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 Puisqu'à chaque nuit son aurore ▬ Leiv

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MessageSujet: Puisqu'à chaque nuit son aurore ▬ Leiv   Sam 20 Déc 2014 - 22:36

Mardi 23 décembre
A bout de souffle - Saez


Respirer. Doucement. Reprendre son souffle. Tenter de relâcher ce poids grandissant sur la poitrine, le faire partir avant qu'il n'écrase les côtes et tout ce qu'il y avait en-dessous. Il avait du mal à respirer, à se calmer. Debout dans le couloir, collé au mur pour ne pas tomber, la lettre entre ses mains, il sentait le sang pulser violemment dans sa boite crânienne, ralenti par son souffle retenu. C'était douloureux, il se demandait si ça allait finir en malaise cette histoire-là… Le hibou d’Emeric était déjà parti en direction des hauteurs, certainement pour aller voir s’il y avait un petit quelque chose à manger pour lui à la volière. Contrairement à Slight, qui collait son maître comme un chien, celui-là était totalement désintéressé de l'effet que pouvait faire le courrier qu'il acheminait. Il faisait son travail, et c’était difficile de lui en vouloir - n’empêche qu’une présence l’aurait peut-être aidé.

Jeroen avait envoyé balader ses potes dès réception de la lettre, mais n’avait pas pris le temps de s’isoler. Recevoir un courrier de son frère, c’était assez rare pour qu’il y fasse attention, surtout en ce moment. Les beuglantes avaient cessé d’un seul coup. Il en recevait plusieurs fois par jour, son père utilisait carrément les hiboux du Ministère pour engueuler son fils à distance, et là, plus rien, et son frère qui lui envoyait un courrier… Les élèves qui passaient devant lui le regardaient bizarrement, mais ça n’avait aucune espèce d’importance. Il était... sous le choc. C'était le cas de le dire. Le sol était en train de se dérober sous ses pieds, et toutes ses illusions avec. Piétinées, hachées menues, en miettes. Par Merlin, ça faisait un mal de chien.

Les Supérieurs étaient venus à Londres. Bon sang, les Supérieurs étaient venus à l'appartement et ils avaient touché à sa famille. Pendant deux ans, il avait tout fait pour qu’on ne les rattache pas à lui et qu'une telle nouvelle ne lui arrive jamais. Et il n’avait pas baissé ses défenses après la chute des hommes en noir, au contraire, il savait qu’ils reviendraient et avait continué de rester discret, avait-il pensé… Pourtant, la situation s'était plus ou moins calmée dans l’enceinte du château, la méfiance s’était endormie. Il avait pensé l’espace d’un instant que ça irait maintenant, que la trêve hivernale leur aurait permis de souffler un peu avant la reprise des hostilités. Quelle bêtise.

Il était blanc comme un linge et un goût amer lui envahissait la bouche. Aïe. Il releva les yeux, rompant le contact visuel avec les mots fatidiques, et se remit en route. Direction les sous-sols. Il rentra sans s'arrêter jusqu'à son dortoir, automate déconnecté. Il n’entendit même pas ses collègues lui parler en passant et perçut à peine leur air vexé et inquiet à la fois. Le serpentard dans cet état, c’était rare et plutôt impressionnant quand on le connaissait… Il ferma la porte de la salle de bain, abandonna ses vêtements par terre et se glissa sous la douche. Il lui fallait de l’eau froide, presque glacée, pour garder son sang-froid. Dans sa tête, ça ressemblait à une idée logique. Il avait même pris le temps de se déshabiller, signe qu’il avait toujours un brin de logique. Et pourtant, ça le brulait. Dès qu’il sentit l’eau entrer en contact avec sa peau, il n’eut qu’une seule envie, s’enlever de sous cette flotte qui allait le rendre malade s’il y restait une minute de plus.

Mais il ne bougeait pas. Sa rage augmentait de façon exponentielle. Il avait envie de hurler, de frapper, mais il restait là, figé, les poings serrés au point où ses phalanges étaient blanches. Il avait la sensation d’étouffer, une aura de massacre presque palpable. La lettre était là, par terre, à côté de son pantalon. Il aurait aimé la déchirer, la bruler, faire comme si elle n’avait jamais existé. Lorsqu’il arrêta l’eau après cinq bonnes minutes, il tremblait comme une feuille, gelé, meurtris en dedans. Il observa son corps strié de cicatrices, et se demanda si son père aurait les mêmes. C’était de sa faute. C’était indéniable : sa trahison avait été mentionnée, il ne savait pas à quel point ça avait influencé les événements mais ça comptait. Il aurait dû être là-bas. Les protéger, se mettre en travers de leur chemin, laisser les Supérieurs évacuer leur rage sur lui, vu que c’était lui le traitre. Pas sur leur père. Ils avaient blessé son père. Ils l’avaient laissé pour mort et Emeric ne pouvait même pas l’emmener à l’hôpital au risque de subir des représailles et…

Ça n’allait pas du tout. Il était en train de perdre pied. Au prix d’un incommensurable effort, il éteignit tout, son cerveau, ses pensées. Il se sécha, se rhabilla, et sans regarder autour de lui, sans s’arrêter, sans même sentir le vertige qui le prenait dès qu’il montait les escaliers, il se dirigea tout droit vers l’infirmerie. Il resta un moment à l’entrée, silencieux. Il y avait du monde. Des gens de Salem, surtout. Quel bordel. Pendant les vacances d’hiver, avoir tant de monde dans le château, ils devaient être débordés… Est-ce qu’il avait vraiment besoin de rajouter un mauvais malade comme lui à leur liste ? Il n’avait rien de grave. À part le fait qu’il était blanc comme un mort, la peau glacée et qu’il se tenait à l’encadrement de la porte pour ne prendre aucun risque, il n’était pas blessé comme tous ces pauvres gamins qui s’étaient battus… mais… Un homme s’approcha de lui, une tête qui ne lui disait absolument rien. Il semblait toutefois appuyer l’infirmier officiel et Jeroen souffla. Il baissa les yeux, se frotta les cheveux, la lettre froissée dans sa poche de pull.

- Je… Vous auriez pas un truc pour les nerfs ? Je suis à court et… non, je crois qu’il me faut plus que des plantes là…

Allez mec, envoie l’antidépresseur. S’il ne court-circuitait pas tout de suite la crise, il avait l’impression que ça allait mal finir. Les crises d’angoisse, cette sensation d’être submergé par ce qu’il ressentait… il détestait ça. C’était l’impuissance qui lui faisait ça. Il aurait suffi qu’il décharge tout sur quelqu’un, mais ce serait une très, très mauvaise idée dans son état, et de toute façon sa baguette ne répondrait pas… Pour le moment, il ne pouvait absolument rien faire. Il fallait juste qu’il se calme, qu’il réfléchisse, mais il ne voulait pas retourner chialer sur l’épaule de Caitlyn. Elle était adorable, mais elle posait des questions. Il se serait bien enfilé une boite des plantes moldues que son frère lui acheminait régulièrement, mais il était arrivé à court et non, il sentait que ça ne suffirait pas. Même si la douche froide le maintenait au calme pour le moment…
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MessageSujet: Re: Puisqu'à chaque nuit son aurore ▬ Leiv   Sam 10 Jan 2015 - 0:24

Il est parfois curieux de voir la faculté de l'être humain de réussir à conserver cet atmosphère de joie, d'ambiance festive malgré les événements tragiques, passées. Vendredi nous étions les mains dans le sang et les plaies, cherchant à soigner un maximum de jeunes gens et d'enseignants, suite à une attaque meurtrière menée par des illuminés, des fanatiques. Aujourd'hui, Mardi 23 Décembre, ils étaient en plein préparatifs pour le réveillon du lendemain. Fait en toute discrétion et simplicité, mais l'attention était là. L'homme a besoin de ça, de ces moments d'oublie pour gérer au mieux la crise. Et ces élèves avaient plus que besoin d'une occasion de se divertir, de se changer les idées. Plusieurs fois j'ai eu l'occasion de voir ce type de réaction durant ma vie d'infirmier. Je sais que j'aurai pu être médecin, étant touche à tout et très assidue, il ne me restait qu'un pas à franchir pour foncer vers une spécialisation. Mais ce choix m'aurait forcer à rompre ce contact avec l'humain. Les infirmiers n'abordent pas le patient de la même manière qu'un médecin qui doit effectuer 4 opérations dans la journée. Alors, je préférais abreuver mon savoir dans mon coin tout en restant à ma place malgré mes acquis avancés. Et c'est une des raisons pour laquelle mon père, Vy, prenait un malin plaisir de me rappeler que je n'étais qu'un sombre idiot, préférant rester au plus bas alors que je pouvais toucher le ciel, que je manquais d'ambition et que ça ne l'étonnait plus que Nora m'ait quitter. Les choix ne convint pas à tout le monde, c'est une certitude. Les mots de mon père ne me font plus d'effet, les années m'ont apprit qu'il n'était plus mon « papa » mais uniquement Vy, un autre homme ayant perdu une partie de lui en même temps que son amour.

Je suis devant ma fenêtre depuis déjà deux minutes, pensant à Adrian et à ce Noël que j'aurai dû fêter avec lui. Je lui ai envoyé une lettre le lendemain de mon arrivé et même s'il était sûrement trop tôt pour avoir une réponse de sa part, une crainte planait sur moi depuis. Celle de le décevoir et qu'il m'en veuille. C'est une peur constante qui ne quitte jamais un parent que d'être la déception de sa progéniture. Je me fou de désenchanter un monde entier, mais je préfère mourir que d'être la désillusion de mon fils. L'aube pointe tout juste ses premiers rayons et je sens un frémissement d'impatience me parcourir l'échine. Un besoin irrépressible de quitter ce corps d'homme, celui qui s'est salit et a détruit trois vie pour une nuit de plaisir. Je me dirige vers mon armoire et enfile un tee-shirt, un jean et un gros pull. Le froid britannique me paraît bien plus doux que celui de ma Norvège. Je replace délicatement les cintres, ferme l’armoire et sort de ma chambre après avoir soigneusement fermé à clef. Le château est endormie, les élèves sont son souffle et son cœur et mes pas se font léger, tâchant de ne pas être l'intrus venant perturber ce silence agréable. L'insomnie est mon quotidien et cela ne me gêne pas, pas lorsque j'ai de quoi m'occuper. Et avec la venu de blessé, l'ennui n'est pas de mise.

J'hésite un instant sur le chemin à suivre.... Celui entre ma chambre et l'infirmerie était déjà parfaitement intégrer dans mon esprit avec les nombreux trajets effectués ces derniers jours. Mais celui de ma couche au Hall... c'était différent. Mais ce sentiment, ce besoin de liberté soudaine me ronge, enflamme chaque parcelle de mon corps. Je n'ai pas les mêmes symptômes qu'un Loup-Garou puisque je contrôle désormais parfaitement mes transformations, mais il est évident que mon caractère fait que je ressens le besoin de m'éloigner de l'humain afin d'éviter un désordre psychologique que je ne pourrais contrôler.
Je descends chaque escalier d'un pas tranquille, sentant grimper à chaque pas l'excitation de renouer avec ma forme animal. Et ce n'est qu'une fois dehors où l'air frais me gifle le visage, que je laisse échapper un léger soupire d'apaisement. Je me dirige vers des bosquets où j’entreprends alors ma transformation. La douleur se fait présente mais minime en comparaison de mes premières fois. Mes muscles frémissent, je les sens bouger, s'étirer et je me retrouve à quatre pattes, sentant mes coussinet et mes griffes entrer en contacte avec le sol. Je m'ébroue et renifle l'air avec une joie non dissimuler. Un million d'odeur se mélange et j'en apprécie chaque saveur, même les plus amers. Je me sens comme libérer d'un poids, renouant avec une nature qui m'a bien trop manquée. Je me souviens de mes premières fois où mes premiers pas furent un vrai désastre, comme si j'étais un faon juste né qui ne comprends pas encore quoi faire de ses quatre pattes. Aujourd'hui, tout est différent. Je m'élance sans retenue, allongeant mes foulées avec un sentiment de satisfaction intense. Je foule le sol à grande vitesse, dégourdissant mes muscles et mes articulations, sentant battre en moi à toute vitesse, mon cœur de Chien qui n'aspirait qu'à une liberté, celle d'un être vivant n'ayant pas commit une faute trop lourde à porter pour lui.

¥

Elle est là, dormant paisiblement à côté d'un élève mal en point. Mes pas se sont fait discrets jusqu'à une armoire au fond de la salle  où j'en sors un couverture que je déplie en rebroussant chemin. C'est avec des gestes calculés et précis que je lui glisse la couverture jusqu'à ses épaules pour ne pas la réveiller. Je n'ai pas encore eu le temps de faire réellement connaissance avec cette jeune femme Hispanique mais tout ce que je sais c'est qu'elle déborde d'une énergie peu commune et qui a tendance à très vite me taper sur les nerfs. Pas parce qu'elle est une personne détestable, mais parce qu'elle est un parfait contraire de ce que je suis. Elle parle trop, trop vite, si bien que j'ai parfois du mal à la suivre, moi l'homme qui ne s'exprime que très peu et d'une froideur parfois dérangeante. Je glisse les mains dans mes poches et la regarde un instant, plongé dans un sommeil profond et accablé par la fatigue des jours précédents. Mon geste n'a rien d'affectueux, je ne la connais pas. Ce que l'on ne peut nier de cette jeune femme, c'est bien cette beauté exotique, naturelle taillée dans une perfection, qui me rappelle trop brutalement Carmen. Un souvenir que j'aimerai oublier aujourd'hui.

Je détourne le regard sans aucune expression avant de faire un tour de lit, vérifiant que le cas de chaque élèves ne s'étaient pas aggravés, profitant par la même occasion de changer les pansements de certains d'entre eux, réveillés malgré l'heure matinale. Ma course près de la lisière de la forêt et cette douche prise ensuite a définitivement terminé de me réveiller. Je prends le temps de discuter avec les plus matinaux, les rassurants sur leur état et sur leur protection. Mes instincts d'infirmier reprenne le dessus aussitôt que j'entre en contacte avec les patients. Mon visage se détend légèrement, ma langue se délie et je suis attentif à chacun de leur mot.  Et ce pour toute la matinée, échangeant quelques mots avec Katherine sur ce que j'avais à faire ou non. Elle est celle qui connaît le mieux cette infirmerie, il me semble donc normal à ce qu'elle me dicte mes actions en ce lieu. Et je m'y attelle avec minutie. Comme à mes habitudes. Le nombre de blessé est conséquent mais pas ingérable.

« Vous pensez que je pourrais sortir rapidement ?
Je dirais d'ici deux ou trois jours, grand maximum, à condition de te reposer et d'appliquer trois fois par jour la crème que Mlle Caldéron Llanos t'as fourni. »

La jeune femme aquiesce en m'accordant un sourire et en détournant son regard derrière moi, fronçant les sourcils.

« Je crois qu'il se sent pas bien celui là... »

Je me tourne et aperçoit dans l’encadrement de la porte un grand jeune homme, brun, représentatif d'une pâleur mortuaire. Je me lève de mon siège et m'approche de lui, d'un pas tranquille, le détaillant de la tête aux pieds. Il semble aussi tendu et crispé qu'un morceau de bois, les yeux cernés et... complètement paumé.

« Quelque chose ne va pas jeune homme ? »

Je cherche son regard qui se plante droit sur le sol, se frottant les cheveux comme un enfant ne sachant pas trop ce qu'il fait là et s'il en avait le droit.

« Je… Vous auriez pas un truc pour les nerfs ? Je suis à court et… non, je crois qu’il me faut plus que des plantes là… »

Je le détaille un instant, mes réflexes repérant déjà trois signes évocateur : Pâleur de la peau, yeux cernés et traits tirés par une fatigue plus qu'évidente. Avec ce qu'il s'est passé, il ne serait pas étonnant de voir arriver une poignet d'élève à bout de nerfs, angoissant à l'idée que le processus se réitère ici, après quelques mois de calme. Peut-être que ce jeune homme en faisait également partie. Je jette un œil autour de moi... L'infirmerie, bien que complète, ne semblait pas être débordé. Les cas les plus graves étaient parfaitement prit en charge depuis quelques jours et tout se déroulait correctement.

« Suis moi, nous allons voir ce que l'on peut faire pour toi. »

J'arbore un visage détendu et avenant malgré ce regard de glace qui ne me quitte que très rarement. Je l'invite à me suivre d'un signe de tête et l'entraîne jusqu'au fond de l'infirmerie, j'installe deux chaises face à face et sort ma baguette afin de faire apparaître un paravent entre nous et le reste de la pièce. Il est important de maintenir une certaine intimité avec les patients. Personne n'a envie de faire étalage de ses états d'esprits ou son état de santé.

« Assieds-toi, je t'en prie. Alors, avant tout quel est ton prénom et ton âge ? »

Je sors d'un tiroir un tensiomètre et vient m’asseoir juste en face de lui, tout en l'écoutant attentivement pour récupérer les premières informations. Il ne me semble pas l'avoir déjà vu, mais après que quelques jours passés ici, rien de plus normal.

« Tends ton bras et remonte ta manche s'il te plaît, je vais prendre ta tension avant tout.»

Léger sourire, tranquillité dans la voix, je l'aide à retrousser la manche de son sweat avant d'enrouler son bras du bracelet caoutchouté, glisse mon stéthoscope dessous afin d'écouter le flux sanguin et actionne la pompe plusieurs fois. J'écoute un bref instant relâche la pression et écoute à nouveau. Le résultat...

« Effectivement. Avec 15 de tension, je doute que tu n'ai besoin que de plantes. »

Je lui retire le bracelet et le laisse réajuster sa manche. Il était clair que Jeroen était plus que sur le nerfs. Angoisse, nervosité, manque de sommeil, beaucoup de chose pouvait être responsable de son état. Je pose délicatement une main sur son front où... je constate une peau complètement glacée, froide comme la mort. Je saisis ma baguette et fait apparaître une boisson chaude sur la petite table métallique, juste à côté de nous.

« Tu n'es pas diabétique ? Parce que je pense qu'une bon chocolat chaud pourrait te réchauffer. Tu es complètement gelé. »

Je le laisse faire avant de saisir une couverture à proximité et de l'y enrouler, sans en demander son avis. Certains corps sont plus chaud que d'autre tandis que d'autre sont bien plus frais, gardant difficilement la chaleur. Seulement Jeroen ne faisait pas partie de ceux là, non. La froideur de sa peau était plus importante, comme causé par un trop long séjour sous une douche froide ou qu'il s'était retrouvé allongé dans la neige pendant quelques minutes. 

« Avant de te donner quoi que ce soit, il faut que je sache ce qu'il se passe, tes symptômes et ce qui peut en être la cause, si tu pense que c'est lié à un élément extérieur ou non.»

Ou si tout simplement, tu nous couve un bon coup de fatigue à cause de l'hiver, où ton corps est en pleine carence de vitamine D. Patient et attentif, je lui voue mon entière attention, attendant tranquillement à ce qu'il se décide de parler.


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MessageSujet: Re: Puisqu'à chaque nuit son aurore ▬ Leiv   Mer 14 Jan 2015 - 17:28

À quoi leur servait la raison s’ils n’étaient même pas capables d’influencer le corps ? Il se sentait faible, fragile comme un nouveau-né. Quelque chose avait pêché à un moment donné pour qu’il pète ainsi les plombs à la moindre grosse contrariété. Certes, cette fois-ci, le problème n’était pas moindre, loin de là. Mais la panique l’empêchait de voir au-delà des réactions en chaine qui court-circuitaient son corps. Marionnette de l’angoisse, il se débattait en son for intérieur et c’était encore pire. Il était pourtant capable de regarder un inconnu se faire démolir, il pouvait faire face à une bataille chaotique sans s’arrêter ou se prendre des sorts impardonnables au visage et se relever, comment une simple lettre pouvait-elle faire cet effet ? Il détestait l’idée de devoir demander de l’aide pour quelque chose d’aussi ridicule qu’une crise de nerfs. Il aurait tout aussi bien pu aller se coucher et attendre que ça passe, mais ça aurait pu durer des heures et il n’avait pas envie de devoir faire face à ses camarades de chambre. Ça lui faisait peur. Avoir peur de soi-même, si ce n’est pas débile ça. Lorsque l’infirmier le vit et s’approcha, c’était clair, il ne pouvait plus rebrousser chemin et faire semblant. Pas avec la tête de déterré qu’il avait trainé entre la salle commune et ici. Le regard de l’homme le jaugea de la tête au pied, puis vérifia qu’il n’y avait pas plus urgent. Eh oui, le caca nerveux d’un élève, contrairement à une blessure ouverte, ça ne vaut pas un clou, mais on fait avec.

- Suis-moi, nous allons voir ce que l'on peut faire pour toi.

Une fois accepté dans l’infirmerie, il n’avait plus qu’à laisser faire les professionnels. Ce n’était pas plus simple, il n’aimait toujours pas l’idée, mais le dernier en date qui s’était occupé de lui était son frère. Ça lui rappelait ce rapprochement familial et il avait besoin de ça. Toutefois, l’infirmier aurait pu l’insulter, rire ou répondre de manière totalement aléatoire : Jeroen n’aurait pas réagi. Bien entendu, le calme olympien de l’infirmier avait de quoi rassurer, et le serpentard le suivit sans protester. Il aurait obéi à n’importe quoi, avec cet air absent caractéristique de celui qui met toute sa concentration à gérer ce qui se passe à l’intérieur de sa tête. Pas de lit pour lui, il ne fallait pas abuser, mais il eut droit à deux chaises et un paravent, juste assez pour créer une intimité protectrice dans laquelle il pouvait s’écrouler comme un caca sans public.

- Assieds-toi, je t'en prie. Alors, avant tout quel est ton prénom et ton âge ?
- Jeroen. 20 ans.

Il se racla la gorge et s’assit. Ramassé sur lui-même, il n’avait qu’une seule envie, disparaitre profondément sous terre et fuir tout ça. Ou se faire assommer, histoire de dormir un peu et de ne pas pouvoir penser, ça pourrait s’arranger ? Jeroen n’était pas en état de dire plus que ce qu’on lui demandait, aussi se tut-il sans demander son reste.

- Tends ton bras et remonte ta manche s'il te plaît, je vais prendre ta tension avant tout.

Sa main tremblait légèrement lorsqu’il remonta sa manche, avec l’aide de l’infirmier. Bon sang, il n’était même plus capable de faire un geste aussi basique, c’était pitoyable. Il se sentait bête. Son regard suivait vaguement les gestes de l’infirmier. Il n’avait jamais compris comment ils calculaient la tension à l’écoute. Un grand mystère. Ah, c’est fou les questions débiles qui nous viennent à l’esprit dans les pires moments… Le cerveau était décidément un grand mystère.

- Effectivement. Avec 15 de tension, je doute que tu n'aies besoin que de plantes.

Bien, ils étaient d’accord sur ce point, Jeroen avait bien fait de venir finalement. Après, il aurait pu dire 48 ou 5 de tension, il n’aurait pas compris ce que cela signifiait. Emeric lui avait déjà expliqué, mais son petit frère n’avait rien retenu et de toute façon, s’il essayait de se concentrer sur son apprenti médecin de frère, il allait forcément repenser à la lettre, et ce n’était pas une bonne idée s’il voulait se calmer. Il fit retomber sa manche, tira ses manches jusqu’au bout de ses doigts et se renfrogna comme un merdeux s’enfermant dans sa bulle.

- Tu n'es pas diabétique ? Parce que je pense qu'un bon chocolat chaud pourrait te réchauffer. Tu es complètement gelé.

Il secoua la tête et jeta un regard vague à la tasse qui venait d’apparaitre sur la table, sans esquisser un geste pour s’en saisir. Sa gorge nouée ne lui permettrait pas d’avaler quoi que ce soit avant que la crise soit passée, et de toute façon, il risquait de tout dégobiller s’il forçait, ou de répandre tout le contenu de la tasse par terre. Ne prenons pas de risques insensés. Il sentit soudain une couverture venant enrouler ses épaules. La dernière personne qui avait fait ça, c’était sa mère. Il eut un hoquet et se secoua pour retenir l’envie de se recroqueviller en une petite boule.

- Avant de te donner quoi que ce soit, il faut que je sache ce qu'il se passe, tes symptômes et ce qui peut en être la cause, si tu penses que c'est lié à un élément extérieur ou non.
- Crise de nerfs. C’est de famille… J’ai essayé de me refroidir et… et c’est stupide mais… je…

Pitoyable. Maintenant, il essayait de se justifier, comme s’il était en faute. Il avait fait ce qui lui semblait juste, le seul problème étant que ça ne pouvait pas suffire dans cette situation. Est-ce qu’il pouvait en parler librement à cet inconnu ? Rien n’était moins sûr. En même temps, s’il ne coopérait pas, ça n’allait pas passer. Il ravala la boule qui se formait dans sa gorge.

- J’ai appris une mauvaise nouvelle et je peux rien faire. Ça m’angoisse. J’ai peur qu’il leur arrive un truc par ma faute, que je puisse rien faire… j’aurais dû être avec eux, j’ai été trop con, il n’aurait pas été blessé… Je… j’arrive pas à gérer.

Son discours était décousu. Il mélangeait tout dans une bouillie infâme. Il était là le problème, dans l’impuissance. Il aurait dû être à Londres. Peut-être aurait-il pu éviter cette attaque en traître de sa famille, ou au moins soutenir sa famille dans ce moment difficile. Maintenant, il ne devait plus rentrer pour rester à l’abri ? C’était horrible à entendre, ça, de la plume de son propre frère. Il se fichait d’être en sécurité, mais s’il rentrait, il se ferait démonter pour avoir désobéi. Il croisa les bras autour de son ventre et releva les yeux, l’air paumé.

- Les chouettes peuvent venir ici ? Si mon frère me renvoie un message… Faut que je lui réponde, faut que… faut que je me calme… C’est épuisant…

Il sentit les larmes remonter et se mordit le poing pour les retenir. Il ne voulait pas se laisser aller, c’était inutile, ridicule, une perte de temps terrible. Il devrait déjà être en train de répondre à son frère, d’essayer de trouver quelque chose qui puisse l’aider à distance. Au lieu de ça, il chialait comme un môme… Il se frotta les yeux et tenta un sourire.

- Pardon, je contrôle plus rien, je supporte pas ça…
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MessageSujet: Re: Puisqu'à chaque nuit son aurore ▬ Leiv   Mar 20 Jan 2015 - 16:36

Jeroen. 20 ans.

Ce sont ses seules paroles. Son prénom m’interpelle pour la simple et bonne raison que Mr Van Saade m’a déjà parlé de ses enfants lorsque nous étions entrain de visiter l’appartement qu’il souhaitait gentiment me louer suite à ma situation. Nous avons beaucoup discuté et j’ai le très clair souvenir qu’il m’ait parlé d’un de ses fils étant à Poudlard. Serait-ce ce jeune homme que j’ai en face de moi ? Je reste sur mes doutes et mes questions, me concentrant tout d’abord sur son état de santé qui n’a pas l’air mauvais en soit, si nous écartions l’état de nerfs dans laquelle il était. Mains tremblantes, regard à la fois perdu et affolé, le teint blafard, une tension beaucoup trop élevée. Avec la venue violente des élèves de Salem et l’attaque de ce dernier, je ne serais pas surpris qu’il soit à bout de nerfs et qu’il n’arrive plus à dormir parce qu’il craint une nouvelle attaque ici. Comment vont-ils faire pour gérer le stress de tous ces gosses ? Je me demande même comment ils arrivent chacun à suivre le cours de leur journée avec en tête qu’ils peuvent revenir du jour au lendemain. La tension est accrue et à n’importe quel moment l’un d’eux peut craquer de manière violente et dépressive. Sans compter les tentatives de suicides qui ne sont pas à exclure. Des plus jeunes aux plus vieux, chacun possède sa manière bien à lui pour faire face à tout ça.

Je m’enquiers de son état. Je n’ai pas envie de lui donner n’importe quoi pour le calmer et peut-être qu’avoir une discussion pourra déjà lui enlever une épine du pied.

- Crise de nerfs. C’est de famille… J’ai essayé de me refroidir et… et c’est stupide mais… je…

Je suis assis face à lui, coudes appuyés sur mes cuisses, mains jointes, le regardant bien dans les yeux, attentifs à ses manières d’agir et à ses mots qui déjà, me semble être brouillon. Se refroidir suite à une crise de nerfs… Je ne vois qu’un plongeon dans le lac, dans un bac de glace ou alors le corps directement dans la neige. C’est ce que font les personnes ayant du mal à garder contrôle sur elle-même, lorsqu’elles sentent que le point de rupture n’est pas loin.

- J’ai appris une mauvaise nouvelle et je peux rien faire. Ça m’angoisse. J’ai peur qu’il leur arrive un truc par ma faute, que je puisse rien faire… j’aurais dû être avec eux, j’ai été trop con, il n’aurait pas été blessé… Je… j’arrive pas à gérer.

Il croise les bras autour de lui, me regarde avec un air d’enfant perdu, paumé comme jamais, la peur brillant sous forme de larmes à la commissure de ses paupières. Mais surtout, son inquiétude me touche et me gagne, pas aux même proportions, certes mais Mr Van Saade est devenu un homme avec qui il était bon de discuter, peut-être un peu froid mais je n’y prête pas rigueur, pas lorsque je suis un bloc de glace moi-même. Si Jeroen s’avère être le fils de cet homme, alors j’ai de doubles raisons d’être vigilant. Pourtant, je ne m’avance pas, je le laisse faire, essayant de se dépêtrer de ses mots, de sa panique, tout en le regardant d’un air qui se veut le plus rassurant possible.

- Les chouettes peuvent venir ici ? Si mon frère me renvoie un message… Faut que je lui réponde, faut que… faut que je me calme… C’est épuisant…

Il porte le poing à sa bouche et je me redresse légèrement, tendant ma main en douceur vers son bras que je fais retomber délicatement. Ses yeux se remplissent un peu plus de larmes et je fronce les sourcils, d’un air tranquille

« Eh calme-toi mon garçon.
- Pardon, je contrôle plus rien, je supporte pas ça… »

Il se frotte les yeux et perds presque 10 ans d’âge avec sa mine défaite et cet air inquiet. J’ai devant moi un gosse qui semble ronger par la culpabilité, à bout de nerfs, prêt à exploser en larme dans la seconde qui suit. Il a besoin de repos, de dormir parce que dans cet état je ne suis pas sûr que ses nuits ne soient très longues. Je reste toujours appuyé sur mes cuisses, plongeant mon regard dans le sien.

« Tout d’abord, respire un bon coup. Tu n’as pas à t’excuser. Pleurer, paniquer ou même craquer n’est pas une faiblesse mais une preuve d’humanité. Et ce monde en a bien besoin. »

Je lui accorde un sourire rassurant avant de me lever et de me diriger vers la porte d’une armoire à proximité. Je l’ouvre, mes yeux sautant de boites en boites avant de trouver celle que je cherche. J’ai passé des heures à faire le tour de cette infirmerie depuis que je suis arrivé afin de me simplifier la tâche pour les cas comme celui-ci et pour la moindre intervention. J’essaie au mieux de ne pas interférer dans les tâches de Mlle Calderon Llanos qui semble tenir à ces enfants comme à la prunelle de ses yeux. Ici, c’est son terrain, pas le mien. Alors, je fais profil bas, l’aide au mieux et essaie de ne pas trop m’imposer.

J’apprends petit à petit à m’adapter dans cette école où j’ai déjà pu faire connaissance avec quelques-uns d’entre eux. J’ai d’ailleurs été plutôt bien accueillit, notamment par Mlle Stoneheaven qui s’est chargé de mon cas pour le côté administratif, avec qui je n’ai pas encore eu le temps de réellement discuté.

J’attrape une bouteille d’eau au passage avant de venir m’installer de nouveau face à Jeroen. Tout en ouvrant la boite, je lui dis d’un ton très naturel :

« Concernant les chouettes, nous évitons de les faire entrer ici pour la tranquillité des patients mais si tu attends un courrier urgent, ton hibou viendra probablement sur le bord d’une des fenêtre. Nous récupérerons ton courrier, ne t’inquiète pas pour ça. »

Je lui prends la main en douceur, la mettant paume vers le ciel et claque un plastique laissant tomber une pastille blanche au creux de celle-ci, rangeant ensuite la plaquette dans sa boite et la posant sur la petite table juste à côté de moi.

« Avale ça avec de l’eau. » Je lui tends la bouteille avec un verre en plastique. « C’est un médicament qui va t’aider à te détendre un peu, à trouver le sommeil et à organiser un peu mieux tes idées. C’est assez fort donc je préfère contrôler tes prises. »

Il y avait risque de dépendance uniquement si le patient en prenait trop d’un coup et de la mauvaise manière mais Jeroen en prenait comme je le lui indiquais, il ne risquait absolument rien. Seulement… Je préfère avoir la boite avec moi et les lui donner moi-même. Dans son état, je ne veux pas qu’il commette une erreur, pas dans un aussi profond état de stress que le sien car c’est dans le désespoir que le cerveau décroche complètement avec la réalité et perd tout degré d’importance envers certaines choses. En somme, je ne veux pas qu’il tente quoi que ce soit de désespérer pour mettre un terme à ce qui le tourmente.

« Maintenant explique moi plus calmement ce qu’il se passe. Qui a été blessé ? Est-ce que c’est un de tes amis venant de Salem ? »

Avec ce qu’il s’est passé, il n’est pas improbable qu’il ait perdu ou presque un ami venant d’une autre école ou voir même un membre de la famille scolarisée à Salem.
Je n’ose pas encore lui parler de son père, du moins si c’était réellement la bonne personne, préférant le laisser parler de lui-même, dire les choses et éventuellement se confier afin de se libérer de ce poids qui a l’air si lourd à porter pour ses frêles épaules d’adolescent. Quoi qu’il en soit, il est déjà décidé qu’il passera la nuit à l’infirmerie, afin de surveiller son état psychologique.
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MessageSujet: Re: Puisqu'à chaque nuit son aurore ▬ Leiv   Ven 23 Jan 2015 - 19:57

Parler lui coûtait. Il commença par ne répondre qu’à peine, sentant que s’il commençait, ils ne s’arrêteraient plus. S’il baissait sa garde, lâchait les vannes, il ne savait pas quand il s’arrêterait. Ça commençait comme ça, et ça ne finissait que lorsqu’il n’avait plus aucune force à user, plus aucune tension à évacuer. Ça pouvait prendre du temps, beaucoup de temps. Dès qu’il sentait que ça arrivait, il avait effectivement se réflexe de se rafraîchir les idées comme il pouvait. Heureusement que c’était rare, il serait mort d’une pneumonie depuis longtemps sinon… Puis l’homme lui demanda s’il savait quelle était la cause de son état. Il commença à répondre, et sentit que la débandade était en train de reprendre. Il commença à parler de manière brouillonne, de plus en plus perdu dans le flot de pensées et d’angoisses qui circulaient dans son esprit. Qu’est-ce qu’il devait dire, qu’est-ce qui n’avait rien à voir ? Assis en face de lui, calme et impartial, l’homme l’observait commencer à paniquer tout seul comme un couillon. À l’angoisse s’ajoutait la honte de finir dans un tel état devant quelqu’un, aussi rassurant soit-il. Puis il commença à partir dans un délire concernant les chouettes. Il fallait qu’il réponde à Emeric, pourquoi n’avait-il pas commencé par là ? Non, il n’était pas en état de toute façon, ça pouvait attendre…

- Eh calme-toi mon garçon.

Le contact de la main de l’infirmier le fit se tendre comme un arc. Cela tenait du réflexe d’auto-défense, chaque mouvement semblait être une agression. Il réfréna ses automatismes avant de faire une connerie. C’est que dans cet état, il pourrait blesser l’homme qui voulait l’aider, il en était sûr… Il fit ensuite un effort démesuré pour s’empêcher de se faire mal à lui-même et se frotta les yeux, en profitant pour relâcher quelques larmes vite essuyées. Il détestait ça. C’était un peu comme redevenir un gamin chialeur, mais l’âge ne pardonnait pas ce genre de faiblesses. Pleurer pour un bobo à vingt ans, c’était stupide…

- Tout d’abord, respire un bon coup. Tu n’as pas à t’excuser. Pleurer, paniquer ou même craquer n’est pas une faiblesse mais une preuve d’humanité. Et ce monde en a bien besoin.

Petit rire nerveux entre deux larmes. L’humanité était décidément lourde à porter. Le monde avait surtout besoin d’un peu de force pour rétablir l’équilibre et protéger ce foutu château, pas de gamins effrayés par leurs ombres… Il secoua la tête, l’air pas vraiment d’accord, mais ne répondit rien. Sa gorge était nouée et de toute façon, l’infirmier était déjà parti fouiller dans une armoire. Il revint avec une boite et une bouteille d’eau, l’air toujours aussi calme. Comment faisait-il pour garder un tel sang-froid ? Ah oui : sa famille n’avait pas été menacée. Forcément…

- Concernant les chouettes, nous évitons de les faire entrer ici pour la tranquillité des patients mais si tu attends un courrier urgent, ton hibou viendra probablement sur le bord d’une des fenêtres. Nous récupérerons ton courrier, ne t’inquiète pas pour ça.

Il hocha la tête en silence. Oui, bien entendu, quelle question idiote. De toute façon, Slight l’attendait sagement dans la zone, fidèle comme un cerbère veillant sur son humain, et Emeric ne lui enverrait pas de nouvelles avant quelques jours. Cela avait dû lui coûter d’écrire celle-là… Il n’allait pas lui envoyer le colis qu’il avait mentionné tout de suite, clairement. C’était stupide. Lorsque l’infirmier lui prit la main, il se laissa faire, préparé au contact cette fois-ci. Un petit cacheton au creux de la paume, blanc, tout petit. C’était trop facile à perdre sous un meuble ces saloperies.

- Avale ça avec de l’eau. C’est un médicament qui va t’aider à te détendre un peu, à trouver le sommeil et à organiser un peu mieux tes idées. C’est assez fort donc je préfère contrôler tes prises.

Il prit le petit cachet d’une main tremblante et l’avala à sec. C’est seulement après qu’il vida son verre, d’un trait, comme s’il s’était desséché à force d’avoir pleuré. Il resta un instant à regarder le plafond, l’esprit replié sur lui-même. L’effet commençait déjà à se faire sentir et à envahir son esprit d’une légère brume, c’était effrayant.

- Je déteste tellement ça que je n’irai pas en piquer dans les placards…

Qu’est-ce qu’il y avait de pire qu’une crise de nerfs ? Les cachetons capables de les arrêter. S’il devait faire la parallèle avec un sortilège, ce serait le sortilège d’oubli. Son corps lui échappait un peu, son esprit aussi, et il n’arrivait pas à s’y accrocher. Il avait l’impression de devenir un petit tas gluant d’idées confuses et molles. En tout bon merdeux qu’il avait été, Jeroen était déjà allé fouiller dans les placards de ses parents, mais il n’avait pas essayé deux fois. Cette boite-là, celle qui trainait toujours dans la table de chevet de sa mère, ça avait été quatorze heures de sommeil et deux jours à trainer comme un zombie. À seulement 5 ou 6 ans. Ses parents avaient eu la peur de leur vie. Alors non, il n’irait pas piquer le paquet et faire une connerie avec, promis, très peu pour lui. Rien qu’un, c’était déjà un effort surhumain pour lui. Il finit par se recroqueviller un peu sur lui-même et ajusta la couverture sur ses épaules. Ses muscles se relâchaient, il allait se refroidir très rapidement s’il ne faisait pas attention.

- Maintenant explique-moi plus calmement ce qu’il se passe. Qui a été blessé ? Est-ce que c’est un de tes amis venant de Salem ?
- Non, non… Je ne connais personne de Salem.

Il respira doucement, eut un petit hoquet isolé. Est-ce que c’était bien malin de parler de ça à quelqu’un qu’il ne connaissait pas bien ? Les gens recrutés ici étaient censés être du bon côté, mais dans les faits, c’était facile de mentir quand on était né pour tuer. C’était facile d’avoir l’air de quelqu’un de bien face à des gamins aveuglés par leurs traumatismes. Jeroen ne se considérait pas comme tel, mais présentement, il était en état de faiblesse. Il finit par céder à l’envie la plus forte, la raison un peu déconnectée. Qu’est-ce que ça changerait de toute façon ?

- Mon père. C’est pourtant pas un bleu en matière de défense, mais… ils s’en sont pris à la petite… enfin, ma petite sœur, et mon frère, ils leur auraient fait du mal…

Oui, elle n’avait pas été blessée. C'était une petite consolation. Du haut de ses 11 ans, elle n’aurait pas supporté le traitement que les Supérieurs infligent aux sans pouvoirs. Moldue dans une famille de sorciers, mi-cracmole en quelque sorte puisque son père était sorcier, ça ne pardonnerait pas s’ils décidaient d’y aller franco. Elle allait bien… Emeric aussi, mais Jeroen ne serait pas étonné qu'il lui cache son propre état… L’élève se gratta le crâne, pris de petits fourmillements un peu partout, le regard un peu dans le vague. Il serait bien retourné sous la douche, mais une douche chaude cette fois-ci. Il se sentait sale… mais l’infirmier ne le laisserait pas partir si facilement.

- Je ne sais pas exactement ce qui s’est passé, en fait. Sa lettre, c’est un ramassis d’informations en vrac. Ils les ont menacés, ils ont blessé papa, mon frère m’interdit de rentrer alors qu’ils n’ont plus de baguettes. Enfin quoi, on crache pas sur l’aide du petit frère dans ces moments-là…

Son frère était stupide. Son père aussi : c'était sûrement lui qui lui avait soufflé cette idée de garder le petit à l'abri loin de Londres... Mais Emeric restait un traître. Il avait bien hérité de toute la dose d’arrogance et d’autosuffisance des van Saade, derrière ses petits airs d’ancien serdaigle bosseur et sage. Il voulait gérer seul son père blessé et sa sœur sous oubliettes ? Pour qui se prenait-il ce crétin ? C’était une affaire de famille avant tout, et Jeroen se sentait complètement isolé… Mais…

- Mais si je rentre, je vais me faire tuer… Ces timbrés ont sous-entendu que j’avais été impliqués avec les Supérieurs, papa va me démolir…

Vous pouvez maintenant imaginer l’homme respectable et influent sur son lit de mort, plein de bandages, foutant une rouste à un Jeroen rongeant le parquet de honte. C’était l’instant bucolique. Est-ce qu’il se rendait compte qu’il parlait à quelqu’un qui connaissait son père, et pouvait donc faire remonter les détails concernant les méfaits du fils ? Pas le moins du monde…
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MessageSujet: Re: Puisqu'à chaque nuit son aurore ▬ Leiv   Lun 2 Fév 2015 - 10:47

- Non, non… Je ne connais personne de Salem.

Je garde un calme Olympien face au jeune homme et surtout, à ce qu’il s’apprête à me dire. Car si ça n’est pas une personne d’ici alors la logique veut qu’il me parle d’une connaissance extérieure. Le calme est plat dans l’infirmerie, il reste encore quelques élèves de Salem se remettant doucement de leur blessures mais la grande majorité se ballade déjà dans les couloirs, essayant de s’adapter. J’entends parfois les hauts talons de Mlle Caldéron Llanos claquer sur le pavé. D’ailleurs, je ne comprends toujours pas pourquoi elle travaille en ce lieu avec ce type de chaussures.

Peut-importe, ce ne sont que des détails. Le silence pousse aux murmures, afin que les mots ne s’échappent pas trop loin de Jeroen et de moi.

- Mon père. C’est pourtant pas un bleu en matière de défense, mais… ils s’en sont pris à la petite… enfin, ma petite sœur, et mon frère, ils leur auraient fait du mal…

Je sens mon cœur louper un battement mais n’en laisse rien paraitre, serrant les dents. Le puzzle se forme petit à petit, au rythme des informations données par Jeroen. Monsieur Van Saade, sa petite fille de l’âge d’Adrian et ses deux fils. L’un suivant des cours médicaux, l’autre étant élève à Poudlard. J’ai pourtant encore ce furieux doute au creux de la poitrine. Il y a un tas de famille composé des mêmes membres que celle de ce jeune homme. Je ne veux pas commettre d’impairs. L’idée à ce qu’on ait pu s’en prendre à sa petite sœur me retourne l’estomac. Et si c’était Adrian à la place ? Je n’attendrais pas une seconde pour partir d’ici et le mettre en lieu sûr, peu importe l’endroit où je dois aller.

- Je ne sais pas exactement ce qui s’est passé, en fait. Sa lettre, c’est un ramassis d’informations en vrac. Ils les ont menacés, ils ont blessé papa, mon frère m’interdit de rentrer alors qu’ils n’ont plus de baguettes. Enfin quoi, on crache pas sur l’aide du petit frère dans ces moments-là…

Il y a ceux qui sont en danger entre ces murs, effrayés, terrifiés même. Et il y a ceux qui semble vivre une guerre – cette guerre ? – en dehors de cette école. Et c’est le cas de Jeroen. Son angoisse est palpable et surtout très compréhensible. Il est perdu, semble aussi un peu en colère mais surtout frustré. Il n’est pas difficile de se mettre à sa place : Comment réagirions-nous si nous étions coincés entre quatre murs tout en sachant que notre famille encourt un grave danger à l’extérieur et que nous n’avons pas la possibilité d’être utile ? C’est une situation qui pousse à la crise de nerfs, comme celle qui semble menacer Jeroen. Vivre avec le poids de l’urgence et de l’inutilité.
Je ne prononce toujours aucuns mots, le laissant évacuer ce qu’il souhaite confier.

- Mais si je rentre, je vais me faire tuer… Ces timbrés ont sous-entendu que j’avais été impliqués avec les Supérieurs, papa va me démolir…

Je tique une seconde. La situation est bien plus grave que je ne le pensais.
Voilà donc la forme de cette guerre. Les Supérieurs, ceux qui ont attaqués Salem, ceux qui ont visiblement occupés Poudlard durant un long moment sans que je n’ai plus d’informations. Ceux qui maintenant, s’en prennent directement à la famille de ce jeune homme. Pour quelles raisons ? Parce qu’ils sous-entendent qu’il était de leurs côtés ? Une Trahison ? J’ai la sensation d’avoir en face de moi un énorme casse-tête et le pressentiment que Jeroen est bien le fils de celui qui m’a tendu la main il y a peu se fait de plus en plus imposant.

Toujours les coudes sur mes cuisses, je joints mes deux mains avant de les relever et d’y poser mon menton, ne le lâchant pas du regard. A aucun moment il ne confirme qu’il était de leur côté, mais il ne le dément pas non plus. Pire, il craint le retour de bâton et plus précisément, celui de son père. Seulement, je ne suis pas là pour le juger mais pour le soigner et le serment d’hippocrate est bien clair sur ce point.

- Je ne connais pas ton frère mais je pense que s’il ne veut pas que tu viennes auprès d’eux, c’est aussi pour te protéger. Tu es sûrement plus en sécurité ici qu’en dehors de ces murs.

Que répondre à un enfant qui vient vous voir et qui vous dit avec honnêteté que sa famille risque la mort à chaque coin de rue ? Prendre tous les éléments et les traiter uns par uns. D’abord le rassurer. Lui poser des questions pour en savoir un peu plus, obtenir plus d’éléments.

- Admettons que tu sortes d’ici Jeroen, que vas-tu faire de plus ? Il est difficile de l’entendre et de l’accepter, mais si tu prends le risque d’aller les rejoindre, c’est ta vie que tu mets en danger et celle de tes proches. Nous allons, toi et moi, traiter le problème étape par étape.

Mon instinct ne me trompe que rarement mais je ne suis pas à l’abri d’une erreur. J’ai une boule dans la gorge, un stress dur et difficile à digérer qui s’installe sur mon estomac et qui y fait pression. Je ne montre aucune trace de nervosité mais au creux de mon cerveau, c’est une guerre qui se déclenche. Si la famille de cet enfant est en danger et qu’il est celui que je pense, alors j’ai de doubles raisons de ne pas rester les bras croisés, à l’écouter et à ne rien faire.
Je me lève et agite ma baguette magique pour y faire apparaitre un rideau, retenu par un fil imaginaire, afin d’étendre l’isolement entre lui et moi et surtout, pour nous cacher des regards indiscrets. Il existe toujours des petits curieux ici et en vue de l’importance des informations données par Jeroen, il vaut mieux ne pas tenter le diable. J’agite de nouveau ma fidèle alliée et y installe une bulle invisible d’insonorité avant de me réinstaller face à lui.

- Avant toute chose, à quel degré es-tu impliqué dans cette affaire ? As-tu prévenu le directeur de cette lettre que tu as reçu ?

Je suis presque certain que non car cela implique clairement qu’il doit se justifier des propos et donc, de cette alliance avec l’adversaire s’il y a eu. Il hésite, la peur grandit. Je pourrais réagir de manière plus brutale et ne pas lui demander son avis, l’attraper par le col de son vêtement et de le trainer jusqu’à Mr Rivers pour qu’il fasse face à ses mots et peut-être à ses actes. Mais à aucun moment cette idée ne me traverse l’esprit. Pas quand je vois dans quel état il se met mais surtout, pas s’il est le fils de Van Saade. Je dois à cet homme une fière chandelle, il m’a rendu plus d’un service pour que je puisse être auprès d’Adrian alors ce n’est pas en expédiant son propre fils face à un procès que je lui rendrais la pareille.

- Ton frère t'a-t-il dit s'ils étaient en sécurité et parlé leur état de santé?

Leiv, dénoue-moi ce merdier fil par fil.

- Ecoute, tout ce qui va se dire ici ne sortira pas de l’infirmerie. Mais si tu veux que je t’aide, il faut que tu m’en dises un peu plus.

Mon ton est toujours calme, ferme mais absolument pas agressif. Toujours assis face à lui, coude sur mes genoux, le médicament doit déjà commencer à faire effet et à le détendre malgré lui. Ce qui peut aussi délier les langues avec un peu de chance. Je ne veux pas abuser de l’effet mais il y a urgence et je ne pense pas nécessaire de nous encombrer des formalités même si je suis très à cheval sur ça.
Rien ne l’oblige à me faire confiance et si ça n’est pas le cas, alors j’abattrais ma seule et unique carte en lui demandant la confirmation si oui ou non, il était bien le fils de Van Saade. Pourquoi je ne le fais pas maintenant ? Parce qu’il risque de se braquer, peut-être par peur que je ne divulgue les informations auprès de son père même si je n’en sais rien. Dans le pire des cas, je me trompe et apporter mon aide risque d’être plus compliqué.


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MessageSujet: Re: Puisqu'à chaque nuit son aurore ▬ Leiv   Sam 7 Fév 2015 - 14:07

Ce calme, cette tranquillité de l’esprit transparaissant sur le corps, cette écoute attentive et ouverte… Jeroen s’accrochait aux mots de cet infirmier inconnu au bataillon, mots qui le maintenaient dans le réel. Seul, il serait déjà couché, à tenter de dormir, l’esprit et le corps vidés de toute force ; au lieu de ça, il parlait, répondait sagement aux questions. Dans ce petit espace isolé, il se sentait comme dans une boite, mais pas dans le sens négatif du terme. Non, une boite de tranquillité où il pouvait pleurer face à un homme qui semblait n’en avoir rien à faire de toute façon. C’était une composante essentielle du processus : s’il avait connu l’homme, il ne se serait pas ouvert ainsi. Son père était blessé… Son fils, lui, était bloqué comme un con dans ce maudit château, avec l’angoisse d’avoir été en partie responsable de cette visite surprise des Supérieurs. Face à lui, un mur avec des oreilles, qui joignit ses deux mains avec un air de profonde réflexion. Son regard était perçant, sondant au plus profond de son âme ; celui de Jeroen se faisait la malle et tentait de se jeter dans le vide. On était loin du jeune adulte profondément sûr de lui qu’il était le reste du temps. L’infirmier reprit finalement la parole.

- Je ne connais pas ton frère mais je pense que s’il ne veut pas que tu viennes auprès d’eux, c’est aussi pour te protéger. Tu es sûrement plus en sécurité ici qu’en dehors de ces murs.

Jeroen se recroquevilla un peu plus sur lui-même. Emeric, faux frère. Comme s’il n’était lui-même pas en danger ! Et puis, en quoi la vie de l’un des fils valait-elle plus que les vies des trois autres ? S’ils venaient à mourir et que le serpentard se retrouverait seul, il deviendrait fou. Emeric lui avait intimé de ne pas clamser, mais la réciproque était évidente. Si l’un d’eux ne revenait pas, il se ferait démolir. Comment ça, on ne peut pas engueuler un mort ? Ils trouveraient bien un moyen. Ils étaient de la famille van Saade après tout.

- Admettons que tu sortes d’ici Jeroen, que vas-tu faire de plus ? Il est difficile de l’entendre et de l’accepter, mais si tu prends le risque d’aller les rejoindre, c’est ta vie que tu mets en danger et celle de tes proches. Nous allons, toi et moi, traiter le problème étape par étape.
- C’est exactement ça le problème. Je ne peux rien faire, et ça m’est insupportable. Vous avez déjà fait face à un acte de violence sans pouvoir rien faire ? Là, c’est pire parce que je ne peux même pas ramasser les morceaux.

Et il l’avait été, impuissant face à la violence des Supérieurs. Il y avait même participé pour éviter à des merdeux de se faire embrigader, autant dire qu’il s’y connaissait, et pourtant il n’avait jamais été aussi profondément blessé. Il inspira doucement et ferma les yeux. L’envie de pleurer était en train de revenir mais elle semblait plus lointaine. Son sang pulsait contre sa boîte crânienne mais il se sentait loin de tout ça. Tout devenait automatique, même ses pensées semblaient perdre leur fil directeur… Il se frotta la joue. En venant ici, il essayait de fuir l’impuissance, clairement. Certes, elle était toujours là, mais tandis que le médicament faisait effet, elle se faisait plus diffuse, plus acceptable. La phase de colère n’allait pas tarder à prendre la place du choc. Il savait qu’Emeric avait raison ; il n'arrivait juste pas encore à se résoudre à les laisser ainsi sans rien faire…

L’infirmier se leva et fit apparaître un rideau pour les isoler un peu plus. Jeroen le regarda faire, l’air vague et pas franchement frais. Qu’est-ce que cela signifiait ? Était-ce un élan de sympathie pour lui donner un peu plus de tranquillité ? Qu’importait, ça ne lui faisait ni chaud ni froid de toute façon. Bon sang, il détestait ça, il avait l’impression d’être mort ou quelque chose comme ça. L’homme lança un sortilège pour éviter les oreilles indiscrètes. Cela semblait être le moment des confessions. Lui, Jeroen, le control-freak de service, le manipulateur, le renfermé, se confesser. Il réprima un petit rire nerveux et faillit s’étrangler avec. Bon sang, il fallait qu’il se ressaisisse…

- Avant toute chose, à quel degré es-tu impliqué dans cette affaire ? As-tu prévenu le directeur de cette lettre que tu as reçue ?

Jeroen resta un instant interdit et releva les yeux pour le regarder. Est-ce qu'il avait prévenu Rivers ? La question semblait grotesque, un peu comme une blague dont il ne savait si elle était mauvaise ou juste stupide. L’élève se frotta les yeux et finit par lâcher l'affaire. À quoi bon faire semblant, à quoi bon mentir… Il ne savait même pas contre qui il devait se protéger et la santé mentale prévalait sur tout le reste. Il était ici pour se débarrasser de ce poids-là, pas pour faire semblant, et si cela devait passer par la parole, alors soit.

- Je n'ai pas eu ce réflexe. Rivers m’a déjà fait assez boire de veritaserum comme ça, et j’ai peur que l’impliquer n’excite encore plus ces timbrés. Quant à mon implication ? Il soupira avec un air fatigué et se laissa aller en arrière, le regard dans le vide. Le degré, j’en sais rien. Ils doivent vouloir ma mort pour ces deux ans à me foutre de leur gueule, mais je ne pense pas qu’il n’y ait que ça.

Son ton était neutre, comme si tout cela était absolument normal. Après tout, c’était sa normalité, son quotidien. Son père avait dû se faire remarquer pendant qu’il fouillait dans la merde au Ministère. C'était triste à dire mais même lui pouvait faire des erreurs. Les Supérieurs avaient fait d’une pierre deux coups, et comme il fallait s’y attendre, les plus exposés en avaient payé le prix… Ils avaient une chance monstre que les Supérieurs n’aient pas encore décidé de faire disparaitre ces van Saade un peu trop fouineurs. Oui, quand on savait tout ce qu’ils préparaient en douce pour faire tomber leur cause, ils avaient eu de la chance…

- En tout cas, s’il n’y avait que ça, je serais mort. Eux aussi. Ils se moquent de nous, ça les amuse en fait…

Il avait finalement compris. Les Supérieurs voulaient jouer avec eux, les avoir sous leur coupe et en faire des marionnettes passives et effrayées. Ils devaient trouver amusant de les voir tourner en rond et se ronger les sangs en se demandant quand tomberait le couperet. Poudlard aurait été réduit en cendres depuis longtemps s’il leur suffisait de tuer les opposants. Jeroen se frotta la tête, tira ses cheveux en arrière et réprima un frisson.

- Ton frère t'a-t-il dit s'ils étaient en sécurité et parlé de leur état de santé ?

Il secoua vaguement la tête. Non, juste un amas infâme d’informations sans détails utiles.

- Écoute, tout ce qui va se dire ici ne sortira pas de l’infirmerie. Mais si tu veux que je t’aide, il faut que tu m’en dises un peu plus.
- En quoi vous pourriez les aider ? Même moi, je ne peux qu’attendre comme un con. De toute façon, Emeric ne m'a pas dit grand-chose.

La colère, sourde et bruyante à la fois, commençait à vibrer dans son esprit, cachée derrière les vapeurs du médicament. Il finit par sortir la lettre de sa poche, la défroissa sur sa cuisse d’une main tremblante et reposa les yeux sur les mots d’Emeric pour chercher quelque chose, une information qui lui aurait échappé, un signe. Non, il ne disait pratiquement rien, mais ils n’étaient pas en sécurité sans baguettes et avec son père blessé. Les Supérieurs ne devaient pas être pressés de venir les achever, mais la consolation était maigre et il ne savait pas vers qui Emeric comptait se tourner pour les aider. C’était le bordel.

- Ils ont blessé papa et les ont forcés à regarder. Assez gravement je dirais, sinon il m’aurait lui-même écrit. Il releva les yeux. Ils ont tout démoli. Vous m’expliquez comment c’est possible de saccager un appartement et de blesser un sorcier en plein milieu de Londres, sans que ça n’alarme personne ?

En même temps, ils avaient bien occupé une école renommée pendant deux ans, sans laisser personne en sortir et sans que personne ne s’inquiète outre mesure de ne plus avoir de nouvelles des gamins. En fait, ça avait dû être beaucoup trop facile, dans ce quartier moldu où les voisins ne posaient pas trop de questions… Nouveau petit rire nerveux.

- Si je retrouve ceux qui ont fait ça, je les démolis. Et c’est pas papa qui m’en empêchera.

Son père qui lui avait envoyé beuglante sur beuglante après que son fils a décidé de rester à Poudlard pour les vacances. Et maintenant, c’était l’ordre inverse qu’il venait de recevoir. Il ne savait plus trop ce qu’il était censé faire maintenant, mais une chose était sûre : il ne laisserait pas un tel acte impuni. Qu’importe le temps que cela prendrait. Bon, certes, quand il devrait s'expliquer auprès de son père, il se décomposerait en deux-deux, mais la confrontation ne serait visiblement pas pour tout de suite...
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MessageSujet: Re: Puisqu'à chaque nuit son aurore ▬ Leiv   Jeu 12 Fév 2015 - 11:18

Je tique en silence sur le fait que le Directeur ait eu recourt au Véritasérum sur ce jeune homme mais je suppose que s’il en a fait usage, ce fut par sécurité. Pour l’école et pour l’élève. Après tout ce qu’ils ont vécu, il n’est pas étonnant qu’un climat de méfiance règne sur l’établissement et leurs occupants. Et comme le souligne si bien Jeroen, ceux qui ont décidé de prendre en chasse ce château et celui de Salem ne sont pas là pour les exterminer d’un seul coup mais bien pour les effrayés, leur donner la boule au ventre et d’établir une psychose dans ces couloirs. Car si c’est la mort qu’ils souhaitent, je suis presque certains que leur propre armée suffirait à réduire cet établissement en poussière. Mais si tel est le cas alors pourquoi les forces spéciales ne sont pas mises en place ? Certes, nous avons les gardiens dont les rangs doivent sûrement enflés mais est-ce réellement suffisant. Je suis pourtant presque certains que le Directeur ne laissera pas un trou aussi énorme au sein de la sécurité de Poudlard. Pourtant, je me demande où se trouve le Ministère de la Magie et pourquoi pas l’armée des Sorciers.

Encore une fois, il se pourrait bien que les politiques prennent ce problème à la légère.

Concernant l’implication de Jeroen, il reste évasif et je ne pense pas que ça soit le moment d’insister à ce sujet même si plus j’en saurais, mieux sa sécurité pourrait être renforcé. Cependant, j’attends de lui plus d’informations concernant son frère et l’état de son père, un indice voir même un signe qui pourrait me confirmer que la personne qui se tient en face de moi est bien le fils de Van Saade.

- En quoi vous pourriez les aider ? Même moi, je ne peux qu’attendre comme un con. De toute façon, Emeric ne m'a pas dit grand-chose.

Je me redresse doucement, serrant la mâchoire. Alors j’avais vu juste. Emeric, Mr Van Saade m’en a parlé lorsque nous avons loué l’appartement. Le fils travaillant dans le médical, comme moi. Je vois la frustration du jeune homme et ne peut m’empêcher l’empathie de l’infirmier s’insinuer en moi alors que je dois cette fois garder un sang-froid inébranlable pour le prendre en charge. Il ne faut pas l’inquiéter plus qu’il ne l’est et je fais au mieux pour garder mon visage impassible. Les yeux de Jeroen brillent de colère et ses sourcils se froncent, comme si les émotions brûlantes prenaient le dessus. Après l’impuissance, vient la rage.

Je le regarde sortir un morceau de parchemin froissé et abîmé par les pliures a force d’être défaite et refaite, trainé dans une poche, serré dans un poing de colère. Il relit les mots d’une main tremblante après avoir défroisser le papier sur sa cuisse et pas à un seul moment je ne bouge ou ne fais de commentaire, attendant de voir ce qu’il avait à me dire. Si tant il y avait autre chose à ajouter à l’horreur qu’il vit présentement.

- Ils ont blessé papa et les ont forcés à regarder. Assez gravement je dirais, sinon il m’aurait lui-même écrit.

Premier choc, ne pas s’emballer. Je l’écoute toujours, patiemment et surtout, retenant les détails et informations tout en captant son regard. L'horreur raconté et imaginé fait son chemin dans ma tête et je ne peux m'empêcher d'effectuer un effet de transfert. Et si j'étais à leur place? Je tuerais n'importe quel Homme osant s'en prendre à Adrian.

-Ils ont tout démoli. Vous m’expliquez comment c’est possible de saccager un appartement et de blesser un sorcier en plein milieu de Londres, sans que ça n’alarme personne ?

Bien évidemment que cela est possible lorsque nous avons à faire à des professionnels qui savent exactement où frapper et comment. Je ne doute pas sur leurs moyens de mise en place pour que personne ne s’inquiète ou ne s’alarme. S’ils ont réussi à s’infiltrer dans cette école il y a deux ans, rien ne les empêcheront de revenir ici avec les moyens qu’il faut.

- Il est parfois facile d’acheter le silence auprès des plus avares mais aussi en usant du sentiment.

Comme la peur par exemple. Presque n’importe quel Homme ayant un minimum d’attache pourrait se faire réduire au silence grâce à un moyen de pression comme celui utilisé contre Jeroen. Nous pouvons considérer cela comme de la lâcheté, ce qui est compréhensible … mais lorsque l’on menace la vie de vos enfants et de vos proches, plus rien ne semble tout à fait évident. Et je crois que c’est l’une des pires choses qui puissent arriver dans une vie.

- Si je retrouve ceux qui ont fait ça, je les démolis. Et c’est pas papa qui m’en empêchera.
- Quoi que tu penses, je comprends ta colère et ta frustration. Mais nous allons user d’autres moyens pour les faire sortir de là.

Je me penche vers Jeroen, comme sur le ton d’une confidence même si personne à l’heure actuelle ne pouvait nous entendre, les deux coudes appuyés sur mes cuisses.

- Je connais ton père, August. Je suis arrivé en Angleterre il y a très peu de temps et il m’a aidé à trouver un logement non loin de chez vous, où habite mon fils, Adrian. Je sais qu’il apprécie beaucoup ta petite sœur, Lily.

Quel intérêt de lui mentionner ces détails ? Lui prouver que je ne raconte pas n’importe quoi. D’autant plus que ça n’est pas le moment de jouer aux grands mystères.

- Il m’a beaucoup aidé et je lui en dois une. Même sans ça, je lui donnerais un coup de main, volontiers. Il m’a aussi demandé de garder un œil sur toi, chose que je ferais à présent que je connais ton visage.

Puisque je ne suis pas le genre d’homme à attendre que l’on m’épaule pour que j’en fasse de même. Je sais que j’ai toujours l’air désagréable et très fois, mais je ne me soucie peu de ce genre de détail, ma vie se résumant à prendre soin de mon fils et de subvenir à ses besoins, sa vie. Mais aussi de soigner mes patients. Cependant, je ne suis pas certain que Jeroen soit le type de jeune adulte aimant se faire dorloter et prendre en charge, loin de là. Il semble avoir un caractère bien trempé malgré sa discrétion évidente. Il est comme August me l’avait décrit.

- Tu n’es sûrement pas le genre de garçon à aimer te faire baby-sitter et ça n’est pas ce que je vais faire. En revanche, je peux t’apporter une aide utile pour mettre en sécurité ton père et le reste de ta famille. Je possède un contact, un ami de longue date en qui j’ai toute ma confiance et à qui je n’hésiterais pas à confier la vie de mon fils si je le devais.

Et ce contact est tout simplement le meilleur ami de mon oncle, que je connais depuis ma naissance.

- Il peut se débrouiller avec ses contacts pour retrouver ta famille et la mettre en lieu sûr mais aussi pour apporter les soins nécessaires à ton père.

Je me redresse sans le lâcher du regard. C’est une information qui risque peut-être de l’ébranler même si le calmant devait sérieusement commencer à lui détendre les nerfs et peut-être à embrumer son cerveau, le balayant petit à petit des vagues de stress qui le rongeait tout à l’heure.

- Je sais que cela peut paraitre trop beau pour être vrai, voir même trop facile et que tu n’as peut-être pas envie de croire en ce que je te dis, surtout venant de la part d’un homme que tu ne connais pas. Mais c’est la seule chose que je peux te proposer. C’est aussi la seule option qui s’offre à toi, Jeroen. Je n’ai qu’à lui envoyer un courrier et nous aurons des nouvelles rapidement. Quoi qu’il en soit, tu vas passer la nuit ici, à te reposer. D’accord ?

Mon ton n’est absolument pas agressif, il s’avère même être toujours aussi tranquille, rassurant, voir même mélanger à une douceur que je ne manifeste jamais en dehors de mon travail, si ce n’est qu’avec Adrian. J’attends désormais une manifestation de sa part même si je le sais d’avance : S’il refuse, je me chargerais tout de même d’envoyer son courrier, n’étant pas assez inconscient et surtout inhumain pour continuer mon quotidien tout en sachant qu’August et sa famille sont en danger. J’ai confiance en Jorleiv, cet ancien Marine, travaillant aussi bien pour les Moldus que pour les Services militaires de Sorciers. Je sais qu’il saura prendre les dispositions nécessaires pour les trouver et les mettre en lieu sûr, même si pour cela il doit les mener au fin fond de la Norvège.
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MessageSujet: Re: Puisqu'à chaque nuit son aurore ▬ Leiv   Dim 22 Fév 2015 - 23:38

Comment ça, les pratiques de Rivers sont étranges ? Pour un homme qui venait d’arriver, effectivement, faire usage de veritaserum sur un élève pouvait semblait complètement dingue. D’autres élèves et professeurs penseraient la même chose d’ailleurs, mais Jeroen ne s’était pas vraiment étalé sur le sujet. Il n’avait jamais nié son implication avec les Supérieurs, parce qu’il sentait que les autres ne l’auraient pas cru de toute façon. La potion de vérité, il l’avait très, très mal vécu. D’ailleurs, c’était la première fois qu’il s’ouvrait ainsi à ce sujet. C’était la première fois qu’il parlait autant à quelqu’un dont il ne connaissait même pas le nom. C’est vrai quoi, qui c’était ce mec qui s’occupait de lui comme un papa ? Mieux valait ne pas savoir. D’ailleurs, ça l’arrangerait qu’ils ne se croisent plus à l’avenir : c’était la condition pour qu’il parle vraiment de lui et de ce qu’il ressentait.

Il commençait d’ailleurs à ouvrir sérieusement sa gueule. Qu’un inconnu propose d’aider, c’était bien mignon mais lui-même était totalement impuissant. Et qu’on ne lui dise pas qu’il n’était qu’un étudiant, après tout ! Il était adulte, intelligent et débrouillard. Jeroen n’était pas un élève à materner, au contraire : il s’en sortait mieux lorsqu’il se débrouillait seul, comme un grand, en toute connaissance de cause. Forcément, il répondit du tac-au-tac à cet homme qui se croyait peut-être plus adulte. Foutaises. En réaction, il se redressa et serra légèrement la mâchoire. Ça ne lui plaisait pas ? Tant pis. La colère qui débarquait avec ses gros sabots l’empêchait de s’inquiéter de ce que penserait l’infirmier. Aucune retenue, donc, face à quelqu’un qui n’avait pas masse de légitimité à le juger de toute façon.

Il sortit la lettre, la défroissa et la parcourut des yeux pour essayer de diriger ses pensées. Problème principal : papa avait été blessé physiquement et Emeric et Lily avaient été témoins et otages de ce lynchage en règle. August van Saade n’avait plus rien de l’homme fier et fort lorsqu’on menaçait directement ses gamins, et il savait de quoi étaient capables les Supérieurs. S’il avait refusé d’obéir, ça aurait été le grand, puis la petite, puis le troisième fils prétendument à l’abri à Poudlard… et après seulement ils l’auraient achevé - ou peut-être l’auraient-ils laissé en vie, ce qui pourrait être bien pire dans ce genre de situations. C’était ça, la violence, la douleur à l’état pur, celle qui touche l’âme et l’entache à jamais, celle contre laquelle on ne peut pas lutter, qu’importe la force de caractère dont on peut faire preuve.

Ensuite, ils avaient ravagé l’appartement pour laisser une trace de leur passage. Évidemment. Ils avaient dû s’en donner à cœur joie, certains de ne pas être inquiétés. Un sortilège de sourdine et ils faisaient péter un feu d’artifice aux oreilles d’un moldu sans qu’il ne s’en rende compte. Ils n’avaient rien perdu de leur force lorsqu’ils avaient perdu Poudlard ; au contraire, ils avaient gagné en hargne et étaient d’autant plus dangereux maintenant qu’ils se sentaient humiliés. De plus, comme le souligna l’infirmier, le sentiment de peur qui prenait sa source dans l’amour de l’autre était leur plus grande faiblesse. Les Supérieurs étaient préparés à mourir comme des chiens, ils signaient pour ça. Ceux qui étaient en face n’étaient pas préparés à cela, même après deux ans à subir une violence quotidienne. Surtout après ces deux ans. N’allaient-ils donc jamais sortir de cette situation de siège insidieuse et mortelle ?

- Quoi que tu penses, je comprends ta colère et ta frustration. Mais nous allons user d’autres moyens pour les faire sortir de là.
- Mouais...

Attendre et les soutenir de loin, ça ne comptait pas comme un moyen de les aider, merci. Il ne comprenait pas, il n’était pas à sa place. Jeroen avait réussi à s’enfoncer dans la merde jusqu’au cou, à force de jouer leur jeu et de se la jouer solo. Qui pouvait se vanter d’avoir été aussi bête en se croyant plus intelligent ? La colère commençait à se retourner contre lui-même : ça allait mal finir. L'infirmier se pencha légèrement, les coudes appuyés sur ses cuisses.

- Je connais ton père, August.

Blanc. Jeroen cessa de respirer et devint subitement livide. Il ne s'y attendait pas, mais alors vraiment pas. Faute de pouvoir réagir vivement, à cause du médicament, il serait foutu de faire un malaise. Ce n’était pas possible, c’était une vaste plaisanterie, un mauvais rêve, un…

- Je suis arrivé en Angleterre il y a très peu de temps et il m’a aidé à trouver un logement non loin de chez vous, où habite mon fils, Adrian. Je sais qu’il apprécie beaucoup ta petite sœur, Lily. Il m’a beaucoup aidé et je lui en dois une. Même sans ça, je lui donnerais un coup de main, volontiers. Il m’a aussi demandé de garder un œil sur toi, chose que je ferais à présent que je connais ton visage.
- Dites-moi que c'est une blague...

Sa voix n'était qu'un murmure. Il commençait à sérieusement manquer d’air. C'était beaucoup trop pour lui. Il s'était ouvert sur certains points très graves et il apprenait maintenant que l'infirmier connaissait son père, que son père lui avait demandé de garder un œil sur son fils. Bon sang ! Son père lui avait trouvé un baby-sitter ! Et puis quoi encore ? Cet homme pouvait potentiellement lui rapporter ses dires… C'était la grosse, grosse galère. Il prit son visage entre ses mains, ne sachant plus ce qu'il était censé faire maintenant. Mais leur sécurité prévalait sur le reste. Il ne pouvait pas cracher sur cet homme parce qu’il risquait de le balancer à son père : de toute façon, ils devraient parler sérieusement de ce qui s’était passé à Poudlard pendant ces deux années. Ça ne ferait qu’accélérer le processus…

- Tu n’es sûrement pas le genre de garçon à aimer te faire baby-sitter et ça n’est pas ce que je vais faire. En revanche, je peux t’apporter une aide utile pour mettre en sécurité ton père et le reste de ta famille. Je possède un contact, un ami de longue date en qui j’ai toute ma confiance et à qui je n’hésiterais pas à confier la vie de mon fils si je le devais. Il peut se débrouiller avec ses contacts pour retrouver ta famille et la mettre en lieu sûr mais aussi pour apporter les soins nécessaires à ton père.

Il sentit les larmes revenir, seul moyen d’évacuer la tension qui remontait en flèche. Il prit son visage entre ses mains et se frotta yeux en écoutant. Non, il n’avait pas intérêt de se comporter en baby-sitter. Mais sa proposition… Oui, maintenant il comprenait que l’aide qu’il présentait était fondée sur quelque chose de concret. Un ami qui pourrait s’occuper d’eux, pour qu’Emeric n’ait pas à tout porter sur ses épaules… C’était… il tenta de reprendre son souffle avant de le perdre tout à fait.

- Je sais que cela peut paraitre trop beau pour être vrai, voire même trop facile et que tu n’as peut-être pas envie de croire en ce que je te dis, surtout venant de la part d’un homme que tu ne connais pas. Mais c’est la seule chose que je peux te proposer. C’est aussi la seule option qui s’offre à toi, Jeroen. Je n’ai qu’à lui envoyer un courrier et nous aurons des nouvelles rapidement. Quoi qu’il en soit, tu vas passer la nuit ici, à te reposer. D’accord ?

Il releva les yeux, jaugea l’homme devant lui. Il avait toujours ce regard intense et profondément calme. Est-ce qu’il avait envie de lui faire confiance ? Oui, totalement. Mais confier la vie de sa famille entre les mains d’un inconnu, non, ce n’était pas facile. Il trouvait l’expression « trop beau pour être vrai » plutôt déplacée, d’ailleurs. Mais non, il n’avait pas beaucoup de choix non plus. Même si ce mec était un Supérieur espion, ça ne changerait absolument rien à leur galère. Mais si papa avait effectivement confiance en ce mec, assez pour lui confier la surveillance de son fils, alors c’est qu’il en était digne. De toute façon, il semblait parti pour envoyer son foutu courrier : mieux valait que Jeroen ait son mot à dire sur le contenu… Il finit par céder à voix basse.

- D'accord. Allez-y. Mais s'ils partent, les Supérieurs les traqueront. Nous devions rejoindre de la famille lointaine si ça chauffait, mais s'ils ont attaqué, c'est qu'ils savaient… Ils seront plus à l’abri s’ils se font oublier sans bouger de Londres.

Faire le mort. C’était une technique comme une autre. Son père aurait intérêt de ne plus faire un seul écart mais pour ses gamins, il le ferait. Tant pis si les Supérieurs continuaient d’opérer dans l’ombre : morts, ils ne serviraient à rien de toute façon. Jeroen serait intraitable dessus. Ils ne devaient pas bouger. Il continua sur sa lancée. Même si son cerveau était complètement ralenti, il avait encore assez de neurones pour réfléchir à l’essentiel.

- Emeric ne pourra pas les gérer seul, et il doit retourner en cours. Il faut remettre papa debout pour qu’il s’occupe de Lily et reprenne le boulot. Mais ça doit en rester là, sinon les Supérieurs penseront à une tentative de rébellion et vos contacts aussi risquent d’être visés.

Mieux valait qu’ils soient prévenus, non ? Tant que son père n’aurait pas repris le contrôle de la situation, c’était aux fils de gérer. Jeroen parlait en connaissance de cause et ce n’était pas l’infirmier qui le ferait revenir sur ces points-là. Il finit par détourner le regard et sa voix se cassa malgré tous ses efforts pour garder la face.

- Mais… est-ce que… ne lui parlez pas de ce que je vous ai dit. Si quelqu’un lui dit ce que j’ai fait pendant ces deux années, je suis mort. C’est à moi et à moi seul de lui dire…

Ou du moins de lui expliquer les tenants et les aboutissants de ce qui s’était passé, et la raison pour laquelle les Supérieurs avaient parlé de lui en tant que « traître ». Toujours ce mot, ce mot sale, trop significatif et facile à utiliser pour qu’on l’oublie…

- Les autres vont se poser des questions si je découche…

Il joignit le geste à la parole et se redressa vivement. Évidemment, il se prit un vertige en pleine face et s’accrocha au dossier de la chaise, la couverture à moitié sur ses épaules. Les yeux fermés, il avait l’impression qu’il était en train de se casser la gueule. Monsieur était prêt à aller au bout pour ne pas faire face à ses problèmes. Les autres, toujours les autres… Il n’y avait que lui qui posait problème dans cette foutue pièce. Et à coup sûr, il allait se faire engueuler par l’infirmier, youpi. Mais c’était plus fort que lui.
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MessageSujet: Re: Puisqu'à chaque nuit son aurore ▬ Leiv   Ven 27 Fév 2015 - 10:54

Il est surprit et le contraire m’aurait étonné. Au rythme de mes mots, Jeroen semble perdre vie, couleur et contenance. Le choc est là, il l’assimile et je le laisse tranquillement digérer la nouvelle. Il se prend le visage entre ses mains, soupire, se frotte les yeux embués de larmes. J’imagine combien la situation est difficile et angoissante pour lui. La vie de son père, son frère et de sa petite sœur est en jeu. Et rien n’est plus horrible que d’être coincé et impuissant lorsqu’un être qui nous est cher vit un réel danger. Si jamais mon fils était lui-même victime, je ne suis pas certain de réussir à garder ce calme qui m’habite depuis tout à l’heure.
Je lui laisse le temps de répondre, à son rythme. J’ai tout mon temps à lui accorder, surtout pour un cas si urgent.

- D'accord. Allez-y. Mais s'ils partent, les Supérieurs les traqueront. Nous devions rejoindre de la famille lointaine si ça chauffait, mais s'ils ont attaqué, c'est qu'ils savaient… Ils seront plus à l’abri s’ils se font oublier sans bouger de Londres.

Je vois où il veut en venir et mon cerveau tourne à plein régime. Se faire oublier ? Jouer profil bas est peut-être effectivement la meilleure chose à faire puisque c’est ce qu’ils cherchent visiblement. Ceux qui ont voulu apposer leur marque sur cette famille. Et si cela était réellement à cause de Jeroen et de sa possible complicité avec les Supérieurs, alors je suis presque certains qu’August ne le loupera pas lorsqu’il avouera tout cela. Parce que je ne compte pas le lui dire, ceci n’est pas mon rôle, ça n’est pas mon combat. Le mien est de maintenir Jeroen hors de l’eau, de le calmer et de l’aider dans tout ça. Pas d’arrondir les angles avec son Père.

- Emeric ne pourra pas les gérer seul, et il doit retourner en cours. Il faut remettre papa debout pour qu’il s’occupe de Lily et reprenne le boulot. Mais ça doit en rester là, sinon les Supérieurs penseront à une tentative de rébellion et vos contacts aussi risquent d’être visés.
- Ne t’en fais pas pour mes contacts, ils sauront faire ce qu’il faut. Je vais demander à ce qu’ils placent une surveillance autour d’eux, le temps que tout cela se calme et que ton père puisse montrer qu’il a compris le message. C’est ce qu’ils souhaitent même si cela est frustrant. Mais pour le moment, il vaut mieux fonctionner comme ça.

Et ainsi éviter toute rébellion. Car s’ils s’aperçoivent de quoi que ce soit, cette fois ils iront beaucoup plus loin et n’hésiteront sûrement pas à ôter la vie à l’un d’eux. J’ai confiance en Jorleiv et ses hommes, ils feront ce qu’il faut. Je sais que cette « Secte » savent de quoi ils parlent et savent parfaitement mener leur baguettes, mais mon oncle et ses amis sont tous aussi doué et je sais pertinemment qu’ils feront ce qu’il faut pour maintenir une étroite sécurité, surtout autour de la petite.

- Mais… est-ce que… ne lui parlez pas de ce que je vous ai dit. Si quelqu’un lui dit ce que j’ai fait pendant ces deux années, je suis mort. C’est à moi et à moi seul de lui dire…

Sa voix se brise et un élan de compassion se manifeste au creux de moi. Il ne me regarde pas, comme honteux de sa demande même si pour moi, la décision était déjà prise. Ce qu’il a pu faire auparavant ne m’intéresse pas. J’ai compris depuis longtemps que les erreurs passées sont irréversibles et que la seule et unique chose que nous pouvons faire est de faire avec, de vivre avec. Avec ce fardeau et tenter de se racheter dans un futur proche. C’est ce que je tente de faire chaque jours même les conséquences de mon acte sont bien moins graves que celles de Jeroen. C qui est fait, est fait. Désormais, il faut que ce jeune homme prenne le temps de prendre sur lui et d’avancer. Mais il est déjà courageux de sa part d’affronter l’éventualité d’un aveu auprès de son père.

- Je ne comptais pas dire quoi que ce soit, ne t’en fais pas. Cela ne regarde que toi et personne d’autre.

Il y a des choses que nous ne pouvons gérer que par nous-même et c’est ce qui arrive aujourd’hui à Jeroen. C’est à lui seul de se tirer de ce pétrin concernant les aveux à faire à son père même si la tâche promet d’être rude.

- Je ne sais pas ce que tu as pu faire à leur côté durant ces deux dernières années mais ce qui est fait, est fait. Désormais, tu dois avancer, prendre les devants, te reconstruire. En faire la confidence à ton père est un premier pas pour cela. L’erreur est propre à l’homme, maintenant le plus important est que tu fasses le nécessaire pour racoler les morceaux.

Et j’entends par là : Ne pas faire d’actes imprudents pouvant aggraver la situation. Ma voix reste bienveillante, calme et reposante. Ça n’est pas une morale mais une constatation, une vérité. Ce qui est fait, est fait, maintenant, il faut qu’il prenne le temps de se remettre les idées en place, de se remettre tout court afin de pouvoir régler ce passé qui entache sa personne et ainsi, se reconstruire.

- Les autres vont se poser des questions si je découche…

Il se lève, vacille et se raccroche au dossier de la chaise à la seconde même où je me mets moi-même debout en l’attrapant fermement par le coude, bien décidé à ne pas le laisser partir de cette infirmerie. Au-delà de tout ce qu’il venait de m’avouer, Jeroen était épuisé, à bout de force mais surtout à bout de nerf. Le médicament devait faire son effet mais il était hors de question à ce que je le laisse partir vagabonder. Ce qu’il lui fallait c’était un repos, un vrai même si celui-ci devait durer deux jours pour qu’il puisse se remettre les idées en ordre et reprendre une santé de fer.

- Je ne pense pas que le jugement des autres soit une priorité aujourd’hui. Tu dois te reposer et dormir. La nuit porte conseil.

Je le force à se rassoir avant d’enchainer.

- Ne te concentre pas sur les autres Jeroen. Tu dois désormais prendre du temps pour toi et ta famille, ainsi que ceux qui te sont réellement proches. Règle tes problèmes un par un mais ne fait rien d’inconscient ou d’irréfléchis. Pour l’instant, tu vas rester ici, dormir et souffler un peu. Je vais t’installer sur un des lits et j’irais envoyer un courrier juste après. Quel que soit la réponse, je te tiendrais informé … Mais en attendant, essaie de prendre ton mal en patience. Même si j’ai conscience que c’est difficile, présentement.

Je lui accorde un signe de tête lui indiquant de ne pas bouger. J’ouvre le rideau et repère un lit de libre non loin de là. Je l’invite à me suivre, le lit étant déjà propre et draps changés par Mlle Caldéron Llanos, veillant à ce que l’Infirmerie reste dans un état impeccable et qu’une odeur agréable flotte dans cet espace. Je tiens Jeroen par le coude afin d’éviter qu’il ne tombe et ne se fasse du mal et le laisse se glisser sous les draps malgré sa résistance de tout à l’heure. Je suis intransigeant concernant ce genre de chose et je compte bien que ce jeune homme puisse se reposer et tenter de retrouver une certaine paix malgré les circonstances.

- Allez, détends-toi maintenant. On va arranger ça. Si jamais tu as besoin de quoi que ce soit, n’hésite pas à venir me voir ou à m’appeler. Si je ne suis pas présent, Mlle Caldéron Llanos sera là. Repose-toi.

Je lui accorde un sourire de bienveillance avant de me retourner et d’aller m’installer au petit bureau au fond de la pièce, m’attelant aussitôt à écrire une lettre à mon oncle, lui détaillant le problème de manière subtile où seul lui pourra comprendre ma requête. J’ai fait une promesse, je suis un homme de parole. Je compte bien faire tout ce qui est en mon pouvoir afin de pouvoir la respecter et protéger le fils de Van Saade.


- FIN POUR MOI -
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MessageSujet: Re: Puisqu'à chaque nuit son aurore ▬ Leiv   Mar 17 Mar 2015 - 14:13

C'était beaucoup trop pour lui. La surprise, la colère, la peur se mélangeaient avec violence, faisant des remous inattendus dans son cerveau. Ses sentiments s'entrechoquaient tout en forçant sa raison, et il ne savait plus ce qui était prioritaire et ce qui ne l'était pas. Est-ce qu'il devait faire confiance à l'infirmier ? Est-ce qu'il devait s'inquiéter de ce que savait son père ? Penser à leur état ? Préparer son départ pour Londres au lieu de pleurer comme un enfant ? Ça faisait trop. Que son père apprenne qu'il avait été du côté des Supérieurs, il y était plus ou moins préparé. Mais la lettre avait fait capoter tous les plans qu'il avait élaborés dans sa tête, et l'homme ajoutait au chaos. La situation sortait totalement de son contrôle et cette sensation, oui, c'était sûrement ça qui l'effrayait le plus dans cette histoire... Malgré le médicament, il se sentait comme une bête traquée, effrayé, perdu.

Bien. Il était temps d'éteindre ses pensées et de se concentrer sur ce que lui disait l'homme. De toute façon, même Supérieur, il n'empirerait pas franchement la situation, et il semblait sincère et... non. Il verrait plus tard. Point. Le choc passé, il commença à donner des indications sur comment gérer la situation. Ils en avaient parlé pendant un mois, avec papa et Emeric, dès que la petite était occupée ailleurs, pour être prêts en cas de pépins. Emeric saurait gérer à son échelle. Papa reprendrait rapidement du poil de la bête, il n'était pas fragile, il ne se laisserait pas mourir comme l'avait fait maman... Non, il les protègerait. Pour l'instant, il fallait juste gérer sa convalescence et le traumatisme de cette attaque. C'était tout ce qu'il pouvait faire, à présent que le mal était fait.

- Ne t’en fais pas pour mes contacts, ils sauront faire ce qu’il faut. Je vais demander à ce qu’ils placent une surveillance autour d’eux, le temps que tout cela se calme et que ton père puisse montrer qu’il a compris le message. C’est ce qu’ils souhaitent même si cela est frustrant. Mais pour le moment, il vaut mieux fonctionner comme ça.
- D’accord. Tant qu’ils sont à l’abri… Si quelqu'un profite de ce moment pour finir le boulot, ça le fera pas...

Tant qu’ils seraient à l’abri, Jeroen se laisserait l’occasion de respirer. L’impuissance le ruinait totalement, plus que les actes malsains de ces deux années sous le joug des Supérieurs. On pouvait se poser des questions sur son état de santé mental global, quand on regardait sa façon de sur réagir ou de regarder sans rien faire. Est-ce qu’il ne lui manquait pas une case ? Peut-être bien. Pourtant, niveau culpabilité, il était servi. S'il était, même partiellement, responsable de cette attaque, il ne se le pardonnerait pas. Papa non plus. Blesser des moldus et des rebelles pour finir par blesser sa propre famille, c'était un comportement inadmissible chez les van Saade.

Et il finit évidemment par mettre ce problème sur le tapis, demandant à l'homme de ne pas accélérer l'heure de sa mort. Parce que oui, il allait se faire tuer par son père, c'était certain. Il avait honte de se rabaisser autant, tellement honte et pourtant, il ne pouvait pas faire autrement. La tête basse, complètement dépité, il se rendait compte que malgré un certain recul pris ces derniers temps sur la question, le sujet était encore beaucoup trop sensible dans son esprit. Il n'était pas certain de pouvoir garder son calme face à son père. Quant à la vérité, l'homme se chargerait lui-même de l'obtenir dans toute sa complexité et son ensemble. Papounet n'allait pas être complaisant. Et là, il pouvait faire une crise de panique ?

- Je ne comptais pas dire quoi que ce soit, ne t’en fais pas. Cela ne regarde que toi et personne d’autre.
- Merci…

Il se permit de respirer à nouveau, sans relever les yeux. Ça concernait aussi son père, évidemment, puisque ce qu'il avait fait était potentiellement une des raisons qui avaient menées les Supérieurs à effectuer cette descente. Mais ce n’était surtout pas à l’infirmier de parler de ça. Les histoires de famille, c'était d'un compliqué...

- Je ne sais pas ce que tu as pu faire à leur côté durant ces deux dernières années mais ce qui est fait, est fait. Désormais, tu dois avancer, prendre les devants, te reconstruire. En faire la confidence à ton père est un premier pas pour cela. L’erreur est propre à l’homme, maintenant le plus important est que tu fasses le nécessaire pour racoler les morceaux.
- Difficile de se reconstruire quand ils sont là pour nous en empêcher. Ce que j'ai fait... Ça devait nous protéger justement, les faire oublier qu'on existe. Je ne sais pas quand ils seront satisfaits. Quand on sera morts ? Ou à leur botte ? Ils sont beaucoup trop intelligents…

Eh oui. Ils savaient ce qu’il fallait faire, où il fallait frapper pour marquer à vie leurs victimes. Jeroen comprenait parfaitement la technique, quasiment infaillible, mais difficile d’y faire face une fois confronté personnellement à cette situation. C’était comme le sortilège du Doloris. Il était aisé de le lancer, à son niveau, mais la douleur n’en avait pas été moins insupportable lorsqu’il s’en était pris un en pleine face, lors de la bataille de juillet… Il y a des camps moins dangereux que d’autres. Difficiles de dire, dans ces conditions, si c’était le fait d’être avec les « gentils » ou avec les « méchants » qui les tuerait en premier. Difficulté supplémentaire ajoutée dans le cas de la position de Jeroen, loin du modèle manichéen que tout le monde s’attendait à voir…

Un sursaut, un élan. Sortir. Il fallait qu’il sorte, qu’il continue de faire semblant, sinon ils allaient savoir. Pendant deux ans, il avait fait semblant pour qu’on ne s’intéresse pas à lui. Découcher maintenant… Si quelqu’un d’ici était au courant voire responsable de ce qui arrivait à sa famille, il saurait immédiatement. Montrer une faiblesse était comme ouvrir une porte en grand pour ceux qui voulaient le voir souffrir, et ils étaient nombreux dans les deux camps. Il fallait qu’il sorte, il fallait… Ses gestes ne lui appartenaient plus. Il était complètement paumé et le contact le fit sursauter.

- Je ne pense pas que le jugement des autres soit une priorité aujourd’hui. Tu dois te reposer et dormir. La nuit porte conseil.

Jeroen tenta de se défaire de sa poigne, mais il se retrouva bien vite assis sur sa chaise. Il était minable dans cet état, incapable de réfléchir correctement ou même de refuser d’obéir. Il détestait ça, obéir. Dire « oui monsieur », s’asseoir sagement, suivre les consignes comme un bon petit chien. Cela faisait ressortir en lui de grosses blessures à l’égo. Certes, les conséquences et les intentions n’avaient rien à voir, mais un ordre restait un ordre…

- Ne te concentre pas sur les autres Jeroen. Tu dois désormais prendre du temps pour toi et ta famille, ainsi que ceux qui te sont réellement proches. Règle tes problèmes un par un mais ne fait rien d’inconscient ou d’irréfléchis. Pour l’instant, tu vas rester ici, dormir et souffler un peu. Je vais t’installer sur un des lits et j’irais envoyer un courrier juste après. Quel que soit la réponse, je te tiendrais informé … Mais en attendant, essaie de prendre ton mal en patience. Même si j’ai conscience que c’est difficile, présentement.

« Calme-toi » était sûrement l’un des ordres qu’il détestait le plus entendre. Sans doute parce qu’il n’y avait rien à répondre à cela. L’infirmier n’avait que trop raison et c’était horrible. Consciencieux jusqu’au bout, il avisa un lit et aida son petit protégé à le rejoindre en le tenant par le coude. Pour l’empêcher de tomber ou l’empêcher de foutre le camp ? Sûrement un peu des deux. Jeroen finit par capituler totalement, en silence pour ne pas ajouter à l’humiliation. Il s’assit sur les draps frais, entreprit de défaire ses chaussures puis se glissa sous la couverture tel quel, sans se déshabiller. Pourquoi ne pas mettre une de ces blouses de malade dégueulasse tant qu’il y était ? Lui, vivant, jamais.

- Allez, détends-toi maintenant. On va arranger ça. Si jamais tu as besoin de quoi que ce soit, n’hésite pas à venir me voir ou à m’appeler. Si je ne suis pas présent, Mlle Caldéron Llanos sera là. Repose-toi.
- Je vais essayer…

Qu’ajouter de plus ? Merci de m’aider à nettoyer la merde que j’ai créée ? Il prit le parti de ne rien ajouter. Les politesses, ce serait pour quand tout cela sera vraiment terminé. Dès que l’homme s’éloigna pour écrire sa lettre, Jeroen se recroquevilla et cacha sa tête sous ses bras pour pleurer. C’était quoi, la prochaine étape ? Les menacer de mort pour que le fils rentre sagement dans le rang ?

▬ Fin
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