges et le poignet. Je fonce tête baisser et reçois une gifle monumentale sur la tempe. Mes oreilles sonnent, des taches blanches dansent devant mes yeux mais je m’en contre fou. Je ne contrôle absolument plus rien, j’ai juste ce volcan qui déverse ma haine. Je repense à mon cauchemar de cette nuit. J’imagine Maxime lâcher ses soupires d’extase au creux de son oreille à elle. Je revois ces corps tombés il y a une semaine, sous l’attaque des Supérieurs. Je repense à Marcus et son désir intense de me salir, de faire de moi son jouet.

Je ne m’entends pas crier de rage, la seule couleur que je vois c’est ce rouge sombre qui me voile le regard et mes coups pleuvent dans tous les sens, atteignant leur but ou non. Je me sens pousser en arrière, le gilet défait, un goût métallique envahissant ma bouche. La douleur arrive à retardement sur ma mâchoire et sur mon arcade. J’y trouve presque un soulagement, comme une preuve de vie chez moi. Je ne vois plus rien. Pas parce que ce voile rouge est toujours là, mais parce que mon regard est brouillé par des larmes de rage. Je suis vexée, touchée, en colère, en pleine explosion. Mon cœur bat à tout rompre, ma respiration n’est qu’un enchainement saccadé et je fais un pas en avant, m’apprêtant à revenir à l’assaut alors que Delphine, se tient le nez, du sang s’écoulant entre ses doigts.

Quant à moi, je ne suis que Chaos.
Revenir en haut Aller en bas
avatar
Hiboux postés. : 2739
Date d'inscription : 24/06/2010
Crédits : ECK
Double Compte : Caem Kaliayev/ Julian A. Neil/Keith M. McEwen / Ethan Llewellyn/ Zachary Disemba/ Aiyana Hopkins



Voir le profil de l'utilisateur http://impero.superforum.fr/t1201-emily-anthon#72804
MessageSujet: Re: I'm not here, this isn't happening - Emily   Ven 11 Sep 2015 - 22:24

~Lundi 23 février – Le matin ~

Cela faisait bien longtemps qu’Emily n’avait pas eu autant de mal à dormir. A vrai dire, peu après le départ des Supérieurs, elle avait recommencé à avoir un sommeil à peu près normal. Les premiers temps il lui avait fallu s’habituer, prendre le temps de se dire qu’ils étaient bel et bien partis. Mais après ça, elle avait bien moins de mal à sombrer et arrivait à se reposer à peu près normalement, même pendant les phases plus compliquées. Mais depuis une semaine, tout avait changé. Lorsqu’elle s’étendait dans son lit, Ems avait l’impression de devenir folle. Quand elle ne dormait pas avec Ricardo, elle se retrouvait tout simplement seule dans son dortoir. Et ce n’était pas toujours facile à vivre. Plusieurs fois, elle avait envisagé de se lever et d’aller voir Cameron pour passer un moment avec lui mais elle n’osait pas. Non, à chaque fois elle s’arrêtait sur le pas de la porte, la gorge nouée et retournée se cacher sous ses draps comme une petite fille. Elle devait aider son grand-frère. Elle ne pouvait plus se contenter de pleurer dans ses bras. Déjà avant que tout n’arrive, il lui avait fait comprendre qu’il avait lui aussi besoin de lâcher prise, de parfois ne plus être le modèle. Mais maintenant, il n’avait plus besoin de l’exprimer. D’abord il avait été attaqué mais ça encore… Mais Megan… A chaque fois qu’elle y repensait, la demoiselle prenait du temps pour aller respirer dans un coin car elle sentait les larmes venir. Pour son frère et pour elle aussi. Certes, elle ne pouvait pas dire que la jeune femme était sa meilleure amie mais elles se connaissaient. Elles avaient même passé un bout de vacances ensemble, Ems l’appréciait beaucoup. Alors oui, ça lui arrachait le cœur comme de savoir que la personne avec qui il avait décidé de vivre quelque chose était partie si brutalement. La culpabilité avait rongé le cœur de la métisse pendant de longues journées. Elle n’était d’ailleurs pas tout à fait remise de tout ça. Voilà pourquoi, ses nuits étaient particulièrement longues. Alors elle écrivait, beaucoup. Les chansons pleuvaient sous sa plume et elle se surprenait elle-même. Rarement elle n’avait écrit de textes aussi triste. Mais elle savait ce que c’était que de perdre un amour et, mine de rien, la mort de Megan la rappelait à sa propre histoire. Alors elle comprenait Cameron. Elle ne l’envahissait pourtant pas. Le laissant venir quand il le voulait, le surveillant du coin de l’œil. Mais toujours là pour lui, toujours…

Les réveils étaient donc assez difficiles pour elle. Car si elle peinait à s’endormir, elle finissait toujours par s’effondrer de fatigue alors, forcément, lorsque le réveil sonnait, ce n’était pas forcément évident pour elle. Mais Emily se donnait des coups de pieds dans le derrière et se levait toujours. Car les cours, étrangement peut être, faisaient parti des choses qui l’aidaient à tenir le choc. Avoir un rythme fixe, avoir l’esprit occupé l’aidait beaucoup. Elle avait du mal à réfléchir sur sa propre vie ces derniers temps. Elle avait besoin d’une pause sinon elle allait exploser. La cracmolle avait consciente d’être dans une période basse de son moral mais ne pouvait pas trop craquer. Cameron avait souffert à cause d’elle et avait perdu Megan ; Ricardo avait vu Sean et Julian se faire attaquer la même journée. Alors elle devait se taire ou plutôt, attendre que les bons moments se présentent. Et avancer, laisser tout cela décanter en elle. Ce matin-là, elle se leva donc avec difficultés puis alla s’enfouir sous la douche pour se donner du courage. Un thé dans la salle commune, un morceau de pain histoire d’avoir symboliquement quelque chose dans l’estomac et elle était en route pour les cours. Elle avait un peu de temps et pouvait donc de se permettre de se perdre dans les couloirs. Peut être croiserait-elle Ricardo et pourrait-elle passer quelques minutes avec lui, pour se donner un peu de courage.

Emily marchait donc dans les couloirs, un peu ailleurs, manquant d’ailleurs plusieurs fois d’entrer en collision avec ses camarades. Elle était plongée dans un autre monde lorsque des éclats de voix attirèrent son attention. Ça n’avait pas l’air cordial mais surtout, il y avait une voix qu’elle avait l’impression de connaître. La jeune femme pressa alors le pas en direction du son et tomba alors sur un spectacle des plus inattendus. Deux filles étaient littéralement en train de s’écharper sous le regard de gens qui semblaient prêts à tout sauf à intervenir. Ems lâcha donc un juron à leur adresse. Sérieusement ? Il n’avait pas vu assez de violence comme ça ? Ils devaient en plus se délecter d’une bataille entre camarades de classe ? La demoiselle lâcha alors lourdement son sac au sol et, au même instant, ses yeux se fixèrent sur une des filles. Non ? Sérieusement ? Si elle avait encore la moindre hésitation quant à son intervention, cette dernière s’effaça aussitôt. Dans le lot il y avait Kezabel et elle semblait avoir déjà pris plusieurs coups. Ems appréciait cette fille et, quand bien même elle était peut être en tord, il était hors de question qu’elle continue à prendre des coups sous son nez.

« Ça suffit maintenant ! »

Emily avait parlé d’une voix forte et assurée puis se lança dans la mêlée. Elle n’avait pas peur des coups. D’un mouvement rapide elle bloqua le bras de l’inconnue, le tordit d’une certaine façon à lui faire plier le genou pour qu’elle se retrouve un genou à terre. Lui tenant fermement le bras, de façon à l’immobiliser sans pour autant prendre le risque de lui faire trop mal, elle approcha son visage de son oreille et prit la parole d’un ton assez froid.

« Je veux pas savoir ce qu’il s’est passé mais tu vas te calmer tout de suite. Et essaye pas de faire la maline quand je te lâcherai parce que je te mets hors d’état de nuire comme je veux. »

Sur ces mots, Emily lâcha la jeune femme et se tourna vers Kezabel. Sans attendre la moindre approbation de sa part, elle lui attrapa le poignet et l’embarqua à sa suite.

« Toi, tu viens avec moi. »

Ems attrapa alors son sac qui traînait et lança un regard assassin aux personnes qui avaient assisté à la scène les bras ballants.

« Quant à vous, vous devriez avoir honte. »

On pouvait dire que la jeune femme était un peu remontée. Elle avait clairement du mal à concevoir que tous ces gens soient restés là à attendre que sa passe. Merde peut être qu’il y avait une embrouille entre les deux mais tout le monde devait avoir vu assez de sang dans cette école. Ce n’était pas non plus la peine d’en rajouter. Emily tira donc Kezabel un peu plus long et lorsqu’elles furent enfin seules dans un couloir plus calme, elle se décida enfin à la lâcher. Elle se tourna alors vers elle mais cette fois, ses traits trahissaient la douceur et l’inquiétude. Elle fouilla dans son sac et trouva un mouchoir qu’elle tendit à la jeune femme pour qu’elle essuie le sang au coin de sa bouche.

« Qu’est-ce qu’il s’est passé ? Je croyais que tu ne te battais que dans la salle des tarés ? »

Petit sourire pour ponctuer sa phrase. Kezabel avait peut être provoqué la bagarre, elle n’en savait rien mais en tout cas elle n’avait pas l’air dans son assiette. La rage dont elle avait fait preuve face à l’autre fille ne ressemblait en rien à ce qu’elle connaissait d’elle alors oui Emily s’inquiétait. Et puis, c’était con mais l’autre, elle s’en fichait. La jolie jeune femme devant elle par contre, avait une certaine importance à ses yeux.
Revenir en haut Aller en bas
avatar
Hiboux postés. : 2158
Date d'inscription : 27/05/2013
Crédits : Carter
Double Compte : Dimitri & Charleen & Mateo & William & James & Leiv



Voir le profil de l'utilisateur http://impero.superforum.fr/t2099-viens-decouvrir-les-printemps-
MessageSujet: Re: I'm not here, this isn't happening - Emily   Lun 21 Sep 2015 - 16:42

Je veux seulement déverser ce que je ne comprends pas. Je veux simplement me défaire de cette peau incandescente qui rend chaque mouvement insupportable, expulser cette haine qui surgit de nulle part pour une cause qui n’est pas la mienne. Que Maxime couche avec une autre, qu’est-ce que ça peut bien me faire ? Elle pourrait le faire avec chacune filles du château, à la chaine si elle le souhaite, ça ne me regarde pas. L’inverse étant valable. Pourtant, d’avoir Delphine devant moi à l’imaginer toucher sa peau m’agace, m’exaspère et fait naitre une source de chaleur qui se déverse au creux de mes veines.
Mais ça va bien au-delà de ça et je ne le vois pas. Je ne capte pas ces flashs par intermittences qui s’imposent à chaque pas que je fais vers Delphine dont le nez saigne abondamment. Ma mère, les flammes, ces bruits de guerre en discontinue qui couvre l’ensemble du brouhaha du couloir et qui semblent se répéter comme un interminable bande son au creux de mon oreille. Mon sac au sol, mon gilet qui glisse sur mon épaule, mon arcade qui saigne, ma lèvre qui en fait de même. Tout ça je ne le vois pas. J’ai juste cette vue qui tremble et ce corps qui ne demande qu’à craquer, se défaire de tout ça.

Les larmes couvrent les formes face à moi mais je suis déjà repartie à l’assaut sans réfléchir une seule seconde. C’est un besoin vitale que je ne contrôle pas. Je dois avoir l’air d’une malade mentale, d’une folle, d’une enragée mais de ça aussi, je ne m’en rends pas compte. L’adrénaline est là et elle pulse au creux de moi, me renvoie ces images et ces sons en continue, comme pour entretenir cette colère qui gronde et qui semble bien trop grande pour une seule personne.
Et avant que je ne réagisse, je suis déjà de retour face à Delphine qui m’empoigne la gorge. Ma droite part aussitôt et l’atteint, sans que je ne sache où et je m’en fou, je ne veux pas savoir si elle souffre ou non. Les soupires de Maxime viennent s’ajouter à cette ambiance sonore et alors que la main de la Poufsouffle quitte mon cou, je m’apprête à prendre mon élan pour la plaquer au sol mais c’est celui d’Anya que je perçois entre mes larmes. Peut-être que tout cela n’est que la continuité de mon cauchemar de cette nuit ou peut-être que je suis entrain de devenir complètement barge. Parce que c’est comme ça que je me sens, comme si j’arrivais à un trop plein d’émotions incontrôlables.

— Ça suffit maintenant !

Je ne réagis pas à cette voix qui perce cet acouphène mais je me sens projetée en arrière, trébuchant et chutant contre le mur contre lequel je me rattrape de justesse.
Tout s’échappe aussi vite que ça m’est venu.
Sons et images se dissipent pour laisser place à une réalité que j’ai créée. La douleur se fait présente et pulse contre ma mâchoire et contre mon arcade et à l’écoute de mon souffle erratique, c’est comme si j’avais recouvré l’ouïe brutalement. Plus de hurlement, plus de soupires de plaisir, plus de plaintes douloureuses, plus de suppliques criant mon nom au-dessus des flammes. Juste un sifflement strident au creux de mon oreille qui se dissipe, une douleur affreuse au creux de mon cerveau comme si j’avais une gueule de bois, un souffle saccadée et cette colère qui me rend fébrile tremblante.

— Je veux pas savoir ce qu’il s’est passé mais tu vas te calmer tout de suite. Et essaye pas de faire la maline quand je te lâcherai parce que je te mets hors d’état de nuire comme je veux.

Je lève mes yeux vers Delphine à genoux et surtout, vers Emily qui la tient au milieu du couloir, soumise à sa prise. D’où est-ce qu’elle sort ? Je.. n’ai rien vu venir.
Qu’est-ce que j’ai fichu.
Je porte une main à mon visage sous une grimace douloureuse, qui s’avère être humide de larmes mais aussi de sang. Juste un filet qui coule de mon arcade. Je pleure sans m’en rendre compte. D’un geste rageur et tremblant, je les essuie du manche de mon gilet me promettant de le nettoyer avant de le rendre à Riley.
Je peine à retrouver un contacte solide avec la réalité mais celui que je cherche survient plus vite que je ne l’aurai pensé. La main et la voix ferment d’Emily me ramènent alors que je me sens tirée vers l’avant.

— Toi, tu viens avec moi.

Un regard suffit vers Delphine pour me faire comprendre qu’elle n’en resterait pas là. Un regard suffit pour raviver cette flamme haineuse que je ne pouvais éteindre tout à l’heure. Elle gronde sous ma poitrine et je serre les dents à m’en faire mal à chaque articulation de la mâchoire mais je dois avouer ressentir une légère satisfaction de la voir le nez en sang.

— Quant à vous, vous devriez avoir honte.

Ou c’est peut-être seulement moi qui devrais avoir honte de l’avoir frapper sans raison. Parce que c’est ce qu’il s’est passé. Je l’ai agressée pour quoi en réalité ? Pour une connerie. Une connerie qui ne me concerne pas et qui devrait glisser sur mes épaules aussi facilement que l’eau entre les doigts. Pourtant rien que d’y penser me met en rogne. Et ma colère s’accentue lorsque je prends conscience que ça n’est pas normal.
Si j’ignore ce que j’ai vu durant cet échange brutal et sans aucun sens ? Non. Mais rien que d’y penser me refait naitre des larmes au bord des yeux. J’ai passé 4 ans à me sortir seule de ce merdier, 4 ans à me tirer seule vers le haut par peur de voir Adam et mon père au plus bas. De les voir ne jamais se sortir de ce cercle de dépression d’avoir perdu une mère pour l’un, la femme de sa vie pour l’autre. J’ai passé 4 années de ma vie à veiller sur eux, à être cet électron qui maintenait leur quotidien stable. Les papiers pour l’enterrement sans un corps à enterrer. Le choix des musiques pour la cérémonie. Les appels pour les condoléances décrochés alors que mon père n’entendait plus les sonneries sous la brutalité de ses larmes.

Quatre années à gérer tout cela d’une main de fer et je me retrouve à péter une durite parce que Maxime a partager un lit et une nuit avec cette poufiasse ?
Ce sont des conneries.

Je n’ai pas prêté attention aux regards sur moi, sur nous. Sûrement moqueur, suspicieux ou indignés. Je m’en fou. Je m’en fou de savoir si je tranche avec l’image que je renvoi au quotidien, comme je me fou de savoir ce qu’il se racontera dans les couloirs d’ici 5 minutes à mon sujet. Parce que Poudlard est aussi un téléphone arabe.
Emily décide d’enfin me lâcher et je reprends conscience de son existence en cette seconde. Mon regard se lève vers elle et à mon grand étonnement, je crains une remontrance. Parce qu’Emily n’est pas la foule qui me scrutait dix secondes plutôt. Et la foule n’est pas Emily. La jeune femme n’est pas Riley mais elle a su se faire une place chez moi à laquelle je ne m’y attendais pas. Je l’aime bien. Beaucoup. Et la dernière chose dont j’ai envie est qu’elle ne me voit comme une folle alliée qui frappe sur tout ce qui bouge.
Et l’envie brutale d’aller voir Riley se manifeste de nouveau. Suffit les âneries. J’ai déjà perturbé sa nuit, inutile d’en rajouter une couche avec des futilités pareilles. Elle a ses problèmes à gérer, son deuil, sa souffrance. Je ne lui en rajouterais pas une couche. Pas à elle.

La douceur qu’elle me renvoie me trouble mais surtout, creuse la faille un peu plus profondément, au point de sentir un sanglot naitre au fond de ma gorge.
Mes mains tremblent à n’en plus pouvoir, ma respiration s’est calmée mais je me sens à la fois vide et en trop plein. Je ne comprends pas le sens de tout ça, comme je ne comprends pas… pourquoi j’ai fait ça. Ca n’est pas moi, ça n’a pas pu se produire. Et pendant qu’Emily fouille dans son sac, je porte un nouveau regard sur le dos de mes mains qui portent quelques traces de sang. Le mien ou celui de Delphine ? Je l’ai frappé, sans raison apparente. Sans … Je l’ai frappé, bon sang.

Une tâche blanche s’interpose entre ma vue et mes mains. Comprenant que c’est un mouchoir qu’Emily me tend, toujours avec son sourire. Elle est un contraste à elle seule. Les clichés voudront que par son accoutrement, ses cheveux noirs corbeaux et sa manière d’être fasse d’elle une caïd. Chose qu’elle est peut-être. Mais ils ne savent pas combien la jeune femme recèle en elle plus qu’une image.

— Qu’est-ce qu’il s’est passé ? Je croyais que tu ne te battais que dans la salle des tarés

Je laisse échappé un ricanement malgré moi, tout en secouant la tête ce qui me tire une grimace douloureuse. Mon cerveau semble se cogner contre chacune des parois de mon crâne. Je porte le mouchoir au coin de ma lèvre d’une main tremblante, sans réussir à articuler un seul mot.
Ce qu’il s’est passé ? Je lui raconte quoi. Que j’ai appris ce matin qu’une nana avec qui je couche de temps en temps – souvent – s’en est tapé une autre et que ça m’a mise en colère ? Que je fais dernièrement des cauchemars à n’en plus pouvoir, qui me provoque de fichues crises d’angoisse et que, ça me rend complètement H.S ?
Oui, je pourrais le lui dire, mais je ne sais même pas si j’en ai envie. Ca n’a rien contre elle. Je ne sais même plus de quoi j’ai envie, là tout de suite.

Je déglutis difficilement, ravalant un sanglot alors qu’une larme s’échappe. Traitresse.
Je l’essuie comme si de rien n’était, sans me rendre compte qu’un autre filet de sang longeant ma tempe s’écoule.

— Tu dois me prendre pour une folle hystérique.

J’ai le regard planté ailleurs que dans le sien. C’est stupide, je me sens stupide. Je devrais simplement m’excuser, la remercier et partir.

— Je suis désolée pour tout ça, je voulais pas que ça dérape. Enfin… Je ne voulais pas que toi tu te retrouves impliqué là-dedans alors que… Pause. Je soupire, tremblante. Ca n’était pas sa faute à elle. C’est moi qui ait complètement péter une durite pour rien.

Sourire amer alors qu’en avouant ça j’ai quand même l’envie de lui faire ravaler cette cravate aux couleurs de notre maison. Ça n’a pas de sens. Je me laisse aller contre le mur derrière moi, les jambes tremblantes et reste debout, appuyée contre la surface tout en remontant mon gilet sur mon épaule. Les cours ne vont pas tarder à recommencer, je devrai déjà être en classe mais ça ne me semble pas important. Plus maintenant. Comme un décrochage total des obligations.

— Pour une histoire stupide, créer par une fille stupide, pour des raisons stupides.

Traduction : Une histoire de coucheries que j’ai mal prit parce qu’elle concerne Maxime.
J’essuie une deuxième larme, je me sens ridicule. Je repense à mon cauchemar et j’ai envie de me terrer dans un trou. Il est là comme une fièvre dont on n’arrive pas à se débarrasser.
Et comme si ça ne suffisait pas, l’ombre de Marcus surgit de nouveau à l’ombre du couloir. J’ai fait en sort de ne plus jamais mentionné ce qu’il s’était passé, de ses tentatives d’attouchements. J’ai fait en sorte de faire comme si ça n’était jamais arrivé depuis que j’ai tout avouée à Mlle Stoneheaven et que j’ai fourni mon témoignage. Marcus disparut de la circulation, je me suis mise en tête que tout roulerait sur des roulettes maintenant, aussi fluide qu’un vol de balai. Il n’en est rien puisque lui aussi hante mes nuits et parfois mes journées, au détour de ces deux couloirs où il m’a piégé. Ces deux couloirs où j’ai l’impression de ressentir de nouveau ses mains sur moi comme si de nouveau, je me trouvais être son jouet.

Mes mains redoublent dans leur tremblement à la seconde où je comprends que je commence à perdre pieds.
Je refuse catégoriquement à ce que ça n’arrive. Je refuse en bloc à me voir craquer maintenant. Pas après tout ça.
J’ai chaud, me redresse et me défait de mon gilet tout en déglutissant de nouveau. Une autre larme s’écoule.

— Stupide. C’est stupide. Et je le suis tout autant. Je noie le poisson avec mon angoisse qui se profile le long du couloir. Je me sens mal. J’ai juste apprit ce matin qu’elle couchait avec une nana que je… fréquente. Plus ou moins régulièrement. Je devrais m’en foutre parce que ça ne me regarde pas, elle fait ce qu’elle veut.

Je tourne le dos à Emily, faisant un aveu pour refermer les autres au fond du placard, là où ils se trouvent depuis le début. Je n’aurai jamais cru dire tout ça à voix haute.

— Je crois que j’suis juste fatiguée. Je ne devrais même pas être là à geindre, pas après ce qu’il s’est passé le weekend dernier. Je suis la moins à plaindre.

Certains ont perdu Megan, d’autres ont vu leur vie défiler devant leurs yeux.
Tout ça pour des idéaux qui ne sont pas les nôtres. Des idéaux fanatiques.
Dos de la main sur mon front, mon poing sur ma hanche, je suis toujours dos à Emily alors que j’essaie dans un souffle silencieux, de balayer tout ce tente en cette seconde de me faire flancher.
Excuse moi d'être si pathétique.
Revenir en haut Aller en bas
avatar
Hiboux postés. : 2739
Date d'inscription : 24/06/2010
Crédits : ECK
Double Compte : Caem Kaliayev/ Julian A. Neil/Keith M. McEwen / Ethan Llewellyn/ Zachary Disemba/ Aiyana Hopkins



Voir le profil de l'utilisateur http://impero.superforum.fr/t1201-emily-anthon#72804
MessageSujet: Re: I'm not here, this isn't happening - Emily   Mer 23 Sep 2015 - 11:43

La situation était assez comique quand on y réfléchissait. Emily n’aurait jamais envisagé que cela puisse se produire. Ou plutôt, si son cerveau avait envisagé de concevoir une telle idée, les rôles auraient très certainement été inversés. En effet, Kezabel était plutôt la jeune femme douce et calme, semblant avoir un certain contrôle sur elle-même et se tenir à distance respectable des conflits. Ems quant à elle était la jeune femme sulfureuse qui avait toujours trouvé le moyen d’être au cœur des ennuis, pour des raisons extérieures à elle mais aussi tout simplement car elle était bien souvent incapable de se taire. Elle ressentait toujours ce besoin d’exprimer les choses qui bouillaient à l’intérieur d’elle, de la même façon qu’elle venait de dire aux autres d’avoir honte d’être restés ainsi à regarder. Elle aurait très bien pu passer son chemin mais c’était plus fort qu’elle, elle avait eut besoin d’exprimer ce ressenti. Alors oui, elle aurait pu imaginer sans peine que la jolie jeune femme vienne la tirer d’un mauvais pas de ce style mais n’aurait jamais cru que ce serait à elle de le faire. Était-ce pour autant qu’elle comptait prendre la fuite ? Était-ce pour autant que cela la dérangeait ? En aucun cas. Oui elle était surprise c’était indéniable mais jamais elle n’aurait pu rester sans rien faire. Parce que cette fille avait une certaine importance à ces yeux et qu’importe ces besoins, elle se devait de la tirer de mauvais pas quand c’était à sa hauteur. Seulement, Keza de son côté semblait encore toute retournée et un peu surprise de son attitude. Ses tremblements, ses sanglots qu’elle retenait… Oui ça faisait mal au cœur d’Emily. Voir ça lui donnait l’idée que ce qui se passait à l’intérieur de la jeune femme devait être encore plus fort, encore plus violent. Et elle voulait comprendre en un sens ou du moins l’aider à vaincre cela, ne serait-ce que temporairement, le temps qu’elle rejoigne quelqu’un avec qui elle avait plus envie de partager ces émotions. Mais dans tous les cas, la cracmolle ne resterait pas là à attendre. Elle lui avait donc tendu un mouchoir avec le sourire, pour la rassurer, pour lui montrer que quand bien même elle venait peut être de faire une connerie, elle n’était pas là pour la blâmer mais la comprendre et la soutenir. Aussi, lorsque Kezabel se traita de folle hystérique, Ems se contenta de secouer la tête mais la laissa continuer, elle sentait bien qu’elle n’était à l’aise avec ce qu’il venait de se passer. Elle entra alors dans la phase prévisible des excuses et la jeune femme ne pu s’empêcher de continuer à sourire. Elle aurait pu parier sur une partie des mots qu’elle venait de prononcer.

« Premièrement je ne te juge pas et ensuite, bien sûr que tu ne pouvais pas prévoir que je débarque mais je suis du genre à assumer mes choix et à faire ce qui me plait alors là-dessus, tu peux rien y faire. »

Emily n’était volontairement pas revenu sur la petite justification que Kezabel avait amorcé sur ce qu’il venait de se passer. Autant attendre et voir si elle acceptait de lui en dire plus avant d’entreprendre de répondre. Mais déjà, elle voulait qu’elle comprenne qu’Ems faisait ce que bon lui semblait. Elle était intervenue sans s’y sentir réellement obligée. Elle le voulait, tout simplement. Mais maintenant, elle espérait vraiment en apprendre plus, non pas par curiosité malsaine mais bien parce que cette histoire semblait avoir un réel impact sur Keza. Cette dernière commença par dire que c’était stupide et la métisse émit un très léger soupir. Elle comprenait cette technique de détournement et était parfois du genre à l’utiliser aussi. Mais elle n’allait pas se laisser berner, ce ne pouvait pas être stupide si ça la touchait autant. L’observer mais avec tendresse. Poser un regard doux sur elle et attendre que les mots sortent. Et petit à petit ils finirent pas arriver. Kezabel commença à expliquer ce qui l’avait poussé à agir de la sorte et lorsqu’elle se mit à tourner le dos, Ems fut littéralement sidéré. Elle ne s’attendait pas à ce qu’elle se sente si honteuse… Et la suite l’aida un peu mieux à comprendre ce qui se passait dans la tête de sa camarade. Ok. Là, il était temps d’agir. Emily prit donc une grande inspiration et brisa le silence qu’elle s’était imposée jusque là.

« Tu ne devrais pas te cacher ainsi. Ils ont tué Megan. Ils ont faillit me prendre la seule personne au monde que je considère comme ma famille. Et pourtant, je ne blâme en aucun cas ta douleur, bien au contraire... »

Léger sourire… Emily avait encore du mal à parler de tout ça mais là, elle en sentait le besoin.

« … Parce qu’on est humains. On ne peut pas se définir à jamais comme des victimes de ces connards, ce serait leur donner raison. Non, nous sommes de jeunes gens qui continuent à vivre et à ressentir des passions. Si on perd ça, si on ne devient que des pantins dont l’articulation dépend des choses horribles qu’ils inventent pour nous faire souffrir alors ils ont gagné. Ce que tu exprimes maintenant, prouve qu’il y a encore des raisons de vivre… »

Car oui, cette douleur liée à des sentiments était pour Emily le témoignage concret que la vie continuait. La douleur nous aide parfois à figurer à quel point on est vivant. Elle-même se prenait parfois à prendre très à cœur des petites choses dès qu’il s’agissait de Ricardo. Et ça lui faisait du bien. Ça lui permettait de voir qu’elle n’était pas cette simple victime qu’ils essayaient de faire d’elle. Elle demeurait une jeune femme avec sa propre vie, avec des passions, des histoires futiles, des sentiments forts…

« Ce n’est pas stupide si ça te touche à ce point. Et c’est normal. Parfois on veut se croire détacher, on veut penser qu’on peut prendre ces distances. Et ça peut être vrai, ça peut être temporaire aussi ou complètement faux. »

Emily se décida alors à s’approcher un peu de Kezabel. Elle attrapa la main qui était au niveau de son front tout doucement pour l’attirer vers elle et pousser la jeune femme à se retourner. Pas forcément à affronter son regard mais au moins à quitter cette posture de honteuse qu’elle ne devait en aucun cas revêtir à ses yeux. La cracmolle ne lâcha cependant pas sa main, la gardant dans la sienne et passant doucement son pouce sur sa paume pour l’apaiser, en faisant bien sûr attention à ses phalanges blessées.

« Tu as le droit de tenir à cette fille même si à la base vous n’étiez censées qu’avoir des relations physiques ou amicales. Tu as le droit d’être en colère contre l’autre qui incarne pour toi la tromperie. Même si elle n’est pas forcément responsable, tu as le droit d’être en colère, d’être haineuse. Le jour où on devient tous uniquement rationnels, j’arrête de croire en l’humanité. »

Emily afficha alors un sourire amusé et sincère. Oui elle essayait de détendre un peu l’atmosphère mais ce qu’elle disait venait du fond de ses tripes, c’était plus que sincère. Elle ne disait pas cela juste pour réconforter Kezabel mais aussi parce que c’était ce en quoi elle croyait au plus profond de son âme. Elle voulait croire que ce qui les définissait c’était cette humanité, cette imperfection.

« Et si tu pars en vrille ou t’en fais trop, je serai là pour t’arrêter, mais je t’en prie, n’enferme pas ces émotions qui font de toi ce que tu es réellement. »
Revenir en haut Aller en bas
avatar
Hiboux postés. : 2158
Date d'inscription : 27/05/2013
Crédits : Carter
Double Compte : Dimitri & Charleen & Mateo & William & James & Leiv



Voir le profil de l'utilisateur http://impero.superforum.fr/t2099-viens-decouvrir-les-printemps-
MessageSujet: Re: I'm not here, this isn't happening - Emily   Ven 2 Oct 2015 - 10:07

Il suffit de respirer. Comme je le faisais avant, lorsque j’ai pris conscience que papa et Adam n’étaient pas les seuls à avoir perdu quelqu’un. Comme je le faisais avant, lorsque les journées étaient plus compliquées que d’autre parce que mon frère refusait catégoriquement de nous parler, enfermé dans sa chambre et où mon père luttait contre la dépression comme il le pouvait, cloitré dans le salon à se repasser le mariage de maman et lui, espérant y voir la source suffisante de courage pour se relever et ré affronter la vie. Il suffit simplement de respirer, de faire le vide. J’arborais toujours la même position lorsque je me sentais glisser dans une spirale que je savais risquer pour moi. Dos de la main sur mon front, l’autre appuyé sur ma hanche ou tout simplement, front contre la surface dur d’un mur, les deux mains comme appuies, cherchant à retenir le calme et l’apaisement dans des souvenirs. Revoir ressurgir toute cette colère et cette rancune 4 ans après me déstabilise. A partir de quand est-ce que tout ça a débuté ? La réponse est là, quelque part, mais je refuse de la connaitre. Comme un amnésique forçant sur sa mémoire pour recouvrer quelques brides, je me heurte à un mur de brique.
Ils sont revenus. Ils ont détruit tout ce que j’avais. Cette vie tranquille, sans problème, sans tourments. La paix d’une existence normale. Ils ont ravagés la moitié du village, la moitié des habitants. Un carnage, une rafle. Tout cela pour quoi ? Pour leur plaisir meurtrier.

Je m’en veux d’étaler mes états d’âmes alors que nous venons de vivre une énième attaque. Des états d’âmes provoqués pour une histoire de sexe, de surcroit. J’ai honte, je le sens et Emily pourrait partir sans se retourner que je ne lui en voudrais pas, quand bien même elle dit ne pas me juger. Elle est égale à elle-même avec cette douceur dans la voix, cette douceur dans ses gestes. Je suis toujours dos à elle mais je sens sans peine son regard dans le creux de mon dos. Inspire. Ne lâche pas prise. Pourquoi le faire maintenant ? Cette histoire ne va pas durer éternellement, passe à autre chose. On s’en fou bon sang.

— Tu ne devrais pas te cacher ainsi. Ils ont tué Megan. Ils ont faillit me prendre la seule personne au monde que je considère comme ma famille. Et pourtant, je ne blâme en aucun cas ta douleur, bien au contraire...

Ne pas me cacher. Je ne le fais pas, je ne me cache pas. Je ne cache rien.
Tu mens.
Entendre qu’Emily a failli perdre une personne qui lui ait chère renforce ma culpabilité mais je la tiens au silence. Stop. Je reste fermement dos à elle, dans la même position. Je préfère me concentrer sur sa voix, ses mots, je pourrais même lui demander là maintenant de me raconter sa vie, son histoire, un détail tout bête, tant que cela me dévie de l’image de Marcus et de ma mère qui atterrissent au creux de ma mémoire visuel sous forme de flash.
Laissez-moi, s’il vous plait.

— Parce qu’on est humains. On ne peut pas se définir à jamais comme des victimes de ces connards, ce serait leur donner raison. Non, nous sommes de jeunes gens qui continuent à vivre et à ressentir des passions. Si on perd ça, si on ne devient que des pantins dont l’articulation dépend des choses horribles qu’ils inventent pour nous faire souffrir alors ils ont gagné. Ce que tu exprimes maintenant, prouve qu’il y a encore des raisons de vivre…

Mon souffle se coupe, se bloque et le temps d’une seconde, mon cœur semble s’arrêter. On ne peut pas se définir à jamais comme des victimes de ces connards, ce serait leur donner raison. Cette vérité me donne une gifle monstrueusement douloureuse et emprunte d’une évidence qui relâche mes membres. Mes deux bras s’affaissent alors que je me mords l’intérieur de la joue à sang pour ne pas exploser en sanglot dans la seconde. Si on ne devient que des pantins dont l’articulation dépend des choses horribles qu’ils inventent pour nous faire souffrir alors ils ont gagné. Respirer. Un souffle. Une inspiration.

Emily ne se rend pas compte à quel point elle vient de viser en plein cœur, là où il ne faut pas, là où j’évite moi-même de m’aventurer de peur de ne pas tenir. Elle ne se doute pas un instant qu’elle vient de me claquer une vérité sur un sujet que je ne lui ai pas évoqué. Sans réellement comprendre pourquoi, ses paroles résonnent en écho parfait à ce qui me rend malade en cet instant, à ce qui me rend nerveuse, tremblante, fébrile et prête à pleurer comme une gamine de 10 ans. Je ne me sens pas bien. J’ai chaud malgré le gilet en moins, j’ai du mal à respirer et pourtant je cherche inlassablement un souffle. Est-ce que je suis encore victime de ce qu’ils ont fait il y a 4 ans ? Est-ce que je ne suis qu’un pantin de l’horreur qu’ils ont commis devant nos yeux ? Est-ce qu’en cet instant, je donne raison à leurs actes en me sentant oppressée comme jamais, en me laissant bouffer par leur putain de meurtre ? En me laissant ravager par le fait qu’ils aient fait exploser ma mère sous mes yeux et aient rendu mon frère paraplégique à seulement 13 ans ?

Respire. Vite.
Un souffle et le sol sous mes pieds tanguent. Je me rends compte qu’il ne me faut qu’un clignement de paupière pour qu’une avalanche de larmes ruissèle sur mes joues. Emily pense que toute cette colère n’est que l’expression d’une… jalousie. Je donnerais n’importe quoi pour que ça soit le cas et que ça soit uniquement pour ça que je suis maintenant entrain de lutter pour ne pas fuir et hurler à pleins poumons. Hurler que tout cela s’arrête. Ces images, ces voix. A en devenir folle.
Elle a raison. Bon sang. Elle a tellement raison.

— Ce n’est pas stupide si ça te touche à ce point. Et c’est normal. Parfois on veut se croire détacher, on veut penser qu’on peut prendre ces distances. Et ça peut être vrai, ça peut être temporaire aussi ou complètement faux.

Deuxième écho.
Shannon. Parfois on veut se croire détacher, on veut penser qu’on peut prendre ces distances.
A quel moment ces crises ont débutées ? A quel moment ces cauchemars ont commencés à me hanter ? A quel moment me suis-je oublier dans tout ça ?
L’évidence est encore plus violente que ces images qui me réveillent en pleine nuit. J’ai décroché à la seconde où j’ai appris que Shannon entrait dans leur vie. La mienne. J’ai décroché à la seconde où j’ai compris que je ne serais plus la seule à les soutenir et que, comme si le fait qu’Adam et papa aillent mieux aujourd’hui, traduisait le fait qu’ils n’aient plus autant besoin de moi. Et à ne plus me concentrer sur eux, j’ai eu tout le temps libre de le faire sur moi. Moi et ce que je ravale depuis tout ce temps.
La mort de maman. Ma culpabilité. Ma haine envers ceux qui ont détruit une partie de ma vie. L’angoisse. Et surtout, un deuil que je n’ai jamais fait. Jamais accepté. Marcus et son regard pervers, son objectif de me faire sienne de gré ou de force.

Ce n’est que lorsqu’Emily attrape ma main que je remarque avoir repris la même position que tout à l’heure : Le dos de ma main sur mon front. Une crampe se forme en plein thorax. J’ai mal. Il faut que je sorte, que je parte. Tout ça dure depuis Décembre, je ne peux pas continuer comme ça. Et plus je comprends les choses, plus ça me parait violent, brutale et douloureux. Incontrôlable.
Je me retrouve face à elle, me concentrant sur ma main dans la sienne, son pouce caressant en douceur ma peau. Chaque geste est un couteau qui s’insinue dans la faille pour faire rompre mes remparts.

— Tu as le droit de tenir à cette fille même si à la base vous n’étiez censées qu’avoir des relations physiques ou amicales. Tu as le droit d’être en colère contre l’autre qui incarne pour toi la tromperie. Même si elle n’est pas forcément responsable, tu as le droit d’être en colère, d’être haineuse. Le jour où on devient tous uniquement rationnels, j’arrête de croire en l’humanité.

Maxime. Est-elle un élément supplémentaire ? Je ne crois pas. Au contraire. Je me jette à corps perdu sur nos échanges physique pour la simple et bonne raison que je m’y perds et que j’aime lorsque ça arrive. Un total abandon de soi, de sa vie, de ses pensées. Elle m’offre un repos sans même le savoir.
La tromperie ? Il n’y en a pas. Maxime n’est pas mienne, je ne le suis pas non plus. Mais Delphine a clairement été la goutte de trop. La savoir toucher par Jefferson remue la colère multiplié par 10 à cause de l’état dans laquelle je me retrouve : Au bord de la rupture.
Ma main accroche celle d’Emily, plus fort que je ne le voudrais comme si cela pouvait m’aider à rester les deux pieds sur terre et à ne pas partir dans une crise de folie que je ne contrôlerais pas. Tout se bouscule et la jeune femme est en cette seconde le seul raccord que j’ai avec la réalité. Un raccord physique. Ses mots résonnent encore,  à la fois réconfortant et violent.

— Et si tu pars en vrille ou t’en fais trop, je serai là pour t’arrêter, mais je t’en prie, n’enferme pas ces émotions qui font de toi ce que tu es réellement.
— J’peux pas Emily.

Les mots ont fusés et ma voix trahit clairement le trouble dans lequel je suis bloqué depuis le début. Je ferme les yeux et le flot retenu depuis tout à l’heure ruissèle enfin sur mes joues alors que je me mords plus violemment l’intérieur de la bouche, tremblante. Le souffle me manque, mon cœur tambourine avec violence. La terre tourne avec beaucoup trop d’entrain et de ma main libre je me frotte le visage, sourcils froncés et luttant contre ces images qui n’arrêtent pas de faire un défilé d’horreur. Je vais craquer. Je vais finir par exploser sous ses yeux et je ne veux pas que ça arrive. Je peux pas faire ça. Je ne peux pas le permettre, je n’en ai pas le droit. En cette seconde j’ai envie de refaire face à Delphine et de laisser tout ce que je retiens se déverser sur elle. J’ai envie de faire face à Maxime et de reprendre ce qui m’a été volée. Quelque chose qui n’est pas à moi. J’ai envie de sortir de ce château, de les traquer, uns à uns, pour les faire payer. Trop de chose se bouscule chez moi et je n’arrive plus à respirer correctement.

J’ai cherché dans les mots d’Emily le réconfort parce qu’en temps normal, c’est ce qu’il se serait produit. Ses mots sont gorgés de vérités et d’évidences, pour ça je l’en remercie. Mais je ne suis capable de rien en cet instant et plus les secondes défilent plus je sens mes jambes se dérober sous moi. Un fond sonore s’installe… Les hurlements, la voix de Marcus, les suppliques de ma mère. Je secoue brièvement la tête. Je ne peux pas libérer tout ça, j’peux pas.

— J’suis désolée, j’peux pas. J’dois…

Je lâche sa main et lui accorde un dernier regard, sincèrement désolée. Elle risque de m’en vouloir, elle risque de ne plus vouloir me parler quand la nana qu’elle vient de te tirer d’un mauvais pas la plante comme je vais le faire. Parce que je n’peux pas rester ici, parce que je n’arrive plus à respirer. Plus à me situer, à comprendre. Me comprendre. Je lâche sa main avec regret puisque la chaleur et la douceur procurées me retenaient à cette réalité.

— J’dois y aller.

Chaque geste est un effort supplémentaire. Un pas, puis deux. Gilet et sac que je ramasse avec précipitation et désordre pour ensuite placer la lanière sur mon épaule et partir d’un pas rapide. Tout aussi désordonnés que mes gestes. Je me sens brûler sur place, la gorge douloureuse et noué par ces sanglots que je peine à retenir. Trop d’émotions se bousculent et font rage chez moi. Le désir d’exploser et la culpabilité de le faire sont en lutte perpétuelle et je sens que je la rupture approche. Je ne veux pas que ça arrive ici, ni devant ses yeux à elle. Ni devant qui que ce soit.

Je ne regarde pas où je vais, ne prête pas attention aux regards braqués sur moi de ceux que je bouscule par inadvertance dans l’escalier puis dans les couloirs. Les seules choses que je vois sont toujours ces flash sombres d’une mère brûlée et d’un pervers aux mains salit. Toujours les même.
Une salle. Vite. Et je prends la première que j’ai sous la main avant de claquer la porte derrière moi… La solitude m’enveloppe comme un drap et je crois que c’est ici que j’ai commencé à craquer. Réellement. Je lâche mon sac, le gilet de nouveau et le sanglot qui oppressait ma gorge se libère. Profond, venant de quelque part, d’un endroit dissimulé et cadenassé depuis des années maintenant. Il résonne contre les murs de cette salle alors que ma main vient chercher le mur pour m’y appuyer. Les larmes affluent et je ne les retiens pas, je ne les retiens plus, à deux doigts de chuter sur le sol pour me laisser complètement aller…

— Keza…

Hoquet de surprise. Mon sanglot cesse presque immédiatement alors qu’une vague de chaleur explose au creux de moi. Je reconnaitrais cette voix entre milles. Mes yeux humides se lèvent vers ma droite, en plein centre de la pièce où se trouve un miroir. Je fronce les sourcils, sans comprendre et surtout, me demandant si ce timbre n’est pas le fruit de mon imagination…

— Je t’en prie… viens…

Je me redresse, le corps tremblant.
Elle est là. Derrière cette vitre. Derrière cette surface réfléchissante.
Ma mère s’y tient avec les mêmes vêtements que le jour où je l’ai perdu : Long pull blanc, jean noir, cheveux relevés en un chignon laissant quelques mèches libres autour de son visage tiré par l’inquiétude… Plus belle que jamais. Plus belle que dans mes souvenirs. Elle plaque ses deux mains contre la surface et me fixe d’un regard affolé. Mes jambes refusent de bouger, tétanisée par ce que je vois.

— Il faut que tu viennes,  vite. Ils arrivent.

Ils ? Eux ? Je me redresse comme si je recevais un coup de jus, toujours mains sur le mur. Ma mère est affolée, l’angoisse se sent, est palpable dans toute la pièce et je n’arrive pas à articuler un mot. Quatre années que je ne l’avais pas revu vivante, quatre années que je n’avais pas eu sa présence de manière aussi réelle.
Elle s’affole, commence à tapoter sur la surface en ne cessant pas de jeter des regards derrière elle.

— Je vais mourir Kezabel, dépêche-toi s’il te plait !

Mourir. Elle est prisonnière de cette surface. Mon cerveau décroche de la réalité et occulte aussitôt l’idée que cela n’est qu’une illusion, qu’une projection. Pour moi, la situation est réel et se répète sous mes yeux, comme une ultime chance de pouvoir sauver celle que j’ai perdu. Ses poings tapent contre la vitre et ce n’est que maintenant que mes pieds décident enfin d’obéir.
J’accours jusqu’au miroir, trébuche une première fois et me rattrape de justesse à une table que je bouscule avant d’arriver devant la vitre. Elle est si proche… là, face à moi, son regard dans le mien. Son visage que je voudrais tant sentir une dernière fois sous mes doigts.

— Maman qu’est-ce qu’il se passe !

Son poing heurte la vitre, mes mains glissent sur la surface comme pour chercher une faille. J’entends au loin des rires gravent, des menacent proférés.

— Je t’en prie, libère moi. Dépêche-toi !!
— J’essaie !!

Mais je n’y arrive pas. Mes ongles griffent la vitre, mon poing s’y abat une première fois sans succès. Un feu embrase aussitôt le décor à l’intérieur du miroir. Je sursaute, recule et reviens à la charge. Ma mère se débat en hurlant toujours plus fort, plus vite, de la libérer. Et j’essaie, de toute mes forces parce que je sais qu’il me reste une poignée de seconde avant que la fin n’explose devant moi, une deuxième fois. Je me débats en hurlant son nom, en donnant de violent coup de pieds sur la vitre qui ne fait que s’ébranler sous mes doigts.

— J’arrive, j’arrive. Maman tiens l’coup, j’arrive.

Des murmures, des suppliques… Et elle n’en finit plus d’hurler, de se tordre de douleur sous les flammes, de tousser sous la fumée. Elle cogne plus fort contre la surface et son regard capte le mien.
En une seconde, tout explose. A l’intérieur. Devant moi.

— … Non.

J’entends encore son cri, en fond sonore. Qui résonne dans la pièce.

— Non. Maman.

Pas une deuxième fois.
Les deux mains posées sur la vitre, souffle court, cœur tambourinant, je tremble face à la réalité.
Elle est morte. Elle n’est plus là. Et surtout, elle ne reviendra jamais. Quoi que je fasse, quoi que je dise, elle ne reviendra pas.

— Non… un regard au fond du miroir dont le décor est en feu. Non. Je crois apercevoir son visage parmi les flammes… NON !

La crise fait rage et explose brutalement. Elle ne peut pas mourir. Elle n’en a pas le droit.
Mes hurlements résonnent et m’arrachent les cordes vocales au même rythme que la douleur me vrille les mains. Je cogne contre la vitre, criant des refus, des « non », des suppliques pour qu’elle revienne. Toujours plus fort.
Reviens.
Encore plus fort, avec une rage non dissimulée qui explose, des larmes qui ruissèlent sans que je ne le remarque.
Je ne suis plus Kezabel. Je ne suis plus la sœur d’Adam, ni la fille de mon père. Je ne suis plus rien qu’un amas de chair en fusion, en colère, explosant littéralement dans une crise de rage et de folie. De dénie. Et la vitre qui se brise sous mes coups, entaille ma peau, mes mains, le dessus des poignets et ce, sans que je n’y prête aucune attention. Je veux seulement me glisser à l’intérieur, tirer ma mère de ces flammes. Ma mère qui continue de hurler en continue. Avec la même rage et le même désespoir que moi.

— REVIENS !

Les coups se font plus brutaux, se mêlant au verre brisé qui éclate et tombe au sol dans un bruit fracassant qui ne suffit pas à couvrir ceux du miroir. Ils me rendent dingue, brise ma santé mentale pour l’écraser un peu plus. Je ne cesse pas de lutter et de frapper avec l’intense besoin de ressentir quelque chose de plus violent que ce qui se trame chez moi, qui me torture à présent. Alors si je ne peux pas la sauver, je veux au moins cesser de ressentir cette brûlure qui ne m’a finalement jamais quittée… jusqu’à ce que je lâche prise et tombe à genoux sur les morceaux, front contre la surface. Les sanglots s’évacuent et je perds totalement pieds avec la réalité. Je prends mon visage entre mes mains ensanglantées, me balançant d’avant en arrière sans jamais cesser de pleurer. De revoir Marcus que je veux détruire. De revoir ces flammes et le visage de celle que j’aimais plus que tout.
Ma mère est morte. Définitivement disparu de cette surface, sans que plus jamais je ne puisse la revoir. L’évidence est encore plus violente qu’il y a 4 ans.
Et le coupable, ça n’est pas moi… Ce sont eux. Ceux que je veux désormais détruire de mes propres mains.[/i][/i]
Revenir en haut Aller en bas
avatar
Hiboux postés. : 2739
Date d'inscription : 24/06/2010
Crédits : ECK
Double Compte : Caem Kaliayev/ Julian A. Neil/Keith M. McEwen / Ethan Llewellyn/ Zachary Disemba/ Aiyana Hopkins



Voir le profil de l'utilisateur http://impero.superforum.fr/t1201-emily-anthon#72804
MessageSujet: Re: I'm not here, this isn't happening - Emily   Lun 5 Oct 2015 - 18:03

Emily voulait sincèrement que ça fonctionne. Elle voulait parvenir à redonner le sourire à Kezabel, à alléger sa peine, à lui permettre au moins pour quelques instants de relâcher toutes cette pression qui semblait peser sur ses épaules. Seulement, rien ne semblait devoir se passer comme prévu. A peine avait-elle fini de parler que la jolie blonde lui déclara qu’elle ne pouvait pas. pouvait pas quoi? La métisse la regarda quelques instants, surprise alors qu’elle voyait des larmes couler lentement le long des joues de sa camarade. En un sens, c’était bon signe. Cela signifiait que les vannes commençait à s’ouvrir et que la demoiselle laissait courir ses émotions. Même si ce n’était pas toujours joli à voir, la cracmolle considérait que c’était bien. Avec tout ce qu’il se passait ici, il était évident que tout le monde ne pouvait pas garder les choses enfouies sans jamais se laisser aller. Alors certes, elle n’était pas sûre de savoir tout ce qui bouffait la jeune femme de l’intérieur mais en tout cas, il fallait qu’elle se laisse un peu aller. Ems continuait donc à caresser doucement la paume de sa main, attendant la suite. Une pointe d’inquiétude s’était immiscée en elle face aux propos de Keza mais elle voulait croire qu’elle se faisait de fausses idées. Seulement voilà. Bien vite, elle pu comprendre que non, elle ne se méprenait pas et que oui, la jolie blonde allait faire quelque chose de pas conseillé. Soudainement, elle s’excusa de nouveau, retira sa main de celle d’Emily et déclara qu’elle devait y aller.

“Non Kezabel attends!”

Mais c’était trop tard. Emily avait à peine eu le temps de prononcer ces quelques mots que sa camarade avait disparu. Ce n’était pas bon signe. Elle allait sans doute se cacher pour tout lâcher. Elle allait se retrouver encore seule face à ses émotions. Mais si elle prenait la peine de se dissimuler de la sorte c’était sans doute que ce qui se trouvait au fond d’elle devait être violent, brutal. Pause. Emily inclina sa tête en arrière, les yeux clos. Elle prit de grandes inspirations, les mains crispées. Elle pouvait le faire, elle en était capable. Ces derniers temps elle était paumée, abîmée, fragile mais avec Cameron elle s’était prouvée qu’elle avait la force au fond d’elle d’aider tout de même les autres. Elle ne devait pas laisser tomber Kezabel. Certes elles ne se connaissaient que peu mais cette fille était à part, elle la touchait et elle ne voulait pas qu’elle puisse se détruire psychologiquement sans rien faire. Respirer. Elle pouvait se mettre en route, partir à sa recherche, retenir ses propres larmes et faire face. Oui elle pouvait le faire. Après quelques secondes sans bouger, Ems redressa sa tête, prit une dernière grande inspiration puis partit à la recherche de Keza. Son regard était maintenant déterminé. Sa main tremblait légèrement, sous l’effet de la tension et des émotions qui l’envahissaient mais elle était prête. Seulement voilà, elle avait laissé un peu trop d’avance à la jeune femme et il ne serait sans doute pas évident de la retrouver. Sauf que le temps pressait. La jeune femme accéléra donc le pas, courant presque dans les couloirs. Elle avait aperçu à peu près la direction empruntée par sa camarade et essayait de la suivre. Elle ouvrait toutes les portes à la volée sans succès jusqu’à ce que…

“Oh non me dites pas que…”

Emily resta quelques instants figée devant une porte. Elle connaissait cette pièce. Elle y avait été, avec Alec et se souvenait de la violence de la chose. Au final, cette petite visite avait eu des effets bénéfiques sur elle mais vu l’état de Kezabel, elle n’était pas sûre que cela fasse la même chose. Elle priait donc pour que la jolie blonde ne s’y trouve pas. Elle ouvrir donc doucement la porte et se figea net. Et merde. Ems entra et ferma rapidement la prote derrière elle avant de rester quelques instants figée face à ce qui se déroulait sous ses yeux. Emily avait à peine eu le temps de distinguer un visage, un visage que Kezabel avait dénommé maman avant que l’image n’explose littéralement. Sa mère était donc…? Cela expliquerait bien des choses et notamment la violence des émotions qu’elle ressentait. Le comportement à avoir n’était dès lors plus du tout le même. La jeune femme resta cependant en retrait un moment attendant de voir ce qui allait suivre. Elle s’en voulut rapidement. En quelques instants, sa camarade changea brutalement de comportement. Ses mains tambourinèrent sur la vitre jusqu’à ce que cette dernière explose. Ses cris déchirèrent la pièce et Ems se glaça sur place. Il lui fallut un peu de temps avant de réagir. Trop. Alors qu’elle se précipitait vers Keza, cette dernière était déjà entourée de verre brisé et de sang. Elle semblait complètement ailleurs, déconnectée de la réalité. Première étape, il fallait éviter qu’elle ne se blesse gravement. Emily avait donc couru vers sa camarade et s’était agenouillée devant elle, attrapant doucement ses poignets. La jeune femme allait sans doute s'érafler les genoux avec le verre mais ce n’était pas bien grave. Il y avait bien plus important que ça.

“Kezabel je suis là, t’es pas toute seule. Répond-moi s’il te plaît.”

Emily eut alors un flash. Elle-même, dans cette position, face à Caitlyn. Elle se souvenait comme elle avait mis du temps à revenir à elle, comme il avait fallut que sa camarade se batte pour la faire revenir dans un schéma de pensées logiques. Ce ne serait sans doute pas facile mais elle allait devoir s’accrocher. Ne rien lâcher même si la douleur de Keza lui vrillait l’estomac, même si cette détresse lui donnait envie de fuir, de disparaître. Elle devait tenir, la protéger d’elle-même, la protéger de son passé qui devait la hanter. Car si cette pièce ne montrait pas que de véritables choses, il y avait toujours un fond de vérité, la cracmolle était bien placée pour le savoir.

“Dis moi ce qu’il s’est passé. Dis moi ce que cette pièce a voulu te montrer pour te faire du mal.”

Le ton d’Emily était sec et direct. Maintenant il fallait que Kezabel mette des mots sur les choses, qu’elle accepte… Seulement ça risquait sans doute d’être violent. Voilà pourquoi la métisse gardait ses mains bien accrochées aux poignets de la jeune femme. Il fallait qu’elle soit là pour canaliser tout ce qui allait sortir avec violence, avec brutalité. Ems se redressa donc légèrement et senti un bout de verre entailler son genou. Petite grimace mais rien de plus. Elle avait vu pire mais cela signifiait que la jeune femme risquait elle aussi de se blesser. La cramcolle tenta donc tant bien que mal, avec ses pieds, de nettoyer un peu l’espace autour d’elles. C’est alors que, dans un éclat brisé de la vitre, elle vit les visages de Cameron et de Stan, souriants. Ce fut comme un choc électrique, une bouffée d’oxygène et de courage. Elle devait le faire, elle pouvait le faire.

“Tu dois accepter les choses, les exprimer, les faire sortir de toi. Si tu continues à les garder à l’intérieur ça va te détruire !”

Crache maintenant. Crache tout ce qui est en train de pourrir à l’intérieur de toi. C’est ta chance de te reconstruire, c’est ta chance de faire enfin un pas en avant, un véritable pas en avant.
Revenir en haut Aller en bas
avatar
Hiboux postés. : 2158
Date d'inscription : 27/05/2013
Crédits : Carter
Double Compte : Dimitri & Charleen & Mateo & William & James & Leiv



Voir le profil de l'utilisateur http://impero.superforum.fr/t2099-viens-decouvrir-les-printemps-
MessageSujet: Re: I'm not here, this isn't happening - Emily   Mar 20 Oct 2015 - 15:28

J’aimerais m’oublier un instant, juste un instant. Ne pas me souvenirs et fermer l’écoutille qui laisse péniblement sortir mes souvenirs, les uns après les autres. Ils ont toujours été là, ils ne m’ont jamais quitté mais jusqu’ici, je savais les gérer. Quand une odeur ou même une couleur me ramenait à cet hiver, quatre ans auparavant, je détournais mon esprit irrémédiablement vers quelque chose de plus joyeux. Souvent je me demandais si je n’avais pas cauchemardé tout ce qu’il s’était passé et si je n’avais pas mélangé le tout avec d’autres images. Nous ne prenons conscience de l’horreur que lorsqu’elle nous arrive en plein visage. En connaitre une est déjà suffisamment éprouvant pour l’esprit humain, mais trois en un seul bloc est fatal. La perte d’un être cher, la guerre et l’extermination de ceux qu’ils appellent « la race inférieure » et ce, dans son plus simple appareil. Tous ces cauchemars vont bien au-delà du fait que ma mère soit morte et que je n’ai pu la sauvée de cette maison explosant sous nos yeux. Il y a eu aussi nos amis assassinés, les Supérieurs venant commettre des actes plus immondes les uns que les autres. Puisqu’une guerre ne s’arrête pas seulement à faire disparaitre une vie, elle s’amuse également à torturer ses cibles. Est-ce que la guerre s’amuse-t-elle vraiment d’ailleurs ? Elle n’est qu’un pantin articulé par ceux qui estiment qu’éradiquer notre monde des plus impurs est une cause juste. Pour moi elle n’est qu’une excuse pour permettre à l’horreur de s’exprimer. A la leur de nous détruire. Ils ont déjà commencé leurs travaux il y a quatre ans, réduisant en miette ce que je construisais d’adolescence et modelais de mon innocence. Aujourd’hui, je ne trouve plus de sens à tout ça, encore moins à ce que je devrais faire. La mort de maman a été plus qu’un choc, plus qu’une douleur. Elle a été l’ablation pure et simple d’une partie de moi, de nous. Le plus terrible est de ne pas avoir le choix. Que ça soit à la morgue ou devant le cercueil, vous n’avez pas d’autres options que de vous faire à cette réalité que vous ne pouvez pas modifier. Pas le choix de faire avec cette douleur que l’on considère injuste et insoutenable. On ne vous à pas demander votre avis, on ne vous a rien demandé du tout. Pourtant, du jour au lendemain, vous n’avez plus rien qu’un vide et qu’un trou béant à l’intérieur de vous. Et vous restez debout, parce que vous n’avez pas le choix. Par principe, pour les autres, pour vos proches, pour cette personne qui n’est plus là.

Je me souviens des prémices de cette colère sourde, maintenant que les larmes s’évacuent entre mes mains en sang. L’odeur métallique est reconnaissable. Cette rage est née lorsque j’ai vu le cercueil à moitié vide de ma mère descendre au fond de cet orifice de terre, prêt à engloutir les restes du corps trouvé parmi les décombres. C’est ici que j’ai senti germer toute cette haine, comme une fleur éclot délicatement aux printemps. Elle n’a pas été violente, ni brutale. Elle a été progressive, somnolant de temps à autre en moi, s’éveillant un peu plus lorsqu’ils sont venus nous séquestrer durant deux années ici pour ensuite s’endormir de nouveau. Mais jamais elle n’a cessé de grandir. Comme une maladie qui progresse sournoisement sans que vous ne vous en rendiez compte. Puis vient le moment des premiers symptômes et il est déjà trop tard.

Il est trop tard.
Mes mains sont en sang, le liquide s’écoule sur ma peau mais je n’ai aucune conscience du monde extérieur, trop muré dans cette flopée de souvenir. Elle est partie et je n’y peux rien, je ne la ramènerais jamais. Ma mère est morte et rien ne pourra changer quoi que ce soit à ce fait qui n’est qu’une réalité que j’ai fuis durant tout ce temps. Reniant mon propre deuil en me focalisant sur celui d’Adam et de mon père, comme s’ils vivaient la perte d’un être cher que je ne connaissais pas ou peu. J’ai continué ce mensonge jusqu’à ce que Shannon débarque dans notre vie et me fasse prendre conscience de bien des choses, comme le fait que je ne pouvais pas duré éternellement à soutenir les frondaisons de notre famille détruite. Puisqu’ils vont mieux. Puisque le bonheur a enfin réussi à passer la porte de chez nous. Et maintenant que leur douleur est proprement cautérisée, soigneusement, la mienne s’ébrèche enfin comme une plaie mal recousue, à la va-vite. Et la correspondance ne pouvait pas être plus explicite que ça. J’ai pris le fil des années pour la recoudre grossièrement, les yeux bandés devant l’évidence.

Je n’ai jamais acceptée qu’elle soit morte, même 4 ans après. Je ne me suis jamais faite à cette absence, quand bien même ça n’arrive jamais totalement. Je n’ai fait aucun deuil et c’est comme revivre sa mort une deuxième fois. Se rajoute les faits externes. L’arrivée des Supérieurs qui ont déjà détruit une première fois ma vie et pour qui je voue aujourd’hui une haine bien plus profonde et viscérale que je ne l’aurai cru. Marcus et ma stupidité de n’avoir rien dit, de m’être laissé en compagnie de ce sentiment de culpabilité et de « crasse » sur ma peau. La fatigue cumulée, les cours, les petits aléas. C’est un sac que l’on remplit à ras-bord et qui explose avant même que l’on s’en rende compte. Beaucoup pense que l’état mental d’un être humain n’est qu’une exagération, qu’il peut être parfaitement contrôlé et que parfois, il faut simplement prendre sur soi et accepter l’évidence des faits, se donner un bon coup de pieds au derrière et de se donner les moyens de s’en sortir. Que lorsque l’on veut, on peut. Qu’il faut arrêter de se complaire dans son mal être, d’y trouver là un moyen d’attirer l’attention. Est-ce que « ceux-là » savent à quel point tout est bien plus compliqué ? Ca va au-delà de ça. La psychologie de l’être humain est d’une telle complexité que nous ne pouvons pas nous permettre de juger de la sorte. Les expériences, les douleurs connues et vécues, les joies, les bonheurs, les espoirs auxquels on se raccroche. Tout est différent et construit l’être avec des éléments qui divergent d’une autre personne. Si bien que la rupture d’un couple peut paraitre dérisoire pour celui qui connait déjà cette souffrance alors que pour celui qui pensait effleurer son premier amour du bout des doigts, la douleur est multipliée par dix, par cent. Un tas de facteurs entre en compte. Alors non, nous ne pouvons pas en vouloir à certains de ne pas réussir à ce sortir d’une peine cumulée. C’est comme si vous demandiez à un oiseau dont les ailes sont embourbées dans du goudron de prendre son envol. Membres entravés, corps lourd, esprit englué, c’est impossible. Parfois nous n’y pouvons rien. Nous avons beau essayer, nous n’y arrivons pas. C’est ce que j’essaie de faire comprendre à Riley qui semblait s’excuser de pleurer la mort de Megan. Pourquoi demander pardon pour une douleur que l’on ressent ? Pourquoi demander pardon pour une faiblesse qui n’est pas sous notre contrôle ? Nous ne pouvons pas tout contrôler, nous ne pouvons pas toujours tout gérer.

Et c’est l’erreur que j’ai moi-même commise. A trop vouloir s’en sortir seule et à trop se persuader que tout ça n’est pas grave, que ça n’est qu’un passage, juste une période où l’on se sent moins résistant, on se prend un mur sans s’en rendre compte pour ensuite chuter d’une quinzaine d’étages.
La mienne est aussi brutale que douloureuse.

Thought that I was strong
I know the words I need to say
Frozen in my place
I let the moment slip away…

Toujours mes mains en sang, une sur mes yeux, l’autre dans mes cheveux, les entailles me brûlent et je crois que quelque part ça me fait du bien de ressentir autre chose que ce qui me ronge la poitrine, que cette douleur qui me donne l’impression que l’espace en moi n’est pas assez grand pour accueillir les évidences. Je me sens complètement perdue, sans réussir à me raccrocher à un quelque chose qui pourrait m’aider à stopper ce train en pleine vitesse.

Une voix perce mes pleurs et je ne la reconnais pas tout de suite, pas jusqu’à ce que je sente deux contactes frais contre mes poignets. Je sursaute légèrement et n’émet aucune résistance puisque complètement épuisée par mes larmes et sanglots qui n’en finissent plus. Cette crise m’a rincée d’émotions que je gardais depuis un certain temps pour laisser place à de nouvelles qui naissent un peu partout chez moi.
Je me crispe une seconde et ouvre les yeux. Son visage est là, non loin du mien, inquiet mais presque rassurant. Avec tout ça, j’en ai oublié Emily. Celle qui m’a prêtée mains fortes auprès de Delphine, celle qui m’a écoutée, conseillée et aidée. Même après mon départ précipité de tout à l’heure, elle n’a visiblement pas lâchée le morceau et se retrouve de nouveau devant moi alors que je suis dans un état plus que déplorable. Et je n’ai pas la force d’avoir honte ou d’en être gênée.

And I'm a liar by your side
I'm about to lose my mind

© Evanescence – The Change

Je renoue doucement avec la réalité, prenant conscience de ce que j’ai fait. De ce qu’il s’est passé. Ma respiration cavale au même rythme que les battements de mon cœur. Ce dernier me donne l’impression de vouloir s’échapper avec ma raison qui pourtant, se maintient et se raccroche au regard d’Emily qui est sans appel.

— Dis-moi ce qu’il s’est passé. Dis-moi ce que cette pièce a voulu te montrer pour te faire du mal.

Je ne peux pas le lui dire parce que je ne sais même pas comment m’y prendre, ni si j’en ai vraiment envie. Parce qu’il faudrait accepter et avouer ce qui me ronge comme un million d’insectes. Pourtant exorciser ce qu’il se passe chez moi pourrait n’être que bénéfique et je le sais. Le problème étant que je suis complètement désorientée, des sanglots s’échappant par intervalles réguliers d’entre mes lèvres et ce sang partout, au milieu des bouts de verres. J’ai littéralement explosé la vitre sans prendre conscience de ma rage et de ma colère.
Emily se redresse et me tiens toujours les poignets, comme si j’allais profiter d’une seconde d’inattention pour me tailler les veines avec les morceaux devant nous qu’elle jette plus loin. Pour éviter de nous blesser. Je remarque ces petits détails pour ne pas laisser cette vague m’engloutir de nouveau.

— Tu dois accepter les choses, les exprimer, les faire sortir de toi. Si tu continues à les garder à l’intérieur ça va te détruire !

Je crois que les choses se calment, s’atténuent en termes de crise, de larmes et de sanglots. Mes yeux croisent de nouveau ceux d’Emily alors que ma vue est brouillée. Je fronce les sourcils, me dégage doucement de l’étreinte de la jeune femme et contemple le sang sur mes paumes, sur les siennes. Sur le dessus de mes mains, mes poignets. Des éraflures, des entailles un peu plus profondes. La brûlure est toujours là pour me rappeler que moi, je suis bien en vie et que tout cela n’est pas un cauchemar. Ca n’en est plus un.
Elle a raison lorsqu’elle dit que tout ça me va me détruire puisque le processus était déjà entamé depuis bien longtemps sans que je ne m’en rende réellement compte. Ce qu’il se passe ici est la dépressurisation de tout un tas d’émotions que je ne contrôlais plus. Et il serait peut-être temps d’arrêter de faire semblant et de « faire avec ». Prendre enfin une réelle inspiration.

J’essuie le sang sur mon jean mais ne fait que tirer une grimace sous la brûlure et la douleur. J’ai envie de dormir. Juste de dormir. Je ne pense plus à Delphine et aux cours, tout est trop loin pour moi en cet instant. Comme si cette pièce était à part et hors du temps. Je revois ma mère devant moi, coincée derrière cette vitre dont je tiens désormais un morceau d’éclat entre ma paume. Lorsque j’y regarde bien je peux apercevoir l’œil affolé et rougit de ma mère, les flammes dansant derrière elle. Les larmes continuent mais les sanglots eux, ont disparu.

— Vous avez connu l’emprise des Supérieurs il y a deux ans, ici. Je serre un peu plus fort le morceau de verre sans pour autant m’en faire mal, voix tremblante. Moi je l’ai connu il y a 4 ans.

Mon timbre est sans reproche, sans mélodrame, sans fatalité. Puisque ce sont juste les faits. Et je ne dois pas être la seule dans ce cas. Bien évidemment que non. Combien sommes-nous à avoir vécu pour la deuxième fois leur oppression ? Plus que nous le croyons, j’en suis certaine. Je lâche le morceau de verre alors qu’un violent frisson me parcoure. Le poing de ma mère martelait de nouveau la vitre. Je ne prends conscience que maintenant à quel point je tremble et à quel point j’ai froid. Mais aussi de ce vide intersidéral que je ressens, cette chute brutale d’émotion qui semblerait presque m’anesthésier.

— Ils ont envahi notre village pendant les vacances de Noël. Personnes n’a rien vu venir et nous avons à peine eu le temps de réagir. J’étais jeune… j’avais 16 ans, mon frère à peine 13. Je fixe le sol, revoyant toujours ces instants avec une exactitude et une précision qui serait presque en cet instant une fatalité alors qu’en temps normal, cette capacité à être si précise me permet de réaliser mes meilleurs dessins. On a d’abord entendu des cris. De loin. Sans vraiment comprendre. Puis les sors ont commencé à fuser dans tous les sens.

Et ma mère hurlait déjà nos noms pour que nous rentrions à la maison, quand bien même ça ne les aurait pas arrêtés pour autant.

— Ils ont absolument tout saccagé sur leur passage. Tout et tout le monde. Sans aucun scrupule et aucune hésitation. Je la perçois de nouveau. La rage refait surface, amère et froide. Moldus, sorciers, femmes, hommes, enfants. Ils humiliaient, torturaient, tuaient. Comme si… Comme s’ils étaient sur un terrain de jeux où tout leur était permis.

Mes doigts glissent machinalement jusqu’à mon front que je frotte, sans y faire attention. Comme je ne fais pas attention au sang que j’étale et aux tremblements qui ne cessent pas un seul instant. Le vide se remplit de colère et de haine. La peine laisse sa place en douceur.

— Ils sont arrivés jusqu’à notre maison, je n’ai eu que le temps de grimper jusqu’à ma chambre pour aller chercher ma baguette et de descendre. L’un d’eux est entré par la porte de derrière, mon père avait déjà amené Adam vers la sortie de devant. Ils ne sont pas sorciers, ils n’avaient aucun moyen de défense.

Mais moi si. Ma mère également. Je reprends le morceau de verre entre mes doigts puis pour la première fois de la conversation, je lève mes yeux vers Emily que je ne lâche plus.

— J’aurai pu aider ma mère à les repousser mais elle m’avait déjà expédié vers la sortie. Je n’ai eu le temps que de mettre un pied dehors, tout à exploser. Je montre la surface enflammée du verre brisé. Ma mère avec.

Et je le lâche.

— Elle est morte et je n’ai rien fais Emily. A 16 ans nous ne sommes peut-être pas des experts en magie mais nous sommes tout à fait capables de nous défendre un minimum. Surtout avec Monsieur Rivers en prof de Défense. Je lâche un rire sec et bourré de sarcasme. J’aurai pu me retourner et l’aider à repousser celui qui s’est amusé à prendre notre maison pour un feu d’artifice. Au lieu de ça j’ai fuis.

Les larmes reviennent et se mêle à mon pauvre sourire amer et coupable. Je sais ce que l’on dira, je sais que ça n’est pas ma faute, que ma mère préfère sûrement me voir ici plutôt que dans un trou avec elle. Je le sais. Mais ça n’enlève pas ce goût amer qui tapisse ma gorge désormais.
Le calme ici présent est un contraste violent avec ce que j’hurlais il y a quelques minutes mais pourtant, ça ne me dérange pas. La présence d’Emily m’apaise, me calme même si je me sens vide et las. Je m’en veux de l’avoir entrainée là-dedans, de lui avoir montré ce mauvais côté de moi mais sous ses bons conseils je lâche les mots.

— Désolée pour ce que tu as vu. Je regarde de nouveau mes mains, me sentant quelque part pathétique. J’ai juste fait en sorte de maintenir mon frère et mon père la tête hors de l’eau durant ses 4 dernières années. Maintenant que tout va mieux et qu’une autre femme entre dans nos vies, j’ai la sensation de perdre un but, un objectif qui me maintenait droite. Qui me permettait de ne pas trop penser à tout ce qui pouvait me ronger, à ce que l’absence de ma mère et sa mort pouvait me provoquer. Je crois qu’en réalité je n’ai jamais fait mon deuil et j’ai encore moins accepté le fait qu’ils aient pu être la cause de tout ça. De briser ma vie une première fois, pour venir recommencer ici. Tout comme je n’arrive pas à accepter le fait qu’ils reviennent pour nous détruire. Je ne veux plus que tout ça recommence. Perdre quelqu’un, à cause d’eux.

Et cette fois c’est de la haine qui se manifeste sur mon visage, qui bloque ma gorge alors que je parle encore. Ca n’est jamais arrivé. Parlé de moi est une chose que je fais si rarement que je m’en sens étrange. Comme si j’étais spectatrice de la pièce, de la scène. S’ils devaient ne serait-ce qu’un instant toucher à un cheveu de Riley, je sais aujourd’hui que je ne répondrais de rien. Elle est de ce que j’ai de plus précieux ici, mon âme sœur et celle que j’aime appeler comme étant le Phare de ma vie, celui qui conduit les marins sur la terre ferme en cas de tempête. Je ressens l’intense besoin d’aller la voir et de cette fois, tout lui raconter. Une bonne fois pour toute.
Il y a eu la mort de Megan qui a eu un effet autant positif que négatif sur notre morale. La lassitude affrontant la rébellion. Ma propre rage bouillonne en douceur et je suis consciente qu'elle animera beaucoup de mes décisions. ce qui est fait, est fait. Certes. Mais ça ne s'arrête pas là.

De nouveau mon regard se plante dans celui d’Emily.

— Je crois que je ne te l’avais jamais dit mais je t’admire, Emily. Elle est là, face à moi, elle n’a pas bougée. On ne se connait que depuis peu mais pourtant elle est là. Emily que je connais à peine mais qui a su marquer son passage d’une pierre blanche. J’ai cru comprendre que tu étais la tête de la résistance l’été dernier. Je sais aussi que beaucoup vous en ont voulu d’avoir agi aussi effrontément mais les faits sont là. Vous avez déclenché notre liberté.

Moment de silence. Je sais qu’avec ce « statut », les Supérieurs ont du se lâcher la concernant. Comme beaucoup d’autres ici. Elle n'a pas hésité à foncer dans le tas, au péril de sa vie et ce, avec la rage de vivre et de vaincre. Je ne la vois pas agir autrement. Il suffit de la regarder pour savoir qu'elle dégage une prestance qui est de celles qui s'affirment et qui agissent, dans le feu de l'action.

— Je me rends compte que tu es là et que tu ne lâche pas. Tu aurais pu partir d’ici, fuir tout ça. Que tu ne te plains pas. Que tu restes debout, presque les poings levés en permanence pour en découdre avec le prochain qui arrivera alors que tu sais pertinemment que s’ils reviennent, tu seras l’une des premières sur leur liste. Je suis là à pleurer sur une mort qui remonte à 4 ans et que je ne percute que maintenant… Mais toi Emily ? Comment est-ce que tu gère tout ça, en réalité ?

Un sourire tremblant s’esquisse sur mes lèvres, nous n’avons toujours pas bougé de notre place.

— Pas d’entourloupe. Tu parles à quelqu’un qui a usé d’un million de stratagème pour se voiler la face.

Parles moi, de muraille à muraille. Je ne devrais peut-être pas me permettre ce genre de question mais je me sens comme une brèche, un corps vide et qui parle, sans se rendre réellement compte des impacts. Alors qu’à contrario, je suis en train de me dire que je ne laisserais pas l’une de ces ordures la toucher. Elle prend sa place, en douceur, quelque part en moi. Comme Maxime le fait, sans que je ne l’avoue réellement, même si la manière est totalement différente.
Je ne sais pas pourquoi je la pousse à la confession, peut-être parce que dans son regard et dans cette allure de forteresse, j’ai l’impression de me retrouver en cet instant. Peut-être parce que je suis consciente que malgré tout ce qu’elle me donne en cet instant, aussi bien en présence qu’en soutient, elle a peut-être elle aussi besoin de lâcher les vannes. Une bonne fois pour toute. Je sais de Riley que Cameron a été touché. Et je sais aussi que je vois très souvent Emily en sa présence. Je ne sais pas la nature de leur lien mais un regard suffit pour les savoir proches. Un lien silencieux, de ceux que nous n’avons pas besoin d’exprimer.


HRP:
 
Revenir en haut Aller en bas
avatar
Hiboux postés. : 2739
Date d'inscription : 24/06/2010
Crédits : ECK
Double Compte : Caem Kaliayev/ Julian A. Neil/Keith M. McEwen / Ethan Llewellyn/ Zachary Disemba/ Aiyana Hopkins



Voir le profil de l'utilisateur http://impero.superforum.fr/t1201-emily-anthon#72804
MessageSujet: Re: I'm not here, this isn't happening - Emily   Ven 23 Oct 2015 - 16:29

Accepter la douleur, accepter de regarder en face la souffrance, de la laisser sortir pour ensuite finalement pouvoir rebondir. Emily savait que c’était la démarche à suivre. Pendant longtemps elle avait refusé d’affronter sa peine, elle s’était renfermée et puis, elle s’était rendu compte que quand tout sortait, elle pouvait mieux respirer. Ce n’était pas pour autant que ses soucis se réglaient, que d’un coup le monde devenait merveilleux. Mais par contre elle pouvait au moins envisager de se relever, de se sentir mieux. Voil0 pourquoi la jeune femme tenait tant à ce que Kezabel accepte enfin de s’exprimer, voilà pourquoi elle voulait qu’elle crache sa douleur plutôt que de la laisser l’envahir complètement. La demoiselle remarqua alors que le gros de la crise semblait passée chez sa camarade. Ses mouvements ne semblaient plus être aussi frénétiques et, lorsqu’elle chercha à se dégager de l’emprise de sa camarade, Ems la laissa faire sans opposer de résistance. Parce qu’elle semblait plus posée, moins effrénée, moins dangereuse pour elle-même. Emily l’observa alors sans un mot tandis qu’elle essuyait ses mains pleines de sang. Elle grimaça pour elle d’ailleurs. Oui ça ne devait pas être agréable. Seulement voilà elles n’avaient pas grand-chose pour soigner les plaies de Kezabel et la jeune femme sentait que ce n’était pas le moment de s’occuper de ça. Cela ne la mettait pas en danger alors elles iraient à l’infirmerie plus tard. Pour l’instant, Emily voulait qu’elle s’exprime. Sa voix se fit finalement entendre et la métisse ne pu cacher sa surprise. Il y a 4 ans ? Comment ça ? Alors ils avaient agis avant Poudlard ? En un sens ce n’était pas si surprenant que ça mais la demoiselle ne s’était jamais posé la question. Elle attendit donc la suite. Ce fut à cet instant qu’elle remarqua comme sa camarade tremblait. Ems enleva alors sa veste et la posa doucement sur les épaules de Kezabel tandis que celle-ci poursuivait ses explications. Et elles furent terribles. Alors que la jolie blonde expliquait son histoire, celle qui avait fait naître cette horrible souffrance au fond d’elle, Emily sentit son cœur se serrer. Plus elle avançait dans son récit et plus les images se faisaient fortes dans son esprit. Emily se souvenait parfaitement du jour de la rafle, de cette fois où elle s’était sentie traquer… Sauf que eux ne savaient pas, eux ne s’y attendaient pas et surtout, il n’y avait aucun tri… La jeune femme resta silencieuse, hochant simplement la tête de temps en temps et lorsque Kezabel évoqua finalement sa mère, les choses commencèrent à se mettre en place dans sa tête.

« Je suis désolée… »

C’était idiot de dire ça. Ça n’avait aucun sens mais Emily l’avait sortit quand même. Parce qu’elle n’avait aucune peine à imaginer la douleur de Kezabel. Certes sa mère à elle n’avait jamais été un exemple ou du moins, avait arrêté d’être la femme qu’on aime de tout son cœur un peu trop vite. Mais Ems savait ce que c’était que la famille et à quel point elle peut impacter sur notre vie… Emily avait donc légèrement baissé la tête en disant ça, par réflexe, ce sentant presque honteuse face à cette souffrance. Mais elle la releva bien vite en entendant la suite. Non, elle n’avait pas le droit de se sentir coupable ! La jeune femme se mordit cependant la lèvre avec violence pour ne pas s’emporter tout de suite et la couper dans son élan. Elle attendit la suite et eut raison. Parce que Keza mettait enfin le doigt sur ce qui la tiraillait tant, en plus de la perte de sa mère. Ems se décida alors finalement à parler.

« Comme tu le dis si bien ils sont responsables… Je comprends ton sentiment de culpabilité mais tu n’es pas responsable. On essaye toujours de se dire qu’on aurait pu mieux faire mais ta mère a fait le choix de te protéger et tu n’as pas le droit d’aller à l’encontre de ça… Ta mère n’aurait pas pu vivre en te sachant morte pour elle, c’est impossible. Alors elle a choisi de se sacrifier pour vous… Ce qui ne veut pas dire que tu es obligée d’être heureuse, ce qui ne veut pas dire que tu n’as pas le droit de craquer. Juste, que tu n’es pas responsable de sa mort. »

Mesurer ses mots. Emily parlait avec son cœur, avec ses tripes mais elle faisait attention aussi. Elle ne voulait pas que Kezabel interprète mal ce qu’elle pouvait dire, non surtout pas.

« Un deuil c’est long à faire… Et douloureux aussi alors si on a quelque chose qui nous permet d’y échapper, on retarde l’échéance. Il va être temps pour toi de te décharger d’un poids et de faire cette démarche de dire au revoir à ta mère, réellement. Ce sera difficile mais tu n’es pas toute seule. »

Sourire. Emily savait très bien ce que c’était de faire un deuil. Malgré elle elle avait dû apprendre le cheminement psychologique bien vite. Alors oui c’était rude, douloureux, mais c’était la seule chose qui permettait de continuer d’avancer. Maintenant elle pouvait penser à Stan avec le sourire et envisager d’avoir une vie amoureuse. Maintenant elle pouvait se sentir bien dans sa tête. Ems espérait donc que ses paroles aideraient un minimum Kezabel, parce qu’elle voulait que cette fille retrouve le sourire, parce qu’elle voulait qu’elle puisse garder la force de vivre. Elle ne méritait pas toute cette souffrance… Le regard qu’elle planta dans le sien était donc doux et se voulait réconfortant. Elle serait là pour l’aider si elle le demandait. Elle saurait aussi la laisser tranquille mais était prête à lui tendre la main. Parce qu’elle la touchait. Parce qu’à ses côtés elle se sentait tout simplement à l’aise.

Elle ne s’attendait cependant pas à ce que Kezabel enchaîne de la sorte. Lorsqu’elle déclara qu’elle l’admirait, Emily ouvrit grands les yeux. Vraiment ? Mais pourquoi ? Ça n’avait pas de sens ! Elle évoqua alors la résistance et la jeune femme baissa la tête, avec un léger sourire aux lèvres. Elle n’avait fait que donner l’idée d’un groupe de musique, elle ne pouvait pas savoir que ça prendrait autant d’ampleur… Elle l’écouta ensuite faire ses éloges et la jeune femme se sentit gênée. Elle restait aussi parce qu’elle n’avait rien d’autre ailleurs, par que sa seule famille était ici alors elle ne méritait pas tout ça… Mais elle n’eut pas le temps de contester que Kezabel en venait au cœur du sujet. Elle lui demanda finalement comment elle supportait tout ce qui se passait ici. Et lorsqu’elle lui fit comprendre que si elle mentait elle le saurait, Ems lâcha un léger rire. Habile la demoiselle.  Emily s’assit alors en tailleur sur le sol, se gratta la tête nerveusement avant de prendre la parole.

« Tu sais…. Je suis pas si admirable que ça. Oui je me suis révoltée mais au final j’étais pas seule. Et je reste ici parce que je n’ai nulle part où aller. Parce que ma seule famille est ici. Mes parents me détestent parce que je suis une cracmolle alors… En y réfléchissant, c’est peut être pour ça que je résiste si bien, j’ai été à bonne école. »

Sourire ironique. Le pire dans tout ça, c’était qu’Emily était persuadée que cela avait joué un rôle. Elle était méprisée, haït depuis tellement longtemps qu’elle s’était endurci, qu’elle avait appris à prendre des coups. Mais était-ce pour autant qu’elle se sentait si bien ? Était-ce pour autant qu’elle supportait toutes les horreurs ? La jeune femme poussa alors un léger soupir.

« Je peux pas dire que c’est facile mais je résiste… Enfin, je résistais… Parce que je suis pas sûre d’être encore en mesure d’être la figure de proue que tu admires. Parce que… Parce que depuis qu’ils ont attaqué Cameron, je sais plus ce que je dois faire… »

Emily sentit alors ses intestins se nouer. Elle n’avait pas envie de parler de ça. Elle se revoyait avec Caitlyn, cracher tout ce qu’elle avait au fond d’elle… Elle ne voulait pas vivre ça, pas prendre de décision, pas se mettre face aux faits. Et pourtant…

« Cameron je le considère comme mon frère. J’ai cru qu’il allait mourir. Ils s’en sont pris à lui pour me faire payer. Ils peuvent me torturer c’est une chose. Mais s’en prendre à mes proches… Je sais plus si je dois continuer à me battre au risque de tous les faire tuer. »

Parce que la vraie question était là. Pouvait-elle porter cette responsabilité ?


Dernière édition par Emily Anthon le Jeu 5 Nov 2015 - 12:02, édité 1 fois
Revenir en haut Aller en bas
avatar
Hiboux postés. : 2158
Date d'inscription : 27/05/2013
Crédits : Carter
Double Compte : Dimitri & Charleen & Mateo & William & James & Leiv



Voir le profil de l'utilisateur http://impero.superforum.fr/t2099-viens-decouvrir-les-printemps-
MessageSujet: Re: I'm not here, this isn't happening - Emily   Jeu 5 Nov 2015 - 11:51

Les mots d’Emily sonnent incroyablement juste et à l’heure où la crise se tasse, certains éléments me paraissent plus clairs, plus limpides. Ma mère n’aurait effectivement pas pu vivre dans un monde où sa fille se serait interposée pour la sauver ou si sa fille était morte en voulant lui prêter main forte. Mais est-ce que sa fille peut vivre dans un monde où sa mère n’est plus ? Où elle a été purement et simplement assassinée par une bande de fanatiques ? Quatre ans plus tard je suis là, à genoux au milieu des débris de verres, mains en sang, mais vivante. La réponse est évidente pour bien des raisons. Je ne suis pas seule, je ne peux pas me permettre d’être égoïste. Ne pas être coupable de sa mort est difficile a accepté, surtout lorsque je me répète en continue la scène, que je revois toutes ces failles où j’aurai pu agir et peut-être fait en sorte qu’elle soit encore parmi nous aujourd’hui.
Mais Emily dit vrai : Ce sont eux les coupables. Et la rage qui m’anime me susurre qu’ils paieront.

Dire au revoir à ma mère.
Pour de bon, la laisser partir et laisser cette peine se décoller de mon être. Comme une mue. Comme pour laisser place à une nouvelle peau. Rien que l’idée me donne une boule dans la gorge et humidifie mes yeux. Je sais qu’elle a raison mais c’est difficile, compliquée. Lui dire au revoir est quelque chose que je refuse parce que je ne veux pas admettre qu’elle ne reviendra jamais. Que c’est comme ça et pas autrement. Sans m’en rendre compte, je me suis rétractée sur moi-même, légèrement, mais suffisamment pour traduire un moment de nouvelle faiblesse. J’aspire à une douche chaude et à une nuit de 48 heures. Le temps fera son œuvre, c’est ce que j’ai dit à Riley pour Megan. Je dois donner l’exemple. Je ne suis effectivement pas seule et je dois admettre que je ne m’attendais pas à voir Emily si concernée, si proche, si prompt à me soutenir. C’est une agréable surprise, quoi que l’on dise.

La jeune femme se tient à genoux face à moi et je la regarde tout en lâchant ce que je pense d’elle. Je ne mens pas, n’exagère rien, ça n’est pas dans mes habitudes de valoriser quelqu’un juste pour le plaisir. Ma douceur m’enveloppe et je m’y loge en me concentrant sur ma camarade. Emily parait surprise d’entendre que je l’admire et je n’en suis pas plus étonnée. Elle reflète le type même de personne modeste qui ne peut pas croire que quelqu’un comme elle est capable de donner un peu de chaleur à un cœur endormi.
Elle s’assoit pendant que je ne bouge pas, la regardant se gratter le crâne, semblant nerveuse. Si je la pousse aux confidences ça n’est pas pour fuir ce que j’ai fait, ce que je suis ou ce que je vis mais parce que sa vie à elle m’intéresse, tout autant que sa personnalité.

— Tu sais…. Je suis pas si admirable que ça. Oui je me suis révoltée mais au final j’étais pas seule. Et je reste ici parce que je n’ai nulle part où aller. Parce que ma seule famille est ici. Mes parents me détestent parce que je suis une cracmolle alors… En y réfléchissant, c’est peut être pour ça que je résiste si bien, j’ai été à bonne école.

Je fronce les sourcils sans broncher, me souvenant du fait qu’elle m’ait déjà parlé de cette histoire. Qu’elle était cracmolle et que sa famille souhaitait lui faire payer la honte qu’elle infligeait à leur sang, à leur nom. Nos deux vies sont d’une différence visible. J’ai perdu ma mère, tuez par des fanatiques. Emily s’est fait rejeter, voir maltraité, par une famille trop à cheval sur les traditions, sûrement racistes au possible en vu de leur haine pour leur propre fille. Oui, nos vies sont différentes, mais à nous deux nous prouvons que les douleurs sont aussi violente dans un camp que dans l’autre. Un instant, je me demande comment serait devenu Emily si elle avait hérité de la magie qui coule dans les veines de sa famille… Aurait-elle été ce qu’elle est aujourd’hui ? Une personne simple, douce, gentille, caractérielle mais présente, courageuse et qui sait être là lorsqu’il le faut. Quelqu’un de bien en somme, un être à part entière.

Je chasse cette idée aussitôt. L’important est le présent et peu m’importe la provenance de son sang, de sa famille. Peu m’importe de savoir si ses proches auraient pu être impliquées dans la mort de ma mère – parce que ça aurait pu être le cas… -, elle est une personne qui commence à compter pour moi.

— Je peux pas dire que c’est facile mais je résiste… Enfin, je résistais… Parce que je suis pas sûre d’être encore en mesure d’être la figure de proue que tu admires. Parce que… Parce que depuis qu’ils ont attaqué Cameron, je sais plus ce que je dois faire…

C’est comme un souffle sur une trainée de sable. Mes problèmes s’évaporent et toute mon attention se concentre sur Emily qui, à son tour, passe aux aveux. Chacun son temps, chacun son tour, son regard est éloquent en terme de doute et le mien ne quitte pas sa personne et les traits de son visage. J’ai su par Riley que Cameron a été touché aussi bien physiquement que mentalement puisqu’en plus de se faire poignarder, ce dernier a perdu sa petite amie. Et ça fait beaucoup pour une seule personne, quoi qu’on en dise. Quand à Emily... Je n’ai pas l’habitude d’entendre ce genre d’abattement de sa part.

— Cameron je le considère comme mon frère. J’ai cru qu’il allait mourir. Ils s’en sont pris à lui pour me faire payer. Ils peuvent me torturer c’est une chose. Mais s’en prendre à mes proches… Je sais plus si je dois continuer à me battre au risque de tous les faire tuer.

Je me redresse légèrement, sourcils froncés. Les informations arrivent par vague et je me souviens parfaitement avoir entendu parler de cette liste. Ceux qui y étaient inscrit sont les personnes qu’ils souhaitaient toucher d’une manière ou d’une autre. Dimitri pour Mlle Hunt. Cameron pour Emily. Aileen pour… Le Directeur visiblement. Et tant d’autres. Pour quelles raisons ? Atteindre et fragmentés les esprits. Et quoi que l’on dise, ils ont réussi. Seulement, le défaitisme d’Emily me touche et après ce que nous venons de vivre, je ne peux que la comprendre. Le silence s’installe durant quelques secondes avant que je n’articule mes mots en douceur.

— Ca n’est pas ta faute. Tu n’as pas choisi à ce que ces fanatiques en aient après le sang qu’ils jugent impurs. Parce qu’ici il n’est plus question de rébellion. Tout va bien au-delà de ça.

Il y avait un choix à faire. Se taire et subir l’horreur ou se remettre debout et les affronter pour une liberté.

— S’ils ont essayé de t’atteindre, c’est parce qu’une cracmolle à bafouer leur crédibilité, leur égo. Se faire écraser par des gamins qui n’ont pas le sang-pur, c’est une humiliation pour eux. Je baisse mon regard sur mes mains entaillées avant de le relever vers Emily, sérieuse. Tu sais… Ceux qui sont proches de toi sont conscient de ce qu’il risque. Mais s’ils sont là, encore avec toi, c’est parce qu’il y a une raison : celle de rester à tes côtés.

Quoi qu’il se passe, quoi qu’il advienne, ce sont là que nous trouvons nos meilleurs alliés. Durant les moments les plus difficiles mais aussi les plus dangereux. Emily est exactement un exemple des plus concrets. Si nous devions tourner le dos à des « personnes comme elle » juste pour une question de risque, alors quoi servirait tout ça ? A rien. Strictement, à rien.

— Si Cameron est encore aujourd’hui ton ami c’est parce que c’est ce qu’il veut, parce qu’il ne te lâchera jamais. Nous ne pouvons pas passer notre vie à baisser les bras ou à s’éloigner parce que d’autres font pression sur nous. Ca n’est pas juste et ça n’est pas comme ça que tout ça doit se passer. J’esquisse l’ombre d’un sourire. Crois-moi, ceux qui restent sont ceux qui savent dans quoi ils s’engagent et qui savent ce qu’ils veulent. Rester avec toi. Peu importe les barrières que les Supérieurs nous mettent.

Je ne m’avance légèrement et pose la main sur la joue de la jeune femme, l’incitant par la même occasion à me regarder. Mes gestes sont lents, fatigués mais sûrs d’eux. Ce que j’essaie de lui dire c’est que je comprends ce qu’elle ressent mais que jamais nous ne pourrons empêcher nos proches de rester auprès de nous pour tout ça, au contraire. C’est avec eux que nous formons la meilleure alliance mais c’est en se taisant et baissant les armes que l’on se fera piétiner.

— Ne lâche pas prise Emily. Ne lâche jamais prise. Mon regard s’ancre dans le sien et je repense à ce que j’ai dit à Riley, à ce que je lui ai montré. Si tu ne te bats plus, Megan sera morte pour rien et c’est exactement ce qu’ils veulent. Ils ne doivent pas changer ce que tu es.

Ma main glisse de sa joue à sa paume que je prendre entre mes doigts entaillés mais sans jamais lâcher ses yeux sombres.

— S’ils ont fait ça, c’est pour fragmenter nos esprits et instaurer un climat hostile et de doute. Ils ont réussi mais s’il te plait, ne leur donne pas raison. On ne peut pas leur donner ce qu’ils veulent, pas après tout ça. Si nous baissons tous les bras, si nous ne nous battons pas pour notre propre liberté, alors qui d’autre le fera ?

Personne. S’ils reviennent une nouvelle fois et si nous les laissons entrer sans que nous ne fassions rien alors ça sera fini. Les morts de Juillet, de Décembre et celle de Megan n’auront servi à rien. Leurs esprits auront été bafoués autant que notre liberté à tous.

— Nous ne pouvons pas tous avoir le courage de les affronter et nous ne pouvons pas en vouloir à qui que ce soit de ne pas réussir à le faire… mais si nous pouvons réussir à changer les choses simplement en restant debout et en continuant de vivre alors faisons le. Que tu te battes ou non, ça n’empêchera en rien leurs actions.

Ma prise sur sa main s’accentue légèrement et mon regard se fait toujours aussi serein mais sérieux. J’ai au creux du ventre une boule de rage, de haine mais aussi d’angoisse. Personne n’a jamais dit qu’il était facile de se lever et d’affronter l’ennemi, encore moins lorsque le danger de mort plane au-dessus de nous. Mais si quoi que l’on fasse les Supérieurs ne nous lâcherons pas, alors je préfère y faire face baguette en main et ne pas me laisser souiller par leurs idéaux qui n’ont aucune humanité.

— Sache juste que si tu décides de te battre de nouveau, ils seront tous là. Et moi avec.

Parce que je ne peux plus rester les bras croisés à subir mon passé et à leur en vouloir en silence. Je ne pourrais plus rester comme ça après ce qu’il vient de se passer. Et je serais aux côtés d’Emily si jamais elle décide un jour de reprendre les armes. Tout ça sonne comme un film dramatique, comme ceux que l’on regardait au cinéma en famille avec mes parents et mon frère mais ce que je n’oublie pas, c’est que le mot « Résistance » existe depuis des années. Toutes les guerres qui se sont instaurées dans notre monde ont connu la soumission, l’horreur, le génocide mais aussi les élans de révoltes. Et sans ça, notre histoire à tous aurait été différente.

Le calme est revenu sur nous et je ne sais pas si mes mots ont eu le même impact sur elle que les siens sur moi, mais je fais au mieux pour lui faire comprendre qu’elle ne sert pas à rien, que ceux qui la soutiennent continueront dans le temps. Qu’elle ne sera donc pas seule et que tout ce qu’elle est, c’est que ce nous aimons chez elle. Je lui accorde un sourire en coin avant de lâcher sa main.

— Fais ce que ton instinct te dit de faire. Mais reste là Emily que nous connaissons tous. Reste ce que tu es.
Revenir en haut Aller en bas
avatar
Hiboux postés. : 2739
Date d'inscription : 24/06/2010
Crédits : ECK
Double Compte : Caem Kaliayev/ Julian A. Neil/Keith M. McEwen / Ethan Llewellyn/ Zachary Disemba/ Aiyana Hopkins



Voir le profil de l'utilisateur http://impero.superforum.fr/t1201-emily-anthon#72804
MessageSujet: Re: I'm not here, this isn't happening - Emily   Sam 7 Nov 2015 - 20:57

Cela faisait des jours qu’Emily évitait de réfléchir, évitait de se poser trop de questions. Elle avait préféré vider son esprit tout simplement. Fermes toutes les portes et attendre qu’elle soit prête à affronter de nouveau tout ça. Elle l’avait vu, sur le moment, le choc avait été trop fort, trop violent. Elle avait senti tout son corps s’effondrer, son esprit s’émietter pour n’être plus qu’un amas de déchets. Ems s’était vue détruite de l’intérieur. Ce n’était pas comme lorsqu’elle avait perdu Stan, qu’elle s’était demandé si elle allait pouvoir continuer à avancer. Non c’était complètement différent mais tout aussi violent. Ca l’avait pris au plus profond d’elle-même et elle se demandait si elle allait pouvoir un jour repenser à tout ça avec sérénité… Pour l’instant, elle était sûre que la réponse était non. Chaque partie de son corps avait vibré, chaque parcelle de son esprit s’était vue infligée… Pendant un temps elle avait l’impression que le monde s’était arrêté de tourner et que, plus jamais elle ne serait capable de respirer normalement. Elle s’était sentie noyée tout simplement. Alors reparler de tout ça maintenant… C’est encore trop récent, trop frais. Jusque là, elle avait tellement repoussé le problème. Si seulement elle avait pris le temps de pleurer une bonne fois pour toute, de vider ses tripes et de prendre une décision, comme elle le faisait habituellement. Mais cette fois c’était différent. Elle n’y arrivait tout simplement pas. La réflexion ne pouvait pas se faire. Ems était incapable de prendre du recul de regarder les choses en face et de réfléchir calmement. Elle était perdue, elle se sentait engloutie par tout ce qu’il venait de se passer. Et pourtant, quelques mots avaient franchi la barrière de ses lèvres, quelques mots à l’adresse de Kezabel. Sur tout ça, sur ce qui la bouffait de l’intérieur. Seulement, à peine les avait-elle prononcées qu’Emily était en proie au doute. Avait-elle eu raison ? Elle sentait de nouveau son estomac se nouer… Non ce n’était pas le moment. Elle n’était pas là pour renouer avec ses problèmes. Elle avait voulu être là pour son amie et pas pour retourner à ses problèmes. Non, elle ne voulait pas recentrer l’attention sur elle. Pourtant, elle avait laissé échapper des phrases, des éléments de ce poids qui pesait de plus en plus sur ses entrailles.

Kezabel avait fini par répondre à tout ça. Pas de sa faute ? Emily poussa un léger soupir. Oui tout le monde lui répéterait sans cesse cela mais malheureusement, elle n’arrivait plus à y croire. Elle n’arrivait plus à être rationnelle sur ce sujet. Elle se sentait toujours indéniablement coupable, responsable. Responsable de l’attaque de Cameron et peut être même, en un sens, de la mort de Megan… La jeune femme mettait le doigt sur le nœud du problème : elle avait cru pouvoir se rebeller, elle s’était pensée plus forte. Mais au final, elle n’était qu’une cracmolle, sans défense. Cependant, avant qu’elle ne puisse émettre la moindre objection, Kezabel trouva le moyen de lui serrer le cœur. Est-ce qu’elle était une raison suffisante pour que tous ces gens prennent tant de risques ? La jeune femme détourna alors le regard alors que la jolie blonde en face d’elle continuait. A l’évocation de Cameron, Ems se sentit vaciller. Oui elle savait qu’il ne la lâcherait jamais, comme elle ne le laisserait jamais tomber. Et pourtant… Jamais elle ne voudrait qu’il s’éloigne pour la protéger mais là c’était différent. Oui elle n’était pas objective, ni logique, mais c’était ses tripes qui parlaient désormais et non plus son esprit. La jeune femme était d’ailleurs en train de lutter pour ne pas laisser les émotions prendre trop de place, pour ne pas craquer.

Emily sursauta. Elle releva alors la tête et croisa le regard de Kezabel alors que sa main était posée sur sa joue. Ne pas lâcher prise, pour Megan… ? La jeune femme ne pu retenir une larme qui coula alors doucement le long de sa joue. Etait-ce vrai ? Pouvait-elle vraiment donner un sens à la mort de la jeune femme ? Pouvait-elle en se battant pour leur liberté se regarder de nouveau en face dans le miroir ? Aller sur la tombe de la jeune femme sans sentir la même horrible culpabilité la ronger ?

« J’y arriverai pas… »

Ce n’était qu’un murmure, plus adressée à elle-même à vrai dire. Emily ne sentait plus en elle cette flamme qui l’avait rendue si combative par le passée. Cette flamme qui avait fait en sorte qu’elle arrive sans cesse à se relever. Depuis qu’elle était arrivée ici, elle ne s’était jamais laissée abattre. Depuis tout ce temps… Elle avait gardé la tête haute, gardé le sourire. Mais c’étiat comme si, soudainement quelque chose s’était brisée en elle. Sans même s’en rendre compte, elle s’accrochait avec force à la main de sa camarade. Juste rester debout ? Mais ça, combien de temps encore serait-elle capable de le faire ? Si jusque là Ems était encore debout c’était bien parce qu’elle avait décidé de ne pas penser. De se fermer, de se protéger. Mais un jour tout ressortirait, elle le savait. Et là, pourrait-elle encore prétendre rester sur ses deux jambes ?

Une larme, puis deux.

Les mots de Kezabel étaient littéralement en train de la transpercer. Savoir que certains étaient encore prêts à la suivre, prêts à lui faire confiance. Savoir que cette fille si douce était prête à la suivre dans la lutte, presque aveuglément. Emily sentait les larmes couler sur ses joues mais elle n’avait pas la force de les retenir. Elles ruisselaient le long de ses joues alors qu’elle fixait désespérément sa camarade, cherchant peut être quelque chose à quoi se raccrocher. Et les derniers mots tombèrent… Ems serra alors avec force la main de Kezabel. Au loin, dans la pièce, elle aperçu le visage de Stan dans le miroir. Une scène de son passé à Edimbourg. Le voyage qu’elle avait fait avec Cameron et Megan. Les larmes coulaient toujours mais silencieuses. La jeune femme resta quelques instants ainsi, parfaitement immobile. Puis, enfin, un mouvement. Elle poussa un soupir et entreprit d’essuyer les larmes sur son visage.

« Je ne suis même plus sûre de savoir vraiment qui je suis. Je suis obligée de l’admettre, cette bataille, ils l’ont gagnée haut la main… »

La défaite était indéniable. Emily était obligée de constater qu’ils avaient réussi à lui faire profondément mal. Elle n’était plus la même depuis cette attaque et ne serait plus jamais la même. Elle était touchée, et non plus seulement ébranlée. La question était maintenant de savoir si elle était encore capable de se reconstruire pour se lancer dans une nouvelle bataille, pour ne pas rester sur cette terrible défaite.

« J’ai besoin de temps, j’ai besoin de me reposer… Je ne sais pas si je pourrais de nouveau être la Emily qui leur rit au nez… »

Le regard de la jeune femme se promenait dans la salle. En un sens, elle avait peur d’affronter celui de Kezabel. Parce que malgré tout, elle avait honte de tout ça. Honte de ne plus être aussi forte, honte d’être tombée aussi bas. Elle aurait aimé ne jamais douter, toujours avancer, ne jamais rien remettre en question. Mais elle devait l’admettre, c’était impossible et maintenant, elle allait devoir affronter une épreuve bien plus difficile. Elle comprenait maintenant que le plus dur ce n’était pas de se rebeller mais d’assumer les conséquences et de continuer la lutte, sans se préoccuper de ce qui pouvait arriver. Faire tous les sacrifices pour un espoir…

« Tu me trouves toujours aussi admirable ? »

Emily laissa alors échapper un léger rire, tournant son regard vers sa camarade. Elle devait avoir l’air plutôt pitoyable en cet instant avec ses yeux rougis…
Revenir en haut Aller en bas
avatar
Hiboux postés. : 2158
Date d'inscription : 27/05/2013
Crédits : Carter
Double Compte : Dimitri & Charleen & Mateo & William & James & Leiv



Voir le profil de l'utilisateur http://impero.superforum.fr/t2099-viens-decouvrir-les-printemps-
MessageSujet: Re: I'm not here, this isn't happening - Emily   Mar 17 Nov 2015 - 13:43

Par ses larmes, elle me touche. Par sa peine, sa douleur et cette mise à nue, Emily me touche. J'en oublie ma propre souffrance pour me focaliser uniquement sur ce petit bout de femme qui est pour moi, le visage typique d'une rébellion. Celui que nous suivons les yeux fermés, porté par sa rage de vaincre, d'aller au front et de rester debout pour leur montrer à quel point nous ne sommes pas faibles, prêt à leur faire face. Prêt à leur montrer que nous sommes aussi humains avec nos faiblesses, mais aussi avec nos forces. Emily demeure toujours pour moi ce visage embrasé au regard de feu, prête à en découdre et même si ses larmes ruissellent sur ses joues pâles, elle n'en reste pas moins une battante. Les pleurs ne sont pas une faiblesse. Elles sont la force d'une humanité.
Sa main serre un peu plus fort la mienne lorsque j'évoque le fait de rester ce qu'elle est. La véritable Emily. Elle ne doit pas changer pour les autres, elle ne doit pas se laisser bouffer par cette peur qui nous gangrènera tous si nous la laissons prendre le dessus. Je comprends qu'elle ait peur pour ses proches, peur qu'ils s'en reprennent à eux et il serait compréhensible qu'elle lâche prise. Mais comme expliquer, si Cameron est encore présent aujourd'hui, c'est qu'il y a une raison. J'essaie d'avoir les mots justes, de parler avec le cœur, avec la même force qu'elle l'a fait pour moi.

— Je ne suis même plus sûre de savoir vraiment qui je suis. Je suis obligée de l’admettre, cette bataille, ils l’ont gagnée haut la main…

Elle ne peut pas dire ça. Parce qu'ils n'ont pas gagné. Ils nous ont touchés, certes. Ils nous ont frappé en plein cœur, là où ça fait mal. Ils ont mortellement blessés des innocents pour en toucher psychologiquement d'autres. Mais nous sommes debout et nous devons le rester. Le jour de leur victoire sera celui où plus aucun de nous n'aura la force de résister.
Pourtant, quelque part chez moi, j'ai également ce goût amer de la défaite. Celle évoquer par Emily car malgré tout, elle n'a pas tout à fait tord. Ils ont frappé fort, à un moment où on s'y attendait le moins et ils ont réussi à enlever une vie. Ce qui est déjà bien trop. Megan nous manque à tous et encore plus à ses proches. Bref, la violence de cette journée a été un tournant important pour la vie de chacun et Emily ne semble pas s'en être sortie indemne. Comment le pourrait-elle lorsqu'elle pense porter sur ses épaules la responsabilité de l'état d'un être proche ? J'ai envie de lui faire comprendre qu'elle n'y est pour rien, que ça n'est pas elle qui a fait d'eux des fanatiques qui n'ont aucun esprit de tolérance et d'humanité.
J'aimerai vraiment pouvoir l'aider tout comme elle, elle l'a fait avec moi, quand bien même je sens encore les restes de ma colère et de ma douleur flirter avec mes nerfs.

— J’ai besoin de temps, j’ai besoin de me reposer… Je ne sais pas si je pourrais de nouveau être la Emily qui leur rit au nez…

Je continue de la regarder en silence, comprenant ce qu'elle veut dire, ce qu'elle ressent. Même si c'est à un degré bien différent. Lorsqu'elle me dit qu'elle ne pense pas être de nouveau celle qui levait son doigt bien haut devant l'oppression, j'ai la sensation de voir une jeune femme ayant perdu une partie d'elle-même. Comme si en touchant Cameron, nous venions de fracasser la moitié de ce qu'elle est, se trouvant désormais avec un membre fantôme. Sa détresse se sent, se palpe. J'en oublie la mienne, sensible à ce qu'elle ressent et perçois pleinement cette colère qui gronde en moi. Celle qui me montre à quel point ils nous détruisent, nous éclatent en un million de morceau tout en y prenant plaisir. Des êtres humains, nous ne sommes que ça. Nous ne sommes que la vie. Et eux, nous brisent avec la même force qu'ils nous haïssent.

Tout le monde aura besoin de temps, de repos, de prendre du recul, de prendre sur soi pour retrouver cette part de nous que nous avons laisser ce Dimanche et nous ne pouvons pas en vouloir à Emily de ressentir cette détresse proche de l'abattement. Je garde le silence, respectant sa propre peine et croise son regard, pour la énième fois depuis que nous sommes ici. Pourtant, j'ai la sensation que rien n'est pareil, que chaque seconde passée est un changement en elle. En moi. Entre nous.

— Tu me trouves toujours aussi admirable ?

«Je comprends, ressens, l'addiction qui te bois vers le fond. […] Tous ces mots que nous n'avons jamais pu dire s'échangèrent dans le silence par les regards de nos deux êtres fissurés. »
©Eths — Anima Exhalare.

Son rire n'a rien de celui qui se teinte de joie ou qui exprime un bonheur. Toute la constitution de son visage laisse entrevoir à quel point elle se sent mal, amer peut-être, je ne saurais dire avec précision. Et si la fatigue m'accable depuis tout à l'heure, je n'en reste pas moins droite face à elle, refusant de la laisser sombrer dans ce tourbillon de mal être et de culpabilité. Si le chemin sera long pour réussir à accépter tout ce qu'il se passe, alors elle trouvera chez moi une aide supplémentaire pour retrouver ce point d'ancrage qui lui appartient. Celui qui lui rappel qui elle et pourquoi elle se bat.

— Je te verrais moins sous cette angle si tu n'osais pas afficher tes propres peurs. Tu es quelqu'un de vraie, d'entière et c'est justement ce qui fait de toi quelqu'un d'admirable Emily.

Pleurer, avoir ses doutes et ses angoisses ne fait pas de nous une personne moins courageuse ou moins exemplaire. C'est ce qui fait que nous sommes humains, n'est-ce pas le plus important ?
Nous nous trouvons encore parmi les débris causés par ma colère, le sang sur mes mains à en grande partie séché et même si les picotements se font toujours aussi désagréables, je n'en tiens pas compte pour autant. En revanche, je me lève enfin, jambes tremblantes et corps enkylosé, la tête me tourne légèrement mais il me suffit de cligner des yeux pour chasser ce début de tourni. Je me sens lourde, épuisée mais avec l'impression que quelque chose éclot chez moi comme une fleur au printemps.

J'aide Emily à se relever, en douceur, sourire aux lèvres et sans attendre plus longtemps, la serre contre moi. Ma main dans ses cheveux, mon autre bras entour ses épaules et son cou pour une étreinte aussi spontannée que nécessaire et sincère. Je n'ai plus aucune pudeur, quand bien même les étreintes n'ont jamais été un problème pour moi, mais après avoir été aussi mise à nue, c'est comme un lâcher prise d'a peu près tout. Mes souvenirs affluent et j'essaie au maximum pour ne pas lancer des regards dans ces morceaux de verres, de peur qu'ils reflètent ma mère et ces flammes la dévorant sous mes yeux. Je veux garder le cap de ce semblant de sérénité. Et pour cela, je garde Emily contre moi. Durant plusieurs secondes, sans un mot. Peut-être même une bonne minute. Mon cœur s'emballe, je ressere un peu plus mon étreinte avant de finir par la lâcher, glissant mes deux mains sur ses joues.

— Ils ont peut-être réussit à nous briser Dimanche, ils ont peut-être réussi à nous faire mal... Mais le jour où ils gagneront, ça sera le jour où nous n'aurons plus la force de rester debout. Et ça n'est pas prêt d'arriver.

Je la garde ainsi comme ça, mon pouce essuyant ses larmes précédentes, ou peut-être les nouvelles, je ne sais plus réellement. La seule chose que je souhaite étant de l'apaiser, de lui faire comprendre qu'elle n'est pas seule.

— Nous sommes humains. Juste de simples humains. C'est normal de se sentir comme tu te sens aujourd'hui. Ce qu'il s'est passé, ça n'est pas rien. Ca n'était pas juste comme ça. Il faut te laisser du temps pour digérer tes émotions et tout ce que ça a pu engendrer derrière. Prends soin des autres est important, mais prendre soin de soi l'est tout autant et tu ne pourras pas remonter sur « scène » tant que tu n'aura pas pu prendre du temps pour toi.

Je ne suis pas très douée pour tout ça, je sais que l'on me voit souvent comme une personne de douce, de présente, voir de maternelle, mais j'ai mes propres peurs et malgré mes efforts pour les ravaler, je ne réussi pas toujours à être un exemple. Pourtant ici, je m'efforce d'être la plus juste et de simplement laisser parler ce que je ressens au plus profond de moi afin de lui remonter le moral.

— Ne t'oublie pas, dans tout ça. Je sais que nous ne sommes pas proches comme tu peux l'être de Cameron ou de quelqu'un d'autres, mais si tu as besoin de quoi que ce soit, n'hésite pas à venir me voir. C'est toujours mieux de faire face à tout ça à deux ou à plusieurs, que tout seule.

Je dépose un baiser sur s a joue avant de m'écarter, laissant retomber mes bras contre mes flancs. J'aimerais lui dire de ne pas oublier que sans des personnes comme elle, nous ne serions peut-être pas là aujourd'hui. Et ça vaut pour tous les évènements historiques. Si nous n'avions pas eu des gens comme Emily ou toute la résistance, qui sait où est-ce que nous serions en ce moment même ? Pourtant je m'abstiens. Je pense qu'elle en a assez entendu en terme de discours de résistant et surtout, je ne veux pas lui remplir la tête de tout ça. Ce dont elle a besoin, c'est de décrocher. Personne ne peut lui en vouloir de ça.
Personne n'a dit que les combats étaient faciles.

HRP:
 
Revenir en haut Aller en bas
avatar
Hiboux postés. : 2739
Date d'inscription : 24/06/2010
Crédits : ECK
Double Compte : Caem Kaliayev/ Julian A. Neil/Keith M. McEwen / Ethan Llewellyn/ Zachary Disemba/ Aiyana Hopkins



Voir le profil de l'utilisateur http://impero.superforum.fr/t1201-emily-anthon#72804
MessageSujet: Re: I'm not here, this isn't happening - Emily   Jeu 19 Nov 2015 - 14:59

Le regard baissé, Emily ne savait plus où se mettre. Elle se sentait étrange, mal à l’aise, comme si elle mentait au monde entier depuis trop longtemps. Comme si le fait qu’on la trouve admirable c’était se tromper complètement. Comme si elle était responsable d’avoir floué le monde entier. Mais Kezabel ne semblait pas vouloir démordre de cette vision. Elle insista une nouvelle fois, pour dire que c’était ses faiblesses qui la rendaient si admirable… La jeune femme aurait presque pu rougir. Parce qu’au final, c’était touchant qu’on lui dise cela. Ce n’était pas comme si elle était habituée à ce qu’on fasse son éloge. Alors certes, avec des personnes comme Cameron et Ricardo elle avait conscience qu’elle n’était pas une personne mauvaise ou quoi que ce soit de ce genre là. Mais il y avait le fait qu’ils aient des relations particulières et puis… Elle ne savait trop comment l’exprimer mais c’était complètement différent que cela vienne de la bouche de la jeune femme. Alors oui, d’un côté ça la touchait profondément même si en même temps elle se sentait coupable. Coupable de donner une image d’elle-même qu’elle avait l’impression n’être plus fidèle à sa personne. Depuis ce jour. Depuis qu’elle avait senti la chaleur s’échapper d’elle, une faiblesse horrible l’envahir et cette impression qu’elle ne pourrait plus jamais être la fière combattante qu’elle avait pu être.

Le combat était donc interne. Maintenant que la lutte était passée, pour le moment, c’était un véritable combat interne qui avait pris possession d’Emily. Elle aurait aimé pouvoir fuir… Elle était là pour soutenir Kezabel à la base et pas pour se plaindre devant-elle, se montrer faible… Aussi, lorsque sa camarade l’aida à se relever, Ems leva le regard vers elle, surprise. Elle n’eut cependant pas le temps de poser de questions. En quelques secondes elle se retrouva prise dans les bras de la jeune femme. Au début, par réflexe sans doute, elle se crispa légèrement. Puis, ses mains s’accrochèrent dans le dos de Kezabel et elle se laissa aller, fermant les yeux. Il n’y avait pas besoin de mots pour l’instant. Ce contact lui faisait du bien, tout simplement. Ems était incapable de dire combien de temps ça avait duré. Mais lorsqu’elles se séparèrent, elle avait l’impression que le plus dur était passé. La crise était passée. La jeune femme ne pu alors décrocher son regard de celui de sa camarade alors qu’elle passait ses mains sur ses joues. Ses mots… Elle les enregistrait doucement dans sa tête. Depuis qu’elle avait rencontré des personnes à qui elle tenait vraiment, depuis qu’elle n’était plus seule, Emily avait passé beaucoup de temps à s’occuper des autres. Aussi parce qu’elle ne sentait pas le besoin de se centrer sur elle. Mais là c’était différent et Kezabel avait raison de le souligner même si elle prendrait sans doute du temps à l’accepter.

« Je sais pas trop ce que c’est prendre soin de moi… Ça vient peut être du fait que je suis pas assez fille. »


C’était une blague bien sûr. Emily avait une touche d’humour dans le ton de sa voix. Elle n’était pas habituée à prendre du temps pour son corps, pour son apparence. Et peut être qu’au final, si elle pratiquait ces activités, cela l’aurait aidée à se détendre un peu, à prendre le temps de réfléchir tranquillement sur elle-même. Ou pas. Dans tous les cas elle avait besoin aussi de dire des choses un peu moins sérieuses, un peu moins dramatiques. Kezabel l’avait aidée par cette simple étreinte à calmer l’ouragan qui pointait à la porte de son esprit en cet instant.
Ems afficha même un sourire alors que sa camarade lui disait qu’elle pouvait venir la voir si elle en ressentait le besoin. Ces mots avaient du sens à ses yeux. Elle ne prenait pas ça comme des paroles en l’air. Même si faire la démarche d’aller voir quelqu’un pour se décharger n’était pas forcément dans ses habitudes, le fait qu’elle lui dise cela avait un sens pour elle. Oui on ne propose pas à n’importe qui d’être là pour l’écouter. Pas comme ça. On le fait quand on en a envie. Aussi, alors qu’elle s’éloignait doucement d’elle, la métisse ne pu s’empêcher de poser un regard doux sur elle.

« Merci, sincèrement. Et j’espère que tu as compris que c’était réciproque… »

Parce que ce genre de choses ça ne peut jamais aller que dans un sens. Ou alors que dans des relations qui, selon Emily, ne pouvaient pas durer éternellement. Alors oui, si elle acceptait de compter Kezabel sur les personnes sur qui elle pouvait compter, elle voulait que ce soit aussi le cas pour elle. Parce que maintenant, indéniablement, elle le sentait en elle, cette fille avait un statut désormais particulier à ses yeux.
Emily porta alors son regard sur l’ensemble de la salle. Elle ne l’aimait pas particulièrement. Si elle lui avait permis d’avancer sur certaines choses, à chaque fois qu’elle était venue ici les moments avaient étaient difficiles, âpres. Elle préférait donc ne pas s’attarder dans le coin. Elle alla donc attraper doucement la main de Kezabel, faisant attention à ses blessures bien sûr, et l’entraîna vers la sortie.

« Allez, sortons d’ici. On pourrait aller faire un tour pour nettoyer tout ça et peut être aller boire un bon jus de fruits pour se requinquer ! »

Petit sourire. Il fallait se changer un peu les idées. Emily savait bien que la réflexion n’était pas finie, pour aucune d’elles deux. Qu’elles avaient encore chacune du chemin à faire mais pour le moment elles avaient besoin d’une pause. De respirer un grand coup, de reprendre de l’air pour être prêtes à affronter la suite. Aussi, alors que les deux jeunes femmes sortaient enfin de cette pièce, Ems, tenant toujours la main de Kezabel, l’entraîna vers les toilettes. Là, elle passa ses mains sous l’eau, le sourire aux lèvres. Elle faisait bien attention à enlever le sang sans lui faire mal inutilement. Il faudrait qu’elle aille à l’infirmerie pour mieux soigner tout ça mais Emily ne voulait pas la forcer et elle avait l’impression qu’elle n’avait pas envie de s’y rendre. Quand elle eut fini, elle s’adosser contre le robinet et la regarda, attendant de savoir si elle souhaité aller boire un jus de fruit, sortir prendre l’air ou retourner en cours comme si de rien n’était. La cracmolle s’en fichait pour sa part et ce aussi, parce qu’au fond d’elle, elle était rassurée de se dire qu’elle reverrait Kezabel et sans doute juste comme ça, parce qu’elles le voulaient.

Revenir en haut Aller en bas
Contenu sponsorisé



MessageSujet: Re: I'm not here, this isn't happening - Emily   

Revenir en haut Aller en bas
 
I'm not here, this isn't happening - Emily
Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Revenir en haut 
Page 1 sur 1
 Sujets similaires
-
» happening au Louvre
» Everything happening tonight.... - Hot - {Avery}
» What's happening to me? ♠ Wyatt
» Ben Blair °☀. What's Happening With Me?
» (imelda, jean-baptiste) it's happening again

Permission de ce forum:Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum
Imperium™ :: Hogwarts' Inside :: Troisième Etage.-
Sauter vers: