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 Lost in empty spaces ▬ Cait [event Halloween]

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MessageSujet: Lost in empty spaces ▬ Cait [event Halloween]   Mer 11 Juin 2014 - 23:50

Mardi 4 novembre 2014 ▬ aux alentours de midi


Au bord du gouffre nous avons fait un pas en avant ♪
Suarez


Ce cours l’ennuyait. Ce professeur l’ennuyait. Rien de bien méchant, ça n’atteignait pas les sommets de lâcher prise qu’il atteignait en histoire de la magie, mais sans vouloir être offensant, la botanique ne l’intéressait guère et il avait tendance à prendre Wallenstein pour un con. Avec ses petites plantes et ses manies de petit prof qui dérangent, il y avait de quoi. Quitte à faire des cours en extérieur, il aurait largement préféré se trouver en cours de soin aux créatures magiques, parce que ça, c’était intéressant… Sauf que Stoneheaven avait disparu depuis quelques jours, avant le début de la semaine d’Halloween en fait. Sa grossesse, certainement, il était bien arrivé un moment où elle n’avait plus pu cacher son ventre habité et elle était certainement arrivée à terme, mais aucune nouvelle ne filtrait et ce n’était pas réellement rassurant. Il l’aimait bien, cette prof, c’était une femme bien. Il espérait qu’il ne  lui était rien arrivé de grave.

En attendant, tandis que des drames se jouaient un peu partout dans ce bas monde, Jeroen s’ennuyait. Ce cours traînait en longueur, c’était atroce. Wallenstein racontait ses trucs en s’écoutant parler, les mains enfoncés jusqu’aux coudes dans le terreau de son délire, et Jeroen jouait la plante verte, adossé contre un mur en attendant que ça passe. Quatre heures de runes anciennes auraient mieux valu que deux de botanique, vraiment. D’autant qu’il était passablement épuisé par les cauchemars qui l’assaillaient depuis plusieurs jours : depuis la nuit de vendredi à samedi, il ne dormait pas tranquille et lorsqu’il arrivait à s’enfoncer dans un sommeil profond, le sortilège en profitait pour s’amuser avec lui. Sans compter les quelques attaques diurnes et les images récurrentes de sa mère le regardant avec dégoût parce qu’il avait « renié les moldus » en en torturant « quelques-uns ». Rien que ce regard posé sur lui, sans un mot, sans un geste d’agression, ça lui glaçait les sangs. Qu’ils laissent les morts en paix…

Il ferma les yeux l’espace de quelques secondes, se massant les tempes pour tenter d’effacer la douleur qui frappait contre sa boite crânienne depuis le début du cours. Il perdit pied aussi sec. Il rouvrit les yeux immédiatement mais il n’était déjà plus en classe. Les contours de la volière commençaient à se dessiner autour de lui, les pierres froides, le paysage brumeux et lointain, les chouettes qui attendaient patiemment des lettres à acheminer à l’autre bout du pays… Il sentit l’angoisse poindre, posa un genou à terre pour pallier le vertige qui grandissait et retint sa respiration par réflexe. Était-il réellement ici, ou était-il en train de rêver ? Qu’est-ce qui était réel et qu’est-ce qui ne l’était pas ? Avec sa raison il savait que tout était faux, mais son corps n’était pas d’accord et donnait des ordres contradictoires. Il tourna la tête vers l’escalier. La porte était close. Il n’avait même pas le droit de reculer, de fuir cette illusion, à moins qu’un collègue le réveille – mais le temps qui se passait ici équivalait-il à celui qui passait dans la salle de classe ? Si une seconde là-bas valait une heure ici, ils ne s’en rendraient pas compte à temps et il risquait d’être prisonnier de cette illusion pendant un bon moment s’il ne s’en débarrassait pas de lui-même. Bon sang…

Un mouvement attira son attention. Une silhouette avec sa grande cape noire. Il l’identifia immédiatement : un Supérieur. Walters peut-être, ses traits y ressemblaient mais l’illusion ne prenait même pas la peine d’avoir l’air réaliste, comme si elle avait compris que ça ne prenait pas avec Jeroen. Il le regardait avec un sourire carnassier, les yeux vidés de toute humanité et une expression de mort figée sur ses traits - faut dire qu’il l’était, mort, le Walters… Un frisson parcourut son échine. L’incarnation même de ce qu’il ressentait en voyant les Hommes de son espèce. Certes, c’était trop vrai pour l’être totalement, mais ça avait le mérite de donner un effet vraiment impressionnant. Il serra les poings et réagit immédiatement. Ce n’était pas la première fois qu’il s’endormait pour tomber dans des situations comme celle-ci, il pouvait y faire face…

- Vous n’êtes pas réels.
- C’est ironique, venant d’un élève incapable de démêler le vrai du faux.
- Vous n’êtes pas réels. Disparaissez !

Il dégaina sa baguette en une fraction de secondes et jeta un sort offensif dans sa direction, sort que l’homme repoussa sans un seul effort. Il s’avérait qu’à chaque illusion, il avait plus de mal à dissiper le faux, ça devenait compliqué… Les chouettes observaient la scène sans s’inquiéter de ce qui se passaient. Un sort informulé désarma le serpentard ; il fit un geste pour reculer mais il sentit une main l’attraper par les cheveux alors qu’il était encore au sol. Le serpentard releva les yeux, coincé et à sa merci. Soutenir son regard, ne pas baisser les yeux comme avant, ne pas se comporter comme leur sous-merde. Ça avait commencé ici, dans cette volière, deux ans auparavant. Il rassembla tout ce qu’il avait de fierté pour ne pas reculer, ne pas faire comme à l’époque, et agrippa le poignet de l’homme pour le faire lâcher.

- Vous n’êtes pas réels.
- Pourquoi répéter ça ? Tu n’as même pas confiance en tes sens. C’est décevant. Un menteur, un manipulateur, au point que tu ne te crois même plus toi-même. Comment voudrais-tu avoir une place dans les hautes sphères alors que tu es incapable de comprendre comment ça marche ? Tu aurais dû t’écraser. Fermer ta petite gueule. Regarde où tu en es. C’est pitoyable.

Il se retrouva projeté contre le mur. La douleur était réelle, elle ; un peu trop d’ailleurs, il allait finir par douter de la non-réalité de cette scène. Il se tendit et se secoua pour tenter de dissiper le bourdonnement dans sa tête. La main revint l’attraper par le col et soudain il sentit l’air, l’air sur son visage, sa nuque, et lorsqu’il rouvrit les yeux, il se retrouva face au vide. Les toits, le sol tout en bas, loin, très, très loin. Il cria en tâchant de s’accrocher à quelque chose mais les murs étaient trop loin sur les côtés. Il n’avait plus que les genoux qui touchaient le sol, seule la main l’empêchait vraiment de tomber. La voix reprit.

- Regarde. C’est ta vie sans nous. Tu n’es rien, du vent, un gamin inutile ! Comment, tu as peur ? C’est ça, crie, comme tous ces merdeux à qui tu as fait du mal, juste pour nos beaux yeux. Qu’elle est belle la fierté des serpentards !

Il s’agita, en vain. Il était beaucoup trop en équilibre au bord du vide, au bord de l’inconscience aussi d’ailleurs, il n’arrivait pas à faire la part des choses. C’était irréel, bon sang ! Cette scène n’était pas réelle, ce n’était qu’une image de toutes les angoisses dans sa tête, ces angoisses qu’il savait repousser d’habitude, il n’était pas réellement au bord du vide même si son corps tentait de lui imposer cette vérité… il tentait de s’en convaincre mais ça devenait de plus en plus ardu d’aligner trois pensées logiques… Il cria à nouveau lorsque le Supérieur fit mine de le lâcher.

- Sois un homme bon sang ! dit-il avec un air déçu. Tu ne vas pas te pisser dessus aussi, tant que tu y es ? Pire que ta satanée sang-de-bourbe de copine. Ou comme ta mère. Faible, incapable de faire face à la réalité. Depuis le temps qu’on attendait de pouvoir détruire ta petite gueule de toutou bien sage…
- Vous n’êtes pas réels… rien ici n’est réel… se força-t-il à articuler.

Il ricana. Au bout de quelques minutes qui lui semblèrent une éternité, l’homme le poussa à l’intérieur de la volière et reprit de plus belle ses attaques verbales, bientôt couplées par des attaques magiques. Il évita un sort dans sa direction en se plaquant contre un mur mais il n’arriva pas à éviter le second, qui le frappa de plein fouet. Quel sort ? Aucune idée, il n’avait pas entendu ce que l’homme avait murmuré vaguement, mais ça faisait un mal de chien. L’impuissance encore plus.

- Ça fait quoi de changer de côté, hein ? Pas facile d’être la victime et non le bourreau. Ton jeu ne va pas durer longtemps. On trouvera bien un moyen pour faire disparaître ton père…

Pas ça... Il commençait à vraiment perdre pied et l’illusion devenait beaucoup trop longue et tenace à son goût. La hauteur, les menaces, tout ça combiné, c’était tout bonnement impossible d’y faire face en l’état, même en sachant que ce n’était pas réel. Ça faisait appel à des angoisses beaucoup trop profondes. Il sentit son esprit se vider lorsqu’un nouveau sort le plaqua un peu plus contre le mur. Quelle évidence ! Il n’y avait qu’une seule solution pour sortir de ce cauchemar. Ravaler sa fierté et fuir. Sauf que la porte était fermée. Il rouvrit les yeux, posa son regard sur la ligne d’horizon, en face de lui. Non… non, pas ça… mais objectivement, il n’avait pas le choix. Il se redressa, évita un nouveau sort dans sa direction, prit une inspiration.

- Je n’ai pas peur de vous. Vous ne nous aurez pas.
- C’est toi qui le dis…

Ce n’était qu’un rêve après tout. On a tous les droits dans un rêve, y compris cesser de ressentir son corps et laisser les automatismes primaires refaire surface. Il cessa d’écouter, de sentir la douleur, l’angoisse, l’oppression. Il fallait qu’il vide absolument tout, qu’il cesse de penser, de réfléchir. Il éteignit aussi tout réflexe de survie qui aurait pu le gêner. Le simili-Walters s’était tut et l’observait, la baguette levée. C’est à cet instant de latence infime que Jeroen s’élança vers la seule sortie possible, prit appui sur le rebord et sauta dans le vide.

Il sursauta, le visage caché entre ses mains crispées. Il n’eut pas le temps de relever la tête qu’il sentit un goût de bile atroce s’immiscer dans sa bouche. Il se redressa brusquement. Il fallait qu’il sorte, sa tête allait imploser et… non, pas devant les autres, il ne voulait pas, même si des regards l’observaient déjà, à se demander depuis combien de temps il était dans cette position statique et nerveuse. Il se rua vers la porte, et s’éloigna rapidement des serres pour finalement s’arrêter au niveau du mur du château, assez loin de l’entrée pour ne pas être vu. Puis il se laissa glisser jusqu’à terre, haletant, couvert de sueur.

Puis les larmes. Ça le brûlait dans la gorge, le prenait aux tripes. C’était une crise de nerfs en bonne et due forme, incontrôlable, comme sa mère en faisait souvent, mais avec cette particularité qu’elle lui était tombée dessus en quelques secondes, dès l’instant où il était revenu « mentalement » dans la serre de botanique. Son corps avait du mal à accuser le choc, son épaule le brûlait toujours autant… mais il n’y avait pas grand-chose à faire. Il fallait attendre, prendre son mal en patience le temps que le corps ait fini de brûler toutes ses réserves. Il sentait encore son pied quitter le sol, il sentait… non, il était bien sur le plancher des vaches, c’était terminé. Jeroen bloqua sa respiration pour enrayer le processus d’hyperventilation et hoqueta pendant quelques bonnes minutes avant que ça ne commence à se calmer pour de vrai. Il n’en pouvait plus. Ces rêves étaient censés être un test de sa volonté à vaincre les Supérieurs ? Ils étaient contents ? Il s’était jeté dans le vide, là. Oui, ça n’avait été qu’une illusion, mais si l’illusion ne s’était pas arrêtée à l’instant où son pied avait quitté la corniche… Incapable de se relever, il se frotta le visage et jeta un regard autour de lui en ne respirant que par intermittence. La peur, atroce, incontrôlable… Il détestait ça. Il détestait ne pas pouvoir se contrôler face à quelque chose d’aussi stupide qu’un peu d’altitude sous ses pieds.

Lorsqu’il releva les yeux, il vit une silhouette approcher. Il reconnut finalement Caitlyn, qui l’avait forcément vu puisqu’il n’y avait rien d’autre à voir dans ce coin-là du parc… C’était bien sa veine, tomber sur l’une des rares personnes capables de lui infliger leurs questions avec toute la sympathie du monde… S’il voulait bien quelqu’un pour le rassurer, ce ne serait certainement pas quelqu’un d’ici. Son père, ou éventuellement Emeric, il n’y avait qu’eux qu’il autorisait dans son espace vital lorsqu’il n’allait pas bien, mais va raconter ça à quelqu’un de gentil et têtu comme la jeune femme… Il renifla, essaya d’effacer les traces de larmes d’un revers de manche et souffla pour se calmer. Avoir l’air zen… comme s’il prenait l’air tranquillement… même si c’était foutu d’avance.
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MessageSujet: Re: Lost in empty spaces ▬ Cait [event Halloween]   Sam 14 Juin 2014 - 1:27

Mardi 04.11.2014
Vers midi

« Caitlyn ? »

Elle aurait pu reconnaître sa voix parmi mille autres. Voix grave, ferme et douce à la fois, qui la fit frissonner lorsqu'elle l'entendit. Sa réaction fut instinctive, irréfléchie.

« Papa ? »

Elle se retourna.

« Maman ? Mattie ? »

Instinctive, irréfléchie, injustifiée, illogique. Elle n'aurait jamais dû avoir cette réaction. Ils ne faisaient plus partie de ce monde, et elle le savait très bien. Et pourtant, ils étaient là, tous les trois, à la regarder dans les yeux. La main dans la main, son père et sa mère étaient debout derrière son petit frère, sur les épaules duquel ils avaient chacun posé leur main libre. Une petite famille parfaite, et pendant un moment, ils eurent l'air heureux, serein. Et elle, pendant un moment, elle y crut, complètement, sans se poser de questions. Elle sourit et esquissa un mouvement pour se précipiter vers eux, mais, soudainement, les larmes embuèrent ses yeux, irrépressible, alors qu'elle s'interrompait dans son élan. Ça faisait tellement longtemps qu'elle ne les avait pas revus. La dernière fois, c'était en août 2012, sur la gare de Kings Cross. Plus de deux ans en arrière. Ils lui manquaient terriblement. Le vide qui s'était installé en elle suite à leur départ n'avait toujours pas été comblé par le temps. Probablement ne le serait-il jamais, certes, mais au moins, les contours s'arrondissaient, s'aplanissaient, et ça faisait moins mal de jour en jour, de semaine en semaine. Sauf qu'à chaque fois, quelque chose revenait pour détruire tout le travail que le temps avait fait, et ça redevenait comme au premier jour, comme quand elle l'avait appris de Matthew en juillet. Les larmes, le manque, la douleur. Cette douleur frustre, pointue et diffuse à la fois, comme quand le feu vous brûle le corps. En les voyant devant elle, identiques à ses souvenirs, elle y crut complètement, elle eut même envie de leur sauter dans les bras et de les embrasser, mais elle savait qu'ils n'étaient pas réels et ce n'était pas de soulagement qu'elle avait envie de pleurer, mais bien de dépit et de douleur. C'était comme dans un rêve, un de ses rêves desquels elle gardait seulement ses larmes et son malheur, sans aucun souvenir.

Elle aurait pu les serrer dans ses bras, physiquement, contrairement à ses visions nocturnes immatérielles, mais elle ne le fit pas. Elle resta plantée devant eux, en silence, les yeux pleins de larmes, avec au niveau du cœur une profonde envie de hurler pour évacuer sa douleur, et au niveau de la poitrine l'impression qu'on lui compressait les poumons. Et finalement, la réalité revint brutalement à son esprit, alors que leurs traits perdaient soudainement ce goût de bonheur et de sérénité. Alors, malgré les larmes, malgré la douleur et l'impression d'étouffer, elle devint méfiante, elle fronça les sourcils. Comme si ça pouvait les faire partir. Ils étaient une illusion. Ils étaient la forme qu'avait pris le sort laissé dans le couloir qu'elle venait de traverser. Et ça ne présageait rien de bon, d'autant plus que c'était probablement face à sa famille qu'elle était le plus vulnérable. Elle ne comprenait pas comment ils avaient pu apparaître. Elle leur faisait pourtant totalement confiance, elle les aimait et savait qu'ils l'aimaient en retour, qu'ils la regardaient en haut tout comme elle pensait à eux d'en bas. Ils ne l'avaient jamais frappée, ni menacée, ni insultée. Elle ne leur avait jamais menti, elle n'avait jamais voulu se rebeller, n'avais même pas réellement fait de crise d'adolescence... Alors, pourquoi est-ce qu'ils étaient là, sachant que le principe du jeu était d'affronter ses peurs ?

« T'as pas quelque chose à nous dire ? »

Hein ? Dire quoi ? Qu'est ce qu'elle pouvait bien leur dire ? Qu'ils lui avaient manqué ? Idiot, ils n'étaient pas vraiment là, donc elle ne les avait pas vraiment retrouvés. Personne ne revenait de parmi les morts. La seule chose qu'elle voulait leur dire, c'était qu'ils n'avaient rien à faire ici et qu'ils devaient disparaître. Pas qu'elle n'ait pas envie de les voir, mais bien parce qu'elle savait que ça lui faisait du mal. Sauf qu'on ne disait pas ça à ses parents, même si ceux-là étaient irréels. Alors, elle resta là, à les regarder en fronçant les sourcils.

« Tu me déçois, Caitlyn. Tu nous déçois.
- Comment ça ?
- "Comment ça" ? Tu poses la question ? Tu croyais quoi, qu'on allait te féliciter ?
- Marc...
- Non, Lizzie. Ya un moment où il faut dire les choses telles qu'elles sont. Je ne suis pas le seul à être déçu. On n'aurait pas dû mourir, pas comme ça, et elle aurait pu l'empêcher. »

Les yeux de la jeune fille passaient de l'un à l'autre, comme sans comprendre, comme cherchant une prise à laquelle elle pourrait s'accrocher, en vain. Elle ne comprenait pas ce qu'il était en train de lui dire. Ou peut-être ne voulait-elle pas comprendre ? Au fond, cette idée, ce reproche, lui avaient plusieurs fois traversé l'esprit. Elle avait réussi à le chasser à chaque fois, se disant que, prisonnière des Supérieurs, elle ne pouvait pas faire grand chose contre ce qui se passait à l'extérieur. Et à chaque fois, elle contre-argumentait qu'elle ne serait peut-être pas devenue orpheline si elle avait fait profil bas. Mais à nouveau, elle se rassurait qu'elle ne s'était pas fait remarquer tant que ça, qu'elle n'avait pas fait d'émeute, qu'elle s'était contentée de s'interposer lorsque les supérieur s'en prenaient à des plus faibles qu'eux et avait donc fini quelques fois aux cachots, mais que ce n'était clairement pas assez pour qu'ils se rappellent d'elle et décident de se venger en tuant sa famille. Non, ce n'était pas à cause d'elle qu'ils étaient morts, elle n'aurait pas pu les empêcher de mourir.

« On croyait que tu serais assez forte, assez intelligente, pour sauver ta famille. On te faisait confiance. Tu nous as lâchés, complètement.
- C'est pas vrai !
- Ah bon ?
- Je pouvais rien faire. Le courrier était censuré, on pouvait pas sortir, j'avais pas le choix.
- On a toujours le choix, Caitlyn, je pensais que tu l'avais compris, depuis le temps. T'as choisi de nous laisser tomber. »

C'était pas vrai, c'était même complètement faux, c'étaient eux qui l'avaient laissée tomber, c'étaient eux qui l'avaient abandonnée, qui étaient partis trop tôt. Elle avait tellement besoin d'eux, de leur amour, de leurs conseils, et ils étaient partis. Les larmes aux yeux, la mâchoire serrée, et dans son sang, dans son corps, le venin se propageait, lentement mais sûrement. Elle comprenait, maintenant, pourquoi ils étaient apparus. Ils représentaient une peur qu'elle avait ignorée, refoulée. Une peur encore moins consciente que ne l'étaient ses rêves. Une peur cachée par la force de la confiance qu'elle avait en eux. Ils étaient apparus pour ébranler cette conviction, et pour la faire tituber, flancher, trébucher, tomber. Et ils avaient réussi. Ils lui avaient mis un doute, un doute énorme, qui, telle une minuscule écharde plantée au mauvais endroit, la handicaperait pendant longtemps encore. Ils avaient porté à la surface une peur dont elle ignorait l'existence, et qu'elle ne pouvait donc plus s'empêcher de ressentir. Oui, elle avait peur, maintenant. Peur de les avoir réellement déçus. Peur de leur avoir été déloyale, peur d'avoir perdu leur amour.

« T'as même pas été là pour notre enterrement.
- Vous... ne savez même pas de quoi vous parlez, papa. »

Elle étouffa un sanglot, essuya d'un geste rageur ses joues humides. Il fallait que ça s'arrête. Il fallait qu'elle accepte qu'ils étaient partis, qu'ils ne savaient pas ce qu'elle avait vécu, ce que tout le monde ici avait vécu, et qu'ils ne le sauraient plus jamais. Il fallait qu'elle accepte, définitivement, de tourner la page, de fermer la porte. De ne garder ouverte que celle de son cœur, mais de tirer un trait sur leur existence matérielle.

« Partez. »

Et ils partirent.

Aller en cours après ça ? En aucun cas. Elle avait déjà une vingtaine de minutes de retard, de toute façon, et puis pour de l'arithmancie... Ce n'était qu'une option, de toute manière, et elle avait une bonne raison de manquer un cours, d'autant plus que ça serait la première fois. Ils devaient bien se douter que ce fameux jeu allait interférer dans le bon fonctionnement des emplois du temps, donc ils n'auraient rien à dire. Elle s'éloigna donc du lieu où elle avait rencontré ses parents et rejoignit les escaliers, pratiquement vides vu que tout le monde était en cours à cette heure là. Les portraits accrochés aux murs la suivirent des yeux, dépréciatifs pour certains, curieux pour d'autres, inquiets pour d'autres encore. Oui, elle séchait, oui, c'était à cause d'une illusion, et non, elle n'allait pas bien. Enfin... elle n'était pas non plus en train de péter un câble. Pas encore. Disons que, pour une fois, elle suivait plutôt bien ses propres conseils, contrairement à son "faites ce que je dis, pas ce que je fais" habituel. Et puis, elle se disait que d'autres avaient besoin qu'elle soit là, qu'elle aille bien, pour qu'elle puisse les réconforter, un peu comme la petite fille qu'elle avait réconforté la veille au soir, ou comme le jeune homme qu'elle avait aidé peu après le repas de midi, la veille aussi, et comme tant d'autres encore. En fait, c'était probablement surtout pour ça qu'elle ne flanchait pas, qu'elle arrivait à faire le vide dans son esprit suite aux illusions qu'elle croisait, qu'elle arrivait à se dire que ce n'était pas la réalité, c'étaient simplement ses peurs qui prenaient forme mais qu'en vrai, rien de ça n'aurait eu lieu. En l'occurrence, jamais ses parents ne lui auraient parlé de la sorte, et elle le savait très bien, donc ce qu'avait dit l'illusion, même si elle avait touché dans le mille, il fallait qu'elle l'oublie. Elle savait que tout ça, ce jeu, ces illusions, c'était dans la tête. C'était une question de confiance, d'assurance, de calme et de sang froid. Même si elle était souvent impulsive – et le meilleur exemple en était son comportement face aux supérieurs auxquels Elias et elle avaient dû faire face – elle avait assez de présence d'esprit et de force mentale pour se donner les conseils qu'elle aurait donné à n'importe qui d'autre ainsi que pour les respecter. Ce fut donc en suivant ces conseils qu'elle se calma peu à peu, alla se passer de l'eau au visage, se rendit aux cuisines pour demander des chocogrenouilles aux elfes de maison et en mangea pour se remonter le moral. Elle en mit quelques unes dans son sac, car ça pouvait toujours servir, puis décida d'aller prendre l'air.

Ça lui faisait toujours du bien, de se promener. Et puisqu'elle avait décidé qu'elle n'irait pas en cours d'arithmancie pour cette fois, alors autant faire autre chose que rester assise sur une chaise de la bibliothèque ou dans un fauteuil de la salle commune. Le soleil brillait dans le ciel nuageux, et il faisait beaucoup plus clair à l'extérieur du château, car dans ce dernier, la luminosité des torches avait été abaissée exprès pour rendre l'atmosphère plus glauque, plus lugubre. L'air était plus frais et plus respirable, dehors, aussi, et puis, même s'il n'y avait pas de jeu en cours, il était bien connu qu'un peu de nature suffisait pour apaiser Caitlyn. Elle marcha sur le bord du lac, fredonnant un air probablement entendu à la radio moldue, puis fit demi-tour. Elle eut un regard pour les serres de botanique dans lesquelles elle se rendait de moins en moins volontairement depuis quelques temps, vu comment le prof avait recommencé à devenir comme avant. Le cours de ce matin avait encore une fois été chiant, c'était à croire que Wallenstein faisait tout pour dégoûter ses élèves de la bota. Elle essayait de ne pas se laisser influencer par le malaise qu'elle ressentait en présence de l'homme ni par sa nouvelle stratégie d'enseignement qui visait à les en détourner le plus possible, car dans le fond, elle aimait bien la botanique, et la considérait comme une branche importante de toute la magie. Ce serait dommage de décider de sécher tous les cours à venir juste à cause d'un fichu prof. Elle pensait à ça lorsqu'elle vit une silhouette sortir de la serre en hâte et s'éloigner en direction d'un endroit assez isolé du parc, au pied des murs du château. Il ne donnait pas l'air de quelqu'un qui se serait fait renvoyer, car dans ce cas, il aurait probablement cherché à rentrer pour soit aller à la bibliothèque ou alors dans sa salle commune. C'était probablement quelqu'un qui, comme elle, ne se sentait pas bien dans ce cours, et avait préféré partir.

Devait-elle aller le rejoindre, ou se ferait-elle jeter ? Elle n'avait pas envie d'être lourde ou chiante, mais cette semaine, trop de prudence valait mieux que pas assez. Elle fit donc à nouveau demi-tour, et, restant sur le rebord de l'étendue d'eau, elle se rapprocha de l'endroit où s'était assise la personne en question, afin d'essayer de l'identifier. Et plus elle se rapprochait, plus il lui semblait que c'était quelqu'un qu'elle connaissait, et plus précisément, Jeroen. Elle commença alors à s'éloigner de la rive en direction du jeune homme qui lui semblait de plus en plus mal en point à mesure qu'elle se rapprochait de lui et pouvait distinguer les détails de ses traits. La détresse qui émanait de lui, comme celle qui émanait de n'importe qui d'autre, s'imposa à elle jusqu'à la submerger complètement, et alors, elle sût qu'elle ne pourrait pas le laisser seule, que c'était trop tard pour qu'elle s'en aille. Elle en avait trop vu, trop ressenti, pour pouvoir partir maintenant. Elle n'était plus qu'à une dizaine de mètres de son ami. Et puis, il leva la tête, et ce fut comme un couteau qu'on lui enfoncerait dans le cœur, sa détresse la frappa en plein fouet. Il essuya ses yeux rougis et embués de larmes dont elle avait deviné la présence même à plusieurs mètres de distance. Lorsqu'elle fut à sa hauteur, elle s'assit sans rien dire à côté de lui, et resta là en silence. Que pouvait-elle dire ? Qu'il n'avait pas l'air d'aller bien ? Qu'elle comprenait ? Qu'elle compatissait ? Qu'elle était là ? Non, dans ces moments là, il ne fallait pas parler. Il serait peut-être surpris, comme le serait la majorité des personnes qui la connaissaient de vue et la prenaient par conséquent pour une pipelette hyperactive, curieuse et têtue qui plus est. Mais elle n'était pas toujours comme ça. Bien trop peu de personnes savaient quel effet la nature avait sur elle, par exemple, et, mises à part celles qui en avaient fait l'expérience, bien peu de personnes savaient comment elle se comportait lorsque la situation ne se prêtait pas aux blagues. Le silence les entoura, mais ce n'était pas un silence tendu ou pesant. C'était plutôt un silence apaisant, serein. Elle essayait, comme à son habitude, d'absorber cette détresse qu'elle détestait tant voir dans les yeux des autres. Ils passèrent de longues minutes ainsi, côte à côte, le regard de Lyn perdu au dessus du lac qui s'étendait à l'horizon comme pour laisser de l'intimité à Jeroen tout en le rassurant de sa compagnie. Et finalement, elle fouilla dans son sac pour sortir une poignée de petites boites, puis tourna la tête vers le jeune homme en souriant doucement, et dit.

« J'ai refait le stock de chocogrenouilles ya pas longtemps, prends-en, ça fait du bien. »

Enfin, à moins que tu n'aimes pas le chocolat, mais j'en doute. Bon, je ne compte pas t'obliger et ça se lit clairement dans mes yeux, mais voilà, elles sont là si t'en veux, par terre dans l'herbe, t'as qu'à tendre la main pour te servir, donc n'hésite pas. Et peut-être me diras-tu de quoi il en retournait ? Je dois avouer que je ne sais pas encore trop comment m'y prendre avec toi, donc je vais tout simplement rester là jusqu'à ce que tu parles ou partes. Bon allez, histoire d'éviter que le silence devienne lourdingue, je peux essayer de lancer un sujet, mais si tu ne me réponds pas ou sans plus de conviction que ça, je ne t'en voudrai pas.

« Vous aussi, la bota est chiantissime, ces derniers temps ? »
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MessageSujet: Re: Lost in empty spaces ▬ Cait [event Halloween]   Mar 8 Juil 2014 - 21:29

Non, vraiment. Il ne voulait pas d’elle. Non pas parce que c’était elle. La jeune femme, en elle-même, ne lui avais jamais posé problème - mais parce qu’elle était là. Elle était l’élément perturbateur qui s’approchait, aussi sympathique soit-elle, et entrait dans sa zone vitale, son espace fermé, celui où il pouvait se permettre de péter un plomb. Dans cette zone, il voulait être seul, c’était son îlot de sauvetage et il n’y avait pas la place pour deux noyés. Il voulait bien l’aider et la réconforter, toutefois l’inverse lui semblait totalement contre nature, comme si le fait d’être aidé lui prenait sa légitimité à aider les autres. Une logique à la mords-moi le nœud, certes, mais ça avait l’air logique dans sa tête. N’importe quoi aurait eu l’air logique pourvu que ça aille dans le sens de son besoin d’isolement actuel. Elle s’approchait et il se sentait se recroqueviller sur lui-même comme un merdeux qui sent la claque arriver, et pourtant, pourtant… elle n’allait pas le frapper, ni l’engueuler, au pire elle lui ferait la conversation et c’est tout. Il n’était fautif de rien, il avait le droit d’être là, il avait le droit de ne pas se sentir bien et de pleurer, comme tout le monde. Caitlyn était tolérante, elle comprendrait certainement s’il lui demandait de le laisser…

Elle s’assit à côté de lui. Sans un mot. Sans un geste dans sa direction. Elle ne tenta pas de le toucher, ne tenta pas d’entamer le dialogue, non, elle resta là, en simple présence tranquille. Il évitait son regard, cherchant à cacher son visage complètement noyé sous ses bras ; il se serait enterré s’il avait pu, il ne devait pas être présentable franchement. Mais lorsqu’il releva les yeux… elle avait le regard perdu dans l’immensité du lac, loin, très loin. Elle avait des manières qui n’étaient pas invasives pour un sou. En fait, elle se comportait exactement comme le père du serpentard : à chaque crise de sa mère, son père s’asseyait à côté d’elle et attendait qu’elle s’ouvre à lui sans la presser. Le gamin qu’il était avait toujours regardé ces scènes de loin, avec l’impression qu’il se jouait le sort du monde entier dans ce silence plein de tendresse. Ça l’avait toujours fasciné, alors il l’avait reproduit lui-même et… il n’aurait jamais cru que Caitlyn puisse se comporter ainsi, avec autant de calme et de recul. Il la pensait plus énergique, le genre à poser des questions jusqu’à avoir une réponse plutôt que d’attendre sans rien demander. Il renifla, passa une nouvelle fois ses poings tremblants sur son visage. Peut-être qu’il voulait bien la tolérer dans son espace vital, finalement. Ça n’empêchait pas le fait qu’il devait se reprendre…

Au bout de plusieurs minutes de ce silence apaisant et tranquille, il s’était un peu calmé. Que quelqu’un se tienne à côté de lui sans l’intention de partir l’aidait un peu, quelque part, car il détestait l’idée d’être dans un tel état devant quelqu’un d’autre. Ça l’obligeait à respirer et à reprendre le dessus. Seul, il se serait laissé aller totalement, mais pas de manière constructive. Une crise comme ça ne rime à rien : elle n’est que l’expression d’un ras-le-bol, d’une fatigue harassante et de problèmes plus importants à régler. Au mieux ça calme un moment, mais ça n’a jamais sauvé le monde ni réglé les problèmes de fond. Tellement futile… Il réprima un hoquet, le visage à nouveau caché entre ses bras. Lorsqu’il releva les yeux, Caitlyn prenait son sac et sortit une poignée de boites de Chocogrenouilles. A croire qu’elle avait prédit qu’une situation comme celle-ci arriverait. Les serdaigles étaient effrayants à force d’être si prévoyants.

- J'ai refait le stock de chocogrenouilles y’a pas longtemps, prends-en, ça fait du bien.

Eh oui, du sucre après une crise de nerfs, c’était la base. Il le savait pertinemment, et elle devait le savoir aussi, elle était intelligente. Il répondit avec un sourire léger, un « merci » murmuré pour qu’elle n’entende pas trop sa voix trembler, puis il prit une chocogrenouille. Il mit quelques secondes à ouvrir la boite tant ses mains tremblaient, comme si elles étaient sorties de la zone de contrôle de son cerveau… mais il finit bientôt par sortir le chocolat et prit soin de se concentrer sur le goût pour ne pas l’avaler trop vite et risquer de s’étouffer bêtement avec. Il en prit un deuxième, pour la route, le mâcha avec la même application, concentré en même temps sur son souffle. Respirer, mais respirer calmement. Exercice ardu dans cette situation, mais nécessaire pour reprendre le contrôle. Contrôle, contrôle, un seul mot à l’esprit, ouais, mais s’il réfléchissait à autre chose, il risquait de vomir d’angoisse là.

- Vous aussi, la bota est chiantissime, ces derniers temps ?
- Oui, carrément...

Il sourit, tourna la tête vers elle et… se remit à pleurer. Ah mais ! Ce n’était pas bientôt fini tout ça ? Il avait encore de l’eau en stock ? C’était incroyable les réserves qu’un corps humain pouvait posséder pour des moments comme ça. Il cacha sa tête dans ses mains le temps que ça se calme puis se frotta à nouveau les yeux et se racla la gorge pour dissiper la gêne et la boule dans sa gorge qui le menaçait de l’empêcher de parler. Pour la boule dans la gorge, ça marcha plutôt bien ; pour la gêne, un peu moins. Il avait encore du boulot à ce niveau-là mais on ne se refait pas en si peu de temps.

- Excuse-moi. Je crois que c’est surtout cette semaine pourrie qui commence à me monter à la tête. Je ne dors plus, ça doit venir de là…

Il ne mentait pas, la fatigue lui mettait les nerfs à fleur de peau et il savait que s’il avait été en pleine possession de ses moyens, il n’aurait pas du tout réagi de la même manière. Bien entendu, ça n’expliquait pas tout, mais c’était le gros du problème. Le regard perdu dans le vague, il finit par se retourner vers elle. Se changer les idées, parler d’autre chose même si le sujet reviendrait forcément sur le tapis, ils n’y réchapperaient pas. Mais ils avaient bien le temps avant de devoir parler de cette semaine moisie. Jeroen serait presque tenté d’aller en toucher deux mots à Rivers, histoire de lui expliquer que ça dépassait un peu la simulation d'attaque de Supérieurs quand même...

- Et toi ? Qu’est-ce que tu fiches ici ? Je croyais les serdaigles plus sérieux que ça… Tu n’as pas cours ?

Il sourit. Petite boutade, mais il imaginait bien que si elle séchait actuellement un cours… ce n’était pas pour une simple balade de santé dans le parc. D’autres auraient pu, Jeroen lui-même avait déjà fait ça à plusieurs reprises dans ses plus jeunes années. Aller faire les cons dehors avec les potes pendant les horaires de cours, c’était gentil comme crise d’adolescence, il avait fait pire. Caitlyn était plus sérieuse que ça. Il n’était pas en état de faire une analyse plus détaillé du comportement de la jeune femme mais il savait d’instinct que quelque chose clochait. Il renifla, se frotta à nouveau les yeux par réflexe et entreprit de gratter la barbe naissante sur ses joues pour contrôler l’activité de ses mains. Au moins, ça allait un peu mieux que quelques minutes plus tôt…
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MessageSujet: Re: Lost in empty spaces ▬ Cait [event Halloween]   Mar 15 Juil 2014 - 12:40

Il fallait que ce soit lui qui fasse le premier pas. C'était à lui qu'appartenait la décision de parler, de s'ouvrir, de se confier – ou pas. La meilleure chose qu'elle pouvait faire pour lui en cet instant, c'était lui laisser le temps de se décider. Quand il serait prêt, il parlerait. Elle savait qu'il le ferait, qu'il en avait besoin. Elle le sentait. C'était obligé. Il était ce genre de personne qui avait tendance à tout garder pour soi, tout vouloir contrôler, tout retenir. Mais aucun puits n'était sans fond, et il suffisait parfois d'une petite goutte d'eau pour le faire déborder. Tout le monde avait besoin de soutien, de réconfort, un jour ou un autre. Et pour Jeroen, ce jour était arrivé. Elle ne savait pas ce qui s'était passé pour qu'il finisse dans cet état là, elle ne savait pas pourquoi il pleurait toutes les larmes de son corps, secoué de sanglots, les yeux rouges et la tête rentrée dans ses épaules, le visage caché par ses mains et par ses genoux qu'il avait remontés contre son torse, mais elle savait qu'il le lui dirait, qu'il voulait le lui dire. Qu'il en avait besoin. Il avait peut-être l'impression de n'avoir pas envie de se confier aux autres, car ça le rendait faible, vulnérable, mais elle ne se laissait pas leurrer et comptait attendre qu'il soit prêt aussi longtemps que nécessaire. Et s'il lui demandait de partir, alors, elle insisterait. Car en réalité, ça le rendait tout simplement plus humain, et qu'un humain avait besoin de compagnie, n'était pas fait pour vivre seul. Et aussi car ça lui faisait de la peine de le voir dans cet état. Ça lui faisait mal. C'était l'aspect égoïste de son comportement, que de dire qu'elle le réconfortait afin d'avoir moins mal elle-même. C'était le point de la droite quantifiant l'altruisme et l'égoïsme où les extrémités se rejoignaient pour former un cercle. Un peu de la même manière que se rejoignaient les idées des partis d'extrême droite et d'extrême gauche dans le monde politique moldu, finalement. Elle était trop sensible, trop altruiste, au point d'en avoir mal elle-même, de sentir son cœur se serrer face à la tristesse des autres – amis, ennemis ou inconnus – si bien qu'elle ne savait parfois même plus si elle les consolait pour qu'ils aillent mieux ou si c'était pour qu'elle-même aille mieux. Mais au final, le résultat était là : elle s'asseyait près d'eux, sans rien dire, regardant au loin, essayant d'aspirer leur détresse comme une éponge aspirerait une flaque d'eau.

Même si tous ses "sauvetages" se ressemblaient, ils étaient quand même tous différents. Même si elle avait l'habitude, l'expérience, dans le "domaine", elle était à chaque fois contrainte à suivre son instinct qui s'adaptait aux circonstances. Et en l'occurrence, elle n'avait aucune idée de quel serait son prochain mouvement. C'était un peu comme un jeu d'échecs, ou comme n'importe quel jeu de société. Les règles ne changeaient pas, mais on avait beau y jouer régulièrement, il y avait toujours des situations différentes et donc des réflexes différents à avoir. La capacité de prédiction du mouvement de l'autre était très faible, et pour le coup, Caitlyn se contentait d'attendre que le temps fasse son œuvre. Lentement, doucement, le jeune homme se reprenait en main, et elle finit par sortir de son sac quelques paquets de chocogrenouilles, se félicitant d'en avoir refait le stock, justement pour des situations comme celle-ci, dont ils ne manquaient pas depuis samedi dernier. Elle avait juste envie de le prendre dans ses bras, de le serrer contre elle, et de lui murmurer des paroles rassurantes à l'oreille. Si ça avait été Casey à la place du jeune homme, ou Aelie, ou Marlone, ou même June, elle l'aurait depuis longtemps attirée contre elle, l'entourant de ses bras, mais avec Jeroen, elle n'arrivait pas à savoir ce qu'elle devait faire sans risquer de le contrarier. Alors elle restait là, quasiment immobile, le regard à nouveau perdu au loin, tout en lui jetant des coups d'œil de temps à autre et le voyant tendre la main pour attraper une boîte et l'ouvrir de ses doigts tremblants avant de prendre la friandise et la mettre dans sa bouche. Ses lèvres s'étaient étirées en un sourire qu'elle élargit légèrement tout en secouant la tête en guise de "de rien" silencieux lorsqu'il la remercia d'un murmure.

Elle laissa ensuite le silence s'installer à nouveau, et remonta à son tour ses genoux contre sa poitrine, les entourant de ses bras, histoire de changer de position et de gagner en stabilité. Posant son menton sur ses rotules, elle commença à se sentir légèrement mal à l'aise, probablement parce qu'elle continuait à se retenir de lui faire un câlin, craignant qu'il ne la trouve trop intrusive, mais sentant toutefois que ça lui ferait du bien. Elle se mit à se demander si vraiment il ne voulait pas qu'elle le laisse tranquille. C'était souvent comme ça., lorsque le déclic se faisait attendre un peu trop longtemps. Elle finissait par douter de son ressenti qui l'avait amenée à s'asseoir près des gens et à attendre qu'ils soient prêts à parler. Mais elle n'avait pas le droit d'abandonner, elle n'avait pas le droit de repartir en les laissant seuls. Car dans ces cas là, la solitude était la pire solution. Parfois, la solitude aidait à prendre du recul, à accepter les choses, mais dans les cas de détresse, c'était la compagnie, le soutien, qui étaient, avec le temps, les meilleurs remèdes. Alors, elle ne changea rien à son attitude, si bien que Jeroen n'aurait sûrement pas remarqué ses doutes et sa gêne. Et finalement, elle opta pour une question anodine, clairement hors-sujet, mais d'une voix assurée tout de même, bien que douce. Peut-être voudrait-il engager la conversation, afin de se distraire un peu ? Mais elle ne lui en voudrait pas s'il décidait de lui faire comprendre qu'au contraire, il n'avait pas la tête à ça. Et en effet, la réponse fut brève. Sincère mais brève. Et puis, il suffit d'un croisement de regards pour que les yeux du jeune homme s'emplissent à nouveau de larmes et que celles-ci débordent et coules sur ses joues, faisant par la même occasion éclater le cœur de la belle Raven. Cette fois-ci, elle n'attendit plus rien pour se rapprocher de lui et le prendre dans ses bras en biais, d'une épaule à l'autre tandis qu'il se cachait à nouveau la tête dans ses mains. Il s'excusa, et elle secoua la tête.

« Mais nooon, t'excuse pas banane ! Allez, pleure un bon coup, ça fait du bien. »

Et elle resta à ses côtés, les bras enroulés autour de ses larges épaules, secouées violemment par des hoquets qu'il tentait vainement de retenir. Il n'était en cet instant qu'un enfant, un pauvre gosse qui en avait trop vu, trop vécu, trop pris sur soi et trop retenu pendant trop longtemps, et qui avait besoin de quelqu'un à ses côtés pour le soutenir, le rattraper s'il tombait. Il lui avait certes dit qu'il était du genre à jouer solo et qu'elle ne devait pas s'attendre à ce qu'il se confie elle parce qu'il était tout simplement habitué à ne parler de lui que très rarement, que c'était comme ça qu'il fonctionnait, mais pour le coup, elle savait qu'il était sur le point de le faire. Et il avait raison de dire que quand il parlait peu, c'était le signe que tout allait bien, contrairement à quand il parlait beaucoup. Enfin, il ne s'était pas encore réellement mis à beaucoup parler, il avait simplement expliqué quelque chose qu'elle avait déjà compris : s'il était dans cet état là, c'était à cause du jeu. Des illusions, des cauchemars, du manque de sommeil... Ils devaient être constamment aux aguets, sur la défensive, prêts à se faire attaquer à n'importe quel angle ou coin, sombre ou pas. C'était crevant, vraiment. Elle-même ne parvenait à tenir le coup que parce qu'elle avait appris de ses erreurs et ne comptait plus se laisser submerger par trop d'émotions négatives. Non, elle n'oubliait pas, la solution n'était pas d'oublier, mais de faire avec, d'accepter, et d'aller de l'avant. Avec le deuil qu'elle avait dû faire pendant les vacances d'été, la mauvaise conscience et les reproches qui l'avaient hantée et dont elle avait dû se débarrasser, la rupture avec Elias qu'elle avait dû digérer... on pouvait dire qu'elle avait désormais de l'expérience pour ce qui était des souvenirs et du traitement qu'on devait leur réserver. Le passé ne pouvait pas être changé, les souvenirs ne pouvaient pas être effacés ou modifiés (sauf intervention magique), et les oublier n'était en vérité que se leurrer soi-même, s'empêcher d'avancer. On avançait à partir d'un certain point, et autant l'arrivée d'une course avait besoin d'une ligne de départ, autant le futur d'une vie avait besoin d'un passé. Et c'était souvent pour accepter le passé, tout comme les peurs, les souvenirs, les cauchemars, mais aussi les bonnes nouvelles, qu'on avait besoin d'en parler avec d'autres. Ou alors de les écrire. Ou de les crier, les dessiner, les chanter... bref, les exprimer. Un pas que Jeroen devait encore franchir. Avec l'aide de Caitlyn.

« Ça va mieux ? Tu veux en parler ? »

Il avait arrêté de cacher ses yeux dans les paumes de ses mains et son regard était à présent perdu dans le vague. Il ne pleurait plus. Enfin, pour l'instant. Ses yeux étaient secs, absents, mais ses joues restaient humides et ses muscles tendus, crispés. De temps à autre, un hoquet venait lui rappeler qu'il n'avait pas encore totalement récupéré. Elle espérait qu'il était assez intelligent pour mettre sa fierté de côté et lui parler, lui expliquer ce qui s'était passé, pas forcément que l'élément déclencheur, mais aussi les autres soucis qu'il avait accumulés, sans doute des illusions. Car il voulait lui parler, c'était certain, mais il fallait juste qu'il s'en rende compte, qu'il l'accepte. Elle ne voulait vraiment pas devoir insister, aimerait que ce soit sa propre initiative que de se confier à elle, et qu'elle ne l'y pousse que le moins possible. Elle savait néanmoins que s'il ne lui laissait pas le choix, elle insisterait, le forcerait à lui parler : ce serait pour son bien...

« Et toi ? Qu’est-ce que tu fiches ici ? Je croyais les Serdaigles plus sérieux que ça… Tu n’as pas cours ? »

Demanda-t-il finalement, pour changer de sujet. Et Caitlyn de hausser les épaules, peu encline à s'étendre sur ses propres soucis. Elle était aussi plutôt solitaire, comme personnage, pour ce qui était des problèmes personnels à résoudre. Ouverte, sociable et tout et tout, en temps normal, mais jamais très bavarde à propos de sa vie privée, surtout pour ce qui était des aspects négatifs. Une part d'habitude, vu qu'elle avait toujours tout réglé seule, une part de fierté, aussi, et une part de cette réticence, cette peur d'inquiéter les autres.

« Comme quoi, faut pas se fier aux apparences. »

Un clin d'œil pour accompagner sa phrase prononcée sur le ton de la blague, un peu comme Jeroen avait essayé de le faire. Elle voyait bien qu'il avait envie de détendre l'atmosphère. Peut-être aurait-il envie de revenir sur ses soucis une fois qu'ils auraient fait comme si de rien n'était ? Ou peut-être que si elle parlait de son Illusion, il lui serait plus facile d'enchaîner sur la sienne ? Elle n'avait pas spécialement envie de s'étaler sur ses peurs qu'elle savait irrationnelles, mais si ça pouvait l'aider à s'ouvrir en retour... Haussant les épaules, elle décida de répondre, d'un ton détaché.

« J'ai reçu une petite visite de ma famille. Ils ont dit des choses qu'ils n'auraient certainement pas dites dans la vraie vie. Je leur ai dit de partir et ça s'est terminé assez facilement, mais je ne me sentais pas trop de retourner en cours, quoi. C'était arithmancie, et j'avais au moins vingt minutes de retard de toute manière, donc voilà. »

Elle sourit. En vérité, ce n'était absolument pas aussi facile qu'elle le disait. Elle se souvenait encore de cette douleur au creux de sa poitrine, de cette impression de sentir son cœur éclater et ses poumons se comprimer, de cette volonté de crier et de pleurer... mais elle les avait chassées. Elle avait chassé toutes ses émotions. Pas refoulées, non. Chassées. Elle leur avait dit qu'elles étaient injustifiées, inutiles, et qu'elles n'avaient rien à faire dans son corps, car tout ça n'avait été qu'une Illusion. Alors certes, il lui avait été très difficile et douloureux de dire à sa famille de partir alors que la seule chose qu'elle regrettait dans sa vie, c'était justement qu'ils soient partis, mais c'était comme ça. Elle savait que quelque part, ils étaient toujours là, au dessus d'elle, à veiller sur elle, à l'aimer. Ils l'avaient abandonnée physiquement, mais ils resteraient à jamais dans son âme, et ça lui suffisait. Ça devait lui suffire. Elle avait fait son deuil, c'était passé, elle n'y changerait rien. Se rattacher à des illusions ou à des rêves ne servait qu'à lui faire du mal. Et, non, elle n'avait pas besoin d'en parler. Elle l'avait déjà dit à assez de gens comme ça, et désormais, c'était un travail sur elle-même qu'elle devait faire. À commencer par, justement, ce sourire et cette manière de dire que tout allait bien, que ça ne valait pas la peine de revenir dessus, car elle savait que ce n'était qu'une Illusion. Et qu'on ne vienne pas lui dire que si elle n'avait pas besoin d'en parler, alors Jeroen non plus. Ce n'était pas la même chose. C'était une question de ressenti. Elle sentait qu'il avait besoin de parler, de se confier, contrairement à elle qui arrivait à se consoler elle-même. Et ça n'avait rien à voir avec la force et la faiblesse, ni avec la fierté et la honte, ni quoi que ce soit d'autre. C'était ainsi, point. Et s'il continuait à refuser de lui parler, elle sentait qu'elle allait changer de méthode et se mettre à lui poser des questions...
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MessageSujet: Re: Lost in empty spaces ▬ Cait [event Halloween]   Sam 9 Aoû 2014 - 15:35

Il avait le pouvoir. Ça n’en avait pas l’air mais il pouvait se taire et personne n’aurait rien à y redire, personne ne pourrait l’obliger à s’ouvrir. Se taire ou parler, ou dire les choses à moitié, il avait le choix. Caitlyn lui laissait ce pouvoir, c’était adorable de sa part. Elle avait tout compris. Elle l’avait cerné aussi bien que lui l’avait cernée la première fois qu’il l’avait vue en situation de crise de nerfs. Le laisser sortir la tête de l’eau et reprendre son souffle était le meilleur moyen de lui faire cracher le morceau - ou en tout cas, une bonne partie. En tout cas, il dirait bien quelque chose. Rester silencieux avec quelqu’un qui souhaite nous aider alors qu’on est dans un état lamentable, non, ça ne durait jamais longtemps car c’était vite lourd pour les deux parties. Et puis… il voulait parler. Il en avait besoin au fond. Peut-être que Cait n’était pas l’interlocutrice la plus à même de l’aider, mais il n’y avait personne d’autre ici, personne qui sache et puisse l’écouter… Il s’en voulait un peu de laisser la serdaigle dans une position de psy mais si elle restait dans cette position d’écoute, il ne tiendrait pas longtemps avant de causer. Oui, il avait besoin de causer. De dire qu’il allait mal, puisque c’était vrai bon sang, il allait mal avec toutes ces conneries d’Halloween, avec la douleur que ça réveillait. C’était égoïste, il en avait fait du mal et maintenant il subissait le revers de la médaille. Quelque part, c’était mérité et ça ne suffirait pas à racheter ses fautes… mais il gardait des pulsions de vie et de préservation. Il ne se laisserait pas faire, qu’importe sa culpabilité.

Deux petites boules de chagrin assises l’une à côté de l’autre. De loin, peut-être qu’on les prendrait pour deux cailloux, vu qu’ils étaient recroquevillés sur eux-mêmes et leurs pensées. Deux cailloux qui bougeaient et mangeaient des Chocogrenouilles, certes, mais deux cailloux quand même. Qui discutaient. Mais après tout, nous sommes dans un château magique, qu’est-ce qui pouvait empêcher les cailloux de se faire la conversation en se gavant de sucreries ? Après avoir (encore) fondu en larmes, il sentit les bras de la jeune femme lui entourer les épaules. Jeroen se laissa faire avec un peu plus de « naturel » que la dernière fois où Cait s’était mis en tête d’établir un contact physique. Ça lui allait. Quelque part, elle remplaçait un peu sa mère. Sa mère qui n’avait pas cessé de le traiter de moins que rien cette semaine, et qui de toute façon était un peu trop morte pour faire un câlin à son second fils. Il s’excusa platement de ne pas être très loquace.

- Mais nooon, t'excuse pas banane ! Allez, pleure un bon coup, ça fait du bien.

Banane ? Il se faisait traiter de banane ? Sympathique et très mature. S’il n’était pas caché dans le creux de ses bras, il lui aurait gentiment dit d’aller se faire voir, mais sur le coup, ça le fit sourire légèrement, discrètement. Pleurer un bon coup, oui, ça faisait du bien. Sur le coup non, mais une fois les larmes passées, il se sentait plus léger, plus calme. Ou complément mou et flasque selon les points de vue, mais c’était toujours mieux que la crise d’angoisse. Comme une rage de dents, c’était bien quand c’était terminé. Il sentait son corps endoloris, son esprit encore envahis par des flashs d’angoisse. Peut-être qu’il s’était simplement endormi et qu’il avait un cauchemar. Une simple construction de l’esprit, et non une illusion pure et dure, et… ne pas chercher à rationnaliser ce genre de choses. Il en était sorti et c’était tout ce qui importait. Il se frotta les yeux. Sentir un peu de chaleur humaine avait un bon effet sur lui en cet instant. Contre toute attente, ce contact n’était pas malvenu ou en trop. Il se laissa aller contre elle en reprenant son souffle, puis finit par se détacher d’elle en se frottant le visage pour effacer les traces de larmes.

- Ça va mieux ? Tu veux en parler ?

Il haussa les épaules. Pas vraiment, ça risquait de faire remonter les images dans son esprit, c’était encore beaucoup trop frais… et en même temps… Pour l’instant, il décida de l’embêter un peu avant. On aviserait après. Sa remarque détendit un peu plus l’atmosphère.

- Comme quoi, faut pas se fier aux apparences. J'ai reçu une petite visite de ma famille. Ils ont dit des choses qu'ils n'auraient certainement pas dites dans la vraie vie. Je leur ai dit de partir et ça s'est terminé assez facilement, mais je ne me sentais pas trop de retourner en cours, quoi. C'était arithmancie, et j'avais au moins vingt minutes de retard de toute manière, donc voilà.
- Tu caches bien ton jeu… dit-il avec un sourire. Puis il reprit un ton un peu plus sérieux. La famille… Je comprends. Ma mère m’a dit qu’elle était déçue elle aussi, quelques fois. Faut encaisser même si c’est une illusion…

Il sentait bien que le sujet était sensible. Caitlyn n’en disait pas beaucoup sur elle mais l’essentiel était là. Elle se faisait hanter par ses parents. Ce n’était pas agréable du tout, il le comprenait. Puis, finalement, il se racla la gorge.

- Tu sais… je n’ai rien dit à ma famille de ce que j’ai pu faire. Tu imagines bien. Si papa savait, je crois qu’il me jetterait dehors, ou pire. Il serait capable de trouver une punition de malade pour ce que j’ai fait aux gens d’ici, sans même avoir à me renier.

Il frissonna. Oui, il savait que son père avait une imagination débordante, et qu’il trouverait un moyen de faire venir Azkaban à Londres juste puis que son fils comprenne ses erreurs, s’excuse en pleurant pendant quelques semaines d’affilée et ne les refasse plus jamais. Ils n’avaient jamais vécu ça, parce qu’ils n’avaient jamais fait d’erreurs aussi graves que faire du mal à d’autres gens, mais papa van Saade, c’était un dingue de principes et un manitou du département de la Défense, alors la légitime défense ok, mais attaquer des gamins innocents, c’était condamnable, même si c’était son fils. Ce qui semblait au départ une bonne idée devenait un jeu dangereux avec son propre papounet, dont il craignait plus le jugement que n’importe quel Supérieur… Mais où avait-il commencé ce cheminement de pensées ? Pourquoi en était-il venu à parler de son père alors que le sujet principal était le sort d’illusion qu’un Rivers sadique leur avait envoyé à la tronche ? Question de priorités.

- J’ai l’impression de risquer ma vie dès que je parle avec quelqu’un, qu’importe son camp. J’aurais peut-être dû me faire transférer dans une autre école. J’ai de la famille dans un autre pays, ils m’auraient trouvé une place. Rivers est un type bien mais il a des manières de brute. J’en vois que ça aide. Moi ça me plombe. A croire que je sais tellement bien me défendre qu’il faut que les illusions essaient de me tuer pour me mettre à l’épreuve.

Et il s’en était pris dans la tronche, des mises à l’épreuve. Il ne manquait plus qu’une entrevue avec les Walters, Cody, son père et un Rivers remettant sa position en cause et la boucle serait bouclée. Il renifla et eut un petit rire nerveux.

- Je ne suis même pas si bon que ça. Je me défends mais je suis incapable de faire du bien autour de moi. Je revois leurs regards qui me disent que j’étais bien mieux dans mon rôle de fanatique sans cervelle. Mon père me tuerait…

C’était ça, le fond du problème, l’angoisse qui l’étouffait, le rendait malade. Ne pas être à la hauteur. C’était la source de tout, mais il était certainement condamné à vivre comme ça toute sa vie, de vivre avec ses erreurs sur la conscience. Mais Caitlyn en avait elle-même souffert, de quel droit lui racontait-il cela ? Il se renferma.

- Je ne devrais pas te dire ce genre de choses...
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MessageSujet: Re: Lost in empty spaces ▬ Cait [event Halloween]   Ven 15 Aoû 2014 - 20:15

La famille. Le truc qui manquait à la plupart des élèves de Poudlard. La présence d'une mère, d'un parrain, d'une grand-mère. Les bons petits plats, les sorties en famille, l'atmosphère chaleureuse d'un vrai chez soi. Alors certes – et généralement, ça marchait très bien, ils n'en souffraient pas – la majorité des gosses s'habituaient, au courant de leur première année, à considérer leur école comme leur patrie, leur couleur comme leur maison, leurs amis comme leur famille... mais après deux années d'enfermement, dans une ambiance lugubre, dans la crainte et la souffrance, les choses changeaient. Après deux années passées sous le joug des Supérieurs, les relations évoluaient. Les amitiés naissaient et se renforçaient, les liens se tissaient, et apparaissait entre les élèves une espèce de solidarité à toute épreuve. Car des épreuves, ils en avaient vécu, ensemble, et mine de rien, ce genre de choses, ça rapprochait. Surtout si, comme Caitlyn, ils avaient perdu leur famille. Aujourd'hui, la jeune femme plaçait son affection sur son copain et sur ses amis. Elle avait beau avoir été élevée dans l'esprit de la liberté et de l'autonomie, sans se faire trop accompagner par ses parents dans les épreuves de sa vie, elle avait tout de même vécu dans une atmosphère familiale aimante et chaleureuse, donc l'absence de ses parents lui pesait plus qu'elle ne voulait bien se l'avouer. Et puis, en tant qu'aînée de la famille, elle avait toujours secondé son petit frère, développant ainsi son instinct de protection envers les autres. Donc oui, elle avait parfois tendance à materner les autres, elle avait tendance à se sacrifier pour eux, parce qu'elle ressentait très fort les émotions des personnes autour d'elle et qu'elle voulait. Elle avait toujours été comme ça, et depuis la mort de sa famille, c'était comme si ce trait de son caractère s'accentuait. Enfin, elle avait eu une période où elle ne s'était occupée de rien ni personne, elle-même incluse, mais cette période était révolue, et aujourd'hui, même si pas mal de personnes n'avaient pas apprécié son éloignement et ne s'étaient donc pas re-rapprochées d'elle, elle avait des amis auxquels elle tenait plus que tout et pour lesquels elle ferait n'importe quoi.

En l'occurrence, elle se sentait un peu comme une sœur, pour Jeroen. Un peu comme la grande sœur qu'elle avait été pour son petit frère, quand bien même Jeroen était plus âgé qu'elle. Car peu importe l'âge ; quand on est au bout du rouleau, on ne cherche la plupart du temps que les bras de quelqu'un pour s'y réfugier, comme un petit enfant qui cherche ceux de sa mère pour s'y blottir et se sentir compris et en sécurité. Alors non, elle n'était pas en train d'affirmer qu'elle était plus forte, plus mature, plus responsable, plus posée, plus à même de se gérer et de se défendre que Jeroen car ce n'était pas le cas, mais dans les circonstances données, c'était elle qui se devait de le réconforter, car c'était son ami. Elle se devait de s'occuper de lui, de faire en sorte qu'il aille mieux, de l'écouter, de le soutenir, de le consoler, comme elle le faisait avec son frangin. Elle passait un bras autour de ses épaules, le laissait se blottir contre elle, pleurer toutes larmes de son corps, vider son chagrin. Elle ne disait rien, attendait qu'il soit prêt à parler, que le fardeau soit moins lourd, que le souvenir soit moins frais. Elle n'avait jamais encore vu Jeroen dans cet état, et bien qu'elle ne soit avec lui que rarement, elle ne pouvait pas s'empêcher de se demander si elle n'était pas la seule pour qui ce soit le cas. La seule qui pouvait le prendre dans ses bras pour le consoler, la seule qui pouvait le voir pleurer. En plus de sa famille et d'une éventuelle copine, bien sûr. Elle se demandait comment il aurait réagi si ce n'avait pas été elle qui l'aurait surpris, recroquevillé sur lui même et secoué de sanglots. Si un des amis du Slyth avait été à la place de la jeune femme, ou alors un inconnu aux bonnes intentions, un Saint Bernard quelconque... Elle ne connaissait même pas vraiment les amis de Jeroen, en fait. Et elle ne savait pas comment il était avec eux. Mais de ce qu'elle connaissait sur lui, elle pouvait dire que c'était le genre de mec qui voulait toujours tout contrôler, ne rien laisser transparaître, et surtout pas ses émotions...

Il était vrai qu'elle était un peu comme ça aussi, du moins quand il s'agissait d'émotions qui pouvaient inquiéter les autres, car elle ne voulait pas qu'on s'inquiète pour elle. Ce fut d'ailleurs la raison pour laquelle elle n'évoqua que de manière assez évasive l'Illusion qu'elle avait eue dans la matinée. Elle n'avait ni besoin ni envie de revenir dessus, et ne répondit donc pas quand Jeroen lui dit avec un sourire qu'elle cachait bien son jeu. Oui, elle cachait bien son jeu, les émotions qu'elle avait ressenties face à ses parents étaient bien plus graves que celles qu'elle exprimait dans sa voix, mais c'était une histoire de ressenti, et elle ne ressentait pas le besoin de rentrer dans les détails. Il devait d'ailleurs le sentir, qu'elle n'était ni bouleversée ni quoi que ce soit d'autre, qu'elle était posée, sereine, et qu'elle gérait la situation, comme on disait. Comparé à la fois où ils avaient parlé famille dans la forêt interdite, c'était complètement autre chose. Début septembre, c'était encore trop frais, trop récent. Aujourd'hui, même si elle avait toujours mal, même si elle se sentait toujours vide, incomplète, elle savait faire avec, c'était devenu une habitude. Elle n'avait pas besoin de parler de sa douleur et de son manque, mentionner sa famille ne la dérangeait pas, tout comme parler de la famille de quelqu'un d'autre. Elle était contente, contente de ressembler de plus en plus à Rafael à ce niveau là, au niveau de l'acceptation du fait que tout le monde autour d'elle avait une famille. Elias parlait de sa famille, Aelie lui écrivait des lettres à propos de sa famille, ses amis partageaient leurs craintes et leurs joies familiales... S'il y avait un avantage au fait d'être orpheline, c'était bien qu'elle n'avait pas de soucis à se faire par rapport à ses parents et à son petit frère. Les supérieurs ne risquaient pas de s'en prendre à eux. Ils l'avaient déjà fait. Ses amis, eux, craignaient qu'il n'arrive du mal à leurs proches, comme des soldats qui s'inquiétaient au front pour leurs femmes et leurs enfants restés à [contraire de "au front"?].

« La famille… Je comprends. Ma mère m’a dit qu’elle était déçue elle aussi, quelques fois. Faut encaisser même si c’est une illusion… »

À nouveau, elle ne dit rien. Elle n'avait rien à dire. Enfin si, elle aurait pu compatir, mais elle se contenta de hocher légèrement la tête, quasi-imperceptiblement, de fermer et rouvrir les paupières. En silence, elle acquiesçait. Ils avaient beau savoir que ce n'étaient que des Illusions, les visions des membres défunts de leur famille n'étaient pas faciles à encaisser et encore moins des parties de plaisir. Elle n'avait même pas profité de les voir sous forme matérielle pour leur faire un câlin. Qui sait, ils se seraient peut-être évaporés et auraient repris forme à quelques mètres plus loin, lui faisant essuyer un échec et une déception. Non, elle ne pourrait plus jamais les prendre dans ses bras, et c'était quelque chose qu'elle avait accepté, même si ce n'était pas l'envie qui lui manquait. Les avoir eus devant elle avait ravivé un peu sa douleur, et les avoir entendu dire qu'elle les avait déçus serait sans doutes quelque chose qui reviendrait la hanter maintes fois. Mais maintenant, ce n'était pas le cas, elle n'était pas dans le bon état d'esprit pour se laisser submerger par la culpabilité. Ce qui n'était manifestement pas le cas pour Jeroen, qui, après s'être raclé la gorge, reprit la parole.

« Tu sais… je n’ai rien dit à ma famille de ce que j’ai pu faire. Tu imagines bien. Si papa savait, je crois qu’il me jetterait dehors, ou pire. Il serait capable de trouver une punition de malade pour ce que j’ai fait aux gens d’ici, sans même avoir à me renier. »

Ce qu'il avait pu faire. Elle imaginait bien. … Imaginait-elle bien ? Elle ne savait même pas. Depuis qu'elle avait accordé sa confiance au jeune homme, elle avait du mal à le voir comme quelqu'un de mauvais. Il était quelqu'un de bien à ses yeux, et son esprit avait par conséquent effacé tout ce qu'il avait pu faire de mal. Mais maintenant qu'il en parlait, oui, elle se souvenait. Elle n'avait jamais été face à lui lorsqu'elle était aux cachots, mais il était l'un d'eux, et ça voulait bien dire ce que ça voulait dire. Il avait torturé des innocents, il avait jeté des doloris, il avait causé douleur et souffrances, sang et larmes. Il était comme un gosse à qui on avait donné un flingue. Sauf qu'il était plus que cela. Il était un enfant qui protégeait son père, sa mère, ses frères et sœurs. Il était un homme, conscient, responsable, prêt à sacrifier son innocence et son âme pour préserver la vie de sa famille. Il était un soldat au front qui se battait contre l'ennemi pour que ses proches soient en paix et en sécurité. Et un soldat n'en était pas un s'il n'était pas incompris en rentrant à la maison. Oui, Jeroen serait à jamais incompris, à jamais différent, comme le serait chacun des jeunes sorciers qui avaient vécu à Poudlard pendant les deux années fatidiques. Personne, dehors, ne comprendrait ce qu'ils avaient traversé, ce qu'ils avaient enduré, ce qu'ils avaient sacrifié et perdu. C'était à en devenir fou. Certains l'étaient peut-être déjà. Ou peut-être l'étaient-ils déjà tous. C'était pour cela que les liens se resserraient entre eux, c'était pour cela que la solidarité se faisait sentir. C'était une solidarité de guerre. Mais Jeroen, mis à part avec quelques exceptions dont Caitlyn faisait partie, était exclu de cette solidarité.

« J’ai l’impression de risquer ma vie dès que je parle avec quelqu’un, qu’importe son camp. J’aurais peut-être dû me faire transférer dans une autre école. J’ai de la famille dans un autre pays, ils m’auraient trouvé une place. Rivers est un type bien mais il a des manières de brute. J’en vois que ça aide. Moi ça me plombe. A croire que je sais tellement bien me défendre qu’il faut que les illusions essaient de me tuer pour me mettre à l’épreuve. »

Risquer sa vie. Essayer de le tuer. Le choix de vocabulaire du jeune homme commençait de plus en plus à l'intriguer, et surtout à l'inquiéter. Elle comprit qu'avant d'être dans cet état, il avait eu affaire à une Illusion bien précise, différente de celles qui faisaient intervenir sa mère, plus forte, plus dangereuse. Et il lui confirma qu'il n'avait en effet pas beaucoup de personnes vers lesquelles se tourner, auxquelles faire confiance. Lentement, comme elle dans la forêt interdite, il commençait à s'ouvrir, à parler, et des choses à dire, il en avait. Il avait envie de partir, de quitter Poudlard où rien ne le retenait, où tout lui était hostile. Les Supérieurs représentaient pour lui une menace parce qu'il n'avait jamais été avec eux, les "Inférieurs" parce qu'il avait fait semblant d'adhérer aux idées de leurs bourreaux pendant deux années et parce qu'il avait imité leurs actes... Des deux côtés, il passait pour l'ennemi. C'étaient les risques du métier. Il avait joué aux double-espions, ça s'était mal terminé, et voilà les conséquences. S'il avait été sûr que les supérieurs ne représentaient plus aucune menace, il aurait pu vivre avec les sentiments négatifs à son égard parmi les élèves de Poudlard, il s'en serait sorti, aurait pu prendre sur soi et ignorer l'hostilité des autres, qui, avec le temps, se serait émoussée, essoufflée, et peut-être aurait-on fini par lui faire confiance. Mais il était dans l'entre-deux, et c'était intenable, elle pouvait bien se l'imaginer. Donc, en cette semaine particulière du fait des Illusions, pas surprenant qu'il ait fini par craquer, car une troisième hostilité rendait la tension trop forte autour de lui. Il craquait, c'était tellement compréhensible, elle s'étonnait même qu'il n'ait pas craqué plus tôt. Mais il était fort, il avait de l'entraînement en matière de self-contrôle.

« Je ne suis même pas si bon que ça. Je me défends mais je suis incapable de faire du bien autour de moi. Je revois leurs regards qui me disent que j’étais bien mieux dans mon rôle de fanatique sans cervelle. Mon père me tuerait… »

Elle tiqua. Pincement de lèvres, froncement de sourcils. Elle n'aimait pas qu'il dise ça. Elle n'aimait pas qu'il se traite de fanatique sans cervelle, elle n'aimait pas qu'il se croie incapable de faire du bien autour de lui, car ce n'était pas vrai, tout ça. Il n'avait pas le droit de dire le contraire juste parce qu'il avait peur du jugement de son père par rapport aux deux dernières années. Son père était quelqu'un de bien, et il le respectait probablement plus que tout, d'accord, mais ce n'était pas parce qu'il avait enfreint ses principes que ça faisait de Jeroen un écervelé qui brûlerait en Enfer. Elle s'était tournée vers lui et le regardait, insistante, car elle était toujours dans l'optique d'écouter ce qu'il avait à lui dire, de le laisser vider son sac ou la première partie, préparant sa réponse. Mais elle vit son visage se fermer à nouveau, se figer dans cette expression tellement masculine de celui qui gérait, qui contrôlait tout, et qui pouvait tout prendre sur soi car il était fort.

« Je ne devrais pas te dire ce genre de choses... »

Qu'est ce qu'elle pouvait détester ça ! Elle soupira discrètement.

« Je ne vois pas pourquoi tu ne devrais pas me dire ce genre de choses, Jeroen. »

Parce que t'as failli y passer ? Parce que ton copain a failli y passer ? Parce que tes amis, tes proches, tu les as vu souffrir, tu les as vu se briser ? Parce que tu as pris dix fois, cent fois, mille fois la place des moldus auxquels ils s'attaquaient, que tu t'es interposée, que tu t'es sacrifiée pour protéger ceux qu'ils prenaient comme leurs victimes, au détour d'un couloir ? Parce que tu l'as vécu, ce genre de choses, et que tu étais de l'autre côté, dans l'autre camp ? Tu as souffert, tu as vu la souffrance. La peur, les cris, les larmes, tu connais tout ça, et ça te donne encore envie de gerber lorsque tu y repenses, lorsque tu repenses à ces fous furieux qui torturaient des gamins gratuitement, pour le simple plaisir de voir souffrir quelqu'un. Ça te met hors de toi, ça te révolte. Tu veux encore savoir pourquoi il ne devrait pas te dire ce genre de choses ? Non. Tu as beau avoir été dans l'autre camp, tu as beau avoir été la victime et lui le bourreau, ça ne veut rien dire, car aujourd'hui, c'est ton ami, et tu es là pour tes amis. Tu as appris à voir les bonnes choses en lui, et à ignorer les moins bonnes. Tu l'as tout de suite compris, accepté, toléré. Au mois de juillet, il était encore le mec convaincu que tout ce qu'il faisait, c'était bien, car l'intention était bonne. Il ne te l'a jamais dit, mais tu se doutes bien que ses victimes à lui se portaient mieux que celles des autres, qu'il les épargnait lorsqu'il pouvait se retrouver seul avec elles. C'était sa manière à lui de se protéger et de protéger ceux qu'il aimait. Vous êtes dans le même bateau, quand bien même la plupart des gens autour de vous pensent le contraire. Donc malgré toutes les raisons qu'il pourrait trouver pour ne pas te raconter ce genre de choses, tu les ignores, car il a besoin d'une oreille attentive et compréhensive, il a besoin d'une amie, et c'est l'essentiel.

« Tu te souviens ce que je t'ai dit l'autre jour ? T'es quelqu'un de bien, Jeroen. C'est pas pour ça que je l'ai dit, à la base, mais c'est vrai quand même. Et je ne dis pas ça parce que tu m'as aidée en juillet, ni parce que t'as été là pour moi à la rentrée. Tu as fait ce que tu as jugé bon, ou nécessaire, de faire pour protéger ta famille, et j'aurais fait pareil s'il n'avait fallu que ça pour protéger la mienne. »

Elle était capable de beaucoup de choses, pour ses amis. Elle était capable de mettre de côté les mauvais souvenirs liés aux supérieurs, d'oublier les cicatrices qu'ils lui avaient laissées sur le corps et sur le cœur, d'ignorer la douleur qu'elle ressentait en évoquant sa famille défunte par leur faute. Elle était capable de devenir quelqu'un d'autre. Ce n'était pas une question de force, c'était une question de dévotion. Elle était capable de dissimuler toutes ses émotions personnelles, de sorte à ce que Jeroen ne s'en doute même pas, et de n'exprimer que celles qui étaient tournées vers lui, vers sa détresse. Si elle avait mal, ce n'était pas pour elle, mais bien pour lui, pour sa détresse, son désespoir, ses doutes et ses inquiétudes. Donc oui, elle pouvait parler de sa famille un peu comme si de rien n'était. Elle le faisait déjà en temps normal, mais il était vrai que d'habitude, mentionner leur mort en particulier restait difficile pour elle. S'ils étaient morts, c'était, probablement, par un malheureux hasard. Parce qu'ils se trouvaient au mauvais endroit au mauvais moment. Ils vivaient à Liverpool, donc assez loin de la population sorcière londonienne. Des supérieurs devaient être passés par là et compris qu'ils n'était que de "vulgaires Sang-de-Bourbes", si bien qu'ils étaient allés leur rendre une petite visite, laissant un tas de cendres à la place de leur maison après leur passage. Caitlyn aurait pu faire n'importe quoi pendant deux ans – rester sage, se rebeller, faire semblant de partager leurs idées –, ça ne les aurait pas sauvés, car leur meurtre n'était pas en lien avec elle. Du moins, c'était l'explication, à ses yeux, la plus logique qu'elle avait trouvée et à laquelle elle se raccrochait quand elle reprochait leur mort, car il était tout bonnement improbable qu'ils aient été assassinés par sa faute, pour se venger d'elle ou pour quelle autre raison que ce soit. Elle n'en avait pas moins un pincement au cœur à chaque fois qu'elle y repensait, mais ce n'était pas pour ça que Jeroen devrait refuser de se confier à elle.

« Et pis Rivers est un fou qui comprend pas que les gens ne s'endurcissent pas forcément quand on les met dans des conditions difficiles, mais qu'ils peuvent s'effondrer, aussi. »

C'était pour rebondir sur sa remarque par rapport aux conséquences des "manières de brute" de Rivers. Il y en avait pour qui les effets étaient positifs, mais d'autres s'écroulaient, car c'était un traumatisme de plus. Comme si les pauvres gosses en deuxième et troisième année n'en avaient pas déjà assez vu comme ça, avec ce qu'ils ont vécu pendant deux ans. Mais elle avait déjà essayé de critiquer les manières du directeurs, quand il n'était encore que professeur de DCFM. Résultat ? Elle avait fait perdre 200 points à sa maison et était sortie du bureau au bord des larmes, car il lui avait dit des vérités auxquelles elle ne s'attendait pas. Il n'empêche qu'elle n'avait pas arrêté de trouver que sa pédagogie n'était pas idéale dans toutes les situations. Mais voilà, c'était un choix qu'il avait fait, et chaque choix a ses avantages et ses inconvénients. C'était ainsi, ils devaient faire avec, en en tirant le plus possible. Elle s'efforçait de faciliter la vie à tout le monde, que ce soient des amis ou des parfaits inconnus. Notamment, les jeunes enfants de première, deuxième, troisième année. Des gosses de douze ans qui vivaient un enfer au quotidien depuis deux ans, qui avaient constamment peur, qui se réveillaient en criant de cauchemars effroyables chaque nuit... Elle les entendait, leurs cris, des fois. C'était à lui briser le cœur. Mais c'était comme ça. Et mieux valait vivre avec des cauchemars que mourir en ayant eu le sommeil tranquille. C'était une forme de préparation, du moins c'était comme ça qu'elle comprenait les manières du directeur. Restait à voir s'il y aurait plus de brisés que de préparés au bout du compte...

« On a tous nos secrets, Jeroen. Avec ce qu'on a vécu pendant deux ans, ils comprendront jamais, à la maison. À moins qu'une guerre ne se déclenche... mais pour le moment, on a vu, vécu et fait des choses dont ils ne se doutent même pas dans leurs rêves les plus sombres. »

Elle fit une pause et détourna le regard qu'elle avait dardé sur lui. Elle passa une main dans ses cheveux, puis inspira, se tourna vers lui à nouveau, et enchaîna.

« Chacun réagit différemment, et Jeroen, la pire des choses que tu puisses faire maintenant, c'est te laisser submerger par des reproches. Tu sais, t'es pas obligé de leur dire, si tu ne veux pas. Enfin, à la base, je suis contre toutes les histoires de secrets, parce que souvent, ça ne fait qu'empirer les choses. Ya qu'à voir Elias et moi cet été. Mais voilà, si t'es pas prêt, rien ni personne ne t'oblige à dire à ta famille ce que tu as fait. »

Sous-entendu, tu pourras toujours m'en parler à moi. Un jour, les gens comprendront, comme j'ai compris. Et ta famille aussi, elle comprendra. Si elle t'aime, si elle est aussi tolérante que tu me l'as dit en juillet, elle comprendra. Ça leur prendra du temps, ça les choquera, ça les dégoûtera peut-être, mais tu es et resteras à jamais un Van Saade.

« Moi aussi, ils m'ont reproché de n'avoir rien fait pour les sauver. Je me le reproche à moi même aussi, parfois. Ils m'ont reproché d'avoir attiré l'attention sur moi, de ne pas... je sais pas. Je sais pas ce qu'ils auraient voulu que je fasse. Que je me fasse du polynectar pour prendre l'apparence d'un d'eux, sortir de Poudlard, aller à Liverpool le jour même où ils se sont fait attaquer pour les prévenir ou les protéger, peut-être ? »

Elle eut un rire sec, amer.

« Non, ils sont morts, mais c'est pas par ma faute. J'ai fait des choix, j'ai pris des décisions, et je les assume. Je sais pas si c'était du courage ou de la folie, mais c'était ce que je croyais être le mieux pour eux, pour moi, pour tout le monde, et ça me suffit comme explication. Ça doit leur suffire aussi, même s'ils ne sont plus là pour me le dire. Donc ce que j'essaye de te dire, c'est que tes choix à toi, tes décisions, tes actes et tes sacrifices... Tu pourras pas empêcher les gens de juger, ni le leur reprocher, mais assume les, et ne permets à personne de les condamner, même pas à ton père. »

Elle aurait voulu lui dire qu'ils n'auront pas honte de lui, qu'ils ne le jetteront pas dehors, qu'ils ne le renieront pas. Mais qu'est ce qu'elle en savait ? La seule chose qu'elle pouvait lui dire, c'était de ne pas autoriser aux regrets de prendre le dessus sur lui. Il était qui il était, avec son caractère, sa famille et son passé. Il ne pourrait pas l'oublier, et il ne devait pas l'oublier, car un futur se construit sur les bases du passé. Il devait l'accepter et vivre avec. Il pouvait décider qu'il voulait changer, dans le futur, mais il ne pourrait pas changer le passé.
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MessageSujet: Re: Lost in empty spaces ▬ Cait [event Halloween]   Sam 23 Aoû 2014 - 15:08

Plus forte que lui ? Il n’avait jamais demandé quelque chose de tel. Pourquoi cela aurait-il dû être une condition inhérente à l’entraide ? Il n’y avait pas besoin d’être plus fort pour soutenir, il suffisait d’avoir quelque à donner. Comme, et c’était l’exemple le plus parlant, de l’amour. La mère de Jeroen n’avait jamais été forte. En fait, elle avait toujours fait preuve d’une faiblesse de caractère remarquablement désolante, au point que son propre fils s’était mis en tête de ne jamais « finir comme elle », c’est-à-dire malheureuse au point de se laisser mourir en laissant trois gamins dont une de 6 ans à peine et son grand amour en arrière. Mais voilà, aussi dépressive eut elle été, elle restait une femme adorable, toujours prête à donner le peu qu’elle avait pour son entourage. Bon sang, qu’est-ce qu’elle les avait aimés ! Tous gamins qu’ils avaient été, ils n’avaient réclamé que les bras de leurs parents. Même aujourd’hui, sa tendresse lui manquait. Il se suffisait des câlins virils avec son père et Emeric et des bisous baveux de la petite dernière, mais il n’aurait échangé sa mère contre une autre pour rien au monde.

Ça aurait pu être quelqu’un d’autre à la place de Caitlyn, effectivement. Se serait-il laissé faire par une autre personne bien intentionnée ? Oui, sans doute. Ses amis semblaient un peu crétins sur les bords, mais il ne s’entourait que de gens sur qui il pouvait compter. Chaque ami avait son intérêt, en quelque sorte. Il ne calculait pas tout mais inconsciemment, il fuyait les gens qui en demandaient trop sans rien donner en retour, et il n’avait pas à s’en plaindre. Après les épreuves qu’ils avaient vécues, il savait que ces quelques gus aux caractères bien trempés l’appréciaient tels qu’il était et, s’il le fallait, accepteraient un instant de faiblesse de la part de leur pote. C’était comme ça. Ils se prenaient tous pour des petits coqs de basse-cour, des gamins invincibles et trop sûrs d’eux, mais au fond, ils étaient plus que ça. La plupart étaient matures et savaient cerner ce qu’un silence ou un comportement pouvait cacher. Ils avaient juste des méthodes de torture (pour connaitre le problème) et de soin (pour les régler) qui pouvaient étonner… Mais pourquoi faire dans le mélodrame ou la psychothérapie quand on sait que seul le temps règlera les soucis ?

Caitlyn avait sa sensibilité à elle. Elle était là pour faire parler Jeroen, thérapie par la parole, par l’évacuation des sentiments négatifs. Ça avait ses avantages et ses inconvénients, comme tout. Il fallait de la patience. Il fallait savoir répondre à des questionnements qu’elle ne pouvait pas forcément comprendre, vu qu’elle n’avait jamais entendu le serpentard parler ouvertement de ses soucis. C’est plus complexe que de faire des blagues toutes les trente secondes pour se changer les idées, quoiqu’il fallait avoir certaines prédispositions au comique de répétition pour tenir un tel rythme de blagues pourries à la minute… Son père fonctionnait de la même manière. Son frère, quant à lui, était… un peu plus insistant ; cet été, il avait même fait du chantage à son petit frère pour qu’il se laisse soigner, mais il n’avait que de bonnes intentions. La différence, c’était qu’il n’en avait pas demandé plus. Chacun son truc. Au final, que Cait ait été celle qui l’avait récupéré dans cet état, ouais, c’était bien.

Il s’était donc mis à parler. De sa famille principalement, de cette angoisse terrible lorsqu’il imaginait leur réaction en apprenant ce qu’il avait fait. Un empire peut s’effondrer pour pas grand-chose, et Jeroen avait conscience que sa plus grande force était aussi sa plus grande faiblesse. La famille, c’est sacré. Sans la famille, il ne serait pas l’homme qu’il serait aujourd’hui, et il n’aurait plus de raisons de devenir un homme meilleur. C’était comme ça qu’il concevait sa vie. Et en cela, il admirait franchement Cait : vivre après que toute sa famille ait disparu, vivre comme une adolescente normale, c’était une preuve de sa force de caractère. Jeroen ne pourrait pas faire ça. Il s’effondrerait s’ils venaient à disparaitre. Mais il emmènerait du monde dans sa chute, c’était garanti. Sa famille, c’était sa barrière contre le vide. Quoi de plus normal que d’appréhender leur avis ? Ils avaient tous les deux le même recul dans la voix, lorsqu’il parlait famille, mais au fond elle était plus forte que lui… Elle arrivait en partie à se défaire de la culpabilité de leur mort, Jeroen n’était pas capable de ne pas s’en vouloir parce qu’il avait simplement touché aux principes qui lui avaient été inculqués. Tu parles d’un homme indépendant… Il finit en s’excusant de lui raconter ce genre de choses, et sentit immédiatement que Cait avait l’air tentée de lui en mettre une.

- Je ne vois pas pourquoi tu ne devrais pas me dire ce genre de choses, Jeroen.

Parce que, en toute connaissance de cause et sans sourciller, il avait fait du mal à des innocents pour se protéger ? Parce que ça aurait pu être elle ? Ou Elias ? Elle disait bien ça parce qu’il ne l’avait jamais touchée. Mais il avait connu des gens qui n’avaient jamais accepté ce qu’il leur avait fait. Candice lui avait bien fait payer avant de disparaitre de la circulation. Emily devait lui en vouloir aussi, même s’il ne lui avait rien fait directement… Des exemples parmi d’autres, évidemment, il y avait de tout et la plupart étaient toujours en vie, mais ça faisait mal au cœur de voir les listes des victimes et d’y reconnaitre des noms. Quant à son avenir, il l’avait tout bonnement bousillé. Il s’en rendait compte chaque minute depuis que les Supérieurs avaient été jetés dehors : sa réputation ici était entachée, il ne pouvait pas en parler à sa famille et tant qu’il y aurait des timbrés dans ce monde, il ne serait pas tranquille. Même dans une simple école, il risquait de se prendre des doloris par des sortilèges à la con, ce n’était pas normal, ce n’était pas ce qu’il voulait. Lui qui rêvait « simplement » d’être un grand nom du Ministère… C’était purement égoïste. Il était loin du Schindler qui avait rattrapé ses erreurs en sauvant plus de mille personnes - fallait dire aussi qu’il n’y avait même pas autant de monde à sauver dans l’école… Il fallait d’autres raisons ou celles-là suffiraient ?

- Tu te souviens ce que je t'ai dit l'autre jour ? T'es quelqu'un de bien, Jeroen. C'est pas pour ça que je l'ai dit, à la base, mais c'est vrai quand même. Et je ne dis pas ça parce que tu m'as aidée en juillet, ni parce que t'as été là pour moi à la rentrée. Tu as fait ce que tu as jugé bon, ou nécessaire, de faire pour protéger ta famille, et j'aurais fait pareil s'il n'avait fallu que ça pour protéger la mienne.

A son tour de soupirer imperceptiblement. « Que » ça ? Bousiller deux ans de sa vie, sa réputation et une partie de son âme, ce n’est pas rien. Ce n’est pas une solution de facilité quand on ne partage pas ces idées-là. Cait n’en aurait pas été capable, même si ça aurait pu suffire. Les merdeux que Jeroen avait croisés dans leurs rangs n’étaient pas impliqués de la même manière, ils se faisaient menacer pour qu’ils deviennent plus obéissants. C’était des victimes, clairement. Lui, il avait collaboré après une simple menace de la part d’amis. Non, Cait n’aurait pas pu. Pas au même niveau. Si elle était en cause dans la mort de ses parents, ça n’aurait probablement pas changé grand-chose. Et ça aurait été dommage de gâcher une âme pareille quand il y avait des gens comme Jeroen pour récupérer le sale boulot et se salir les mains à la place des autres… Mais il ne lui dirait pas tout ça. Elle n’avait pas besoin d’entendre ce genre de choses. Si croire qu’elle aurait été capable de tout pour les autres lui faisait du bien et la rassurait, alors il fallait qu’elle le croie. Ne pas remettre ses convictions fragiles en doute…

- Et pis Rivers est un fou qui comprend pas que les gens ne s'endurcissent pas forcément quand on les met dans des conditions difficiles, mais qu'ils peuvent s'effondrer, aussi.
- En même temps, je le comprends, Rivers. Je le respecte. Il a fait un travail de malade ici. Je veux dire, objectivement, l’idée est bonne, la plupart des gamins ici ont besoin d’être endurcis. Mais il est difficile de contenter tout le monde, et ce n’est pas lui qui contrôle les angoisses de chacun…

Vas-y, justifie-le. Ça occupe. A coup sûr, Rivers s’était mis le château entier à dos avec cette semaine infernale. Et puis, finalement, Jeroen s’en voulait surtout à lui-même. Il n’avait pas les mêmes faiblesses que les autres, et il en comprenait les limites. Ce qui le tuait le plus, c’était le temps. La répétition. Les regards constamment posés sur lui. Mais se battre contre ça, il ne savait pas faire. Il pensait gérer jusque-là, mais il comprenait qu’il s’était bercé d’illusions, illusions brisées par d’autres illusions, quelle ironie… C’était plus facile d’en vouloir à quelqu’un d’autre mais le seul fautif dans l’histoire, c’était lui et sa manie de se croire plus fort qu’il ne l’était. Les autres géraient comme ils pouvaient eux aussi. Il fallait qu’ils comprennent que l’horreur n’était pas terminée parce que le château était supposément nettoyé. C’était complètement faux, le risque était toujours omniprésent et des timbrés vivaient avec eux sans que personne ne soit au courant, Jeroen en savait quelque chose… Crier au loup ne servait à rien, mais répéter qu’une attaque était possible permettait au moins de savoir dans quoi on était embarqué.

- On a tous nos secrets, Jeroen. Avec ce qu'on a vécu pendant deux ans, ils comprendront jamais, à la maison. À moins qu'une guerre ne se déclenche... mais pour le moment, on a vu, vécu et fait des choses dont ils ne se doutent même pas dans leurs rêves les plus sombres. Elle fit une pause avant de continuer. Chacun réagit différemment, et Jeroen, la pire des choses que tu puisses faire maintenant, c'est te laisser submerger par des reproches. Tu sais, t'es pas obligé de leur dire, si tu ne veux pas. Enfin, à la base, je suis contre toutes les histoires de secrets, parce que souvent, ça ne fait qu'empirer les choses. Ya qu'à voir Elias et moi cet été. Mais voilà, si t'es pas prêt, rien ni personne ne t'oblige à dire à ta famille ce que tu as fait.

Petit rire nerveux. Son père était parfaitement en position pour comprendre ce qui s’était passé. Il travaillait dans le milieu après tout, il en avait vu des vertes et des pas mûres dans son boulot, et rien qu’en ayant vu sa femme mourir à petit feu parce qu’elle avait vu une simple attaque magique en plein milieu de Londres, il pouvait comprendre les ravages que cela pouvait causer. Même son frère y connaissait quelque chose puisqu’il bossait à soigner des traumatismes physiques. Cela donnait-il une légitimité pour faire du mal ? A-t-on le droit de faire souffrir simplement parce qu’on souffre soi-même ? Parce qu’on veut protéger sa famille, alors que cette même famille est capable de se protéger contre le monde entier sans que personne n’ait à renier ses convictions, au contraire ? Bon sang, avait-il vraiment besoin de répondre à cette question ?

- Moi aussi, ils m'ont reproché de n'avoir rien fait pour les sauver. Je me le reproche à moi-même aussi, parfois. Ils m'ont reproché d'avoir attiré l'attention sur moi, de ne pas... je sais pas. Je sais pas ce qu'ils auraient voulu que je fasse. Que je me fasse du polynectar pour prendre l'apparence d'un d'eux, sortir de Poudlard, aller à Liverpool le jour même où ils se sont fait attaquer pour les prévenir ou les protéger, peut-être ? Rire sec. Non, ils sont morts, mais c'est pas par ma faute. J'ai fait des choix, j'ai pris des décisions, et je les assume. Je sais pas si c'était du courage ou de la folie, mais c'était ce que je croyais être le mieux pour eux, pour moi, pour tout le monde, et ça me suffit comme explication. Ça doit leur suffire aussi, même s'ils ne sont plus là pour me le dire. Donc ce que j'essaye de te dire, c'est que tes choix à toi, tes décisions, tes actes et tes sacrifices... Tu pourras pas empêcher les gens de juger, ni le leur reprocher, mais assume-les, et ne permets à personne de les condamner, même pas à ton père.
- J’ai du mal. Mes convictions, c’est mon respect pour la famille, pour ce que mon père m’a appris, le respect des moldus et de l’espèce humaine en général. La violence gratuite, c’est pour les faibles, et faut vraiment être cinglé pour y trouver du plaisir. Tu vois ce que j’en ai fait, de mes principes ? Il manquerait plus que je trouve que ce que j’ai fait était bien, et il ne me resterait plus rien.

Il était devant une contradiction plutôt dérangeante. S’il se pardonnait le fait d’avoir fait du mal à des pauvres merdeux qui s’accrochaient à leurs convictions, convictions qu’il partageait en plus, alors il donnerait raison à tous ceux qui le critiquaient. Ça justifierait qu’il ait fait du mal à autrui, chose qui n’était pas justifiable, jamais. C’était un manque d’être, une preuve qu’il manquait une case à la personne. Il voulait s’accrocher à ses petites cases. Ils lui avaient pris deux ans de sa vie, sa fierté, sa réputation, son âme, mais ils ne lui enlèveraient jamais ça ! Ils ne lui feraient jamais croire que toute cette barbarie était excusable, quelle que soit le niveau. Il s’était foutu lui-même dans une impasse, mais il préférait y rester que retourner dans le monde ignoble qu’il essayait de quitter. Ça n’empêchait pas le fait que c’était extrêmement douloureux à encaisser.

- Et puis, je comprends les jugements, les reproches, mais la différence entre toi et moi, c’est que dans ton cas, il n’y a que toi. Les illusions puisent dans tes angoisses, pas dans ce qu’ils auraient réellement pensé. C’est toi qui parlais à travers la bouche de tes parents, toi seule qui te reproche d’être la cause de leur mort.

Alors que lui, il se le reprochait à lui-même, et en plus, il avait une armée de gamins blessés pour lui en vouloir à mort. Il marqua une pause en se rendant compte de la violence de ses propos. Pas très sympathique tout ça… elle essayait de le réconforter en faisant la parallèle avec sa propre histoire, et lui, il lui balançait ses quatre vérités en pleine face pour montrer que ce n’était pas du tout la même chose… il cacha son visage sous ses bras pour qu’elle ne voit pas qu’il était sur le point de se remettre à pleurer tellement il avait honte de son comportement.

- Excuse-moi. Tu vois, vaudrait mieux que je ferme ma gueule…
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MessageSujet: Re: Lost in empty spaces ▬ Cait [event Halloween]   Lun 25 Aoû 2014 - 11:38

Une psy. Caitlyn était un peu comme une psy, parfois. Faire parler les gens, les écouter, c'était la base. Les consoler, réconforter, consoler, soutenir, c'était la suite. Les faire sourire, leur redonner le moral, leur permettre de reprendre espoir, les remotiver, c'était l'objectif. Le tout avec douceur et insistance à la fois. Patience et tolérance. Ils avaient un psy, à Poudlard, certes, mais la différence entre un vrai psy et elle, c'était les principes. Elle ne se faisait pas payer pour écouter les autres, elle n'était pas employée, ce n'était pas un travail ni une obligation que d'être là pour ses amis. Elle se doutait bien que les vrais psys avaient des prédispositions pour le métier qu'ils faisaient – ce n'étaient pas des égoïstes, des comiques ni rien – et ils avaient une formation bien précise et certainement très adaptée, ainsi que de l'expérience et une certaine habilité, donc elle était tout sauf en train de les critiquer, mais pourtant, s'il y avait une profession qu'elle n'avait certainement pas envie de faire, c'était bel et bien celle de psychologue. Ce serait un peu comme se faire de l'argent sur le malheur des autres. Même si l'intention était bonne et qu'elle était reconnaissante pour chaque suicidaire dissuadé, pour chaque dépressif qui avait retrouvé de l'optimisme, etc, grâce aux soins d'un psy, elle savait que sa conscience à elle ne lui aurait pas permis de considérer son oreille et sa sensibilité comme un travail. Elle le considérait comme humain, et probablement qu'elle aurait aussi écouté et consolé des personnes qu'elle n'aimait pas, tout simplement parce qu'elles étaient humaines comme elle, et que leurs états d'âme la touchaient. Cassie, par exemple ; si celle-ci, au lieu de laisser sortir son désespoir par de la violence physique, avait accepté de pleurer ou même juste de parler. Peut-être que même face à quelqu'un comme Connor, si elle le voyait submergé par la tristesse ou déprimé au possible, elle aurait mis de côté ses sentiments et fait son possible pour pour le consoler. Alors, pour Jeroen, qu'elle considérait vraiment comme un ami proche, bien qu'ils ne traînent pas très souvent ensemble, la question ne se posait même pas. Il allait de soi qu'elle ferait tout son possible pour qu'il aille mieux à nouveau.

Parler de ses problèmes. S'ouvrir, se confier. Tout comme partager sa joie pouvait l'augmenter, partager sa tristesse la diminuait. En les formulant, les soucis devenaient parfois plus simples à résoudre. Les raconter ou les écrire permettait de prendre du recul, de s'alléger le cœur et l'esprit, et au bout du compte, même ce n'était pas la solution à tout, ça avait au moins l'avantage d'apaiser un peu les douleurs, de soigner les plaies trop fraîches. Ça ne marchait pas à chaque coup, car chez certaines personnes, la fierté et la honte représentaient un blocage et il fallait, en gros, que l'épuisement physique et psychologique soit assez fort pour faire tomber cette barrière. Jeroen était ce cas là. Caitlyn l'était aussi, en fait. Ils ne parlaient pas trop de leur vie privée, de leurs soucis, de leurs problèmes personnels, mais aucun puits n'étant sans fond, il arrivait bien un moment où ils finissent par parler malgré tout. Et des choses à dire, ils en avaient. La dernière fois, en septembre, c'était Caitlyn qui avait craqué. Aujourd'hui, c'était au tour de Jeroen. Dans les deux cas, il s'agissait de la famille. La jeune femme avait perdu la sienne en janvier, l'avait appris en juillet, et le deuil avait été plus dur à faire que prévu, probablement parce que sa rupture avec Elias était venue renforcer son sentiment d'abandon. Aujourd'hui, elle avait accepté qu'elle était orpheline, elle arrivait plus ou moins à en parler comme si de rien n'était, à faire comme si la plaie avait déjà cicatriser. Son exemple, son modèle, c'était Rafael. Elle voulait pouvoir agir comme il le faisait lorsqu'il était question de famille. Et elle y arrivait presque. Mais elle continuait à sentir son cœur se serrer. Elle ne savait pas si c'était normal. Probablement oui, mais c'était assez inconfortable, voire même handicapant. Quoi qu'il en soit, maintenant que sa famille était décédée, elle était au moins sûre que personne ne pouvait s'en prendre à eux pour l'atteindre. La seule chose qui lui restait à protéger c'était ses amis et elle-même.

Protéger sa famille. Elle s'était parfois reproché de ne pas l'avoir fait. Elle aurait pu avoir la même idée que Jeroen, à savoir, faire semblant d'être dans le camp des supérieurs, faire sacrifice de ses principes et de son âme, pour qu'ils épargnent sa famille. Ce n'était pas rien, c'était même quelque chose d'admirable, qui témoignait de la force du caractère et de la volonté du Slyth. En aurait-elle été capable ? Elle aimait bien se dire que oui, mais en soi, elle savait bien que non. Et elle savait aussi que ça n'aurait servi à rien. Si sa famille avait été assassinée, c'était certainement parce que des Supérieurs s'étaient retrouvés à Liverpool et avaient donc pu comprendre que cette ville abritait une famille de sorciers nés-moldus. Du moins, c'était la raison la plus plausible. Car Caitlyn, même si elle s'était depuis toujours clairement opposée à l'idéologie des Supérieurs, n'avait rien fait d'assez important pour qu'ils soient tentés de remonter jusqu'à sa famille. Et qu'ils les aient tués sans le lui dire prouvait bien qu'ils n'avaient pas été les retrouver pour lui mettre la pression ou quoi que ce soit, mais qu'il s'agissait bel et bien d'une action sans préméditation et sans but précis autre que celui de persécuter et exterminer tous les sorciers qui n'étaient pas de sang-pur. Bref, malgré les reproches qu'elle avait eus quand elle avait appris leur mort, elle savait que ce n'étaient pas à cause d'elle qu'ils étaient morts, et que faire ce que Jeroen avait fait ne les aurait pas aidés. Et ça tombait bien, car elle n'en aurait probablement pas été capable. Ce qu'elle voulait dire, c'était que dans le cas de Jeroen, elle pouvait bien comprendre qu'il ait choisi de faire ça, et que c'était la preuve d'une dévotion et d'un amour sans égaux pour sa famille.

« J’ai du mal. Mes convictions, c’est mon respect pour la famille, pour ce que mon père m’a appris, le respect des moldus et de l’espèce humaine en général. La violence gratuite, c’est pour les faibles, et faut vraiment être cinglé pour y trouver du plaisir. Tu vois ce que j’en ai fait, de mes principes ? Il manquerait plus que je trouve que ce que j’ai fait était bien, et il ne me resterait plus rien. »

Ce qu'il disait là était vrai aussi. Elle n'y avait pas pensé de cette manière là, elle ne l'avait pas vu de ce point de vue. Il la mettait un peu dans une impasse. Disons que ce dont il pouvait être fier, c'étaient bel et bien sa dévotion et son amour pour sa famille, mais après, il était vrai que se féliciter pour ce qu'il avait fait remettrait clairement en cause cette dévotion et cet amour, ce respect qu'il avait pour eux et pour leurs principes. Que pouvait-elle lui conseiller ? Qu'aurait-elle fait, à sa place ? Elle n'était même pas sûre de réellement pouvoir s'imaginer à sa place. Non, elle n'aurait pas été capable de faire ce qu'il avait fait, elle n'aurait pas pu vivre avec soi-même, elle n'aurait pas pu se le pardonner et continuer à avancer. Mais elle n'allait certainement pas lui dire ça. Elle ne pouvait pas lui dire qu'elle aurait préféré se faire torturer que devoir torturer des innocents. Elle ne pouvait pas lui dire à quel point elle comprenait et était d'accord avec ce qu'il était en train de lui dire là, avec la manière dont il se blâmait pour tout ce qu'il avait fait. Ou si ? Peut-être cherchait-il justement quelqu'un qui lui confirme ses doutes, ses reproches, sa mauvaise conscience. Elle le prit dans ses bras à nouveau et le berça deux-trois fois de gauche à droite. Elle ne savait pas quoi dire. Elle était quelqu'un qui savait écouter et compatir, mais elle n'était pas très douée pour répondre, pour parler. Elle garda le silence.

« Et puis, je comprends les jugements, les reproches, mais la différence entre toi et moi, c’est que dans ton cas, il n’y a que toi. Les illusions puisent dans tes angoisses, pas dans ce qu’ils auraient réellement pensé. C’est toi qui parlais à travers la bouche de tes parents, toi seule qui te reproche d’être la cause de leur mort. … Excuse-moi. Tu vois, vaudrait mieux que je ferme ma gueule… »

Elle déglutit difficilement, pinça les lèvres, serra les dents. Aïe. Ça, ça faisait mal. Ça faisait mal parce que c'était la vérité, et la vérité blessait. Son illusion, c'était elle et elle seule qui se faisait des reproches. Celle de Jeroen, c'était non seulement lui qui s'en voulait, mais aussi la plupart de ses victimes, et, surtout, sa famille. Il cacha son visage dans ses bras à nouveau, tandis que de son côté, la jeune femme faisait tout pour retenir ses larmes de couler sur ses joues, essayant de les ravaler et clignant des paupières pour les chasser de ses yeux. Pouvait-elle lui-en vouloir pour ça ? Pouvait-elle se mettre en colère ? C'était la vérité, ce qu'il lui disait là, et elle le savait bien. Elle ne le lâcha pas, et exerça une petite pression autour de ses épaules pour lui manifester qu'elle était toujours là et qu'elle ne comptait pas partir. Qu'elle ne lui en voulait pas. Ils restèrent silencieux un moment. Elle ne savait toujours pas quoi dire, et avait donc pris le parti de juste essayer de le consoler par sa présence, parce que parfois, la compagnie faisait des miracles et que la tristesse n'était qu'une histoire de solitude. Bien sûr, chez Jeroen, il y avait bien plus que la solitude qui lui pesait. Et même si parfois, être seul pouvait aider pour faire le point et se raisonner soi-même, elle sentait que la pire chose à faire en cet instant, c'était bien de l'abandonner là. Peut-être plus tard, lorsqu'elle sentirait qu'il n'était pas au bord du gouffre et ne risquait pas de s'y jeter, lorsqu'il sentirait qu'il était assez fort pour s'en dissuader seul. Mais là... non. Elle ne pouvait pas faire ça. Elle devait être là pour lui, malgré les sentiments que la conversation soulevait en elle, malgré les pincements au cœur et les larmes qui lui montaient aux yeux. Elle finit par sourire faiblement, même s'il ne pouvait sans doute pas le voir.

« Non, t'as raison. C'est... c'est tellement contradictoire. Tes convictions, tes principes... t'as tout mis de côté pour protéger ta famille, et maintenant, tu t'en veux parce que c'est comme si c'était eux que tu avais mis de côté. »

Elle s'interrompit pour réfléchir. Il fallait être intelligent, pour comprendre ne serait-ce que la superficie de toute cette histoire, tellement c'était compliqué et tellement tout s'embrouillait. Il avait mal agi, dans le but de protéger ceux qu'il aimait. La fin justifie les moyens ? Elle détestait cette conception des choses. Quelques fois, elle était vraie, mais ce qu'elle impliquait était tout simplement horrible et inhumain. Si Jeroen se mettait à justifier ce qu'il avait fait par sa volonté de protéger sa famille, il deviendrait une personne méprisable. Probablement que son père ne voulait pas être protégé à ce prix là. Probablement que son frère, sa sœur, ne voulaient pas être épargnés si des dizaines d'innocents devaient prendre à leur place et par leur frère. Quelle était la place de l'amour d'une famille pour un fils, par rapport à leurs principes et leurs convictions ? Auraient-ils préféré que les supérieurs s'en prennent à Jeroen plutôt que lui s'en prenne à des innocents ? Auraient-ils préféré que les supérieurs s'en prennent à eux plutôt que le voir bafouer son éducation et son honneur pour eux ? Elle pourrait trouver encore bien plus d'interrogations, en mélangeant entre elle les quatre variables. Torturer Jeroen VS torturer sa famille VS torturer des innocents VS compter Jeroen dans leurs rangs. C'était un nœud quasiment impossible à dénouer.

« En fait... en fait je pense qu'il faut oublier ça. Enfin non, pas l'oublier, et pas l'accepter non plus, mais disons, faire avec. Je suis d'accord avec toi quand tu dis que c'est impardonnable, inexcusable, injustifiable etc., mais... arrête de t'en vouloir. Tu te fais du mal, et c'est idiot. Et arrêter de t'en vouloir ne signifie pas que tu te le pardonnes. Ça veut juste dire que tu vis avec celui que tu es. Ne rajoute pas ton propre nom à la liste de ceux auxquels t'as fait mal. Et ne laisse pas les Supérieurs te briser. »

T'as tenu le coup quand t'étais avec eux ; maintenant, tiens le coup quand t'es contre eux. Même si t'es contre leurs victimes en même temps. Ils peuvent agir par beaucoup de manières. Les remords et la mauvaise conscience qu'ils provoquent chez toi en font partie.
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MessageSujet: Re: Lost in empty spaces ▬ Cait [event Halloween]   Sam 13 Sep 2014 - 1:06

C’était dur de gérer un tel cerveau, de telles contradictions. Un psychologue s’arracherait les cheveux au bout de six mois à essayer de comprendre son fonctionnement et comment dépasser les conflits internes qui l’empêchaient d’avancer. Mais accepterait-il seulement l’aide d’un professionnel ? Est-ce que se faire remettre à sa place par quelqu’un d’expérimenté capable de démêler les fils n’était pas un peu trop pour lui ? Peut-être que ce n’était pas si compliqué, qu’il suffisait de parler pour cibler le point qui fait mal. C’était un peu comme un nœud musculaire : pour l’enlever, pas le choix, il fallait détendre puis appuyer comme un malade jusqu’à ce que tout fonde sous les doigts. Les blessures de l’âme sont d’une autre envergure, et laissent plus de traces qu’un petit nœud. Etait-il prêt à entendre ça ? Pas vraiment. C’est pour ça qu’il n’avait jamais beaucoup parlé de ses problèmes. Il avait peur que quelqu’un d’autre sache mieux que lui et tente de lui imposer une vérité pas belle à voir, ou du moins qui remettrait en question des idées qu’il baladait depuis des années. Sa fierté n’aimerait pas du tout ça. On ne se refait pas après tout. Pourtant, un réflexe de survie le poussait à s’ouvrir aujourd’hui. Ce n’était pas agréable du tout, mais réfréner ce besoin risquait de le névroser encore plus… Soupirs.

Oui, il était plein de contradictions. Son cœur et son cerveau disaient des choses totalement opposées parfois, et il avait pris l’habitude de faire marcher le cerveau avant le reste. Ça l’empêchait de se désintéresser totalement du sort de l’Humanité, au profit de son petit bonheur bien entendu. Parce que oui, sans l’éducation qu’il avait eue, il n’aurait pas été si tolérant, détaché et inquiet du sort de sa famille et, par extension, de tous les moldus, jeunes sorciers et réprimés de ce château. Sinon, comment expliquer l’absence de dégoût et de remords lorsqu’il avait dû faire du mal à de pauvres élèves, élèves qui n’avaient rien fait d’autre qu’affirmer des convictions tout à fait honorables ? Bien sûr que ça lui posait problème, dans sa tête. Il n’y avait jamais pris aucun plaisir, parce que c’était courber l’échine face à un plus fort qui ne tiendrait pas des lustres sur le trône avec ces méthodes barbares et idiotes. Ecouter son cœur lorsqu’il ne ressentait aucun remord, ça pouvait se révéler plus négatif qu’autre chose. Il avait peur de n’en avoir plus rien à faire, peur de défoncer cette dernière barrière qui le séparait de ces monstres, peur de tomber dans la spirale de la violence gratuite parce que « justifiée » au nom du bienêtre du plus grand nombre. En quelque sorte, il se faisait peur à lui-même. C’était forcément plutôt dur à gérer, parce qu’il avait encore toute une vie de cohabitation à tenir…

Le pire étant que ça lui faisait dire des horreurs. Sa remarque envers Caitlyn lui donna envie de se frapper, ou de se faire taire avec un bon sort de mutisme, ça marchait aussi. Oui, les illusions parlaient via leurs inconscients, mais avait-elle vraiment besoin qu’on lui assène cette vérité alors qu’elle n’avait rien demandé ? Non. Jeroen lui-même avait des choses à régler avec lui-même, avec sa famille, il n’avait pas le droit de tout reporter sur la jeune femme. Lorsqu’elle se figea à sa remarque, il se recroquevilla sur lui-même. La faire pleurer n’avait jamais été son intention, au contraire ; il était censé être là pour la réconforter et pas lui pleurer dans les bras en lui assenant un ou deux coups dans le dos pour se décharger de ses tensions. Ça le rendait dingue. Il reproduisait exactement le même schéma que sa mère lorsqu’elle pétait les plombs et laissait sortir des mots qu’elle regrettait aussitôt. La petite pression autour de ses épaules ne le rassura pas beaucoup. Elle était toujours là, elle ne l’abandonnait pas, d’accord, mais elle n’avait pas à accepter qu’il lui parle comme ça, qu’il lui dise de telles choses. Un mal être n’avait pas le droit d’en engloutir un autre. Se faire un peu engueuler lui ferait du bien de temps à autre, ça le recadrerait un bon coup… Mais il n’arriva pas à ouvrir la bouche après s’être excusé, et ce fut elle qui finit par céder à l’appel de la parole.

- Non, t'as raison. C'est… c'est tellement contradictoire. Tes convictions, tes principes… t'as tout mis de côté pour protéger ta famille, et maintenant, tu t'en veux parce que c'est comme si c'était eux que tu avais mis de côté.

Il hocha la tête en sentant une nouvelle bouffée d’angoisse poindre. Dite comme ça, par la bouche de quelqu’un d’autre, cette vérité lui faisait peur. Son seul désir avait toujours été de rentrer chez lui et de les serrer dans ses bras, et pourtant, pourtant… Chaque jour pendant les deux ans de siège, il avait fallu étouffer ce besoin pour survivre à la solitude. Est-ce que ça ne l’avait pas rendu d’autant plus solitaire ? Il n’avait pas mûri en deux ans, il s’était renfermé au contact humain comme si c’était devenu quelque chose de dangereux en soi. Durant les vacances, son père et son frère avaient veillé comme on veille sur un dépressif sur le point de se jeter à la flotte, métaphoriquement. Comme s’ils avaient perdu un bout de leur Jeroen et retrouvé d’autres morceaux un peu effrayants parmi les débris. Et encore, ils ne savaient pas, c’était ça le pire. Ils ne savaient pas à quel point certains morceaux avaient été réduites en miettes, juste parce qu’il avait décidé de céder à une menace qui n’avait été proférée que superficiellement. Il était allé au-devant des risques, c’était ça qui rendait sa démarche difficile à comprendre. S’il ne l’avait pas fait, il aurait commencé à se faire agresser quelques semaines plus tard seulement. Ou pas ? Incertitude terrible qu’est le « si » dans ce genre de situations. Il avait perdu cette confiance immense en lui-même et en sa famille, à laquelle il n’était même plus capable de dire ce qu’il avait fait sans avoir peur de leur jugement. Il les avait mis de côté, il leur avait caché la vérité alors qu’il les avait retrouvés entiers, l’unique but de tout ça…

- En fait... en fait je pense qu'il faut oublier ça. Enfin non, pas l'oublier, et pas l'accepter non plus, mais disons, faire avec.

Faire avec. Est-ce que ça pouvait être aussi simple que ça ? Qui ça satisferait qu’il accepte de vivre avec ses actes ? Après tout ce qui s’était passé, après tout ce qu’ils avaient vécu, la simplicité semblait une idée ridicule. Et pourquoi ne pas oublier ce qu’il s’était passé tant qu’ils y étaient ?

- Je suis d'accord avec toi quand tu dis que c'est impardonnable, inexcusable, injustifiable etc., mais… arrête de t'en vouloir. Tu te fais du mal, et c'est idiot. Et arrêter de t'en vouloir ne signifie pas que tu te le pardonnes. Ça veut juste dire que tu vis avec celui que tu es. Ne rajoute pas ton propre nom à la liste de ceux auxquels t'as fait mal. Et ne laisse pas les Supérieurs te briser.

Il releva la tête et regarda devant lui. Il n’avait pas vu les choses sous cet angle, et c’était une énorme erreur de sa part. Ça faisait partie de leur façon de faire, de ce qui les amusait. Briser jusqu’à leurs toutous. Mais insidieusement, surtout, il ne fallait pas que ça se remarque au premier abord, le jeu n’en était que plus long. C’était le trip des plus forts, et même morts, même jetés loin d’ici, ils savaient qu’ils avaient toujours une emprise sur ce château et ses habitants. Entre ceux qui avaient peur et ceux qui avaient honte, ils avaient de la matière pour revenir foutre le bordel. Ça n’atténuait pas l’angoisse, mais au moins, le serpentard commençait à remettre les idées en place. Ils étaient en train de gagner. Rivers voulait les secouer, leur faire comprendre qu’ils ne devaient pas se contenter d’être des victimes d’eux-mêmes et de leurs peurs. Il restait un beau salaud, ses manières faisaient grincer beaucoup de monde… mais il était aussi diabolique que les Supérieurs et c’était exactement ce qu’il fallait.

- Oui… Tu as raison. Je ne serai pas une victime. Bourreau je veux bien, mais pas victime. … C’est bizarre dit comme ça, non ?

Il soupira de malaise. Cela remettait tout de même en cause le rôle de la culpabilité dans tout ça. Sans culpabilité, il avancerait bien mieux, mais le plus grand nombre s’échinait à lui faire comprendre qu’il avait eu tort, qu’il devait se faire pardonner ses erreurs, des trucs du genre. Toutefois, écouter des gens qui n’avaient aucune idée de ce qui se tramait et qui jugeaient selon leur petit point de vue de victimes n’était pas la meilleure idée qui soit. Où se situait la limite entre justice et vengeance ? Quand devait-il accepter d’être en tort, et quand devait-il éteindre tout pour ne pas entendre ? C’était ça qu’il n’arrivait pas à cerner, mais ça viendrait certainement avec le temps… Jeroen se frotta le visage et se secoua les cheveux pour se donner une contenance et remettre de l’ordre dans ses idées. Ne pas être sa propre victime. Ok.

- Je ne voulais pas… c’est… on souffre tous de nos illusions. On n’est que des humains après tout. Je ne voulais pas remettre en question ce que tu as vécu. T’as le droit de m’en mettre une pour l’occasion, ça me rassurerait, même. Ne laisse personne te dire que tu es seule avec toi-même, même pas moi. C’est complètement faux, en plus.

Non, il ne lâcherait pas l’affaire. Il regrettait, mais il voulait aussi faire comprendre à Caitlyn qu’elle non plus n’avait pas à se positionner en victime. Il faisait insidieusement revenir le sujet de la conversation sur elle, signe qu’il était lui-même à court de choses à déballer. Ou plutôt signe qu’il allait un peu mieux. Ça dépend du point de vue ; là où un psy lui aurait redonné une bonne dizaine de séances, il avait tendance à se dire que ça se débloquerait tout seul maintenant qu’on lui avait envoyé à la gueule qu’il était trop occupé à s’auto flageller pour penser à se défendre des attaques extérieures. Il jeta un regard rapide à la jeune femme. Il avait l’air plus ou moins sérieux, avec ses yeux tout bouffis, mais bon…

- On est quand même tous vachement faibles…

Misérables petits humains soumis à leur faible condition. Fallait faire avec. C'était dit comme une remarque tout à fait banal. Et oui, c'était banal. Les conditions ne l'étaient pas, mais ils n'étaient au fond que des enfants prétentieux croyant avoir tout vu...
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MessageSujet: Re: Lost in empty spaces ▬ Cait [event Halloween]   Sam 20 Sep 2014 - 22:54

Ils n'arrêteraient jamais. Ils continueraient à les faire souffrir, à les torturer. À les écraser en riant de tout le sang et de toutes les larmes qui couleraient. … C'était tellement facile, de remettre la faute sur eux, de leur en vouloir à eux. D'un autre côté, c'était vrai. Ils avaient laissé assez de traces pour ne pas se faire oublier de si tôt. Des fois, Caitlyn se demandait s'il y avait dans l'école ne serait-ce qu'une seule personne qui ne faisait pas des cauchemars, la nuit. Pas forcément toutes les nuits, mais rien que de temps en temps, les rêves mouvementés témoignaient des marques qu'avaient laissé les Supérieurs sur leur passage. Car même si une bonne partie des jeunes sorciers s'en était tirée sans séquelles physiques, il y avait toujours les traumatismes, les peurs, les remords pour leur rappeler l'ère de terreur sous laquelle ils avaient vécu. Et c'était ces traumatismes, ces peurs, ces remords, qui servaient d'armes aux Supérieurs. C'était leur manière de continuer la guerre. Ils jouaient sur un autre terrain. Probablement ne s'en rendaient-ils même pas réellement compte, mais dans les esprits des élèves, c'était comme si les Supérieurs étaient toujours là, certes pas physiquement, mais psychologiquement oui. Et beaucoup n'avaient pas la force de continuer à se défendre, à se battre. Ils sombraient, s'enlisaient, dans le gouffre noir de la dépression, de la paranoïa, des reproches, et ne se rendaient pas compte que c'était là comme une faveur qu'ils faisaient aux Supérieurs. Qu'ils les laissaient prendre le dessus alors que tout ça n'était qu'une question de pensées, de volonté, et de force d'esprit. Ainsi que de lucidité. Car il fallait d'abord réaliser que certains comportements présents après le départ des Supérieurs pouvaient être des conséquences de leurs traitements, avant de pouvoir lutter contre lesdits comportements. Comme des soldats qui survivaient au front tout en ayant hâte de rentrer pour rester avec leurs familles, mais, une fois la guerre finie, constataient qu'ils étaient trop incompris et trop habitués au danger, et finissaient en dépression ou fous. La guerre, contre laquelle ils s'étaient battus, contre laquelle ils avaient résisté, cherchant à survivre, finissait par les rattraper, les tuer tout de même, de l'intérieur. C'était aussi ça en politique, lorsqu'un état refusait une politique extérieure, étrangère, mais que celle-ci finissait par naître au sein-même de son propre gouvernement.

La reconnaissance de ce genre de cas de figure était difficile, et Caitlyn le savait bien. Serdaigle oblige, peut-être, ou quelle que soit la raison, elle avait assez bien réussi à comprendre qu'elle pourrait être victime de l'après coup des Supérieurs suite à la nouvelle de la mort de ses parents qu'elle risquait de se reprocher et avait donc pris des précautions pour ne pas que ce soit le cas. Pourtant, elle se retrouvait aujourd'hui avec une Illusion qui lui montrait malgré tout l'image des reproches qu'elle se faisait, et de sa peur d'avoir trahi et déçu ses parents. Le genre de chose, qui, si elle ne les chassait pas de son esprit, pourraient la briser, et ce serait en gros comme si les Supérieurs l'avaient brisée. Et ça, elle le refusait. Elle ne les laisserait pas la briser, de quelle manière que ce soit. Ils ne l'auraient pas, et ils n'auraient pas ses amis non plus. Alors oui, c'était facile, de remettre la faute sur les Supérieurs à chaque fois, mais elle n'allait pas non plus jusqu'à dire que si la poisson rouge de sa cousine était mort, c'était à cause d'eux. Mais il fallait tout de même dire les choses telles qu'elles étaient, et si les jeunes sorciers de Poudlard avaient des séquelles mentales, que ce soit de la peur ou des reproches, c'était forcément à cause des Supérieurs, donc si ces séquelles prenaient le dessus et les brisaient, ce serait la faute aux Supérieurs. Par conséquent, ce serait comme une faveur qu'ils leur feraient en posant en quelques sortes leurs armes et en hissant le drapeau blanc. Sauf que Caitlyn n'était pas du genre à abandonner, et surtout pas aussi... bêtement ? Elle ne pouvait pas dire facilement, car c'était tout sauf facile que de se défendre contre des cauchemars, mais c'était tout de même assez idiot de leur succomber après avoir souffert et survécu tout le martyr physique qui les précédait.

« Oui… Tu as raison. Je ne serai pas une victime. Bourreau je veux bien, mais pas victime. … C’est bizarre dit comme ça, non ? »

Un soupir, encore. Il avait beau essayer de ranger ses idées, Jeroen était perdu dans l'immensité des enjeux qui le concernaient, et c'était sans parler de Caitlyn qui s'y retrouvait probablement encore moins. Mais elle avait le mérite de ne pas chercher à tout comprendre, ce qui, dans le cas du jeune homme, était probablement la meilleure chose à faire. Synthétiser, globaliser, généraliser. Comprendre le moins pour comprendre le plus. Tirer le plus important, et le reste venait après. En fait, elle n'était pas sûre de pouvoir expliquer ce qui se passait actuellement dans la tête de son ami et pourquoi, mais elle pensait tout de même le comprendre. C'était tellement désorganisé, comme des flashs reflétant des aspects paradoxaux et contradictoires, et, surtout, nombreux. La culpabilité prédominait, pourtant, et c'était plutôt clair. L'enjeu, c'était de trouver un juste milieu, pour ne pas excuser ou oublier ses erreurs, mais pour ne pas les laisser le tirer vers le bas. Et elle ne pouvait pas lui dire où il devait placer la limite. Elle ne quitta pas le sourire qui était né sur ses lèvres lorsqu'il avait demandé si c'était bizarre de dire qu'il préférait être le bourreau que la victime. C'était logique, en fait. Mais forcément, entendu par de mauvaises oreilles, ça risquait de ne pas très bien passer.

« Si. Mais on se comprend. »

Elle resta un moment avec la bouche entre ouverte, cherchant des mots pour exprimer la manière dont elle comprenait ce qu'il avait dit, puis la referma. Elle n'arrivait pas à le dire. Être victime, dans ce cas de figure précis, ce serait synonyme de rester passif, de subir les retentissements de sa culpabilité et de se laisser couler, de se laisser briser, alors que pendant deux ans, il avait activement feint d'être le bourreau pour ne pas qu'il se fasse avoir et sa famille avec lui. Il avait fait tant de sacrifices, tant d'écarts à ses principes et convictions. Ce qu'il avait fait était à la fois terrible et magnifique. Caitlyn avait la chance de ne jamais être passée sous la baguette du Slytherin, car si ça avait été le cas, probablement n'aurait-elle pas eu le même regard et les mêmes opinions, malgré tout le recul qu'elle savait prendre vis à vis de ses bourreaux. Même s'il avait probablement cherché à épargner les victimes qui lui étaient confiées, il les avait torturées assez pour que personne ne remette en doute son statut de Supérieur, et c'était que dire. Donc oui, il avait fait des choses terribles. Mais ce qui était magnifique, c'était de se dire qu'il l'avait fait pour protéger sa famille, tout en sachant que celle-ci ne voudrait probablement pas être protégée de la sorte. C'était à la fois altruiste et égoïste. C'était à la fois compliqué et facile. Comment trancher ?

« Il faut que tu te fasses confiance, Jer. Ou alors, que tu me fasses confiance. T'es un mec bien, donc même s'il ne faut pas justifier la fin par les moyens et je ne te dis pas de le faire, il faut que tu te fasses assez confiance pour arrêter de culpabiliser quand tu sens que ça te fait du mal. T'en vouloir, c'est une chose. Te détruire pour ça, c'en est une autre. »

La limite, elle est là. Elle est dans ton ressenti, que je ne peux pas calculer à ta place. Le juste milieu pour ne pas se cacher derrière ses intentions ni se laisser briser par des reproches, c'est là qu'il est. En toi. Et personne ne peut le définir à ta place. Il faut que tu te fasses assez confiance pour savoir que tu peux te permettre d'arrêter de t'auto-flageller. Moi, je ne pourrais te dire d'arrêter que quand ce sera trop tard. Je ne le verrai pas assez tôt, car tu caches très bien ta douleur, aussi bien quand c'est un autre que quand c'est toi-même qui te l'infliges. Il faut que tu apprennes à reconnaître que tes regrets vont trop loin, te font du mal, et que tu saches y mettre fin. Ou alors, tu peux aussi venir me voir pour que je t'aide à y mettre fin, je reste ton amie et je souhaite t'aider. Mais je sais que ce n'est pas forcément ton genre, donc je me contenterai d'essayer de te surveiller et de n'intervenir que quand ce sera nécessaire, promis.

« Être une victime, ce serait de rester passif, de ne pas se défendre contre cette culpabilité. Le bourreau, si tu choisis de l'être, ça ne veux pas dire que tu le veux et l'apprécies, mais c'est toujours mieux que de subir. »

Voilà, finalement, elle l'avait dit. Tout comme elle avait dit qu'il devait apprendre à placer lui-même sa limite. Elle répondait en décalé à ses questions, comme si elle voulait s'en détacher. En vérité, elle avait simplement besoin de réflexion, et de ne pas se sentir pressée, contrainte à répondre, au risque de ne pas tout dire ce qu'elle avait à dire. Et encore, elle passait beaucoup de choses sous silence. Il était évident que victime dans le cas de Jeroen ne voulait pas dire victime dans le cas de Caitlyn. La belle brune avait été victime de beaucoup de choses. Douleur, souffrance, torture mentale. Des doloris et des menaces. Des coups de poings, des moqueries. Des attouchements, aussi, forcément, mais ça, on n'en parlait pas. Oui, elle avait été victime de choses terrifiantes, à plusieurs reprises, mais ce n'était pas par passivité, c'était justement parce qu'elle avait trop agi, trop fait de choses qui ne leur avaient pas plu. Jeroen, s'il devenait victime de ses cauchemars, ce ne serait pas par choix, ce ne serait pas sa décision, mais ce serait par faiblesse, par résignation ou par inconscience. C'était dans la nature de certaines personnes que de se laisser aller à leur sort, mais Jeroen n'en faisait pas partie, et s'il avait besoin de quelqu'un pour le lui rappeler, alors elle serait là.

« Je ne voulais pas… c’est… on souffre tous de nos illusions. On n’est que des humains après tout. Je ne voulais pas remettre en question ce que tu as vécu. T’as le droit de m’en mettre une pour l’occasion, ça me rassurerait, même. Ne laisse personne te dire que tu es seule avec toi-même, même pas moi. C’est complètement faux, en plus. »

Il s'excusait. Elle eut un pincement au cœur, en l'entendant parler à nouveau de sa solitude, de son illusion. De sa famille, morte. Ce pincement au cœur, elle l'aurait probablement à jamais. Elle avait beau se dire qu'elle avait fait son deuil, qu'elle arrivait à parler de ses parents et des parents des autres, elle ne pourrait probablement pas se débarrasser de l'étau qui lui compressait les poumons et le cœur quand elle repensait son père, sa mère, son frère. D'autant plus quand c'était dans des circonstances si nostalgiques, si tristes. Elle savait qu'elle n'était pas seule, qu'elle avait des amis, qu'elle avait un copain, mais aucun d'eux ne comblerait jamais le trou qu'il y avait dans sa poitrine.

« T'inquiètes pas, c'est pas grave, promis. »

Sourire rassurant. Ce serait tout ce qu'il tirerait d'elle à ce sujet. Elle aurait pu lui dire qu'elle ne lui en mettrait pas une pour l'occasion, elle aurait pu lui dire qu'elle voulait rester seule avec soi-même sur cette partie là de son vécu, mais il n'aurait pas apprécié, et elle n'avait pas envie de rentrer dans un débat avec lui maintenant. Pas à ce propos là. Après tout, elle allait bien, et c'était vrai que ce n'était pas grave, ce qu'il lui avait dit plus tôt, même si sur le coup, ça lui avait fait mal. Après tout, elle était bien en train de lui dire des vérités et de lui parler de choses qui lui faisaient mal aussi. Elle était assez irrécupérable sur ce point là. Ne pas vouloir inquiéter ses proches, ne pas vouloir s'étendre sur sa vie privée et sur ses émotions. Elle était bavarde, ouverte, tout ce que vous voulez, mais ce qu'elle disait  n'était jamais vraiment très personnel, à moins que ce ne soit une opinion disons politique. Ses craintes, ses peurs, ses maux, elle les gardait pour elle. Oui, elle faisait exactement ce qu'elle reprochait à Jeroen. Faites ce que je dis, pas ce que je fais, encore et toujours. Ouvrez-vous, confiez-vous, laissez-vous réconforter et conseiller, car c'est en parlant qu'on résout la plupart des soucis, mais n'attendez pas de moi que je le fasse, en gros c'était ça. Après tout, elle avait eu une vie tellement parfaite, une famille aimante, des amis géniaux, des bonnes notes et des loisirs pour s'épanouir, qu'elle se devait un peu de servir de psy à ses amis, non ? Du moins, c'était comme ça qu'elle justifiait son enfance idéale et son adolescence sans complexes ni bouleversements. Alors certes, pendant les deux années où les Supérieurs avaient occupé Poudlard, elle avait vécu des choses bien moins belles, allant jusqu'à perdre sa famille et sa maison, mais elle se considérait encore et toujours comme quelqu'un que la vie avait favorisé et qui, en retour, offrait son soutien à ceux qui n'avaient pas eu sa chance. Sinon, c'était un peu une injustice, du moins aux yeux de la belle brune, lorsqu'elle voyait toute la misère dans le monde. C'était un peu sa mission, c'était la raison pour laquelle elle avait eu une vie aussi simple : pour pouvoir simplifier celle des autres.

« On est quand même tous vachement faibles… »

Heuuu... quoi ? Comment ça, vachement faibles ?

« Bien moins que tu ne le crois. Mais on reste humains, ça c'est sûr. »

C'est bien ça que tu veux me dire, n'est ce pas ? Caitlyn n'était pas tout à fait sûre d'avoir saisi la portée de ce que venait de dire Jeroen.

« Mais dis toi qu'eux aussi le sont, et ils ont leurs failles. Ils se sont mis à plusieurs et ils ont gagné car on a été trop lents, et on est trop longtemps restés en mode chacun pour soi. Mais on est tous dans le même bateau, et si on se serre les coudes et tire le même bout de la corde, rien n'est impossible. »

C'était ça, le but du groupe. Rassembler ceux qui pensaient de la même manière qu'eux, leur donner le même espoir et la même volonté, pour créer une vague contraire à celle de la terreur et assez forte pour lui faire face. Les mouvements de masse. Individuellement, ils n'étaient rien, mais ensemble, ils pouvaient beaucoup de choses.

« Et pour le coup, les illusions boostent plutôt bien l'entraide. Reste plus qu'à apprendre à s'entraider même quand ya pas danger de mort. »

Donc t'arrêtes de te prendre pour Superman et tu viens me voir dès que le moindre truc ne va pas, compris ?


Dernière édition par Caitlyn Louise Twain le Ven 17 Oct 2014 - 11:29, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: Lost in empty spaces ▬ Cait [event Halloween]   Mer 8 Oct 2014 - 23:37

Faire avec. L’idée faisait son bonhomme de chemin. Ça prendrait certainement du temps, d’autant que ces derniers temps, Jeroen n’avait tellement rien à faire que son cerveau marchait très vite à faire surgir des problèmes qui n’étaient pas censés en être. C’est ce qu’il y avait « d’agréable » dans le danger : on n’a jamais le temps de se poser des questions existentielles quand on se bat pour sa vie. S’arrêter pour réfléchir, c’était signer son arrêt de mort, et il ne voulait pas mourir. Des machines, oui, on aurait pu parler de machines, mais des machines à idéaux. Aujourd’hui, cette absolue nécessité de survivre s’effritait à cause d’une rupture trop violente dans leurs conditions de (sur)vie. Même cette semaine maudite ne les mettait pas dans une position de réel danger pour leurs vies, ça faussait un peu les résultats. Donc, ça n’avait rien à voir. Jeroen prenait le temps de se poser des questions débiles sur l’état de sa conscience, et les Supérieurs préparaient leurs coups foireux pour se venger de la rétamée qu’ils s’étaient prise… Il fallait qu’il arrête ça. Quitte à faire le rabat-joie et se remettre en position de siège, quitte à se retrouver avec une image de vétéran de guerre nostalgique et complètement flippant… ce serait déjà plus constructif qu’une crise de nerf. Dans tous les cas, il faudrait faire face à cette semaine, mais avec les bonnes armes, c’était mieux.

- Si. Mais on se comprend.

Il haussa les épaules. Comme d’habitude, elle comprenait, à sa manière du moins. Il était un martyr pour elle, prêt à se perdre dans les rangs de l’ennemi pour sa famille. Elle n’avait qu’à moitié raison, puisqu’elle mettait de côté l’aspect purement égoïste de la question, et il l’y aidait bien. C’était mieux de simplifier les choses. Le schéma était binaire, du bourreau qui agit à la victime qui subit. Bourreau n’était pas vraiment le bon mot dans ce cas-là mais qu’importait. Il ne voulait pas se retrouver de l’autre côté du miroir, subir, n’être qu’un objet qu’on a envie de casser, tout le monde pouvait comprendre ça. C’était une question d’instinct de survie, de pulsion de vie comme disait Freud (encore celui-là), et le diktat de la « communauté avant tout » n’y changerait rien à la nature égoïste de l’humain.

Toutefois, ce dont Jeroen ne parlerait pas, c’était de la sensation de puissance que pouvait procurer la position de bourreau, et la violence en général. C’était grisant, au point que ça pouvait très vite monter à la tête. Donnez le contrôle sur la vie des autres à un merdeux et vous êtes quasiment sûr de le pervertir de manière relativement profonde. C’était l’une des raisons pour lesquelles il avait accepté de faire la basse besogne. Il avait conscience de ce qui se passait dans la tête, et ne se laissait pas submerger par l’ivresse de la puissance. Mais il ne pouvait pas nier avoir déjà pensé à cette époque comme à quelque chose qui lui avait apporté quelque chose, une chose perdue aujourd’hui. Ce n’était pas vraiment du respect, ni du pouvoir, tout ça n’était qu’une illusion, mais… être de leur côté, faire profil bas et obéir bêtement… C’était plus simple. Il n’y avait aucun contentement personnel à tirer de cette situation, on stagnait même bien comme il faut, mais nos actes étaient justifiables, sans volonté propre… L’entité supérieure devenait seule responsable… Oui, il se prenait parfois à regretter ce cerveau vide qu’on lui demandait d’avoir. Et il regrettait de ne plus avoir quiconque contre qui se battre.

- Il faut que tu te fasses confiance, Jer. Ou alors, que tu me fasses confiance. T'es un mec bien, donc même s'il ne faut pas justifier la fin par les moyens et je ne te dis pas de le faire, il faut que tu te fasses assez confiance pour arrêter de culpabiliser quand tu sens que ça te fait du mal. T'en vouloir, c'est une chose. Te détruire pour ça, c'en est une autre.
- C’est vraiment bizarre d’entendre que j’ai un problème de confiance en moi-même…

Il sourit légèrement. Lui, le mec imbu de lui-même, égoïste au point de faire du mal aux autres pour sa propre sécurité. Il avait joué solo pendant des années, ne comptant que sur lui-même, et il avait un souci de confiance en lui-même ? C’était ironique, et en même temps… le problème était plus profond que ça. Ce n’était peut-être pas un souci de confiance en lui-même, mais de confiance en autrui. Oui, ses erreurs pouvaient impacter l’avis - et la vie - des autres. Cette interconnexion des êtres l’effrayait un peu, car il n’avait aucun contrôle dessus.

- Être une victime, ce serait de rester passif, de ne pas se défendre contre cette culpabilité. Le bourreau, si tu choisis de l'être, ça ne veut pas dire que tu le veux et l'apprécies, mais c'est toujours mieux que de subir.
- Tout le monde ne serait pas d’accord avec cette conception des choses… mais c’est vrai. Même se défendre, en soi, c’est garder un peu de contrôle sur ce qui nous arrive. De toute manière, je n’aime pas cette notion de victime. Trop de gens se complaisent dans cette condition sans chercher à faire évoluer les choses. Je ne dis pas qu’il faut aller se faire tuer pour ses idéaux, bien entendu…

Caitlyn n’était pas passive. Elle se donnait les moyens de s’en sortir, et c’était honorable de sa part. Même si elle se mettait en danger. Ils étaient tous en danger de toute façon… Ils avaient tous vécu des choses qui les avaient marquées, à divers degrés, sur divers plans. Une génération foutue, et Rivers ne prévoyait pas un mieux… Lorsqu’il s’excusa, Caitlyn sourit avec un air rassurant, assurant que ce n’était rien. Il n’était pas stupide, et bien sûr qu’il s’inquiétait. Il avait dit une connerie, et ça avait des conséquences. On ne perd pas sa famille sans séquelles, d’autant plus que c’était trop récent. Et ce n’était pas parce qu’elle avait eu une vie « idéale » qu’elle n’avait pas le droit d’aller mal. Mais il ne fit pas de commentaires, par pudeur. L’objectif n’était pas de remuer sa douleur, il n’était au départ même pas question de parler d’elle alors… Il se tut, mais il n’en pensait pas moins. A chaque fois qu’ils se croisaient dans les couloirs, il vérifiait rapidement qu’elle allait bien et qu’elle ne cachait pas trop de choses derrière son beau sourire, c’était pareil aujourd’hui. Ils veillaient l’un sur l’autre, pas envahissants pour un sou. Une amitié basée sur un schéma un peu étrange mais qui leur était vachement bénéfique jusqu’ici…

- On est quand même tous vachement faibles…
- Bien moins que tu ne le crois. Mais on reste humains, ça c'est sûr. Mais dis-toi qu'eux aussi le sont, et ils ont leurs failles. Ils se sont mis à plusieurs et ils ont gagné car on a été trop lents, et on est trop longtemps restés en mode chacun pour soi. Mais on est tous dans le même bateau, et si on se serre les coudes et tire le même bout de la corde, rien n'est impossible. Et pour le coup, les illusions boostent plutôt bien l'entraide. Reste plus qu'à apprendre à s'entraider même quand ya pas danger de mort.
- Oui, bien sûr. Dans un monde idéal, tout le monde se serrerait les coudes. C’est possible, je ne dis pas le contraire, mais je voulais dire faible, dans le sens où… c’est tellement plus simple de se laisser porter par nos émotions et… Voilà.

Il avait perdu le fil de ses pensées. Faibles, c’était un peu une remarque passe-partout, un mot avec un peu d’amour de l’humanité dedans. Ils étaient faibles mais c’était ce qui les rendait intéressants, et forts. C’était confus, mais, seule chose à retenir : dans sa tête, le mot ne sonnait pas négatif.

- Je ne pense pas que tout le monde se soit isolé pendant ces deux ans… Quelques noyaux durs se sont formés, et vous y avez pas mal contribué avec votre groupe. Le problème est qu’on n’a pas encore essayé de se battre réellement ensemble. C’était le chaos lors de la bataille. On n’a pas pu voir à quel point l’union fait la force. Et en même temps, je ne pense pas que tout le monde soit prêt. Il faut apprendre à alimenter une peur constructive, s’organiser… c’est beaucoup plus complexe qu’une bataille de boules de neige.

Les lois de la guerre… Ils n’étaient pas des soldats. La plupart des élèves ici n’auraient même pas la trempe de se mettre devant un autre pour le protéger. Quant à obéir… Rivers ne faisait pas l’unanimité, mais Jeroen espérait qu’il avait réussi à mettre la plupart des élèves de son côté. C’était l’élément qui leur permettrait de se rassembler. Comment en étaient-ils arrivés à parler de la bataille ? Ah oui. Les problèmes existentiels. Il commençait à comprendre : ça n’avait aucun sens tant que la bataille n’était pas terminée. Et ils avaient encore du pain sur la planche, pas le temps de bavasser sur leurs consciences démolies… Il renifla et ramena une énième fois ses cheveux en arrière.

- Merci. Je crois que j’avais besoin qu’on me secoue un peu les puces. Faudrait peut-être retourner en cours, non ? On ira proposer à Rivers d’instaurer un cours sur les stratégies militaires et des ateliers hippies dans le parc pour améliorer la cohésion.

Huhu. Se poser dans le parc et se dire qu’ils seraient là pour couvrir leurs arrières… Comme eux, quoi. Il était fatigué, mais ça allait nettement mieux.
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MessageSujet: Re: Lost in empty spaces ▬ Cait [event Halloween]   Dim 26 Oct 2014 - 11:34

La session psy arrivait à sa fin. Conclusion ? Il fallait que Jeroen se fasse plus confiance. C'était effectivement un peu étrange, comme conclusion, sachant qu'il avait joué solo pendant deux ans, s'était replié sur lui-même, n'avait pu compter que sur lui-même. Mais les conditions avaient changé, et si avant, il s'agissait de sauver sa peau et celle de sa famille face aux supérieurs en feignant d'appartenir à leurs rangs, alors aujourd'hui, non seulement restait-il en danger de vie comme tout le monde dans ce château, voire encore plus car les supérieurs voudraient sans doute lui faire payer sa trahison et les anti-sups avaient du mal à la comprendre et à lui pardonner, mais en plus, il devait survivre envers et contre lui-même, sa conscience, et sa famille. Il était attaqué de tous les angles possibles et imaginables, et la vérité était que Caitlyn avait bien du mal à imaginer ce qu'il pouvait être en train de ressentir et éprouver. Mais elle était tout de même heureuse qu'elle soit celle à qui il se confiait. Il n'était certes pas venu vers elle, mais il avait accepté de pleurer en sa compagnie et de lui dire ce qui n'allait pas. Bon, d'accord, il n'avait pas vraiment eu le choix, il était tellement au bord du gouffre qu'il aurait probablement parlé à n'importe qui, mais disons qu'elle sentait qu'il ne regrettait pas de s'être ouvert à elle. Peut-être n'étaient-ils pas sur le même longueur d'onde, parce qu'il ne lui disait pas tout ou parce qu'elle l'idéalisait un peu, mais elle restait sa psy d'occasions, et surtout, son amie en laquelle il semblait avoir confiance. Ce qu'elle voulait lui dire, c'était qu'il ne devait pas se laisser briser par ses remords ou par ses craintes. Qu'il fallait qu'il arrête de s'auto-flageller, qu'il fallait qu'il se détache de son passé pour continuer à avancer. Les Supérieurs pouvaient attaquer par beaucoup de manières différentes. Physiquement, mais aussi psychologiquement. En détruisant son avenir ou en fouillant dans son passé. Rétrospectivement ou prospectivement. Ils n'étaient même pas obligés d'être physiquement présents pour le briser. Ses remords, sa mauvaise conscience, c'était eux qui l'avaient causée, et s'il y succombait, ce serait comme s'il succombait aux supérieurs.

Il ne voulait pas être une victime, et elle ne pouvait que le comprendre. C'était cette même volonté qui l'avait remontée à la surface et qui l'y maintenait depuis plusieurs semaines maintenant. Mais elle avait bien failli leur succomber aussi, quelque part. Elle avait bien failli se retrouver au fond du gouffre. En fait, elle s'était retrouvée au fond du gouffre, même si elle avait du mal à se l'avouer. Elle s'était retrouvée au fond du gouffre et avait même pensé que le plus simple serait d'y rester. Apprendre que sa famille était morte, voir son copain se faire torturer... Elle n'aimait pas se rabaisser au niveau des dépressifs et des suicidaires, elle n'aimait pas se dire qu'elle était faible au point de vouloir mourir, mais il fallait bien qu'elle avoue qu'elle y avait pensé. Elle avait pensé à la mort, se disant que ce serait plus facile, et que rien ne la retenait dans ce monde. C'était le désespoir, littéralement. Elle avait passé deux ans à combattre inlassablement. Elle ne comptait pas le nombre de fois où elle avait été blessée et humiliée, et où elle s'était relevée. Puis il avait suffi qu'ils lui prennent sa famille, son chez soi, et qu'ils touchent à son copain, pour qu'elle soit d'accord de tout perdre. Son copain, ses amis, ses bonnes notes. Sa curiosité, sa vivacité, sa positivité. Elle s'était isolée, renfermée... Jusqu'à ce qu'elle se rende compte que c'était à eux qu'elle était en train de tout céder, et que c'était ridicule. Que c'était faible, et qu'elle n'était pas quelqu'un de faible. Qu'elle n'était pas une victime. Qu'ils lui avaient certes pris beaucoup de choses, mais qu'elle ne les laisserait pas lui prendre sa personnalité. Depuis le début, elle s'était efforcée de rester elle-même malgré le bourrage de crâne et surtout malgré la peur. Elle avait fait partie des plus lucides par rapport au fait que le danger qu'ils courraient n'était pas seulement d'ordre physique, tangible, mais aussi d'ordre mental, moral, abstrait. Qu'ils risquaient de changer de personnalité et de philosophie sans s'en rendre compte. Et elle en avait fait les frais... ou presque. Aujourd'hui, elle était à nouveau la bonne vieille Caitlyn. Enjouée, avenante, insouciante. En apparence bien sûr. Son aspect un peu gamin avait toujours été un masque qui cachait une grande maturité, responsabilité, et réalisme. Au final, peu de gens s'étaient réellement rendus compte à quel point elle avait sombré bas... ou du moins, peu de gens s'en souvenaient, car elle avait assez bien caché son désespoir et avait réussi à s'en tirer assez rapidement sans trop de mal. Mais voilà, le fait était qu'elle pouvait comprendre que Jeroen ne veuille pas être une victime, et s'il fallait pour cela devenir un bourreau, elle aurait probablement fait le même choix que lui.

« Tout le monde ne serait pas d’accord avec cette conception des choses… mais c’est vrai. Même se défendre, en soi, c’est garder un peu de contrôle sur ce qui nous arrive. De toute manière, je n’aime pas cette notion de victime. Trop de gens se complaisent dans cette condition sans chercher à faire évoluer les choses. Je ne dis pas qu’il faut aller se faire tuer pour ses idéaux, bien entendu… »

Clin d'oeil à son activisme ? C'était assez probable. Caitlyn savait à quel point Jeroen trouvait le groupe idiot, ou du moins, irréfléchi, et le comprenait très bien. Ils se mettaient en danger et mettaient les autres en danger aussi. Elle partageait l'avis du Slytherin, mais pas au même niveau. Après tout, pendant deux ans, elle avait méprisé tous les petits plaisantins qui provoquaient les supérieurs, certes pour la bonne cause, mais sans réfléchir aux conséquences. Ils ne faisaient que s'affaiblir eux-mêmes, et servaient d'exemples aux spectateurs qui, face auxdites conséquences, tremblaient et se soumettaient d'autant plus. Non, Caitlyn n'était pas de ceux qui allaient se lancer dans des missions suicides, en solo. Se prendre une raclée gratuitement n'avait aucune utilité à ses yeux. Les fois où elle était descendue aux cachots, c'était parce qu'elle avait pris la défense de moldus ou d'enfants, pas parce qu'elle avait voulu jouer aux petits malins. Certes, le résultat avait été le même, mais dans le principe, c'était différent, et elle était tout à fait d'accord avec Jeroen quand il disait que c'était con que de se faire tuer pour ses idéaux car ça ne menait nulle part, ça ne changeait rien. Le groupe, c'était pas ça, à la base. Le groupe, c'était pour rassembler les esprits. C'était réunir les plaisantins, les petits malins, les joueurs en solo, justement. Pour arrêter de se faire tuer individuellement, pour arrêter de tomber un à un, mais pour construire quelque chose qui en vaudrait la peine, qui aurait une chance, qui ne serait pas une cause perdue d'avance. Pour opposer aux Supérieurs et à leur vague de terreur une vague d'espoir. Au final, la vague d'espoir n'avait pas vraiment eu le temps de bien se construire, et n'avaient été rassemblés lors du concert en live que ceux qui avaient été interpellés par la diffusion en différé. C'était allé un peu trop vite, en deux semaines tout avait été bouclé, mais le résultat avait été positif pour le château. Beaucoup de morts, beaucoup de blessés, beaucoup de traumatisés... mais un énorme coup de chance, et le prof de DCFM, devenu nouveau directeur de Poudlard, de leur côté, ça aidait. Malgré son discours très dépréciatif envers le groupe, il ne pouvait tout de même pas nier qu'il leur devait une fière chandelle, n'est ce pas ? Sans le groupe, le château serait probablement encore sous le joug des supérieurs. Ça aurait arrangé Jeroen, ça oui... mais en tout cas, sauf preuve du contraire, ils ne s'étaient pas faits tuer pour leurs idéaux. Ou du moins, pas encore.

« Oui, bien sûr. Dans un monde idéal, tout le monde se serrerait les coudes. C’est possible, je ne dis pas le contraire, mais je voulais dire faible, dans le sens où… c’est tellement plus simple de se laisser porter par nos émotions et… Voilà. »

Elle était paumée. Il l'avait perdue. Et ça se voyait sans doute à son visage. Elle n'avait aucune idée de ce qu'il pouvait bien être en train d'essayer de lui dire. Se laisser porter par nos émotions, preuve de faiblesse... oui, quelque part, les émotions étaient des faiblesses, et la meilleure preuve était l'amour ou l'amitié qu'on éprouvait pour quelqu'un, car ce quelqu'un représentait alors un moyen de pression. Mais se laisser porter par nos émotions... non, elle ne voyait pas. Heureusement, Jeroen enchaînait.

« Je ne pense pas que tout le monde se soit isolé pendant ces deux ans… Quelques noyaux durs se sont formés, et vous y avez pas mal contribué avec votre groupe. Le problème est qu’on n’a pas encore essayé de se battre réellement ensemble. C’était le chaos lors de la bataille. On n’a pas pu voir à quel point l’union fait la force. Et en même temps, je ne pense pas que tout le monde soit prêt. Il faut apprendre à alimenter une peur constructive, s’organiser… c’est beaucoup plus complexe qu’une bataille de boules de neige. »

Il avait raison, c'était le chaos pendant la bataille... mais quelque part, toute bataille n'était-elle pas un chaos de toute manière ? Avant la bataille, les soldats étaient plus ou moins bien alignés, et il y avait toujours une certaine stratégie, normalement, mais au final, quelle stratégie avait abouti, et quelle armée était restée ordonnée ? Aucune. Les champs de bataille, c'était le bordel, toujours. Malgré l'effet de surprise dû à la trahison, les élèves avaient tout de même plus ou moins tiré par le même bout de la corde, et même si c'était allé beaucoup trop vite, même s'ils n'avaient pas eu le temps de se préparer comme ils auraient dû et comme ils l'avaient espéré, Jeroen ne pouvait pas dire qu'ils n'avaient pas combattu ensemble. Chacun pour sa peau et pour celle de ses amis, certes, mais ensemble. Après, bien sûr, ça avait été une bataille très primitive, et il leur restait un bon bout de chemin à faire pour réellement pouvoir prétendre être prêts. Mais voilà, la machine était enclenchée. Le groupe avait joué, Rivers avait gagné, le château avait été libéré. C'était le premier pas. Les autres restaient à faire. C'était quand même flippant de se dire qu'ils étaient en train de se transformer en des soldats, et qu'une véritable guerre menaçait d'éclater...

« Merci. Je crois que j’avais besoin qu’on me secoue un peu les puces. Faudrait peut-être retourner en cours, non ? On ira proposer à Rivers d’instaurer un cours sur les stratégies militaires et des ateliers hippies dans le parc pour améliorer la cohésion.
- Heu... je pense que je vais rester là. Parce que perso, je retourne pas en cours maintenant... et si je vais voir Rivers, je suis pas sûre de pouvoir me retenir de l'engueuler, et crois moi, c'est pas une bonne idée, je parle d'expérience. … 200 points en moins, ça fait mal. »

Gros sourire. Ouais, la séance psy était terminée. Tout est bien qui finit bien. Caitlyn sortit encore quelques chocogrenouilles de son sac et en mit une dans sa bouche. C'était bientôt l'heure du repas, mais tant pis.
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