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 L'animal-humain. - Ismaelle.

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MessageSujet: L'animal-humain. - Ismaelle.    Mer 22 Juil 2015 - 11:29

► L'animal-humain. ◄
Ismaelle & Leiv


Dimanche 8 Février – matin

D’un geste, je m’éclabousse le visage d’eau fraiche, essayant de trouver ici un moyen de me sortir de cet état chaotique qu’est la fatigue. J’ai peu dormi, peut-être quatre heures, ou cinq. Je ne sais plus très bien. La semaine a été rude, chargée d’émotions, de responsabilités et de tant d’autres choses que je n’ai plus connu depuis bien trop longtemps, que je m’en retrouve aujourd’hui déphasé. L’opération de Katherine s’est bien déroulée et elle ira mieux, il lui faudra simplement de la patience et du repos. Je compte bien la prendre en charge à son retour après son petit séjour reposant auprès de son amie – charmante personne mais j’ai comme la sensation qu’elles se sont formées un clan de Femmes de Caractères – et veiller à ce que tout aille bien. Je n’ai jamais douté de la bonté de Katherine, mais cette semaine passée à ces côtés afin de l’aider à traverser ce qui la terrassait m’a sans aucun doute permis de m’ouvrir à elle. A la connaitre et à l’apprécier sous un angle différent, mettant de côté l’esprit professionnel. Ce dernier n’était plus de mise. Ce dont elle avait besoin, c’était la présence d’un ami sur qui compter. Pas d’un collègue aux airs froids et durs. Ces derniers jours ont remis beaucoup de choses en question au sein de ma vie. Nora et sa haine encore présente, par exemple. Mes manières d’agir avec le monde qui m’entoure, mon environnement. Comme si le fait de côtoyer Katherine s’est trouvé être « contagieux » en terme d’ouverture des sentiments, des barrières afin qu’enfin, le monde extérieur puisse avoir accès à votre être.

Et puis, il y a eu Adrian. Revoir mon fils m’a procuré une véritable bouffée d’air. Ça n’était pas prévu mais pourquoi n’aurais-je pas profité de mon séjour prolongé à Londres pour le voir ? Il grandit, toujours un peu plus mais malgré ce que nous pouvons penser, j’aime à ce qu’il garde en lui cette étincelle enfantine du haut de ses 11 ans et demi. Il me manque déjà, la séparation a de nouveau été compliquée, difficile et je crois qu’elle n’est pas étrangère à cet état de léthargie dont j’ai du mal à me sortir. Sans compter les énièmes critiques de Nora à mon sujet, sur mon irresponsabilité de partir loin d’Adrian de cette façon, d’être si peu présent.
Je ne suis pas un mauvais père. Elle pourra crachée son venin autant de fois qu’elle le souhaite mais elle n’arrivera pas à me faire flancher. Adrian est mon fils, ma chair et mon sang. Il est tout ce que je possède de plus précieux au sein de cette existence que je mène et je préfèrerais mourir que de l’abandonner. Sans l’ombre d’un doute ou d’une hésitation.

Je me regarde dans le miroir, sourcils froncés. Un flash me revient en mémoire, celui du visage de Cameron. De ses pleurs. Sa culpabilité, ce mal qui le ronge. Quoi qu’on en dise, je connais plus que nous ne pouvons le croire cet état qu’il a côtoyé. Mon addiction à l’alcool m’a été dévastatrice et a failli me coûter la garde de mon fils ainsi que ma vie. Ce jeune homme est brisé, fracturé, à bout de souffle. C’est le ressenti que j’en ai eu et je ne pense pas faire fausse route. J’espère simplement que désormais, tout ira mieux pour lui. J’essaie d’être un maximum présent et si le besoin de venir me voir se manifeste, il sait où frapper.

Toutes ces choses se sont produites en si peu de temps que tout me semble avoir été vécu en 48 heures. Sans sommeil, sans repos. Pourtant, une nouvelle journée se manifeste, s’éveille et je dois tenir mes promesses auprès de Katherine : Veiller à ce que « ses enfants » aillent bien. J’ai pris le temps de discuter avec Dimitri avant d’aller me coucher, le tenant informé en détail de ce qu’a vécu son amie, l’état dans lequel elle se trouve à présent , sans oublier de lui remettre un sac en papier kraft où se trouvait diverses choses à donner à Mr Matthews. Owen Matthews. Je me suis même surprit, après tout cela, d’avoir eu l’envie brutale d’aller saluer Ismaëlle. Nous nous sommes côtoyé de manière plus ou moins régulière depuis la dernière fois où je me suis couvert de ridicule, et je ne peux nier apprécier sa présence. Un peu plus chaque jour. De par sa douceur, de son caractère affirmé et de ce feeling qui s’est tissé à la seconde où ses doigts se sont glissés dans la fourrure de « Snow ». Mais venir en pleine nuit simplement pour lui dire bonjour, je ne suis pas certain que ça soit la meilleure chose à faire.
Je m’extirpe de mes pensées et entreprends de m’habiller en silence, comme à mon habitude. Et toujours dans le même ordre. Pantalon, chemise, chaussettes et chaussures. Oui, le caleçon est passé en premier, pour les plus curieux. Et non, je ne porte pas de slip kangourou, pour les encore plus curieux.

Assis sur mon lit, je glisse ma montre sur mon poignet, l’attachant délicatement et avec soin, prenant toujours garde à ne pas déposer une trace de doigt sur le cadran ou d’en éraflé la vitre. Je lève les yeux et à la seconde où mon regard se pose sur mon bureau, une gêne s’installe au creux de l’estomac. La chambre, dans son ensemble, est parfaitement rangée. Rien ne traine sur le sol, rien sur les meubles, seul l’ordre règne. A une seule exception. Je fronce les sourcils, me lève et me dirige vers le bureau où ma petite mallette y est déposée négligemment, de travers et ouverte. Cette nuit a été mouvementée. Je me souviens d’être rentré au château, d’avoir pris la direction de ma chambre et d’avoir vu le patronus de Dimitri traversé le mur de ma chambre… Puis d’avoir lâché brutalement ma mallette sur mon bureau avant de courir jusqu’à eux. Et le retour à ma chambre s’est fait dans un tel état de fatigue que ma conscience n’a pas tenu compte de ce détail qui, en cette seconde, me saute aux yeux et agresse mon quotidien.

Je replace les feuillets à l’intérieur, la ferme et la glisse au sol entre mon bureau et le mur. La gêne se dissipe pour laisser place à une pointe de soulagement. Le contrôle. Encore et toujours. Le seul que je détiens sur cette vie qui, parfois, m’échappe.

Dimanche 8 Février – Après le dîner.

Je n’ai pas pris le temps de mettre les pieds dehors, ni où que ce soit ailleurs que l’infirmerie et ce, depuis ce matin. J’ai eu ce besoin de profiter de ce Dimanche pour me « mettre » à jour sur les derniers cas survenus durant mon absence mais aussi sur le suivi de mes « patients ». J’aime être informé et ne pas être largué lors d’une absence mais surtout d’être à jour. Mais un dossier a particulièrement retenu mon attention tout à l’heure et je suis encore dessus, depuis peut-être une vingtaine de minutes.

Mateo Estéban Vargas
22 ans
10ème année, Gryffondor.
Date d’entrée : 2 Février, aux environs de 13h30.
Date de sortie : 7 Février, matinée.
Cause : Chute brutale dans les escaliers.
Etat du patient : Fractures de deux côtes, flanc gauche. Fracture de la mâchoire, de la pommette. Plusieurs hématomes au visage, déformant la structure faciale. Nous l’avons plongé dans un « coma » afin que le patient puisse se reposer et permettre aux os de se reconstituer et ce, durant 48 heures.


J’ai continué de parcourir le dossier présent sous mes yeux et cette « chute dans les escaliers » me parait comme improbable. Une tâche énorme sur un tableau de De Vinci. A moins que le jeune homme ne soit tombé de plusieurs étages, j’ai rarement vu une chute aussi dévastatrice. En revanche, j’ai entendu de nombreux discours aux mêmes consonances. De femmes justifiant leurs bleus au visage et leurs bras cassés par une chute dans l’escalier, dans leur allée ou même dans la salle de bain afin de couvrir la violence de leur conjoint ou mari. Même chose de la part d’une mère voulant se discrédité de sa propre violence abattue sur le corps de son fils, d’un père sur celui de son enfant, des deux parents parfois. Les chutes, l’alibi que nous pensons le plus valable pour dissimuler les coups.

Nous parlons ici de Mr Vargas, un adepte des altercations. Et mon esprit calque aussitôt son état à celui de Roberts lors que Mlle Jefferson s’est vu manifester une reconversion pour l’art de la chirurgie plastie.
Puis vient le cas de Marcus en mémoire.
Puis maintenant Vargas. Trois personnes ayant côtoyé de près ou de loin l’environnement de Maxime. La déduction me semble trop simple, trop légère pour être certaine. Et si Mateo s’est évertué à dire que cet état était dû à une chute dans les escaliers, je ne suis pas certain qu’il démorde de sa version aujourd’hui.
Je pousse un soupir, me passe une main sur le front et réfléchis un instant, yeux rivés vers cette feuille dont je ne vois plus l’écriture. Je me décide d’ouvrir le dossier de Maxime pour le relire. La mention T.E.I est là, présente sur le feuillet. Peut-être qu’il serait temps de lui offrir d’autres possibilité que la crainte constante de briser le prochain être humain osant la froisser, de façon minime ou non.

Je reste une bonne demi-heure ici, à ranger quelques fioles, potions et herbes… jusqu’à ce que j’aperçoive que le stock d’Aconitum servant d’analgésiques naturel est épuisé. Je jette un regard par la fenêtre… Il fait nuit noire mais encore une fois, je ne suis pas certain de réussir à quitter l’infirmerie sachant qu’il n’y a plus de cette fleurs à disposition. Je récupère ma veste sur le dossier de la chaise, salut Maxence au passage et quitte l’infirmerie pour me diriger vers le Hall, puis le Parc. Je ne croise personne et Maxence est le seul Enseignant que j’ai vu depuis mon retour.
L’air frais me réveille quelque peu, m’offrant une nouvelle bouffée, changeant de celle de l’infirmerie et ça n’est que maintenant que je m’aperçois qu’un petit tour à l’extérieur m’aurait finalement fait le plus grand bien alors qu’Adrian était omniprésent dans mes pensées aujourd’hui. J’inspire profondément et résiste contre l’envie de fouler l’herbe, campé sur mes 4 pattes… Avant de me dire que le flair de mon Animagus pourrait m’être utile. Je jette un regard aux alentours, me glisse derrière un pan de mur avant de fermer les yeux et de fixer ma concentration sur l’objet de mon désir. Il m’a fallu des années d’entrainements avant d’arriver à un résultat parfait et aujourd’hui, il ne me faut qu’une poignée de seconde pour réussir l’exploit de revêtir le corps d’un Leonberger.

Et je me sens revivre. Comme un réveil après de longs jours de sommeil.

Mon myocarde s’accélère de bonheur et je m’ébroue, lâchant un éternuement après avoir humer l’air. Des fourmillements se déclarent en quelques secondes, là, sous les coussinets de mes pattes. Si je pouvais sourire, je l’aurai fait, de manière bien plus appuyé que de coutume. J’exulte et n’attends pas une seconde de plus avant de m’élancer dans une course effrénée. Les muscles de mes pattes se détendent et ressentent un intense soulagement de se voir dégourdir ainsi. Et plus je cours, plus elles en redemandent. Plus fort et plus loin. Mais surtout plus vite. Chose que je fais, laissant mes sens s’émerveiller de la nature qui l’entoure, des sons, des odeurs, des sensations. Une bouffée de vie. Un bonheur simple mais intense, moins puissant que celui d’avoir Adrian dans mes bras mais tout aussi revigorant. La neige sous mes coussinets pourrait paraitre désagréable mais j’ai la sensation que ça fait une éternité que je n’ai pas goûté à la chance de pouvoir profiter des sens d’un chien comme le Leonberger. Alors j’occulte, passe outre et profite de ces instants que j’aimerais modelés en des heures.

Je continue ma course, puis mon pas se ralenti avant de se stopper brutalement. Un hurlement. Un cri. Féminin. Les odeurs se modifient, la notion de danger s’inscrit violemment sur mes sens et je fais demi-tour, courant vers la lisière de la forêt, non loin de la cabane d’Ismaëlle. Et plus j’approche, plus l’odeur se fait plus caractéristique. Un autre animal rôde dans les parages et ça n’est pas un Loup-Garou. Ni un chien-cœur. Non. Je ne sais pas ce qui est le pire mais mes instincts m’indiquent que ce qui se trame non loin n’est pas mieux. Mon cœur s’accélère, mon souffle se saccade mais je tiens la cadence, l’urgence primant sur toute once de fatigue pouvant se manifester.

Ce que j’aperçois au loin fait naitre en moi un violent frisson de dégoûts et d’horreur à la fois mais encore une fois, je n’ai pas le temps de m’en rendre compte. L’heure n’est pas aux questions. Pas lorsqu’un bébé Accromentule est entrain de menacer une élève aux abords de la forêt. Je m’élance plus rapidement, sentant un grondement sourd naitre de ma poitrine pour s’expulser par ma gorge alors que sans hésitation je me jette, gueule la première, sur l’animal. Mes crocs se referment sur l’une de ses pattes, j’assure ma prise et d’un geste de rage et purement animal, se la secoue dans tous les sens avec violence jusqu’à ce que je la sente craquer, se fissurer puis se détacher du corps de sa propriétaire qui lâche un cri aiguë, désagréable pour mes oreilles. Un goût amer se repent sur ma langue alors que je fonce de nouveau, tête la première sur l’Accromentule tout en aboyant avec force. Mon corps imposant percute le sien, l’éjecte de quelques mètres et je profite de cette seconde de répit pour grogner auprès de la jeune élève dont je ne vois pas le visage, ni ne reconnait l’odeur. J’aboie, plus fort, jusqu’à ce qu’elle réussisse à se sortir de sa peur qui la tétanise. Ce n’est que lorsque je la vois détaler loin de moi, que je recentre mon attention sur la bête, à mes côtés. Ca n’est pas l’estropier mais sa sœur. Je n’ai pas le temps de réagir qu’une douleur violente me coupant le souffle me terrasse au sol, plusieurs mètres plus loin, dans un couinement.

Je suis complètement sonné mais le danger me fait violence, me force à me replacer sur mes pattes tout en secouant la tête. L’Accromentule fonce droit sur moi, je l’esquive de justesse et referme ma mâchoire dans le vide, loupant de quelques millimètres l’une de ses pattes arrière. Cette bestiole est plus grosse que sa petite sœur qui s’est déjà éclipsée mais surtout, bien plus rapide. Je peine à esquiver ses mandibules qui ont pour objectif de me sectionner l’une de mes pattes et je cours derrière elle avant de prendre mon élan et de planter mes crocs à la base de son « cou ». Elle hurle, je grogne avec une rage profonde. Je ne suis plus Leiv, je ne suis plus Homme mais je suis Animal. Je laisse volontairement l’instinct de ce dernier prendre le dessus même si je suis parfaitement conscient que mes transformations n’ont rien à voir avec ceux des Lycanthropes. Je contrôle tout ce qu’il se passe chez moi et si je me comporte comme un chien enragé en cette seconde c’est uniquement parce que je le souhaite, par pur instinct de survie.
L’Accromentule se secoue dans tous les sens et réussit à m’éjecter. Je glisse sur l’herbe, me remettant de nouveau sur patte mais alors que je m’apprête à m’élancer pour la énième fois, ses mandibules se referment sur mon flanc. J’esquive mais pas assez rapidement. La pointe des crochets entaille une bonne longueur de ma peau et un couinement de douleur m’échappe. L’effet est le même qu’un couteau planté dans la chair. Prenant, profond et étourdissant. Je lutte pour ne pas chuter mais déjà le corps de l’animal fonce droit sur moi et m’éjecte de nouveau au loin, sur plusieurs mètres et je me sens retomber lourdement sur ma blessure qui se déchire un peu plus sous le choc.

Mon esprit s’embrume aussitôt, se couvrant d’une couche épaisse d’incompréhension, la douleur détraquant toute raison et logique mais aussi la faculté de mes sens. Ma vue se brouille, mes pattes de devant tremblent, trébuchent, alors que je tente vainement de remettre ma grosse carcasse debout mais sans succès… L’accromentule charge déjà une deuxième fois et je n’arrive pas à saisir une once de force pour l’esquiver, pas avec cette déchirure sur le flanc qui me tire des gémissements. Je ne pense plus à rien, je ne pense ni à ma vie, ni à ce qu’il s’est passé ces derniers jours, ces derniers mois. Mon esprit entre dans une phase de vide complet, de silence presque total où les sons me parviennent étouffés, amoindris. Seule la souffrance persiste, brûlante et déchirante. Profonde.
Je ferme les yeux, prenant une dernière inspiration, attendant la violence du choc fonçant droit sur moi.
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MessageSujet: Re: L'animal-humain. - Ismaelle.    Mar 4 Aoû 2015 - 14:11

Dimanche 8 Février 2015 – Dans la soirée
L'animal-Humain




Leiv & Ismaelle

Dimanche 7 Février – Fin d'après-midi

Voilà une bonne chose de faite ! C’est toujours un crève-cœur de tomber sur une pauvre petite bête en souffrance mais quand on parvient à la tirer d’affaire et en plus à lui trouver une personne qui s’en occupera et lui apportera ce dont elle a besoin alors la récompense est double. On se sent utile, c’est … gratifiant et puis surtout la vie d’un animal est sauvée, ce qui est d’après moi le plus important.
Maxime est partie il y a quelques temps, il va bientôt faire nuit mais en ce qui me concerne ça ne sonnera pas pour autant l’heure de ma rentrée au château. J’ai pris un peu de retard dans ce que je voulais faire, je vais donc rester ici tranquillement une bonne partie de la soirée et manger dans ma cabane en tête avec Fenrir. Fenrir … qui n’est toujours pas revenu … Est-ce que ça fait de moi une maitresse horrible si je dis que j’avais légèrement oublié mon chien ?

Ah ben tiens, quand on parle du presque loup …

« Salut Isma. »

Non je ne parle pas d’Enzo qui s’avance tranquillement vers moi, mains dans les poches et capuche sur la tête – qu’il rabat en arrivant près de moi – mais bien de Fenrir qui trottine joyeusement à ses pieds avec sa balle dans la gueule. Fier comme un pape. Instantanément un sourire étire mon visage, cette vision me fait chaud au cœur.

« Salut Champion. T'as eu une conversation intéressante avec le Lac ? »
« Très. Il m'a rappelé de me méfier des Sirènes. »

Regard suspicieux de ma part, sourire en coin de son côté … C’est louche …

« J'en reviens pas à quel point elle a grandi, elle est magnifique. »

C’est ça, change de sujet !

« Je suis bien d'accord avec toi, je pense qu'elle va surpasser sa mère en terme de beauté et pourtant j'ai rarement vu une femelle Hippogriffe aussi belle. »
« C'est quand même étrange qu'elle l'ait rejeté comme ça. J'veux dire … Y a surement une explication mais justement c'est frustrant de ne pas la connaître. »

Le sujet de cette discussion ? Taska qui vient presque immédiatement réclamer des grattouilles. Elle n’est jamais très loin d’ici même si elle commence à s’éloigner chaque fois un peu plus. Parfois je me dis qu’elle finira peut être par rejoindre le troupeau qui vit en liberté dans la Forêt et si c’est le cas j’en serais bien évidemment heureuse pour elle mais elle me manquera, c’est évident. Elle a été élevée ici  alors bien sur ça sera un déchirement de la voir partir – et pas que pour moi, il n’y a qu’à voir la façon dont ces deux-là se comportent – mais après tout c’est sa place. Elle est libre, elle fera ce qu’elle a envie de faire. Tout comme Crash et Patrouille qui eux ont choisi de rester ici même s’ils vont parfois voler avec les autres.

« Peut-être qu'elle était trop jeune quand elle l'a eu ou que elle-même n'a pas bien été sevrée, ou alors trop tôt et pas forcément volontairement. C'est possible qu'une femelle peu importe l'espèce n'ait pas d'instinct maternel ? En principe c'est pas censé être inné chez les animaux ? »
« Tu sais ce que je pense, pour moi l'Homme n'est qu'une espèce parmi d'autre alors ... »

Alors est ce que toutes les femmes ont un instinct maternel ? Vaste débat dans lequel je ne me lancerai pas soit dit en passant.

« Hum. »

Quant à Enzo, il a l’air perplexe et je sais que la question le taraude depuis le départ. Il n’aime pas ne pas comprendre.

« Enfin de toute façon ça ne changera rien aux faits mais je crois que je vais continuer de creuser la question juste par curiosité … Et parce que je suis borné, oui, aussi. »
« Là-dessus je dirais plutôt que tu es passionné et c'est très loin d'être une mauvaise chose. »

Bien au contraire même !

« Bon aller, faut que je rentre avant de me faire engueuler parce que j'aurai raté le couvre-feu. »
« Ben voyons … »
« Quoi ? J'ai pas l'air crédible ? »

~*~

Je ne lui ai pas posé de questions. Ça m’a démangé je l’avoue, ça m’a brulé les lèvres de lui demander comment il se sent mais j’ai pris sur moi et je n’ai pas craqué. Il est venu me voir de son plein gré, il avait le sourire … Je me suis contenté de ça même si je ne peux pas m’empêcher de m’inquiéter un peu. Beaucoup, peut-être. Quoi qu'il en soit la soirée est calme, le seul bruit qui parvient à mes oreilles est le crépitement du feu dans la cheminée et de temps en temps Fenrir qui pousse un soupir. Une assiette sur le côté, une tasse fumante de l'autre et juste sous mon nez des parchemins. J'ai fait l'inventaire de tout ce que j'ai en stock tout en faisant le tour des enclos pour nourrir tout le monde, Enzo m'a aidé un peu avant de partir mais comme il l'a si subtilement souligné, il n'a pas le droit d'être dehors après la nuit tombée. Sauf une fois par mois. Enfin dans la théorie puisque la pratique … Bref, je disais donc que la soirée était calme, elle l'était jusqu'à ce que Fenrir se redresse d'une traite, d'abord les oreilles puis le corps tout entier, l'attention totalement focalisée sur la porte. Quelqu'un arrive, voilà ce que j'ai pensé, jusqu'à ce qu'il se mette à aboyer comme un fou.

« Qu'est-ce qu'il se passe mon gros ? »

Poils hérissés sur l'échine, les oreilles bien droite et la queue relevée, autant de signes qui poussent à croire qu'un truc pas normal est en train de se produire et là-dessus je lui fais une confiance aveugle. Ce qui … n'en est que plus inquiétant parce que bien sur je suis bien loin d'être rassurée. Mes gestes sont relativement lents quand je me lève, poing serré autour de ma baguette, l'angoisse grimpe mais le besoin de savoir ce qu'il se passe se fait plus pressant que le reste alors une fois devant la porte j'attrape Fenrir par le collier et ouvre toujours aussi lentement, avec méfiance. Je crois que je m'attendais à tout mais certainement pas à ça ...

Ce que j’entends est un bruit relativement reconnaissable, un conflit, mais des aboiements de chien ? Parce que oui c’est bien ce qui me saute aux oreilles en premier lieu et ça n’a pas le moindre sens parce que Maya n’est plus là, il n’y a plus qu’un seul chien dans l’enceinte de l’école et c’est … Attends une seconde …

« Leiv ? »

Il faut croire que le sang me monte enfin au cerveau et bien sûr je ne prononce ce prénom que pour moi mais j’en suis tellement stupéfaite que la pression que j’exerçais autour du collier de Fenrir se fait plus faible. Il m’échappe et part avec toute sa puissance.

« Fenrir ! Non ! »

Si d’ordinaire il m’obéit cette fois ça n’est pas le cas et sans réfléchir je m’élance après lui en courant droit devant moi sans me retourner. Il est blanc, ça me permet de le suivre à peu près mais quand il disparait sous le couvert des arbres j’élargis mon Lumos – allumé dès l’instant où je suis sortie complètement de la cabane – et ne ralentis pas une seconde. Un cri strident retenti et là je comprends immédiatement ce qu’il se passe : Une Accromentule. Et ce dans le meilleur des cas parce que si toute la petite famille est dans le coin … J’entends Mila qui piaffe quand je passe près de son enclos, les aboiements de Fenrir brise ce faux silence et font violemment accélérer mon rythme cardiaque alors instinctivement je porte deux doigts à ma gorge comme pour vérifier mon pouls mais me recentre rapidement afin de me concentrer totalement. Un couinement retenti, j’accélère instantanément. C’est Fenrir, je reconnais sa « voix » mais quand j’arrive enfin sur place ça n’est pas lui que je trouve au sol. Un instant de flottement, j’analyse la situation : Au sol un imposant chiant noir et feu. Debout bien campé sur ses pattes, le pelage hérissé, tous crocs dehors, Fenrir. Face à lui : Deux jeunes Accromentules. Lorsque l’une d’elle fonce vers Fenrir – qui je le remarque maintenant s’est interposé entre l’autre chien et lui – je ne réfléchis pas et réagis au quart de tour.

« Aragna Exime ! »

C’est dans un cri strident qu’elle décolle et atterri plusieurs mètres plus loin, manifestement très en colère, ce qui n’est pas du tout du goût de sa sœur dont l’attention est désormais focalisée sur moi. L’instant d’après je vois Fenrir lui sauter dessus et attraper une de ses pattes entre ses crocs. Montée d’angoisse. Je ne peux pas envoyé de sort à celle-ci sans prendre le risque de blesser mon chien mais je sais qu’il ne la lâchera pas comme ça. Il est très obéissant certes mais quand il s’agit de me protéger il retrouve tous ses instincts les plus sauvages, sans parler des marques du passé. C’est un ancien chien de combat, il n’a pas oublié toute cette violence je le sais. Heureusement il finit par lâcher prise et rouler sur le sol, suffisamment loin pour qu’elle le rate même si de peu. Un coup d’œil sur le corps étendu sur le sol m’apprend qu’il semble gravement blessé mais je ne peux rien faire tant que ces deux-là seront dans le coin. Garder mon calme, voilà ce que je dois faire. C’est de sang-froid dont je dois faire peur, pour nous trois.

« Aller les filles, ça suffit maintenant, c'est l'heure de rentrer chez maman ! »

Un violent frisson me parcoure des pieds à la tête alors qu’elles agitent toutes les deux leurs mandibules. Je recule d’un pas et reste plantée devant le corps inanimé alors que Fenrir se tient lui devant moi, prêt à attaquer à nouveau.

« Ne m'obligez pas à vous faire du mal, je n'en ai absolument pas envie. »

Une seule solution donc :

« Protego Maxima. »

Un voile magique s’étire alors autour de moi jusqu’à englober les deux chiens, faisant reculer au passage les deux « petites » Accromentules de quelques pas. est-ce que la faim les a poussé aussi près de la lisière ? Des sortilèges de protections préservent le château, le parc, le terrain de SACM de ce type d’intrusion mais ici elles sont chez elle, c’est à nous d’y faire attention. Voilà pourquoi on interdit aux élèves de se promener dehors la nuit ! Mais ça n’est pas le moment de s’énerver. Une fois certaine qu’elles ne peuvent pas approcher je me tourne enfin vers le corps étendu à terre et m’accroupis à ses côtés. Il ne bouge pas, son flanc est meurtris par une blessure qui me semble grave et lorsqu’un flash vient me frapper la cage thoracique de pleins fouet je le chasse de mon esprit aussi vite que je le peux. Ma main se pose sur le pelage souillé de rouge, en douceur.

« Leiv … ? »

Aucune réaction.

« Et merde ... »

Manches relevées je ne perds pas mon calme et ma concentration pour autant. Priorité : Nettoyer cette plaie et la soigner. Je sais le faire, j’ai appris sur le terrain et je n’en qui pas à mon coup d’essai.

« Accroche toi mon gros. »



« Euh … Pardon. Accrochez-vous. »

Peu importe, ça n’est juste pas le moment de se formaliser pour ça. Collègue ou chien, je réagirais de toute façon exactement de la même façon. Un coup d’œil en arrière m’apprend que Fenrir monte la garde alors je me concentre totalement sur la blessure de Leiv et étudie l’ampleur des dégâts. C’est moche, très moche, et je ne tente même pas de retenir la grimace qui me traverse le visage. Un peu de concentration, un nouveau sortilège lancé, mon patronus apparait et m’apporte la lumière dont j’ai besoin. Calme, posé et serein, le gros félin argenté reste statique dans les airs comme s’il savait parfaitement quel rôle jouer et en réalité c’est le cas. J’y mets les mains, je n’ai pas peur d’affronter le sang mais c’est magiquement que je vais devoir régler le problème. Je dois le faire sur place, le déplacer dans cet état me parait inconcevable et surtout inconscient alors je me lance sans tergiverser plus et la magie opère. Elle nettoie la plaie d’abord puis la referme, lentement mais surement. Je sens mon énergie me quitter un peu mais l’adrénaline me fait tenir sans trop de problème. Une fois certaine qu’il peut être bougé je me relève et étudie la situation. Le porter ? Non, c’est impossible, j’ai beau avoir ma petite force il est bien trop lourd pour moi alors je prends le risque d’utiliser une nouvelle fois la magie pour le ramener à l’abri dans la cabane. Gestion de crise. Les Accromentules d’un côté, Leiv de l’autre, sans oublier Fenrir et accessoirement moi ! On va y arriver ! Leiv se balance dans les airs, stabilisé, mon attention se concentre donc à nouveau sur les deux araignées géantes qui semblent commencer à se lasser de ne pas pouvoir franchir le bouclier. Maintenir deux sortilèges actifs et efficaces en même temps n’est pas une mince affaire alors évidement ça m’arrangerait qu’elles disparaissent et par miracle c’est ce qu’elles font, tels deux fantômes. Un gémissement plaintif émane de Leiv et me rappelle à l’ordre. Ni une, ni deux, je me mets en marche et fait le chemin en sens inverse. Le pas est rapide, Fenrir surveille mes arrières et je fais en sorte de secouer le Leonberg le moins possible. Arrivés à bon port je débarrasse la table haute et le fait atterrir dessus en douceur. Il respire mais faiblement, ça n’est pas très bon signe. J’attrape un baume que j’applique directement sur la blessure tout juste à peine refermée, c’est un désinfectant à base de plantes, chose que je préfère à la magie. Une question me traverse alors l’esprit, pourquoi est-ce qu’il ne redevient pas humain ? Pas assez de force pour ça peut être mais il est évident que je préfèrerais le soigner une fois qu’il aura repris sa forme originelle. Dans ce cas si c’est d’énergie dont il a besoin … je me passe le bras sur le front pour dégager mes cheveux, du sang plein les mains, puis braque de nouveau ma baguette vers lui alors que Fenrir est assis devant la porte, aux aguets.

« Revigor. »

Encore une fois la magie fait son travail et je recule d’un pas, m’adossant contre le mur derrière moi, à bout de souffle.

« Maintenant c’est à toi de faire le boulot. »

Est-ce qu’on parle de la boule que j’ai dans la gorge ? Celle qui m’envoie des signaux d’alarmes types : Souviens toi ce qu’il s’est passé la dernière fois que tu as aidé un être mi-Homme, mi-Animal et qu’il a repris forme humaine … Non, ça n'était pas la dernière fois, c'est arrivé depuis avec d'autres personnes et ça s'est très bien passé. Oui, mais dans le lot il y avait une jeune femme et un garçon que tu considère bien plus que comme un simple élève, pas un homme adulte.

*Aragna Exime : Propulse en arrière l'araignée visée.
*Revigor : Redonne de l'énergie à la personne visée.
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MessageSujet: Re: L'animal-humain. - Ismaelle.    Mar 11 Aoû 2015 - 15:15

Rien ne vient. Pas de nouveau choc. Pas de nouvelle douleur. Je garde les yeux fermés, allongé sur le côté, la respiration saccadée qui s’entrecoupe de gémissement douloureux. Je me surprends à souhaiter qu’un malaise m’envahisse pour engourdir mon cerveau et ainsi, toute sensation, si c’est comme cela que ça doit se terminer. Mais au lieu de ça, mes sens affutés même si je n’égalerais jamais ceux d’un chien, me font percevoir des martèlements de pas puis un grognement sourd, non loin de moi. A un mètre, tout au plus. Celui d’un chien. Qui s’interpose entre moi et l’accromentule dont j’entends les mandibules claquées. J’ouvre alors les yeux et perçois nettement une tache blanche, un pelage. Je fouille dans mes souvenirs qui se trouvent tous entrecoupés par des parasites douloureux alors que je lutte pour ne pas perdre connaissance maintenant que je vois un autre être vivant dans l’équation. Je me rappelle de ce chien…

- Aragna Exime !

Une voix forte et assurée retentit et ses intonations provoquent chez moi une vague de soulagement et une explosion à la fois. Ismaelle. Fenrir. Un jet de lumière m’éblouit. Une des araignées vole au loin alors que la seconde s’apprête à se ruer sur Ismaelle. J’appuie aussitôt sur mes pattes pour m’interposer mais la douleur me terrasse littéralement, m’arrachant un gémissement plaintif. Je m’écroule au sol, la tête me tourne et un à un mes sens s’éteignent pour rejoindre ce noir béant qu’est l’inconscience.

Et je pars dans un délire complet. Ou peut-être que ça n’en est pas un. J’ai la sensation de virevolté entre moment de conscience et d’inconscience et ce, sans pouvoir bouger mes membres une seule fois. Ni ouvrir mes yeux, ni tenter de gémir pour manifester ma présence. Je ne peux qu’entendre ce qu’il se passe, de temps à autre et me contenter de canaliser ma frustration et l’inquiétude croissante à l’idée qu’Ismaelle et Fenrir soient blessés par ma faute. La douleur se propage partout chez moi, me donnant la sensation de recevoir un coup de poignard à chaque instant où la souffrance m’élance. J’aimerais ouvrir les yeux, les aider, faire quelque chose mais ne pas rester lourdement allongé ici sans ne pouvoir faire quoi que ce soit. Je sens ma respiration s’accélérer, les battements de mon cœur en faire de même, mon sang s’écoulant le long de mes poils que je sens poisseux. Nouvelle élancement, nouveau choc au loin. Ma conscience s’éteint pour ne revenir que quelques secondes où je sens une main chaude se poser en douceur sur mon pelage. Mon corps se détend sans que je ne le contrôle, mon myocarde ralenti. C’est agréable et mon corps n’étant plus habitué à recevoir une quelconque forme de tendresse autre que celle de mon fils, mes muscles s’offrent un court instant de répit.

- Leiv … ?

Je lutte pour garder ma conscience en éveil mais elle semble s’éveiller pour mieux replonger. Comme si je tentais vainement de garder la tête hors de l’eau. Je me sens las. Fatigué. Epuisé.

- Accroche toi mon gros. Euh … Pardon. Accrochez-vous.

Si j’avais pu le faire, je pense que j’aurai laissé échapper un aboiement en guise de rire. Remarquez l’ironie de la situation… Le psychorigide qui se fait appeler « mon gros » dès lorsqu’il se retrouve dans la peau d’un canidé. Je crois que je n’aurai pas pu faire mieux comme contraste de vie. Je ne pense pas que l’humour de cette phrase soit volontaire mais de nouveau, j’y trouve un apaisement. Je ne sais pas où sont les accromentules et j’ose espérer que ni Ismaelle, ni Fenrir, ne soient blessés. Cette main chaude sur mon pelage, seul raccord à cette réalité, me permet de ne pas repartir dans une inconscience dont je viens à peine de sortir. Elle n’a durée sûrement qu’une petite poignée de seconde mais je tente de garder cette fois les yeux ouverts, mais constate que je repars parfois au bord du malaise. Voguant de nouveau entre les deux états tout en sentant des mains triturer ma blessure. Je serre les dents et n’émet pas un seul grondement, ni gémissement. La douleur est tenace, lourde et aïgue à la fois. Me transperçant de part en part.

Et enfin, une douce chaleur se propage de ma blessure à ma colonne vertébrale. La souffrance s’allège, très lentement et mon flanc ne me tire plus autant qu’il y a cinq minutes. Je pousse un soupir de soulagement alors qu’en moi opère un réel apaisement de la douleur. Elle reste présente, je ne le nie pas, bien au contraire mais elle s’allège considérablement et lorsque vous atteignez un certain degré de souffrance, tout apaisement est bon à prendre.
Je sens mon corps se soulever du sol mais je suis trop éreinter pour manifester une quelconque résistance, d’autant plus que je serais bien incapable de pouvoir marcher jusqu’à la cabane. Ismaelle venait tout simplement de me sauver la vie. Si ni elle, ni Fenrir n’étaient intervenu, j’étais bon pour finir comme dîner au fond de la forêt interdite, offert à toute une famille d’accromentule. J’émets d’ailleurs un gémissement plaintif pour que nous partions et rapidement, et ce même si les deux jeunes araignées finissent par faire demi-tour, car rien ne nous indique qu’elles ne sont pas partie chercher du secours. Et ce que je prenais pour un soulagement devient de secondes en secondes un poids entre les côtes. Ma respiration qui était saccadé tout à l’heure, décélère, comme les battements de mon myocarde. Certaines alarmes s’allument d’urgence chez moi, mon instinct de survie tente de me secouer, me saisir et me faire redevenir humain. Et j’essaie. Me concentre mais perd aussitôt le fil dès lors que je fais ma première tentative. La fatigue s’impose, je ne peux rien faire de plus qu’attendre.

Je ne remarque pas tout de suite que mon corps se dépose sur un table en bois, ni que nous sommes à l’intérieur de la cabane d’Ismaelle. Là où je suis venu lui déposer un petit déjeuner pour me faire pardonné en Janvier. Je n’ai agis que sous la pulsion d’une idée, ne voyant pas ici d’inconvénient à ce geste. Et je me demande pourquoi est-ce que je pense à ça, en ces circonstances. Je sens la chaleur d’un feu non loin de moi mais aussi une ambiance plus… réconfortante. Mon calme reprend peu à peu sa place malgré l’énergie qui me quitte. De nouveau, les doigts d’Ismaelle entre en contact direct avec mon pelage et ma peau. Je réprime un long frisson qui me tire un énième gémissement. Je ne suis plus habitué aux contacts, quels qu’ils soient. Et la sensation est étrange.
Elle applique avec soin un baume dont je sens l’odeur d’ici. Des herbes ou peut-être une plante. Et je ressens la même chose qu’avec le premier sort tout à l’heure, une chaleur qui m’envahit en douceur et qui, en premier lieu, apaise mes maux. Mon regard glisse sur Ismaelle qui s’écarte de moi, mains en sang, l’air complètement épuisée. Je ne sais pas combien de sorts elle a usée depuis le début de son intervention mais il est certain que si elle ne s’arrête pas, c’est elle qui tournera de l’œil. La magie n’est pas une source inépuisable, même pour des sorciers confirmés tel nous. Pourtant, je la vois lever sa baguette et accomplir un énième sortilège.

- Revigor.

Le sort me touche et une décharge d’adrénaline se manifeste quelque part, au creux de moi. Je la sens de manière incroyablement … distinct. Les battements de mon cœur s’accélèrent et aussitôt mes membres reprennent un tonus que je n’avais plus il y a cinq minutes.

- Maintenant c’est à toi de faire le boulot.

Et sous cette source d’énergie crépite à l’intérieur de moi comme un feu d’artifice, partant dans tous les sens, dans chacune de mes terminaisons nerveuses. J’ai la sensation de revivre et de pouvoir respirer de nouveau de façon normale, ce qui est probablement le cas. Mon corps commence à s’agiter et, confus sous ce changement totale d’état, mon cerveau veut aller bien trop vite pour l’enveloppe charnelle qui l’abrite. Il m’ordonne de me relever alors que je suis tout juste entrain d’entamer le processus de retour à l’humain. Je ne saurais expliquer ce qu’il s’est passé, mais j’ai voulu griller les étapes sous l’effet de cet électrochoc. Le chien se relève sur ses pattes, l’humain veut se retourner sur le dos… mais la table n’est pas assez large. Et pendant que ma transformation se termine, je tombe lourdement face contre terre dans un grognement sourd. Le choc est brutal et réveille considérablement la douleur qui m’élance dans le creux des reins. Pour la première fois depuis longtemps, je suis soulagé de retrouver mon corps d’homme.

Je reste ainsi, coudes appuyé sur le sol, front contre mes poings et ce n’est qu’en cet instant que je remarque à quel point je transpire, mon visage humide de sueur sous l’effet de la douleur, de l’adrénaline soudainement injectée et des évènements passés. Je ramène lentement mes genoux vers moi, dans le but de m’y appuyé pour me relever et c’est ce que je fais, avec une infime précaution. Le sort a été efficace mais la blessure est tout juste refermée et commence déjà à se rouvrir aux recoins. Je le sais parce que je sens la peau qui se déchire de nouveau, sous le baume. Je me défais d’un geste lent de ma veste et la laisse tombé sur le sol, me laissant en chemise… chemise totalement déchirée sur mon flanc gauche. J’écarte les pans qui laisse entrevoir ma hanche jusqu’aux côtes, pour constater les dégâts. L’accromentule ne m’a pas loupée mais Ismaelle a fait un excellent travail malgré ce filet de sang qui s’écoule de la légère déchirure.
Et c’est d’ailleurs vers elle que je me tourne, recevant un coup de fouet dans le dos.

- Vous n’avez rien ? Rassurez-moi et dites-moi que le sang sur vos mains n’est que le mien.

Et je la scrute tout en m’appuyant sur sa table, en douceur, réprimant une grimace douloureuse, les membres tout engourdie. L’inquiétude est bien présente et si en temps normal j’adopte une posture droite et carré, ici je suis plus tassé, main appuyé sur le bois, mon souffle reprenant peu à peu son rythme normal. J’ai le cœur qui tambourine violemment contre mes côtes et je ne peux pas nier qu’à chaque pulsion, une légère douleur m’élance mais ça n’a rien d’insurmontable. Ce qui m’importe pour le moment c’est Ismaelle, blanche comme la mort, mains tremblantes et épuisée. Je sais qu’elle n’est pas en sucre, je sais qu’elle n’est pas fragile, ça n’est pas question de ça. Non, ce que je constate c’est qu’elle a vidée une grande partie de son énergie à la magie et que maintenant que l’adrénaline est retombée, le corps lui, lâche prise.

- Venez-vous asseoir un peu, vous êtes épuisée. Je pense qu’un blessé suffira pour ce soir.

Je tire une chaise à côté de moi en lui esquissant un sourire crispé. Je sais aussi que ça n’est pas mon lieu de vie, que ça n’est pas chez moi, mais là encore ça n’est pas pour moi une priorité, l’état de la jeune femme m’importe plus que le reste en cette seconde. D’autant plus que j’en suis la cause. Je me penche en douceur, main sur les côtes par pur réflexes et récupère ma veste pour sortir ma baguette de la poche intérieure. Je prends ensuite place non loin de la chaise tirée pour Ismaelle et m’installe lentement avant de pointer ma baguette sur la cicatrice juste née. Je me sens plus en forme que tout à l’heure mais pas non plus au sommet de ce dont je suis capable. Mais il ne m’en faut pas plus pour achever le travail en douceur, précautionneusement, de haut en bas. Je me concentre et sens de nouveau une vague de chaleur agréable m’envelopper. Le baume d’Ismaelle m’apporte également une douceur sur cette cicatrice à sec. Je lâche un soupir de soulagement alors que je pose ma baguette sur la table… Katherine, mon retour à Poudlard, Cameron et maintenant ça. Je ne sais pas de quoi est fait le mois de Février mais il semble mal démarrer.

Mes yeux se reportent sur Ismaelle à qui j’adresse un regard d’excuse et de reconnaissance à la fois.

- Merci Ismaelle, vraiment. Si vous n’étiez pas intervenue je serais sûrement entrain de servir de victuaille à toute la famille.

Je me passe une main sur le visage avant de me frotter les yeux du pouce et de l’index, puis articule d’une voix moins stricte qu’à l’accoutumée.

- J’avais le besoin de me dégourdir un peu, de changer de peau. Une élève imprudente c’est aventurée de trop près de la lisière avant de se faire attaquer par des accromentules. Je suis donc intervenu. La suite, vous la connaissez.

Je lâche ces mots sans interruption, m’exprimant clairement afin de lui expliquer le pourquoi du comment je me suis retrouvé entrain de vider de mon sang à la lisière de la forêt. Il va de soi que même sous ma forme animale, je ne prendrais jamais le stupide risque de flirter avec la lisière de la Forêt Interdite, pas avec les dangers qui y rôdent et ce, même si je suis un Leonberger imposant. Et je me rends compte à quel point l’élève en question a eu une chance folle que de m’avoir non loin d’elle. Si je n’avais pas ressenti ce besoin d’aller changer de peau et de me dégourdir un peu après une semaine chargée en émotions… Seul Merlin sait ce qui aurait pu lui arriver.
Mon rythme cardiaque est revenu à la normal et je ne transpire plus autant que tout à l’heure, au contraire, je trouve un réconfort inavoué à être non loin de la cheminée qui me procure une chaleur des plus agréables.
Mes yeux s’égarent dans les siens un instant.

- Veuillez m’excuser, pour tout. Je suis décidément une source à problème pour vous dès lors que j’approche votre cabane.

Je fais bien évidemment référence au jour où je suis arrivé avec mes mots désordonnés à cause de Mr Vargas et Mlle Jefferson, grassement sanctionné aujourd’hui. De nouveau, je me sens coupable mais en silence, cette fois. Je sais que ça n’est pas ma faute, tout comme la première fois, mais les faits sont là. Je baisse les yeux vers ma blessure, écartant un pan de chemise déchirée pour ensuite revenir vers Ismaelle.

- Quoi qu’il en soit vous avez fait des merveilles avec le… gros, c’est ça ? C’est bien comme ça que vous m’avez surnommé tout à l’heure ? Je dois avouer que c’est de circonstances.

Et mon sourire apparait à la commissure de mes lèvres pour s’élargir. Un vrai sourire amusé, bien présent.
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MessageSujet: Re: L'animal-humain. - Ismaelle.    Lun 17 Aoû 2015 - 12:36

Je n'aime pas cette sensation. Je n'aime pas sentir mon cœur battre si vite que je n'arrive pas à m'empêcher de porter mes doigts à ma gorge pour chercher mon pouls dans un geste réflexe, un automatisme qui ne me quittera probablement jamais. Je crois que je garderai toujours en moi cette peur qu'une fois encore mon cœur s'arrête, passer son enfance entre les murs d'un hôpital laisse des marques. Je n'aime pas non plus me sentir coincée dans un espace aussi restreint avec cette crainte au creux du ventre : Celle que l'histoire se répète. Le décor n'était pas le même, les circonstances non plus, la particularité était différente elle aussi mais sous mes yeux c'est bien un animal qui se change en homme et tout comme le passage par l'hôpital pendant les premières années de ma vie, certaines choses ont laissé des marques. Mes greffes m'ont laissé une cicatrice qui me barre la poitrine, les actes de Jakob m'ont laissé d'autres formes de stigmates. Au fond de moi je ne crois pas réellement que le schéma pourrait se répéter seulement cette peur est déraisonnée et la situation m'échappe. Le mur derrière moi me donne l'impression d'être en prison, ce sentiment vif de vulnérabilité me donne l'impression d'étouffer à mesure que la magie opère.

« Leiv ! »

Tout explose, tout implose, je n'ai plus peur parce que le corps lui sait faire taire l'esprit quand vient le moment d'agir et sans réfléchir une seconde que je m'accroupis à côté de mon collègue sans pour autant le toucher et tout en gardant une certaine distance de sécurité. Ça n'était peut-être pas l'idée du siècle de le déposer sur la table, c'est une vilaine chute qu'il vient de faire et je m'en veux mais pour le soigner c'était simplement beaucoup plus pratique comme ça et …

« Est ce que ça va ? »

Il ne bouge pas, il ne parle pas, là devant moi en appuie sur ses coudes, tremblant, blessé, en sueur … De mon côté je ne sais plus vraiment ce que je ressens ni comment je dois réagir. D'un geste de la main j'ai intimé à Fenrir de rester tranquille et il obéit mais je sais qu'au moindre geste qu'il jugera suspect il interviendra et … quelque part ça me rassure. Je sais que je peux compter sur lui-même si bien sur j'espère ne pas avoir à en arriver là. Tout va bien se passer, respire, tout va bien se passer.
Leiv se met en mouvement, je ne peux réprimer un sursaut et m'écarte pour lui laisser de l'espace en me relevant tout en prenant appui sur le mur derrière moi. Mes jambes flageolent, je peux le sentir, je ne suis pas très stable sur ces deux-là mais ça n'est pas comme si j'en avais d'autres en cas de besoin. Chose qui serait particulièrement étrange vous en conviendrez, on va laisser ce privilège à nos amies les arachnides …
J’ai peur, il me fait peur plus parce qu’il représente que parce qu’il est réellement et je déteste ça mais je n’arrive pas vraiment à faire autrement. A aucun moment je ne le quitte du regard, mon bras gauche est tendu vers Fenrir et ma main lui indique de se tenir tranquille : Par ce simple geste il sait qu’il ne doit pas bouger même si je ne lui parle pas, même si je ne le regarde pas. Une fois que j’aurai retrouvé mes esprits et chassé cette sensation désagréable de mon être j’irai m’assurer qu’il n’a rien parce qu’il a quand même sauté sauvagement sur une Accromentule et bien que son pelage immaculé ne soit recouvert qu’un peu de saleté et non de sang je préfère être certaine. Il a l’air d’aller bien mais ça ne me suffit pas, je veux en être sure.

Il est debout, ses gestes sont lents, calmes, je crois que ça me tranquillise un peu alors mes épaules se relâchent et je continue de l’observer, l’autre bras posé sur le meuble à côté de moi pour m’assurer un certain équilibre et une certaine consistance. Il n’est pas un Loup-Garou, il est Animagus, je n’ai pas à m’inquiéter de savoir si j’ai l’air d’une proie ou pas pour lui. Il ne capte pas les battements de mon cœur, il ne capte aucun message de ce style-là. Il est juste … un homme. Un homme qui tourne toute son attention vers moi après s’être inspecté lui-même et c’est plus fort que moi, je dégluti quand il se rapproche. Je crois que si je pouvais me fondre dans le mur je le ferais, même si ça n’a pas le moindre sens.

« Vous n’avez rien ? Rassurez-moi et dites-moi que le sang sur vos mains n’est que le mien. »
« Je … ça va, c'est votre sang. Ça va, je vais bien. C’est vous le blessé de l’histoire. »

Du sang … Partout là sur mes mains … Je n’y faisais même plus attention mais de toute façon ça n’a pas vraiment d’importance. Ce liquide ne me fait pas peur, il ne me dégoûte pas non plus. Je me laverai les mains dès que j’aurais retrouvé un semblant de paix. Quoi qu’il en soit il semble aller plutôt bien étant donné les circonstances et ça me rassure, ça prend même le pas sur le reste. Le fait qu’il me scrute comme il est en train de le faire est un peu dérangeant et je ne sais pas vraiment comment gérer son inquiétude à mon égard, elle me surprend, mais je comprends rapidement que je suis en train de me détendre.

« Venez-vous asseoir un peu, vous êtes épuisée. Je pense qu’un blessé suffira pour ce soir. »

Pardon ? Mais laisse cette chaise tranquille ! Est-ce que j’ai dit que j’étais en train de me détendre ? Et bien ça n’est plus le cas. Non mais il n’est pas croyable celui-là ! Ca n’est pas moi qui me trimballe avec la chemise en lambeau et une plaie prête à se rouvrir à tout moment.

« Je vais bien. Ça n'est pas moi qui sors d'un combat avec des Accromentules. »

Le ton est peut-être un peu sec, je veux bien le lui accorder mais c’est plus fort que moi : Les mots sortent d’eux même. De toute façon il ne semble pas s’en formaliser ni même s’en préoccuper puisqu’il s’affaire à s’occuper de sa blessure et tant mieux. Là est la priorité, pas mon état de santé. Je vais bien, je suis juste un peu fatiguée. Epuisée, oui, si vous voulez. En attendant je vais aller me laver les mains si ça ne vous fait rien et non je ne m’assiérai pas sur cette chaise. Voilà. Même si je viens de manquer de tomber par terre, parfaitement. Et même si je scotche totalement sur le sang qui s’écoule avec l’eau sur mes mains.

« Merci Ismaelle, vraiment. Si vous n’étiez pas intervenue je serais sûrement entrain de servir de victuaille à toute la famille. »
« Normalement elles ne s'approchent pas aussi près. »

Il y a des sortilèges de protection qui empêchent les créatures de s’aventurer trop près du château alors même si elles n’ont pas franchis l’orée de la forêt effectivement d’ordinaire elles ne s’approchent pas aussi près. Manque de nourriture ? Je ne pense pas, à mon avis elles ont plutôt été attirées par quelque chose et puis les jeunes animaux sont curieux après tout, ils cherchent à explorer leur territoire et c’est normal.
C’est sur cette réflexion personnelle et intérieure que je me retourne vers Leiv tout en m’essuyant les mains, le dos appuyé contre le meuble derrière moi. Il semble reprendre des couleurs et sa plaie est refermée. Bien. Il a l’air fatigué mais qui ne le serait pas après un tel combat et une telle blessure ?

« J’avais le besoin de me dégourdir un peu, de changer de peau. Une élève imprudente c’est aventurée de trop près de la lisière avant de se faire attaquer par des Accromentules. Je suis donc intervenu. La suite, vous la connaissez. »

Là c’est plus fort que moi, le torchon se retrouve balancé contre le dossier d’une chaise et mes bras claques contre mes flancs.

« Ils vont me rendre dingue. Sérieusement ? Est ce qu'ils n'ont pas déjà vécu assez de situations dramatiques comme ça ? Qu'est-ce que c'est que ce besoin de se mettre en danger en permanence ?! »

Pourquoi ? Qu’on m’explique ! Qu’est ce qui débloque chez ces gosses pour qu’ils trouvent ça judicieux de se balader dans le parc en pleine nuit et encore pire, près de la forêt ? Est-ce qu’ils n’ont pas eu assez d’adrénaline comme ça pour toute une vie ? Sincèrement ça me dépasse, et ça me rend d’autant plus folle qu’ils entrainent d’autres personnes vers le danger en agissant comme ils le font. Je trouve ça d’un égoïsme sans nom et j’en connais une qui risque de taper du poing sur la table prochainement parce que ça suffit comme ça les conneries. Qu’est ce qui se serait passé si Leiv n’avait pas été là ? Hum ?

« Veuillez m’excuser, pour tout. Je suis décidément une source à problème pour vous dès lors que j’approche votre cabane. »
« Ça n'est rien. Ça n'est pas comme si c'était votre faute. »

Ni cette fois, ni la précédente. Je tiens à dire qu’on a évité le « ne soyez pas stupide » de justesse. Cette phrase est balayée d’un geste de la main et … Non je n’ai pas du tout la tête qui tourne, vraiment pas.

« Quoi qu’il en soit vous avez fait des merveilles avec le… gros, c’est ça ? C’est bien comme ça que vous m’avez surnommé tout à l’heure ? Je dois avouer que c’est de circonstances. »






Hum. Voilà.

Plus il sourit, plus j’ai envie de me cacher mais plus il sourit et … moins je ne peux m’empêcher de sourire à mon tour malgré le petit coup de chaleur qui investie mes joues. On remercie Maman et surtout Grand-Mère pour le teint halé qui masque un peu ce genre d’émotions. J’ai l’air d’une gamine pris en flagrant délit d’une bêtise, les yeux qui fixent un peu le sol comme si c’était le plus beau planché qu’ils n’aient jamais vu jusqu’à ce que je me décide à relever la tête vers mon collègue.

« Désolée ... »

Au moins il a le don de me faire sourire et j’en oublie un peu tout le reste. Je me rends compte que mes craintes de tout à l’heure ont totalement disparu et que je me sens relativement à l’aise en sa présence. Fenrir doit l’avoir ressenti aussi puisqu’il a désormais sa tête couchée tranquillement sur ses pattes devant la porte d’entrée. Il observe, il écoute, il est sage. Mon gros … Non mais sérieusement, j’ai un peu honte là je l’admets … C’est sorti tout seul ! Après tout j’avais un gros chien sous les yeux alors … Voilà. De toute façon il semble plus amusé qu’autre chose par la situation et son sourire contamine son regard. Il me contamine moi aussi, soit dit en passant.

« Merci. »

Pour les « merveilles » … Parce que d’après moi il y a encore du boulot mais au moins ça été suffisant pour qu’il retrouve suffisamment de forces et puisse s’en charger lui-même. Et puis l’illumination me grimpe au cerveau, un signal d’alarme se tirer de lui-même dans ma tête.

« Rassurez-moi, l'élève en question est rentrée au château ? »

Il ne manquerait plus qu’on est une gamine en cavale à l’extérieur … Là c’est trop, j’abdique, j’abandonne. Un soupir m’échappe et je vais me laisser tomber dans le sofa face au feu, découragée. Tant pis pour les conventions et tant pis si ça ne se fait pas de s’avachir de cette façon devant un homme respectable.

« Je crois … que je suis en train de perdre ma patience. »

Le prochain que je chope entrain de risquer sa vie risque de prendre pour tous les autres.
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MessageSujet: Re: L'animal-humain. - Ismaelle.    Lun 31 Aoû 2015 - 16:07

Ismaelle fixe le sol comme si elle venait de commettre une erreur mais cela ne l’empêche pas de sourire, à la même ampleur que moi.

- Désolée ..
- Ne vous en faites pas. C’est une question d’habitude.

D’un côté, comme de l’autre. Il n’est pas évident de faire la différence lorsque nous avons un animagi devant nous. Encore moins lorsqu’il s’agit d’un chien de mon envergure. Ce genre d’appellation n’est pas la première que j’entends sur mon passage, que l’on sache qui je suis ou non. Mon oncle qui a été mon précepteur concernant mon animagus, laissait échapper quelques nominations de ce genre, de manière complètement involontaire. « Bon chien », « Mon gros » et j’en passe. Ça ne me choque pas, ne me vexe pas. Encore moins lorsque ça vient d’Ismaëlle qui est bien la dernière personne qui me dirait ça dans le but de me blesser ou de manière dégradante. Encore moins lorsque nous voyons au quotidien son amour pour les animaux et la manière dont elle s’en occupe.

- Merci.

Je lui souris de nouveau, geste qui se trouve bien plus facile avec elle que je ne l’aurai cru, moi qui suis souvent beaucoup sur la réserve. C’est plutôt à moi de lui dire merci, même si je l’ai déjà fait. Sans elle je serais peut-être mort, ou dans le meilleur des cas gravement blessé entrain de me vider de mon sang à l’orée de la forêt. A cette image je pense aussitôt à mon fils… Je ne conçois pas l’idée de le faire vivre sans un père même si je suis régulièrement absent. Je ne conçois pas un monde où l’on viendrait lui annoncer que son père est mort. Je ne peux pas lui infliger, pas après le carnage que j’ai commis au sein de notre famille.
Toujours assis sur la chaise, mes nerfs toujours à vif mais en sécurité, je commence à souffler un peu. Je suis épuisé mais à contrario, je sais que je serais incapable de dormir. Et surtout, je sens venir l’envie flirter avec mes veines. Et pas n’importe laquelle.

De l’alcool. Une rasade. Une gorgée. La gorge s’assèche et je sens une vague de chaleur dérangeante se répandre dans le creux du dos.
Je tousse au creux de mon poing et me redresse légèrement, la douleur s’étant largement estompée suite aux soins d’Ismaelle et aux miens. Le tout est de ne pas y penser. Pas à la blessure, mais à ce manque qui se creuse. J’ai l’habitude de ce genre de chose, à ce que parfois en cas de stress, l’envie se manifeste. Deux ans que je suis sobre, deux ans que j’ai contrôlé cette addiction et je ne compte pas lâché prise. C’est une petite crise, rien de plus rien de moins.

- Rassurez-moi, l'élève en question est rentrée au château ?

Elle me tire de mes pensées et je l’en remercie silencieusement.
Je reviens à la réalité et me resitue avant de la rassurer dans la seconde.

- Oui, ne vous en faites pas. Elle a pu s’échapper et croyez-moi avec la frayeur qu’elle a eu, je n’ai aucun doute sur le fait qu’elle soit directement rentrée au château. Je pense qu’elle n’est pas prête de revenir s’aventurer aussi tard ici.

Je ne sais pas ce qu’il lui ait passé par la tête mais si je n’avais pas été dans les parages, le pire aurait pu se produire. Pourtant, les règles sont strictes. Je n’arrive pas à concevoir que certains élèves risquent autant leur vie alors que nous peinons tant bien que mal à maintenir un certain ordre de sécurité au château, surtout en vue des derniers évènements. Je comprends qu’ils aient besoin de se sentir libre… Mais il en va de leur vie. A tous.
Ismaelle soupire et s’affale littéralement dans son canapé, complètement exténuée. Elle a beaucoup donnée ce soir et moi-même je ressens l’envie irrépressible de m’assoir sur une surface plus confortable. Pourtant, je ne bouge pas, préférant rester à un point fixe le temps que ce malaise disparaisse. Je focalise toute mon attention sur ma collègue avant que mon regard ne glisse sur Fenrir. Je ne sais pas si c’est parce qu’il m’a senti en tant qu’animal qu’il est venu me défendre de la sorte, mais je dois également une fier chandelle à ce chien.

- Je crois … que je suis en train de perdre ma patience.

Je lâche un léger ricanement tout en reportant mon attention sur la jeune femme. Sa réaction ne m’étonne guère à vrai dire.

- Je comprends. Si nous en croyons l’adage, il faut bien que jeunesse se fasse… Même si je ne serais pas contre sévir un peu plus en terme d’heure de colle envers le prochain élève que je trouve à venir jouer aux petits explorateurs à la lisière d’une forêt gorgée d’Accromentule, entre autre. Il est frustrant de les voir risquer leur vie lorsque nous luttons pour tenter au mieux de les protéger.

Mon ton n’a rien de froid mais je suis d’une intransigeance sans appel lorsqu’il s’agit de la transgression les règles. Mlle Jefferson et Mr Vargas peuvent en témoigner avec leur 4 heures de colles, chaque Dimanche et ce, pendant trois mois. Que cela soit exagérer ou non aux yeux de mes autres collègues m’importent peu. Cette décision était stupide de leur part et aurait pu beaucoup plus mal tourné que ça ne l’a été l’autre jour. Ma réaction a été la meilleure même si je me suis rendu ridicule auprès d’Ismaëlle. Surtout qu’ils ont avoué s’être trompés dans les dosages… Je lâche à mon tour un soupire. Ces deux-là sont intenables. Dès qu’ils sont ensembles, nous pouvons être presque certains qu’un faute sera commise.

- Ceci dit…

Je marque un temps d’absence en me frottant les yeux du pouce et de l’index. Signe clair et simple de fatigue.

- Peut-être que nous aurions fait la même chose à leur place et à leur âge… Cette recherche d’adrénaline qu’ils appellent la prise de risque et nous, l’inconscience. J’ai l’impression que le fait d’être « enfermé » au château les pousse à chercher une quelconque forme de liberté. Je les trouve sous tension, nerveux.

Je me suis déjà fait la réflexion lorsque Mlle Roberts-Moore est allègrement venu jouer avec mes nerfs il y a quelques semaines et aujourd’hui, j’ai la sensation que mes suppositions se confirment au fur et à mesure. Certes, je ne pardonne pas le fait de se mettre en danger de la sorte, j’en suis le premier à le condamner par heures de colle ou perte de points pour la maison concernée. Cependant j’essaie de comprendre les comportements qui peuvent parfois… nous alerter. Le retrait sur soi, l’asociabilité, les accès de violence. Je pense notamment au jeune Cassidy. Je le crois sur parole lorsqu’il dit qu’il ne sait pas ce qu’il lui a pris, mais je ne peux m’empêcher de me demander si au fond, les tensions des dernières semaines n’y est pas pour quelque chose, entre autre.

- Je dois avouer que je crains certains dommages collatéraux. Je suis conscient que nous ayons Mr Kingsley à disposition, mais tout être humain aurait de très bonnes raisons de craquer psychologiquement.

Ma voix reste calme et posée, sans agression ni pitié.
Cassy, Jeroen, Cameron, le jeune Ryans dont j’ai eu l’écho d’un retour un peu mouvementé. Maxime en fait également partie. TEI ou pas, l'environnement accroit les crises. J’en oublie certains, j’en verrais certainement d’autres défiler à l’infirmerie. Je pense également à Katherine. Si elle a refusée de se ménager jusqu’ici c’est bien pour une raison et elle est plus qu’évidente. Un refus total d’abandonner les élèves de cette école. Et lorsque je dis être humain, nous pouvons également nous inclure nous en tant qu’enseignant. Avoir la responsabilité de leur vie entre nos mains est poids considérables sur nos épaules. Peut-être que c’est d’un évènement plus léger dont ils ont besoin. Dont nous avons tous besoin. Quelque chose de festifs qui les unirait tous. John doit d’ailleurs être surchargé de consultations ces derniers temps…
Un instant je me demande comment était Ismaelle lorsqu’elle était élève. Etait-elle déjà cette femme calme au sang-froid qui n’est plus à prouver ? Ou tout l’inverse ? Un peu des deux. Je me surprends à en être curieux mais ne franchit pas le pas de la question, préférant ne pas la déranger avec ça.

Je me laisse doucement et lentement aller contre le dossier de la chaise, essayant de détendre mes muscles afin d’atténuer la douleur. Une main sur le visage, puis dans mes cheveux.

- Pardonnez-moi de vous demander ça mais vous seriez d’accord pour que je nous fasse un peu de thé, si vous me le permettez? Je vous avoue que quelque chose de chaud me ferait le plus grand bien.  

Je pourrais le faire dans ma chambre mais je dois avouer ne pas être en état pour le moment de faire tout le chemin d’ici, jusqu’à ma chambre. Je préfère me ressourcer encore quelques minutes même si je suis un peu gêné d’ainsi m’imposer dans la cabane d’Ismaëlle. Mais surtout, je me surprends à apprécier sa compagnie, un peu plus chaque jours. Ce soir, plus particulièrement.

- D’ailleurs, vous devriez songer à vous ménager un peu. Je plante mon regard dans le sien, sérieux, mais malgré tout souriant. Vous me pensez aveugle ? Si vos actions passent sous silence, elles n’en sont pas moins visibles. Être professeur, bras-droit du Directeur, garde-chasse et protectrice de ces enfants requiert beaucoup d’énergie. Je lui affiche un sourire tranquille avant de reprendre. Katherine n’a pas su me cacher sa fatigue, vous n’y échapperez pas non plus.

Je ne la materne pas, je ne la prends pas sous mon aile. Je ne suis pas là pour lui dicter une quelconque conduite. Non, ce que je dis ici même est simplement le partage d’une inquiétude en tant que collègue et d’une recommandation en tant que personnel soignant. Nous avons besoin d’elle, de Katherine et de tous les autres enseignants au meilleur de leur forme. Les Burn-Out sont bien les dernières choses dont nous avons besoin, malheureusement. Mais surtout, je ne suis pas aveugle. Je perçois les efforts donnés et je suis particulièrement attentif aux signes de fatigue. Ismaelle donne beaucoup de sa personne auprès des élèves et de la gestion de ce château, aux côtés de Mr Rivers. Psychologiquement, la charge est lourde. Que nous soyons d’un caractère fort et tenace, ne change rien au fait qu’un jour arrive où le corps dit stop et que le cerveau suive le même cheminement, en complète surchauffe.
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MessageSujet: Re: L'animal-humain. - Ismaelle.    Jeu 3 Sep 2015 - 19:53

« Je comprends. Si nous en croyons l’adage, il faut bien que jeunesse se fasse… Même si je ne serais pas contre sévir un peu plus en terme d’heure de colle envers le prochain élève que je trouve à venir jouer aux petits explorateurs à la lisière d’une forêt gorgée d’Accromentule, entre autre. Il est frustrant de les voir risquer leur vie lorsque nous luttons pour tenter au mieux de les protéger. »

Monsieur, vous prêchez une convertie. Tout ce qui m'échappe alors que je fixe le feu comme s'il était la chose la plus intéressante du monde, c'est un soupir. Un soupir de lassitude, clairement. Je ne veux pas être pessimiste mais je ne crois pas que les heures de colle changent quoi que ce soit, si ce n'est que pendant ce temps là au moins ils sont occupés et/ou surveillés si bien qu'effectivement ça limite sans doute un peu les dégâts. Le problème c'est que pour certain une heure de colle – ou plus – ça n'est rien d'autre qu'une invitation à recommencer et même à faire pire. Ils sont … épuisant.

« Ceci dit… »

A l'entendre, et je n'ai pas besoin de le regarder pour le percevoir, je crois que je ne suis pas la seule à être lassée.

« Peut-être que nous aurions fait la même chose à leur place et à leur âge… Cette recherche d’adrénaline qu’ils appellent la prise de risque et nous, l’inconscience. J’ai l’impression que le fait d’être « enfermé » au château les pousse à chercher une quelconque forme de liberté. Je les trouve sous tension, nerveux. »

AHAH ! Non. En ce qui me concerne je sais pertinemment que je n'aurai pas été du genre à faire la même chose, sans doute en partie parce que ça vaccine d'avoir failli mourir un peu trop souvent pendant les premières années de sa vie mais également tout simplement parce que ça n'était pas dans mon caractère. J'étais sage, la recherche d'adrénaline ça n'était pas mon truc mais le contexte était bien différent c'est certain. A l'époque nous n'étions pas enfermés, nous n'avions pas vécu le quart de ce que ces gosses ont vécu, alors peut être que ça aurait changé la donne si ça avait été le cas. Malgré cet agacement latent je ne suis pas pour autant aveugle face à la détresse de ces enfants et jeunes adultes mais certains jours il semble simplement plus compliqué de leur trouver des excuses. Et si nous aussi, les « personnes responsables », on se mettait à faire n'importe quoi de cette façon pour les mêmes raison, qu'est ce qu'il se passerait ? Après tout la plus part d'entre nous ont vécu des choses difficiles aussi et sincèrement la plus part des fortes têtes de ce château sont suffisamment âgés pour réfléchir de façon mature. Ou peut être que c'est simplement la fatigue qui me rend si « intolérante », c'est possible. Je dis simplement qu'on est tous dans le même bateau et que pour certains d'entre nous on donne tout ce qu'on a pour que les choses soient plus vivables, c'est frustrant de voir qu'ils ne s'en rendent pas compte ou bien qu'ils l'ignorent sciemment.

« Je dois avouer que je crains certains dommages collatéraux. Je suis conscient que nous ayons Mr Kingsley à disposition, mais tout être humain aurait de très bonnes raisons de craquer psychologiquement. »

Un nouveau soupir m'échappe, ce soir je suis visiblement en bout de course parce que je n'arrive pas à … me focaliser totalement sur ce qu'il dit quand bien même il a parfaitement raison. En deux et demi j'en ai vu des vertes et des pas mures, des pétages de plombs, des dommages collatéraux comme il dit … Je crois que j'ai simplement besoin de laisser cette inquiétude à d'autre pour le moment. Juste ce soir, mais juste une chose …

Je me redresse un peu et capte son regard :

« Je ne doute pas une seconde de la qualité du travail de John mais vous savez … Pour ceux qui ont vécu l'enfermement, je pense que c'est d'autant plus difficile de se confier. Sans vouloir jouer les sectaires je crois que ça l'est encore plus envers une personne qui n'a pas vécu ce qu'ils ont vécu, qui n'était pas là. Ils ont énormément de pudeur vis à vis de ça, des traumatismes enfouis loin sous la surface et surtout une confiance qu'ils n'accordent pas facilement à des « étrangers » … Certains sont plus réceptifs que d'autres, certains ont besoin de beaucoup plus de temps également et malheureusement, je ne sais pas si on pourra tous les protéger des conséquences de tout ce qu'ils ont vu et enduré même si ça me brise le cœur de devoir l'admettre. Ils ont vécu des horreurs ici et pourtant beaucoup d'entre eux sont revenus alors qu'ils auraient pu rester avec leur famille. Vous savez pourquoi ? Parce qu'eux ne comprennent pas alors qu'ici tout le monde partage les mêmes balafres et les mêmes souvenirs, les mêmes ressentis. »

Je n'oblige personne à partager mon point de vue bien sur mais en ce qui me concerne j'y crois dur comme fer, tout simplement parce que je le ressens aussi. Combien de jours j'ai passé avec mes parents depuis que le château a pu être ouvert à nouveau ? Très peu, par choix, et pour ces raisons là. Même en novembre j'ai fini par mettre les voiles, pour aller chez ma Grand-Mère au Venezuela certes mais je n'ai jamais vraiment abordé ce qu'il s'était passé ici avec qui que ce soit à l'extérieur, c'est un fait.

« Pardonnez-moi de vous demander ça mais vous seriez d’accord pour que je nous fasse un peu de thé, si vous me le permettez? Je vous avoue que quelque chose de chaud me ferait le plus grand bien. »
« Oui oui, bien sur. Excusez moi, je suis vraiment une hôtesse en carton. Faites comme chez vous. »

D'un signe de la main et avec un sourire que j'imagine fatiguée je désigne la pièce, l'invitant effectivement à faire comme chez lui alors que je m'affaisse à nouveau dans le canapé. Je n'ai … pas le courage d'être une hôtesse irréprochable ce soir, même si de toute façon je n'ai rien d'une Bree Van De Kamp.

« D’ailleurs, vous devriez songer à vous ménager un peu. »
« Pardon ? »
« Vous me pensez aveugle ? Si vos actions passent sous silence, elles n’en sont pas moins visibles. Être professeur, bras-droit du Directeur, garde-chasse et protectrice de ces enfants requiert beaucoup d’énergie. Katherine n’a pas su me cacher sa fatigue, vous n’y échapperez pas non plus. »
« Je ... »

Tu ? J'ai l'air d'un poisson sorti de son bocal ou d'une gamine pris en flagrant délit, quelque chose qui mixerait un peu tout ça. La vérité c'est que ses mots prennent totalement au dépourvu et je m'en retrouve sans voix, incapable d'avoir la moindre réaction si ce n'est celle d'exprimer ma surprise, plus en silence qu'autre chose. Je bloque, ça dure quelques secondes jusqu'à ce que je m'affaisse encore une fois contre le dossier du sofa. Un nouveau soupire m'échappe, je me sens partagée entre un nouvel élan de lassitude et une sorte de sensation que je ne saurais décrire.

« Je plaide coupable. »

Un sourire fatiguée étire faiblement mes lèvres, une vague de froid me fait frissonner alors sans réellement y faire attention je me tasse un peu sur moi même.

« Il est vrai que je me demande parfois où je vais chercher autant d'énergie mais vous savez, pour eux, je ne peux pas et ne veux pas me permettre de prendre une pause. »

Je sais que je ne suis pas la seule ici, loin de là, mais … C'est comme ça, c'est tout, et sans que je n'essaie de contrôler cette réaction les mots m'échappent.

« Je suis née avec une malformation cardiaque. »

Bonjour Docteur.

« J'ai passé les premières années de ma vie enfermée dans un hôpital, les médecins avaient fait comprendre à mes parents que j'avais très peu de chance de survivre. En réalité j'aurai du mourir dans les premiers jours ou les premières semaines de mon existence. »

Comme Alexander.
N'y pense pas.

« Je me suis accrochée, j'ai tenu le coup même si parfois c'était très dur de garder espoir, de continuer à se battre. J'ai failli baisser les bras et c'est à ce moment là que mon tour est arrivé : On m'a greffé un nouveau cœur. Malheureusement peu de temps après j'ai fait un rejet, mon corps n'a pas accepté ce cœur et j'ai du retourner à la case départ. L'envie de m'accrocher se faisait de plus en plus mince, je voyais mes parents mettre leur vie entre parenthèses pour moi et ça me pesait beaucoup ... »

Je ne parle de ça que très rarement, il m'a amené vers la confidence sans que je ne m'en rende compte mais je me rends compte que ça ne me pose aucun problème. Ça n'a rien à voir avec le fait qu'il soit du corps médical, je crois qu'il a simplement ouvert une porte, volontaire ou non. Je ne l'ai pas refermé cette porte, non, je l'ai poussé dans le sens de l'ouverture et j'ai fait un pas à l'intérieur. A l'intérieur de quoi ? Aucune idée.

« Je suis Née-Moldue, pour vous situer un peu le contexte. Bref, j'ai finalement reçu un nouveau cœur quelques temps après, ce dernier bat encore dans ma poitrine aujourd'hui. Mon corps l'a accepté parfaitement, j'ai pu commencer à vivre comme une enfant normale, sortir, voir le monde et les autres. C'était … J'avais l'impression de réellement naitre en réalité. »

Le sourire que je laisse vivre cette fois n'a plus rien de fatiguée, il est très représentatif de ce que j'ai pu ressentir quand tout s'est arrangé et que j'ai pu enfin commencer à vivre comme une enfant normale, comme une enfant de mon âge aurait du le faire depuis longtemps.

« Peu de temps après j'ai reçu ma lettre pour Poudlard. »

Je crois que ce jour a été l'un des plus beaux de ma vie.

« Je pense que c'est en partie ma Magie qui m'a maintenue en vie même si ça n'a jamais été prouvée. Tout ce que je sais c'est que cette école a été une libération pour moi, et pour mes parents aussi. Ils ont étrangement particulièrement facilement accepté le fait que je sois une Sorcière et que la Magie existe, je crois qu'ils étaient tout simplement trop heureux que je sois en vie et en bonne santé pour s'inquiéter du reste. »

Ils n'en restent pas moins très protecteur envers moi mais j'ai tout de suite développé un caractère indépendant en grandissant loin d'eux, une fois sortie de cette spirale hospitalière. Ils font avec, ils ne me reprochent jamais rien même si je sais qu'ils aimeraient me voir plus souvent. Je les aime d'un amour inconditionnel, celui d'une fille qui a énormément de respect et d'affection pour ceux qui lui ont donné la vie, et bien sur parfois je culpabilise mais je sais que ça ne sera jamais autrement. Ils le savent aussi.

« J'ai pu avoir un chat ! Mon premier animal de compagnie ! C'était impossible à l'hôpital et j'en rêvais depuis toujours. Je voulais un chien, il m'a simplement fallu attendre quelques années pour réaliser ce rêve et ce par le plus grand des hasards. »

A ce moment mes yeux se posent sur Fenrir qui comprend immédiatement que mon attention se braque sur lui. Il émet une sorte de gémissement familier et se lève pour venir s'asseoir contre mes jambes en remuant la queue et j'attrape sa grosse tête blanche entre mes mains.

« Mais oui mon gros, bien sur que ça valait le coup d'attendre toutes ces années. »

Cette rencontre a été improbable, je suis plus qu'heureuse de le savoir ici avec moi aujourd'hui parce que qui sait ce qu'il serait devenu si je l'avais laissé là bas, attaché à ce poteau en plein soleil. C'était un chien de combat, il aurait fini par mourir dans la souffrance et l'abandon.
Je caresse mon chien quelques secondes en oubliant un peu que le monde existe, je l'admets, puis finalement mon attention se focalise à nouveau sur Leiv.

« Là où je veux en venir c'est que depuis je rattrape le temps perdu sans même m'en rendre compte. Je fais énormément de choses, je m'agite dans tous les sens, et certes je le fais en priorité pour les enfants ou les créatures, voir mes collègues si besoin, mais je le fais aussi pour moi. »

A tort, à raison, je n'en sais rien mais tout ça ne sont que des faits. Néanmoins il est vrai que ces derniers jours je me sens réellement fatiguée mais ça n'est pas comme si je pouvais prendre des vacances de toutes façons.

« Quoi qu'il en soit c'est … c'est gentil de vous inquiéter pour moi, vraiment. »

Cette marque d'attention me déstabilise, j'ai même l'impression qu'elle me fragilise et je ne sais pas tellement comment l'appréhender. Quoi qu'il en soit ça m'affecte, d'une manière ou d'une autre. Je ne peux pas dire que personne ne s'inquiète pour moi parce que c'est faux mais … J'en sais rien, je crois que ça me réchauffe le cœur de savoir qu'il … qu'il a simplement fait attention à moi.

« Je vous promets que je fais attention, il y a simplement des périodes plus difficiles que d'autres et le fait que ces ado décérébrés n'en fassent qu'a leur tête et ne réfléchissent pas n'aident pas c'est certain. »

Je lève les yeux au ciel et écrase un rire mi-lassé, mi-amusé, avant de bailler sans pouvoir me retenir. Bien sur ma main vient se plaquer immédiatement devant ma bouche mais je ne peux réprimer le rire cette fois nerveux qui m'échappe.

« Pardon. »

Ne me dites pas que je rougis ...

« Et vous ? Est ce que quelqu'un s'inquiète pour vous ? »
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MessageSujet: Re: L'animal-humain. - Ismaelle.    Lun 7 Sep 2015 - 17:00

Les mots d'Ismaëlle ne sont pas tombés dans l'oreille d'un sourd et je ne serais pas surpris de me les remémorer en boucle lorsque je serais sortie d'ici. J'ai effectivement vue une amertume particulière chez les élèves ayant vécu cet enfermement durant deux années complètes mais aussi, certaines barrières qu'ils refusent d'ouvrir pour la plupart. Nous ne pouvons pas les en blâmer, même si la vie poursuit son court et qu'il faut aller de l'avant, certains portent des stigmates plus imposants que d'autres. Je pense également aux élèves de Salem. Ils n'ont peut-être pas été emprisonnés deux ans au sein de leur école mais ils ont également vécu leur traumatisme en la voyant envahit et exploser de part et d'autre, sous leurs yeux. Perdant leur proches, leur enseignants. L'histoire semble se répéter d'écoles en écoles et l'idée même que ça soit le cas est particulièrement effrayante et révoltante.

Je me concentre néanmoins sur un autre sujet : Ismaëlle elle-même. Katherine a tenté avec de multiples artifices de me dissimuler cette lourde fatigue qui l'a conduite aujourd'hui à Saint Mangouste, mais ce fut un échec. J'ai l'oeil aiguisé à certains symptômes, c'est un fait, c'est ce qu'on appel une déformation professionnel mais je n'en suis pas mécontent. Ismaëlle n'y a pas échappée. Sa fatigue est visible et en vue de tous les rôles qu'elle assume dans l'ombre ou non, ça n'est pas particulièrement étonnant.
Sous son autorisation, j'ouvre une porte d'un placard pour en sortir deux tasses pour le thé que je prévois de préparer afin de nous réchauffer tous les deux, mais aussi pour nous éveiller un peu.

— Je ...

Je la regarde en biais, un sourire en coin alors que je remplis la bouilloire d'eau. Mes mots ont l'air de l'avoir surprise et je la vois qui bloque quelques secondes. J'agite ma baguette afin que l'eau puisse chauffer tranquillement, revenant m'asseoir à ma place. Un soupire s'échappe des lèvres d'Ismaëlle et je reporte toute mon attention sur elle.

— Je plaide coupable.

Un sourire s'étire sur ses lèvres, presque timide. Je l'encourage d'un regard.

— Il est vrai que je me demande parfois où je vais chercher autant d'énergie mais vous savez, pour eux, je ne peux pas et ne veux pas me permettre de prendre une pause.
— C'est étrange, mais j'ai déjà entendu ce refrain...

Tout droit sortie de la bouche de Katherine. Ce dévouement qu'elles manifestent pour ces enfants est honorable voir, exemplaire, mais aussi dangereux pour elles et pour leur santé.

— Je suis née avec une malformation cardiaque.

Je hausse un sourcil, surpris. Je ne m'attendais pas à cet aveux et je dois avouer en être quelque peu déstabiliser l'espace d'une seconde. Pourtant, je ne l'interrompt pas, bien au contraire. Sa confession me touche, je crois. C'est une marque de confiance visible et même si je ne m'y attendais pas, je n'en suis pas moins agréablement surprit. Il est vrai qu'elle et moi nous nous fréquentons un peu plus qu'avant mais jamais nous n'avions évoquer notre vie personnelle. Je sais que Katherine a été surprise lorsque j'ai fais venir Adrian par exemple. Jamais je ne parle de ma vie en dehors de ces murs et avec Ismaëlle également. Le fait qu'elle le fasse ici, ce soir, est une preuve de confiance que je n'ignore absolument pas.

— J'ai passé les premières années de ma vie enfermée dans un hôpital, les médecins avaient fait comprendre à mes parents que j'avais très peu de chance de survivre. En réalité j'aurai du mourir dans les premiers jours ou les premières semaines de mon existence.

J'écoute en silence, ne manifestant pour le moment aucune réaction mais ça ne veut pas dire pour autant que ses mots ne me font rien. J'ai déjà vu deux cas de maladies cardiaques à la naissance et la force parentale à ce stade est spectaculaire et saisissant, tout comme celui de l'enfant où, l'ensemble vous donne la sensation que jamais ils ne lâcheront prise.

— Je me suis accrochée, j'ai tenu le coup même si parfois c'était très dur de garder espoir, de continuer à se battre. J'ai failli baisser les bras et c'est à ce moment là que mon tour est arrivé : On m'a greffé un nouveau cœur. Malheureusement peu de temps après j'ai fait un rejet, mon corps n'a pas accepté ce cœur et j'ai du retourner à la case départ. L'envie de m'accrocher se faisait de plus en plus mince, je voyais mes parents mettre leur vie entre parenthèses pour moi et ça me pesait beaucoup … Je suis Née-Moldue, pour vous situer un peu le contexte. Bref, j'ai finalement reçu un nouveau cœur quelques temps après, ce dernier bat encore dans ma poitrine aujourd'hui. Mon corps l'a accepté parfaitement, j'ai pu commencer à vivre comme une enfant normale, sortir, voir le monde et les autres. C'était … J'avais l'impression de réellement naitre en réalité. 

La seule chose qui brise le silence présent est l'eau qui commence à bouillir, signifiant que je peux servir le thé préparé. Pourtant je ne bouge pas tout de suite, me focalisant sur Ismaëlle et son histoire, mais aussi sur le sourire qu'elle esquisse à présent. Un trait doux, fin et chaleureux. Plus gorgé de sensation que n'importe quel autre mot. Le passé de la jeune femme est bien plus fourni que je n'aurai pu le croire et je sais désormais d'où elle tient toute cette force de caractère mais aussi cette volonté qu'elle manifeste chaque jours. Ismaëlle est de ceux qui ont connu la peur de mourir et qui, peut-être, sont arrivé à un moment clé où ils n'ont pas eu d'autre choix que d'accepter l'évidence : qu'il n'y ait plus aucune chance pour eux. Qu'un cœur, un poumon ou un foie n'arrivera jamais à temps pour leur permettre de continuer de vivre leur vie à peine entamer. Ceux qui ont connu cet aspect sombre d'une existence savent aujourd'hui la valeur d'un souffle mais aussi la chance inouïe qu'ils ont eu de pouvoir vivre aujourd'hui, de respirer, de bouger. Katherine vit en ce moment même cet état d'esprit et il n'y a pas d'âge pour se rendre compte de cela.

L'histoire d'Ismaëlle me touche cette fois de manière plus profonde encore. Ces derniers temps elle manifeste chez moi une sensation étrange, peut-être une forme d'admiration de la voir ainsi continuellement sur le pieds de guerre et si je me demandais où elle puisait cette énergie, j'ai désormais la réponse à ma question.
Je me saisis de la bouilloire et après avoir mit du thé dans chacune de nos tasses, j'y verse l'eau fumante dans chacune d'elle. L'arôme commence déjà à s'élever.  

— Peu de temps après j'ai reçu ma lettre pour Poudlard. Je pense que c'est en partie ma Magie qui m'a maintenue en vie même si ça n'a jamais été prouvée. Tout ce que je sais c'est que cette école a été une libération pour moi, et pour mes parents aussi. Ils ont étrangement particulièrement facilement accepté le fait que je sois une Sorcière et que la Magie existe, je crois qu'ils étaient tout simplement trop heureux que je sois en vie et en bonne santé pour s'inquiéter du reste. 
— Je pense qu'ils ont apprit d'eux même que ce n'était que des détails comparés à ce que vous aviez vécu, effectivement. Aussi malheureux que soit le déclencheur, c'est généralement à ce stade que notre vision des choses change.

Ce qui nous semble insurmontable deviennent rapidement futilités dans ce genre de situation.
Je lui accorde un sourire et patiente que le thé soit moins bouillant pour lui donner sa tasse. Nous aurions pu penser que ses confessions aurait pu soulever une ambiance légèrement gênante mais ça n'est étrangement pas le cas. Comme si tout cela était naturel.

— J'ai pu avoir un chat ! Mon premier animal de compagnie ! C'était impossible à l'hôpital et j'en rêvais depuis toujours. Je voulais un chien, il m'a simplement fallu attendre quelques années pour réaliser ce rêve et ce par le plus grand des hasards. 

Je suis le regard d'Ismaëlle vers son chien qui est également mon nouveau héros après être venu me sauver la vie. Comprenant que sa maîtresse venait de l'évoquer, Fenrir se lève et se dirige vers elle pour venir s'asseoir contre ses jambes.

— Mais oui mon gros, bien sur que ça valait le coup d'attendre toutes ces années.

Mon gros... Je pense que je ne verrais plus cette expression de la même façon.

— Je vais finir par croire que vous nous considérez comme deux frères avec cette appellation.

Je dis cela bien évidemment sur le ton de la blague tout en lui souriant, amusé. Ismaëlle semble se perdre sur l'affection qu'elle fournit à Fenrir pendant que je me perds moi même à la contemplation des gestes mais aussi de son entière personnalité. Je la détails sans réellement m'en rendre compte. De ses mains longues et fines à son sourire sincère et gorgé d'expressions diverses. Un sourire vrai et naturel, quelque chose qui n'est pas factice. Je prends conscience en cet instant que je n'avais jamais pris le temps de réellement la regarder. Mon regard s'attarde sur ses yeux, ses lèvres, son cou dénudé, ses épaules et ses mains venant chercher la fourrure de Fenrir entre ses doigts. J'y trouve une beauté que je n'avais jamais décelé auparavant.

Je cligne des yeux et me redresse comme piquer au vif. Je ne sais pas ce qu'il me prend... Non ce qu'il m'a prit, mais il est clair que j'en suis désormais … contrarié. Et c'est bien pour cela que je recentre mon attention sur mon thé encore trop chaud pour être bu, sourcils froncés. Je ne sais pas ce qu'il me prend et je me demande si mon épuisement ne me joue pas des tours.
Je sens de nouveau le regard d'Ismaelle se poser sur moi, regard que je capte en me tournant vers elle, me concentrant formellement sur notre discussion actuelle.

— Là où je veux en venir c'est que depuis je rattrape le temps perdu sans même m'en rendre compte. Je fais énormément de choses, je m'agite dans tous les sens, et certes je le fais en priorité pour les enfants ou les créatures, voir mes collègues si besoin, mais je le fais aussi pour moi.
— Et vous vous en êtes merveilleusement  bien sortie en vue ce que vous me racontez.

Je comprends ce qu'elle tente de m'expliquer, que tout ce qu'elle fait lui fournit certainement une forme de satisfaction qui lui convient et lui donne la sensation d'être entière. Être utile auprès de ces enfants donnent parfois une raison de continuer à se battre. Peut-être est-ce qu'Ismaëlle ressent. Seulement, il est parfois important de penser exclusivement à soit, que cela soit égoïste ou non, il est nécessaire de permettre au corps mais également à l'esprit de faire une pause.

— Quoi qu'il en soit c'est … c'est gentil de vous inquiéter pour moi, vraiment.
— C'est tout naturel. Je sais que d'être utile pour tout ce petit monde vous apporte certainement une énergie que vous considérez vitale, mais elle n'est pas inépuisable. Pensez à faire une pause pour vous et rien que pour vous.

M'inquiétez pour elle a été quelque chose de complètement naturelle et spontanée. Je n'ai pas particulièrement réfléchis à la manière dont je pourrais aborder la question avec elle. Mon inquiétude était réelle et surtout, valable. Je parles peu, je le sais. Je suis également un des rares enseignant à se mêler avec beaucoup de retenue aux autres, avec ses collègues mais je n'en suis pas moins aveugle et dupe. J'ai pu passer un peu plus de temps avec elle ces derniers temps et ça ne m'a pas empêcher d'être attentif à sa présence, son existence. Je le suis pour beaucoup de monde dans ce château, puisque là est mon métier mais je dois admettre qu'ici, mon inquiétude ne s'est pas uniquement manifesté par réflexes médicales.

— Je vous promets que je fais attention, il y a simplement des périodes plus difficiles que d'autres et le fait que ces ado décérébrés n'en fassent qu'a leur tête et ne réfléchissent pas n'aident pas c'est certain.
— Certes.. et le plus terrible est de se dire que sans eux vous vous ennuieriez à mourir.

Je laisse échapper un rire amusé, léger mais sincère, accompagné du sien. Nous savons tous les deux que c'est une réalité à laquelle nous ne pouvons échapper. S'ils sont quelques fois agaçant, ses enfants rythment notre quotidien et ce pourquoi nous sommes ici.
Ismaëlle écrase un bâillement sur le dos de sa main et...

— Pardon.
— Ne vous excusez pas quand j'ai eu moi même toutes les peines du monde à ne pas vous suivre...

La fatigue commence à se faire sentir, d'autant plus que nous sommes désormais dans un milieu neutre, voir chaleureux. Une sorte de cocoon apaisant où nos muscles et nos esprits se détendent allégrement. Je finis par me lever et me diriger vers elle tout en lui tendant sa tasse de thé qui, cette fois, devrait être buvable sans que nous nous brûlions les papilles.

— Et vous ? Est ce que quelqu'un s'inquiète pour vous ?

Je m'arrête net dans mon geste... bien trop pour ne pas que cela se remarque et je regrette aussitôt de ne pas avoir réussi à garder une maîtrise sur ce que sa question me provoque en cet instant. La surprise avant tout car il est évident que je ne m'y attendait pas. Puis le sens complet de cette phrase. Ismaëlle possède déjà sa tasse de thé en main et je mets bien deux bonnes secondes avant de me décider de retourner m'installer sur ma chaise. Je ne suis pas gêné, du moins, je ne pense pas. Peut-être un peu. C'est une porte vers la confession que je n'avais prévue.

— Adrian, mon fils de 10 ans. C'est le seul à s'en inquiéter... et je dirais qu'il le fait suffisamment pour dix personnes.

Et c'est avec d'autant plus de surprise que je lui réponds spontanément, sourire aux lèvres, sans avoir réfléchit un seul instant si cela était judicieux de ma part ou non. Les aveux d'Ismaëlle m'ont certainement mit plus à l'aise que je ne l'aurai cru, mais pourtant je ne le fais pas par obligation de donner le change. C'est naturel, tout simplement. Et peut-être par besoin de parler d'Adrian à quelqu'un.  
Je lui ai dis cela en plantant mon regard dans le sien, bien conscient que le choc risque d'être aussi conséquent que chez Katherine puisque je ne mentionne jamais ma vie en dehors de ces murs. J'esquisse un léger sourire bien que je prenne conscience en cet instant qu'il est probablement la seule personne à se soucier d'où je suis et de ce que je fais et cela me suffit amplement. Nora ? Je ne veux même pas y songer. Mon Oncle en revanche, fait partie des rares personnes que j'ai délibérément conserver dans ce cercle très fermé des proches que je possède.

— C'est un moldu, il vit chez mon ex-femme à Londres et je crois qu'il aurait donné n'importe quoi pour pouvoir venir étudier ici.

Est-ce que je me sens obligé de préciser que Nora ne fait plus partie de ma vie ? Non. Je ne souhaite tout simplement pas être associé à la femme qu'elle est devenue aujourd'hui et encore moins me rappeler ce coup d'éclat de la semaine passé.
J'affiche un sourire distrait avant de recentrer mon intention sur Ismaëlle.

— S'il avait été admit dans cette école je suis presque certain que vous auriez pu le compter dans ceux qui n'ont pas froid aux yeux.

Adrian n'est pas turbulent mais il lui arrive parfois d'être impulsif , comme tout enfant de son âge je suppose. Je me suis imaginé un bon nombre de fois mon fils ici, entre ces murs, apprenant la magie et s'émerveillant de tout ce qu'il pourrait voir et obtenir en enseignement. Quelque part, je suis mitigé entre le regret de ne pas l'avoir sous les yeux et le soulagement de le savoir loin d'ici, loin de cette guerre qui sommeille non loin du château, nous menaçant un peu plus chaque jours.
Je prends une gorgée de thé, savourant le goût léger mais fruité avant de reprendre.

— Je suis certain qu'il vous aurait adoré... Même s'il a pour projet de devenir assez grand pour pouvoir se marier avec Katherine dont il est complètement tombé amoureux la semaine dernière.

Je lâche un rire léger avant de me frotter les yeux du pouce et du majeur. Je n'ai aucun mal à imaginer Adrian devant Ismaëlle, tombant complètement sous le charme de la jeune femme. Il est ce genre d'enfant au contacte très facile, appréciant plus ou moins tout le monde mais ayant en revanche un sens suffisamment développer pour savoir très nettement qui il tolère ou non. Je fixe le bout de mes chaussures tâchées de boue et pour la première fois depuis que je suis ici, mon toc revient de plein fouet me donnant l'envie irrépressible de les nettoyer sur le champ. Pourtant, je n'en fais rien, me contentant de les regarder en silence.
Je pourrais également lui raconter la nature de notre divorce à Nora et moi, la fausse couche, cette erreur de ma part et bien évidemment, mon alcoolisme mais pourtant, je n'en dis rien. Ça n'est pas une question de ne pas avoir confiance en Ismaëlle mais j'ai la sensation que ça n'est peut-être pas le moment, quant bien même nous nous ouvrons peu à peu à l'autre sans forcer les choses. Elle m'a conter un passage très important de son existence, quelque chose de très personnel et le fait d'évoquer Adrian, même si aux yeux de certain cela n'a rien d'intime, est pour moi une ouverture sur ma vie et un grand pas de ma part.

Je prends la tasse de thé entre mes mes mains et mes doigts tapotent doucement la surface arrondit, me laissant songeur quelques secondes avant de reprendre.

— Tout ça pour dire qu'il est …

Je relève mon regard vers elle et je cesse toute parole lorsque je vois Ismaëlle endormie. Je reste un instant à la regarder, visage complètement détendue avant de lâcher un sourire amusé. Je bois une autre gorgée de thé avant de me lever en douceur et de prendre également la sienne qui est posée sur un petit meuble à côté d'elle. Je les dépose toutes deux dans l'évier et n'ose pas allumer l'eau pour les nettoyer. Malgré moi et cette envie furieuse de les nettoyer, je n'en fais rien, me contentant de me diriger de nouveau vers Ismaëlle. Je ne lui en veux pas de s'être endormie alors que je m'apprêtais peut-être à ouvrir un peu plus la porte vers ma propre vie... Elle est exténuée et il est hors de question que je la réveille alors qu'elle semble partie très loin dans un sommeil réparateur.
Je prends la petite couverture pliée sur le bras du canapé, la déplie et la pose en douceur sur elle, la remontant jusqu'à son menton avant de reculer d'un pas. Mon regard glisse de nouveau sur ses traits qui, en cet instant où le corps est totalement relâchés, me paraissent à la fois plus fragile mais aussi plus serein. Je lui dois une fière chandelle pour ce soir, pour toute l'aide apportée mais aussi pour m'avoir tout simplement sauvée la vie. Et pas seulement à Ismaëlle mais aussi à Fenrir que je regarde en cette seconde. Il en fait de même, en silence, veillant sur chacun de mes gestes et à ce que je n'en fasse pas un de déplacer qui pourrait porter atteinte à son maître.

— Tu es un bon compagnon Fenrir. Continue de veiller sur elle. Silence. Merci pour ce soir... mon gros.

J'évite d'esquisser une caresse, jugeant qu'il n'était peut-être pas préférable de brûler les étapes et retourne à ma place pour y prendre ma veste. Je prends garde de ne pas trop faire de bruit lorsque j'ouvre la porte mais aussi lorsque je la referme derrière moi. Le froid me saisit aussitôt et je m'empresse d'enfiler ma veste non sans laisser échapper une grimace de douleur. L'ensemble de la blessure a été relativement bien guérit mais je sais d'ors et déjà que je  vais devoir faire un petit tour du côté de l'infirmerie pour quelques soins supplémentaires.

J'accorde un dernier regard à la cabane derrière moi, cherchant déjà un moyen de remercier Ismaëlle, une nouvelle fois.

- FIN POUR MOI -
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