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 « As my memory rests, but never forgets what I lost. » | Jeroen && Caitlyn

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MessageSujet: « As my memory rests, but never forgets what I lost. » | Jeroen && Caitlyn   Dim 27 Oct 2013 - 11:38

Dimanche 07.09.2014

Summer has come and passed
The innocent can never last
wake me up when September ends

Dimanche. La première semaine de cours était terminée, la seconde allait bientôt commencer. Le temps avançait, encore et toujours, sans que rien ni personne ne puisse l'arrêter ni même le retenir. C'était un flot, qui emportait tout avec lui. Les vivants vieillissaient, les pensées mûrissaient, les souvenirs s'effaçaient. Le passé perdait ses formes et ses partcularités, comme les pierres érodées par le courant d'une rivière perdaient leurs tranchants, comme les coquillages au fond de l'océan perdaient leurs rides, mais le futur, lui, se profilait de jour en jour plus précisément, tel un rivage qui apparaissaitt à l'horizon, et dont on se rapprochait, emportés par des courants plus ou moins agités. On finissait toujours pas oublier, par accepter. L'être humain avait cette étonnante et merveilleuse capacité de s'habituer à tout ce qui lui arrivait. Les joies comme les peines s'estompaient, et au bout du compte, tout s'uniformisait. La capacité d'adaptation, c'était quelque chose d'extraordinaire, c'était quelque chose qui permettait à l'humanité d'aller de l'avant, toujours plus loin. L'adaptation, c'était ce qui permettait l'évoluton, l'histoire. L'histoire écrite, et celle qui restait à écrire. Le futur. Lyn n'était pas quelqu'un qui se préoccupait trop de son futur. Elle n'était pas non plus quelqu'un à rester ancré dans le passé. Elle aimait vivre la vie telle qu'elle lui arrivait, au jour le jour. Mais aujourd'hui, elle se surprenait à s'inquiéter pour plus tard, se demander comment ça serait, pour elle. Il s'était passé des choses qui en avaient modifié beaucoup d'autres. Des choses qu'il lui serait certainement impossible d'oublier totalement, et qu'elle n'avait pas encore eu le temps de bien émousser. Elle était majeure, pour le monde sorcier, depuis bientôt un an déjà, et pourtant, elle ne s'était jamais sentie aussi adulte qu'en août. Tout comme elle ne s'était jamais sentie aussi enfant qu'en début juillet. Abandonnée, seule, devant prendre sa vie dans ses propres mains. Rien ni personne ne l'avait préparée à perdre ses parents. La vie ne préparait pas les hommes à ces choses là. Elles arrivaient, inattendues, comme le vent qui se levait soudainement, comme la pluie d'été qui tombait tout à coup, alors que, la minute d'avant, le ciel était bleu et le soleil brillait. La mort était arrivée et lui avait tout pris sur son passage, avait laissé en elle un paysage dévasté, ravagé, par la tempête qui s'y était déchaînée. Tempête de détresse, de rage, de désespoir. Lyn n'était pas quelqu'un à rester ancré dans la passé, mais pourtant, ce qu'elle avait appris en juillet, elle n'avait pas réussi à l'accepter avant août, et elle y repensait sans cesse. Elle n'était pas quelqu'un qui se préoccupait trop de son futur, mais pourtant, elle ne pouvait pas s'empêcher de penser à ce qui viendrait après, comment elle ferait pour vivre sans famille, sans maison. Elle se surprenait régulièrement à vagabonder dans cette partie de son cerveau qui avait peur de l'inconnu, et qui voulait que les choses soient claires. Qui voulait des réponses, des certitudes.

Like my father's come to pass
Seven years has gone so fast
Wake me up when September ends

La journée avait magnifiquement bien commencé. Elle s'était levée tôt, d'un bon pied, et était allée chercher le nouveau balai qu'elle s'était procuré quand, avec Elias, ils s'étaient rendus sur le Chemin de Traverse pour faire les fournitures. Elle l'avait enjambé, et pendant une heure, elle avait fendu l'air frais, observant d'en haut la nature se réveiller, commençant par les fleurs, puis les oiseaux, les animaux, et enfin les humains. Pendant une heure, elle avait laissé le vent lui fouetter les joues, lui emmêler les cheveux, lui donner la chair de poule. Elle n'avait pensé à rien pendant cette heure là, rien d'autre que ce qu'elle voyait par en haut. Ce privilège qu'elle avait pris, que d'assister au réveil de Mère Nature. Et puis elle était allée rejoindre Elias, et ensemble, ils avaient mangé le petit déjeuner, assis dans l'herbe au pied de la coline sur laquelle se dressait le saule cogneur. Oui, la journée avait magnifiquement bien commencé, malgré la conversation qu'elle avait eue avec son homme. C'était une journée tranquille, une journée de repos, mais le repos ne durait jamais éternellement. Finalement, ses pensées avaient fini par la rattrapper. Après avoir mangé le repas de midi, en compagnie de ses camarades de maison, elle s'était rendue seule dans le parc. Tout comme elle avait besoin de faire la folle avec Aelie, de rire avec ses amis, de sentir la présence d'Elias à ses côtés, elle avait aussi besoin de rester seule avec soi-même. Et c'était en se promenant dehors, lentement, qu'elle s'était posé la question fatidique, celle qui revenait à chaque fois quand son esprit n'était pas occupé par autre chose. Qu'allait-elle devenir ? Ne pas savoir où elle allait lui faisait peur. Elle savait qu'elle n'avait plus de famille ni de maison. Elle savait aussi qu'elle avait des amis, Aelie, Billy, Casey, Matthew, et plein d'autres. Elle savait qu'elle avait Elias, surtout, qu'elle l'aimait plus que tout au monde, et que sa mère avait été très gentille avec elle lorsqu'elle était venue passer quelques semaines chez eux pendant l'été. Mais ce qu'elle ne savait pas, c'était ce qu'elle deviendrait vraiment, plus tard. Quand elle serait grande, comme le disaient les enfants. Que serait-elle quand elle serait grande ? Que ferait-elle de sa vie ? Quelles études choisirait-elle ? Où, comment, et combien gagnerait-elle d'argent ? Réussirait-elle un jour à reconstruire sa maison d'enfance, de laquelle il ne restait que des cendres ? Les amis, c'était primordial, certes, mais ce n'étaient pas ses amis qui allaient la nourrir. Même si sans doute beaucoup d'entre eux n'auraient pas hésité à le lui proposer. En fait c'était surtout elle qui n'en voulait pas, de leur aide. Elle voulait pas de leur pitié, de leur compassion, des regards navrés qu'on lui jetterait et des paroles pesées et mesurées à l'avance qu'on lui adresserait. Foutue fierté à la con, certes, mais elle n'avait pas l'intention d'accepter et encore moins de demander de l'aide à qui que ce soit. Pas dans ce sens là, pas si elle pouvait se débrouiller seule. Comme elle l'avait toujours fait. Elle avait toujours résolu ses problèmes seule, sans y mêler les autres qui n'avaient pas à y être mêlés. Au final, tout le monde en tirait profit. Autant eux qui avaient des soucis en moins à se faire, autant elle qui évitait ainsi leur pitié. Alors bien sûr, si se débrouiller seule impliquait de s'arranger avec d'autres, elle le faisait, mais le plus possible, elle essayait de garder ses problème pour elle.

Here comes the rain again
Falling from the stars
Drenched in my pain again
Becoming who we are

C'était pour ça qu'elle appréciait autant Matthew. C'était lui qui lui avait annoncé la nouvelle, ne se doutant pas qu'elle n'était pas au courant. Et il lui avait proposé de venir à Liverpool avec lui, d'habiter chez lui vu que sa maison n'était plus que cendres, et il n'avait fait aucun commentaire. Elle avait bien vu qu'il avait été gêné, mais c'était pas le genre de personne à avoir pitié des autres, et d'ailleurs elle avait compris pourquoi. Elle se sentait à l'aise avec lui, mais tout le monde n'était pas comme ça. Les gens avaient tendance à vouloir vous réconforter sans se rendre compte que ça agravait encore plus votre état. Alors oui, elle avait finit par mettre certains de ses amis au courant de ce qui s'était passé et qui avait fait qu'elle avait été si froide, distante, pendant le mois de juillet. Quand on lui demandait comment s'étaient passées ses vacances, il lui arrivait de mentionner la tombe de ses parents qu'elle avait visitée. D'un ton détaché, sans y accorder beaucoup d'importance, histoire de faire en sorte que les autres n'y accordent pas beaucoup d'importance non plus. Elle avait fait le deuil, et elle pouvait désormais parler de sa famille défunte comme si de rien n'était. Seuls ses amis les plus proches, Elias et Aelie par exemple, étaient au courant des craintes qu'elle avait par rapport à son futur, mais même avec eux, elle essayait de ne pas en parler souvent. En fait, elle avait dû le mentionner une fois devant eux. Le reste, elle le gardait pour soi. Il fallait vraiment avoir vécu ça pour comprendre ce qu'elle pouvait ressentir, et elle ne pouvait donc logiquement pas s'attendre à ce que ses amis le comprennent. Elle ne demandait pas qu'on la comprenne, elle ne s'attendait pas à ce qu'on sente exactement ce qu'elle sentait, qu'on sache ses peurs, ses inquiétudes, ses angoisses. Elle se rendait très bien compte à quel point les gens qui n'étaient pas dans son cas étaient loin d'embrasser la situation dans sa globalité. Elle-même se sentait totalement différente par rapport à celle qu'elle avait été avant d'apprendre qu'elle était orpheline. Une multitude de nouveaux sentiments étaient nés en elle, alors qu'en soi, sa situation actuelle n'était pas beaucoup plus différente de celle de l'an dernier. Elle se trouvait à Poudlard, avec quasiment les mêmes amis, les mêmes cours, les mêmes règles... même si dans la forme, les choses étaient différentes à Poudlard, dans le fond ça restait un internat dans lequel elle habiterait encore pendant de longues années, alors pourquoi est-ce qu'elle se prenait la tête à se projeter dans le futur, se demander comment sa situation évoluerait et qu'est ce qu'elle allait devoir faire ? Elle n'aimait pas penser à ces choses. Elle savait que ça n'aidait à rien, qu'elle ne faisait en fait que se torturer l'esprit, et que la vie les arrangerait d'elle-même. Elle avait Poudlard, elle avait une maison, elle avait à manger. Elle avait un chez soi, une famille, elle n'avait aucune raison de se plaindre. Elle avait toute sa vie devant elle, rien ni personne ne la pressait de choisir ce qu'elle voudrait faire. Elle était jeune, n'avait même pas encore dix-huit ans, était en huitième année et avait toutes les prédispositions pour réussir ses études. Alors, pourquoi repensait-elle encore et toujours à ces choses ? Pourquoi repensait-elle à sa famille, à la croix plantée dans l'herbe, aux cendres qui noircissaient son jardin ? Pourquoi revoyait-elle encore et toujours les locaux administratifs qu'elle avait dû visiter afin de mettre par écrit tout ce qui s'était passé, la situation dans laquelle elle se trouvait ? Pourquoi s'entendait-elle encore et toujours inventer des mensonges par rapport à l'internat où elle était inscrite histoire d'éviter les foyers moldus dans lesquels on l'aurait placée avant sa majorité moldue ?

As my memory rests
But never forgets what I lost
Wake me up when September ends

La solitude, finalement, ne lui faisait pas du bien. Quelque part, elle en était consciente. Sauf que, autre part, elle avait l'impression qu'elle avait besoin d'être seule. Peut-être sentait-elle que ses pensées l'auraient rattrapée quoi qu'elle fasse, où qu'elle se trouve, avec qui qu'elle soit, et préférait donc prendre du temps pour se mettre à l'écart et pouvoir les mijoter tranquillement ? Cela faisait tout de même une semaine qu'elle se trouvait entourée de gens, et par bien des aspects, ça lui était difficile. Elle avait toujours été quelqu'un de très sociable et ouvert, certes. Mais malgré tout ce dont elle essayait de persuader les autres et soi-même, les choses avaient changé, et elle aussi. Elle voulait paraître aussi enjouée et de bonne humeur qu'avant, aussi fofolle et active, mais le fait était qu'elle avait repoussé tous ses amis en juillet, et que pas mal d'entre eux avaient du mal à accepter qu'elle revienne vers eux. Ce n'était pas très étonnant, elle en était bien consciente et elle ne le leur reprochait pas. Le temps finirait par arranger les choses, comme d'habitude. Et puis, ce n'était pas ça qui avait été difficile pour la jeune Raven en cette première semaine de cours. Non, le plus dur avait été de parler avec ceux qui voulaient qu'elle leur parle, qu'elle leur explique sa froideur, son éloignement, son rejet de toute forme d'amitié de leur part. Elle se connaissait bien, et savait qu'en soi, son deuil, elle l'avait fait. Elle l'avait fait pendant la première semaine d'août. Elle avait accepté ce tournant que sa vie avait pris sans la prévenir. Mais c'était toujours encore dur d'en parler devant les autres. Sans doute s'en demandait-elle trop, en voulant passer pour celle qu'elle était avant. En voulant continuer à rester et parler avec tout le monde, alors qu'au fond, elle se sentait seule. Oui, ça l'avait changée, de manière inattendue et ineluctable. Elle doutait qu'elle puisse un jour arrêter de se sentir seule. Elle avait des amis, beaucoup de bons amis, elle en était consciente et reconnaissante, mais ils ne remplaceraient jamais vraiment sa famille, et c'était ça qui faisait la différence. C'était ça qui la rendait plus grave, plus mature encore qu'avant. Elle avait toujours été différente. Elle avait toujours été plus autonome, plus réfléchie que les autres. Cela ne se voyait pas toujours au premier abord, car sa bonne humeur habituelle la faisait passer pour quelqu'un d'extraverti, d'hyperactif parfois, et puis elle avait beaucoup de traits de caractère qui faisaient d'elle une sorte de garçon manqué, cachant en quelques sortes cette responsabilité, cette maturité, qui étaient les siennes et qui étaient bien plus développées chez elle que chez les autres de son âge. Aujourd'hui, à dix-sept ans, elle était une fois de plus propulsée en avant, contre son gré. Elle était plongée, la tête la première, dans les eaux froides de la vie d'adulte. Elle n'avait rien demandé, mais elle ne pouvait tout simplement pas rester entièrement comme avant. Même si elle savait encore rire et s'amuser à la manière d'une gamine comme elle le faisait jusque là, elle avait des préoccupations plus adultes que celles de bien d'autres, même plus âgés qu'elle, qui n'avaient pas encore perdu leurs parents. Des préoccupations financières, administratives, qui normalement viennent progressivement avec l'expérience. Dans le cas de Lyn, elles lui tombaient dessus toutes à la fois. Et elle avait besoin d'être seule pour les assimiler, même si au fond, elle ne trouverait pas de solution préalable et ne faisait finalement que se torturer l'esprit.

Ring out the bells again
Like we did when spring began
Wake me up when September ends

Elle marchait, les cheveux au vent derrière elle, les mains dans ses poches, la tête baissée. Elle marchait, dehors, et ses pas l'avaient inconsciemment conduite jusqu'à la lisière de la forêt. Cette même forêt qu'elle avait observée lorsqu'elle était dans les airs, cette forêt qui, le matin, relâchait des vapeurs, cette forêt sombre qui brillait dans la lumière du soleil levant. Forêt sombre, effrayante par bien des aspects, pleine de créatures inconnues et dangereuses, mais aussi d'autres, douces et belles. Oui, elle y était déjà rentrée, et au fond elle ne lui faisait pas vraiment peur. Peut-être était-ce simplement qu'elle avait eu de la chance, mais elle n'avait pas vraiment peur, elle avait plutôt ce sentiment d'excitation étrange que l'on avait lorsqu'on s'apprêtait à faire quelque chose de nouveau. Mais pas aujourd'hui, pas à cet instant précis. Aujourd'hui, à cet instant précis, elle ne se préoccupait pas de la forêt. Ses pieds la portaient alors qu'elle repensait aux vacances qu'elle avait passées avec Elias. Sa famille, sa grande famille... Oui, elle avait eu un pincement au cœur, qui ne s'était estompé que plusieurs jours après son arrivée chez lui. Rencontrer la famille de son homme alors qu'elle savait pertinemment qu'elle ne pourrait jamais lui présenter la sienne avait été difficile. Voir comment sa mère s'occupait de lui, d'eux tous... comment son père avait ce comportement typique de père... Tout ça lui avait cruellement rappelé ses parents à elle. Mais elle avait bien senti que pour Elias non plus ça n'avait pas été facile. Il était clairement gêné pour elle, et elle s'en voulait un peu par rapport à ça. Alors, elle ne disait rien, se contentait d'observer tout d'abord les comportements, de s'y habituer, de paraître sympathique, d'être gentille dans l'espoir qu'on le serait envers elle. Ça n'avait pas toujours été le cas, malheureusement, et pour être honnête, il y avait eu des disputes entre la Raven et les sœurs ainées de son petit-ami qui étaient tout sauf des grandes sœurs aimantes et protectrices. En fait, elle ne faisaient que le rabaisser, il ne lui avait pas fallu longtemps pour le comprendre, et elle n'appréciait pas du tout cela. Lyn ne restait pas de marbre face à quelqu'un qui s'en prenait à son petit-ami, que ce soient ses sœurs ou pas. Tout comme elle avait compris certaines choses pour ce qui était de l'enfance de Matthew, et accessoirement celle de Cassie, elle avait aussi compris certaines choses concernant le caractère actuel de Elias. Son manque de confiance, principalement. Car il fallait dire que ses sœurs ne lui avaient pas particulièrement donné confiance. Et si elle avait pu faire face aux supérieurs pour protéger son homme, il n'y avait aucune raison qu'elle ne se dresse pas contre ses sœurs ainées. Elle avait vu Elias souffrir, se tordre de douleur, devant elle. Elle l'avait même vu mourir dans ses bras. A peine une semaine après avoir appris la mort de ses parents. Elle l'avait vu fermer ses paupières doucement, arrêter de respirer... Des images terribles, des images traumatisantes, qu'elle continuait à revoir dans sa tête. Non, elle ne permettrait plus à personne de toucher à son homme, de lui faire mal. Elle s'était battue pour qu'il survive, elle avait failli y rester elle-même. Si elle avait réussi à le tirer de l'Enfer, c'était non seulement grâce à quatre personnes, Jeroen, Alec, le prof de DCFM et l'infirmier, qui l'avaient aidée à s'en échapper et à se rétablir, mais aussi grâce aux sentiments qu'elle avait pour lui et qui lui avaient donné la force de se battre jusqu'à l'épuisement le plus total. Elle s'était battue pour lui, et elle ne cesserait jamais de se battre pour lui. Tant qu'il voudrait bien d'elle, elle serait là, à ses côtés.

« Caitlyn ! »

Elle se retourna. Un Gryffindor s'avançait vers elle alors qu'elle se trouvait dans l'herbe, à plusieurs mètres déjà de la lisière de la forêt de laquelle elle s'était éloignée. Il accéléra le pas et elle lui sourit lorsqu'il fut à quelques mètres. En guise de bonjour, il la prit dans ses bras un court instant, et elle le serra dans les siens.

« Tu vas bien ? Ça faisait longtemps ! »

Elle hocha la tête en souriant puis lui retourna la question. Elle était contente qu'il ne vienne pas lui reprocher ce que la plupart des gens lui reprochaient, à savoir de l'avoir repoussé, ignoré, vexé, en juillet. Il lui demnada comment s'étaient passées ses vacances, et elle raconta qu'elle les avait passées avec Elias. Mais lorsqu'elle voulut savoir ce qu'il avait fait pendant les siennes, de vacances, il y eut un petit instant de silence qui lui fit tourner le regard vers lui. Ils s'arrêtèrent et ce fut alors qu'elle sentit vraiment qu'il y avait quelque chose d'étrange dans l'air. Lorsqu'il reprit la parole, elle comprit qu'il n'était pas venu la rejoindre sans avoir quelque chose en tête.

« En fait, je voulais... te dire merci. »

« Comment ça merci ? »

« Ben t'sais, ton groupe. C'était vraiment bien. »

Il sourit un peu, il avait l'air gêné. Et elle non plus ne savait pas trop quoi dire. Elle répondit, essayant de mettre un peu d'humour, de passer à autre chose. Et ils se serrèrent à nouveau dans leurs bras, puis il repartit, non sans s'être inquiété par rapport à la solitude de la belle jeune femme qui le rassura en disant qu'elle prenait simplement l'air et qu'elle n'allait pas tarder à rejoindre sa salle commune. Elle revit dans sa tête le concert, dans ses débuts. La bonne ambiance, la musique, les lumières. Le discours d'Ems. Les morceaux qui s'enchaînaient. Et finalement la porte qui s'ouvrait brusquement, le premier supérieur qui rentrait, le premier éclair vert qui fusait, le premier corps innocent qui tombait. Et il la remerciait. Oui, il la remerciait, il les remerciait, pour ce qu'ils avaient osé faire, ce qu'ils avaient initié, car sans eux, peut-être que personne n'aurait eu de vacances en août, et peut-être qu'ils seraient encore dans la peur de se faire attaquer au détour d'un couloir, dans la crainte de voir leurs amis disparaître du jour au lendemain, ou d'apprendre une mauvaise nouvelle provenant du monde extérieur. Il les remerciait d'avoir déclenché ce qui aura été une énorme bataille pleine de morts et de blessés, mais qui avait marqué leur victoire, la fin des Supérieurs à Poudlard. Elle sourit un peu tristement, en repensant à ce premier innocent qui était tombé mort devant leurs yeux à tous. La goutte d'eau qui avait fait déborder le vase. Il ne l'avait pas mérité, mais elle-même savait qu'elle avait accepté les risques dans le but, dans l'espoir, de ne plus jamais vivre ce qu'elle avait vécu le week-end qui avait précédé le concert. Elle se retourna, prête à reprendre sa petite promenade tout en continuant à penser aux événements du 20 juillet, mais ce fut alors qu'elle l'aperçut. Jeroen. Elle l'avait vu dans les couloirs plusieurs fois déjà, et chaque fois des milliers de questions jaillissaient dans son esprit, mais n'avait jamais pu venir les lui poser. Maintenant, elle pouvait. Ils n'étaient pas pris dans un flot d'élèves qui allaient chacun d'un autre côté, ils n'avaient, normalement, rien de particulier à faire, alors oui, elle devait aller lui parler. Alors, elle le rejoignit. D'un pas assez rapide, mais pas agressif ni déterminé pour autant. Il devait sans doute l'avoir remarquée.

« Salut. »

dit-elle lorsqu'elle fut à sa hauteur.

« Jeroen, je peux te poser une question ? »

Elle aurait pu lui demander comment il allait, lui parler de vacances, lui faire remarquer que, comme elle, lui aussi se promenait autour de la forêt, et lui demander à quoi il pensait. Mais elle n'arrivait pas. Il fallait qu'elle pose la question qui lui brûlait les lèvres depuis le 20 janvier.

« J'ai pas fait une erreur, en te faisant confiance, si ? »

J'ai pas fait une erreur en te parlant de notre concert ? Dis moi que ce n'était pas un piège que tu m'avais tendu, ce jour là dans les cachots. Dis moi que tu ne m'as pas laissée partir dans le seul but de me reprendre plus tard, avec plus de monde. Dis moique je pouvais te faire confiance, que cette impression de sécurité que j'ai eue avec toi n'était pas dûe à un sort informulé que tu m'aurais jeté avant de m'attrapper et m'enfermer dans la cellule où on a parlé pendant si longtemps. Dis moi que tu n'as pas inventé ton histoire d'agent double, que tu n'as pas menti sur ta famille, que tu ne t'es pas déguisé pour me faire marcher, pour me faire courir même, pour gagner ma confiance naïve et enfantine, et en profiter pour réprimer la résistance. J'ai envie de te faire confiance, Jeroen, j'ai pas envie d'être déçue. Mais je te jure que si je me suis trompée sur toi, si tu nous a trahis, si c'est toi qui as parlé du concert secret aux supérieurs, je te le ferais payer. Si ce jour là, dans les cachots, tu as simplement profité de ma faiblesse et de mon désespoir et m'as utilisée pour punir les résistants, je te considérerais comme l'être le plus méprisable que je connaisse, et tu me connaîtras sous un autre angle. Mais j'espère, je prie pour que ce ne soit pas le cas, car j'ai envie de te faire confiance.

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MessageSujet: Re: « As my memory rests, but never forgets what I lost. » | Jeroen && Caitlyn   Jeu 31 Oct 2013 - 22:44

Une semaine… il ne s’était écoulé qu’une semaine et c’était comme s’il s’était écoulé des mois. Jeroen ne s’habituait toujours pas au calme, à l’absence de violence, aux rires qui résonnaient dans les couloirs. Il ne s’habituait pas à la vie simple, équilibrée d’un jeune de son âge, avec les amourettes, les cours sans idéologies, le culte sportif… Hier, Riley avait posté la date des sélections de l’équipe de Quidditch pour la saison organisée cette année. La semaine prochaine, il faudrait remonter sur un balai, mettre de côté sa phobie et foncer, choisir ses futurs coéquipiers et frapper deux cognards alors qu’il s’était habitué à quatre… Tout cela lui donnait le vertige. C’est comme s’il s’enfonçait, comme qu’il n’était plus grand-chose, juste un adolescent lambda qu’on déteste bêtement parce qu’on s’imagine qu’à jouer dans l’autre camp, il n’a pas été blessé. Il avait besoin de s’isoler, d’aller respirer. Il aurait pu aller voir Julian et perdre la notion du temps, mais il était d’humeur maussade, il n’avait pas envie qu’elle le voie comme ça. Il se passa donc la tête sous l’eau, enfila une veste et sortit du château.

Dehors, il faisait bon, un peu meilleur qu’hier. Le ciel lui semblait plus lumineux, un peu trop lumineux à son goût. Il traversa le parc, passa près du stade de Quidditch et s’arrêta un moment. Tout était vide, silencieux. Hier, les gryffondors avaient fait leurs sélections ; il s’était tenu près des gradins, les bras croisés, pour regarder la composition de l’équipe de cette année et les capacités de chacun. Mercredi, ce serait au tour des serdaigles de choisir leurs joueurs… et samedi, ce serait eux… Un battement d’aile le sortit de ses pensées. Slight, sa petite chouette, l’avait sûrement repéré depuis un moment avant de venir le rejoindre ; elle avait le don pour le retrouver n’importe où, pratique quand on refusait catégoriquement de monter à la volière comme lui… En même temps, ça avait un peu été son premier critère de choix lorsqu’il s’était fait tirer jusqu’à l’animalerie du Chemin de Traverse. La chouette voleta tranquillement jusqu’à lui, planta ses petites griffes dans son épaule pour se stabiliser et entreprit de lui béqueter gentiment l’oreille, non sans laisser de légères traces rouges à chaque fois. Les animaux étaient tellement plus simples, compréhensibles et sans ambiguïté. Slight faisait ça tout le temps pour quémander de l’attention, mais il se demandait si cette fois-ci, elle ne s’était pas aussi rendu compte que son maitre n’était pas comme à son habitude, confiant et sûr de lui…

Le serpentard inspira une grande goulée d’air frais pour se calmer et entreprit de gratter le crâne de sa bestiole pour qu’elle cesse de lui lacérer le cartilage. Après un instant, celle-ci ferma les yeux et se laissa frotter les plumes avec bonheur. Un chat se serait comporté de la même manière, ronrons en plus. Il sourit légèrement, se laissa frotter la joue en retour et se décida à bouger. Le contact avec les animaux lui manquait. Ils avaient à peine repris les cours de soin aux créatures magiques, ces vacances avaient été pauvres à ce niveau-là, mais ça faisait surtout longtemps qu’il ne s’était pas aventuré vers la forêt interdite pour y observer des bêtes plus inattendues… Il prit le temps de vérifier que la garde-chasse n’était pas dans le périmètre avant de s’avancer. Quelque chose pointait dans son ventre, ça commençait à franchement se voir, et il avait moyennement envie de l’attirer de nouveau dans les bois comme la dernière fois, d’autant plus qu’il lui avait fait prendre des risques… Ce n’était pas bien malin, mais Jeroen n’avait pas prévu qu’elle le suivrait, et vu qu’il se fichait pas mal de prendre des risques seul…

Cette fois-ci, il pensait rester à l’orée de la forêt. Il voulait simplement profiter du calme, des bruissements incertains dans les arbres… La lumière était plus diffuse sous les arbres, ça sentait l’humidité, la fraîcheur, l’automne presque. Foulant le parterre de feuilles mortes sans se presser, il avisa un arbre couché sur lequel il partit s’asseoir. D’ici, il voyait la lisière, un morceau d’enclos près de la cabane de Stoneheaven, au loin. Sa chouette continuait de se coller à sa joue, en totale confiance. Il ferma les yeux pour profiter du silence. Depuis combien de temps n’avait-il pas fait ça ? S’asseoir et respirer ? Se laisser fondre dans la forêt en se prenant pour un arbre, immobile et impassible ? Des plombes. Bon sang, il était passé à côté de moments merveilleux ces dernières années, à trop vouloir faire son gros dur. A Londres, il avait profité du silence et du calme de sa famille, mais c’était autre chose, un autre besoin qui avait été assouvi, celui de contact humain, du contact de ses proches plus précisément. Il fallait l’avouer, les relations qu’il entretenait avec son père et son frère lui rappelaient une certaine animalité ; la compréhension sans rien se dire, cette sensation d’être protégé rien qu’en sentant l’odeur de son père… Inconsciemment, il frotta doucement sa main gauche, qui ressemblait un peu plus à une main normale depuis qu’Emeric l’avait soigné de force. Il n’avait même plus mal.

Julian… c’était un peu la même chose. Il adorait se plonger dans son odeur, ne pas avoir à faire des mots pour qu’ils se sentent bien. Il avait un peu de mal à réaliser qu’elle était revenue. Que tout cela s’était passé comme ça s’était passé, que tout s’était effacé comme ça, d’un coup de baguette, lorsqu’il l’avait prise dans ses bras. Ils avaient dû parler, mettre les choses à plat, mais c’était un mal pour un bien. Mais lorsqu’il était loin d’elle, ça devenait irréel, ça lui oppressait la poitrine, il régressait. Qu’on ne lui parle pas d’amour, évidemment. D’attachement à la limite, mais un attachement hors du commun, qui lui donnait envie de sourire ; la guimauve, c’est nul, mais il était en train de tomber dedans à pieds joints. Il aurait volé pour un sourire. Peut-être qu’il lui demanderait d’être là pour les entraînements. Peut-être que la savoir juste à côté lui ferait oublier qu’il n’avait plus les pieds sur terre… dans tous les sens du terme. Mais leur relation n’avait rien de commun, d’ordinaire. D’abord pour ça, parce qu’ils étaient ensemble sans l’être…

Et aussi parce que leurs situations respectives étaient difficiles. Jeroen devait faire face à des regards haineux, des remarques acerbes concernant sa présence non désirée. Julian aussi, à coup sûr. Ils n’en parlaient pas mais penser à tous ces imbéciles lui donnait envie de leur fracasser le crâne contre un mur. D’où le besoin d’isolement. Et puis quoi ? Il s’était fait accepter par quelques élèves tout à fait intelligents et par le directeur lui-même, il s’était même fait attaquer par des Supérieurs devant témoins, pourquoi les autres persistaient-ils à le voir comme un ennemi ? Devait-il faire un discours général sous veritaserum pour qu’on arrête de le prendre pour une taupe de l’autre camp ? Il serra le poing. Slight, voyant que son serpentard venait d’arrêter de la gratter, lui béqueta l’oreille d’un coup sec. Jeroen sursauta et lui lança un regard désabusé, auquel Slight répondit en couinant.

- Eh ben quoi, toi aussi tu ne m’aimes plus ?
Elle couina à nouveau. Jeroen se frotta les yeux, sentant qu’il commençait à dire n’importe quoi. Si la chouette ne l’aimait plus, elle serait partie sans demander son reste depuis longtemps, et puis il était stupide de lui dire ça alors qu’elle voulait juste qu’il arrête de bouder comme un gros gamin pas content. Il avait vingt ans, bordel. On ne se comporte pas comme un gosse pourri gâté quand on a vingt ans et une vie comme la sienne, ce n’était pas décent. Il se frotta les cuisses pour se détendre et présenta sa main à Slight pour voir si elle n’était pas vexée et qu’elle acceptait toujours qu’il la gratte. Elle mit une bonne minute avant de glisser sa tête contre ses doigts en signe d’acceptation.

- Pardon. Je suis couillon hein ? C’est tout ça, ça me met les nerfs en pelote. Les gens sont vraiment stupides. Ce n’est pas une excuse, je sais ça, je dois assumer… mais j’ai mes jours mauvais… Tu ne m’en veux pas hein ?
Vous ne verrez jamais Jeroen van Saade parler comme ça en présence d’un être humain. Jamais. Les animaux et les conversations stupides qu’il pouvait avoir avec, c’était son jardin secret, ses moments de répit qui lui permettaient, le reste du temps, d’être un homme inébranlable et sans failles - ou à peu près. Slight, elle, n’allait pas répéter ça à qui que ce soit, elle ne lui tapotera pas l’épaule avec un air compatissant, elle ne cherchera pas les bons mots pour qu’il se sente mieux ; à chaque fois, à chaque écart de son maître, elle se contentait de lui faire comprendre qu’elle le préférait de bonne humeur et disponible pour lui gratter la tête, un point c’est tout. Ça l’obligeait à se remettre dans de bonnes dispositions, s’il ne voulait pas qu’elle s’en aille en lui arrachant un bout d’oreille. Il aimait bien son égoïsme, cette impression d’appartenir à sa chouette et pas simplement l’inverse. C’était un type d’attachement qui lui correspondait bien. Quand on a toujours envie de tout contrôler, il est agréable de ne pas avoir le choix, parfois, c’était vraiment reposant. Il reprit sa contemplation du couvert des arbres, sentant les petites griffes de sa bestiole lui pincer l’épaule par intermittence ; elle était tellement légère que sans ce contact, il aurait pu l’oublier.

A la lisière de la forêt, des bruits de discussion brisèrent son silence. Jeroen lança un regard dans la direction des gens qui venaient déranger son havre de paix. Il reconnut rapidement Caitlyn, mais pas le gryffondor qui lui tournait le dos et qui parlait bien fort… Ce n’était pas l’endroit rêvé pour se retrouver après les vacances, qu’est-ce qu’ils fichaient ici ? Jeroen n’était pas mécontent de revoir la bleue, qu’il avait croisée à de nombreuses reprises dans les couloirs mais avec qui il n’avait pas pris le temps de discuter. Il se demandait juste ce qu’elle foutait près de la forêt interdite, et il était un peu déçu de voir son moment de solitude avec Slight s’envoler comme ça. Il avait encore des cachoteries à raconter sans qu’on l’entende… Il s’accouda sur ses jambes et observa les deux intrus, écoutant vaguement ce qu’ils se racontaient. Il comprit que le gryffondor venait remercier son amie, sans trop comprendre pourquoi. Et elle ne faisait que prendre l’air… Jeroen disait ça quand il se sentait maussade. Elle cachait quelque chose, à coup sûr, un coup de blues sûrement. Il n’était pas le seul, donc…

Parmi tous les élèves, ceux qui avaient été le plus touchés par le concert du vingt avaient dû être ceux qui étaient dans la salle, ceux qui avaient assisté au départ de feu. Un mort ou deux, des amis certainement, ce n’était pas rien, ça avait même un potentiel traumatique assez violent. Il se demandait comment ça se serait passé s’il était venu sur l’invitation de la jeune femme. Comment ça s’était passé, à la source ? Lorsque ça avait commencé, il s’ennuyait dans les couloirs en pensant vaguement que pendant qu’ils s’ennuyaient, les jeunots faisaient la fête. Et puis tout s’était embrasé… les sorts qui fusaient… la violence du premier doloris de sa vie… Et il avait dû se battre, contre ces hommes et ces femmes auprès desquels il se faisait passer pour le bon camarade docile. Il avait participé à la violence autant qu’il l’avait subie. Mais il s’y était préparé, il avait attendu ce moment, sans deviner son approche imminente mais sans sous-estimer sa violence, conscient qu’il y aurait des morts de toute manière. Caitlyn, elle, avait été prise là-dedans sans s’y attendre, sans y être préparée, comme tous les autres membres de la résistance. Il se demandait ce qui pouvait bien se passer dans sa tête lorsque le garçon l’avait remerciée…

Il se retourna pour chuchoter ce qu’il venait d’entendre à Slight, avec un ton un peu gagatisant. Sa chouette avait l’air de l’écouter, mais il savait bien qu’elle s’en fichait royalement puisqu’elle était encore dans le nid de sa mère à cette époque, et même, toutes ces histoires humaines ne la concernait pas… Rapidement, il entendit des bruits de pas approchant dans les feuilles mortes. Il se mordit la lèvre et regarda Caitlyn arriver à grande vitesse, sans avoir l’air ni de vouloir le frapper, ni de vouloir le prendre dans ses bras non plus…

- Salut.
Succinct, un peu froid et précipité. Il sentait que la conversation ne porterait pas sur la pluie et le beau temps de ces derniers jours.

- Salut, Caitlyn. Ça fait un moment…
Pourquoi tenter de commencer une conversation alors qu’elle semblait si pressée de parler de quelque chose de très particulier ? Il ne savait pas ce qui n’allait pas, ce qui lui donnait cet air un peu étrange, comme si elle avait besoin de parler de quelque chose depuis des semaines et que l’occasion venait juste de se présenter, alors qu’ils s’étaient déjà croisés pas mal de fois… mais il n’allait pas tarder à savoir. Il cessa de caresser Slight, tout en laissant sa main pour qu’elle comprenne qu’il ne l’oubliait pas.

- Jeroen, je peux te poser une question ?
- Est-ce que tu t’inquiètes vraiment d’avoir ma permission ?
Cynisme ? Non. A peine.

- J’ai pas fait une erreur, en te faisant confiance, si ?
- Qu’est-ce que tu entends par « erreur » ?
La chouette pencha sa tête sur le côté en jaugeant la jeune femme, sentant une certaine tension se former entre son maître et l’inconnue. Jeroen, lui, était réellement surpris par cette question. Pourquoi venait-elle lui demander si soudainement si elle pouvait lui faire confiance, alors que la dernière fois, elle avait eu un net aperçu de la réponse ? Il s’était tellement ouvert qu’il se demandait où elle pouvait trouver matière à douter. Après un instant de réflexion, il finit enfin par percuter que oui… quelqu’un avait dû les balancer quant au concert, quelqu’un au courant de la date et du lieu. Si Jeroen n’avait pas eu connaissance de la pièce dans laquelle ils avaient prévu de jouer, il était au courant du jour, et ce n’était pas rien. Ça faisait même de lui un suspect important, car quand on joue un double-jeu, la limite entre les deux rôles est parfois difficile à poser… Ça lui semblait évident qu’il ne divulguait pas des informations aussi sensibles alors qu’il s’était battu pour les glaner, mais Caitlyn était en droit de se poser la question.

- Si tu entends par là que je vous ai balancés… c’est bien ça hein ?
Il avait raison. Elle pensait qu’il les avait peut-être balancés pour une raison x ou y. Il était un peu vexé, mais encore une fois, elle avait raison de demander, parce que ça aurait pu être le cas. Il aurait suffi que quelqu’un doute une seule seconde de lui pour qu’il se retrouve à dévoiler la vérité en se faisant fouiller le cerveau. Ça s’était joué à presque rien, il aurait pu se faire remarquer avec tout ce qu’il avait fait dans le dos des Supérieurs à cette époque… Mais sur ce coup, même lui n’aurait pas pu dire qui avait balancé le groupe. Ils avaient vraiment bien goupillé leur histoire. Il la regardait dans les yeux. Il ne mentait pas, il fallait qu’elle le voie, sinon ils risquaient d’avoir du mal à se comprendre.

- Non, je n’ai rien dit. Pour ne rien te cacher, peut-être que si j’avais su ce que ça générerait dans le château, je l’aurais dit, mais ce n’était pas le cas… et il y avait beaucoup trop de vies en jeu. J’ai vraiment eu peur pour vous quand je me suis rendu compte que c’était votre concert qui avait dégénéré.
Il s’était d’abord inquiété pour sa vie, vu les sortilèges et autres coups qu’il s’était pris, mais dès qu’il avait été en capacité de penser aux autres, il avait pensé à Caitlyn, à Killian, à Julian aussi, à tous les gens qui lui importaient un peu dans ce foutu château. Le soulagement qu’il avait ressenti à l’annonce de Rivers avait ressemblé à un moment de pure extase… car la mort de Walters était celle qu’il attendait le plus. Apprendre la mort d’autres inconnus au bataillon l’avait déjà un peu plus chagriné, y compris celle de pros-supérieurs. Certains de ces élèves partis ou décédés avaient été de ses amis, quelques-uns lui avaient même déjà sauvé la vie… Forcément, s’il s’était inquiété pour eux, il avait pensé à celle qui lui avait permis de réagir rapidement en apprenant que ça commençait à chauffer. Après coup, il s’était suffi de la voir en vie pour se rassurer. Peut-être aurait-il dû aller la voir à chaud… Slight desserra sa prise sur son épaule et s’envola pour se percher sur une branche quelques mètres plus loin, les observant de loin mais sans empiéter sur leur discussion. Elle était décidément trop intelligente. Jeroen en profita pour montrer un bout de tronc à côté de lui.

- Tu veux t’asseoir ?
Ils pourraient discuter tranquillement si elle sortait de sa position défensive. De plus, il n’avait vraiment pas envie de se battre maintenant. Sa chouette le surveillait de loin, prête à couiner s’il refaisait des bêtises… une vraie mère celle-là. Il frotta son oreille pour enlever la sensation de picotement qui persistait toujours quand la bestiole s’acharnait trop, attendant que la serdaigle s’installe et prenne le temps de ravaler son animosité.
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MessageSujet: Re: « As my memory rests, but never forgets what I lost. » | Jeroen && Caitlyn   Dim 10 Nov 2013 - 14:56

Un coup de blues. On pouvait appeler ça comme ça, oui. Une envie, un besoin, de se retrouver seule avec elle-même. Pouvoir revoir des choses, dans sa tête, qui n'étaient pas forcément très agréables et encore moins joyeuses. Des souvenirs, nostalgiques, mélancoliques. Elle avait fait le deuil, certes, mais elle n'avait pas oublié pour autant. Et vivre avec un deuil alors que tout le monde riait, s'amusait, était, mine de rien, assez difficile à la longue. Non, elle n'était pas déprimée, mais elle avait besoin de faire des pauses, de prendre du temps pour soi, de se séparer un peu de ce milieu auquel elle n'appartenait plus autant qu'avant. Elle restait la fille un peu folle, bout-en-train, pour laquelle elle passait jadis, ça oui. Mais, encore plus qu'avant, elle cachait sous cette apparence enjouée et un peu gamine sur les bords, une maturité toute particulière, qui la distinguait des autres. C'était tout simplement impossible de totalement s'amuser, en ayant ce genre de souvenirs en tête. C'était impossible de rester entourée de ces gens qui ignoraient tout de ce qu'elle avait dû subir. Même si elle arrivait à éloigner ses mauvais souvenirs de sa conscience pour un temps, ils finissaient toujours par revenir, et il lui était tout simplement nécessaire de prendre le temps de s'en occuper. C'était comme des hauts et des bas, elle ne pouvait pas monter si elle n'était pas descendue avant, et repris de l'énergie pour remonter après. Essayer de se maintenir en haut n'était pas efficace, c'était se battre contre ses souvenirs, et les souvenirs avaient toujours le dessus au bout du compte. Rester entourée de personnes avec lesquelles elle ne voulait pas parler de ce qui s'était passé lui demandait de l'énergie, l'épuisait, car elle se battait pour ne pas se faire assaillir par des images nostalgiques. Elle devait s'éloigner régulièrement pour permettre à ces images de rentrer dans son esprit sans qu'elle ne veuille les en empêcher. Elle devait les accepter pour qu'elles lui accordent quelques instants de paix par la suite, pendant lesquels elle remonterait la pente et finirait par rejoindre les autres, avant de redescendre à nouveau et s'isoler. C'était logique, à y repenser. C'était peut-être ce qui ferait son quotidien, du moins dans les jours voire semaines à venir. Et puis les hauts et les bas s'espaceraient progressivement, les hauts s'allongeraient, les bas se raccourciraient, peut-être une moyenne s'installerait... elle n'avait aucune idée de ce à quoi ressemblerait son quotidien plus tard, elle se contentait de vivre au jour le jour en ne prenant en considération que son futur proche, et elle savait que des coups de blues étaient normaux pour quelqu'un qui avait perdu sa famille. Mais elle savait aussi qu'elle s'en sortirait, car elle voulait s'en sortir, et qu'elle devait simplement laisser le temps faire les choses.

How I wish I could walk through
the doors of my mind
hold memory close at hand
help me understand the years


Et Jeroen ? Qu'est ce que Jeroen faisait là, lui ? Repensait-il aussi aux vacances ? À sa famille ? Elle espérait qu'il avait retrouvé ses parents, ses frères et sœurs, ses proches... Sa maison, surtout, sa chambre, son chez-soi. Son petit royaume rien qu'à lui, ses propriétés, ses secrets et son enfance. Elle espérait que personne n'avait eu à voir les images qui désormais resteraient imprimées à jamais dans son cerveau. Des images de destruction, de souffrance sous-jacente. Sincèrement, elle espérait que sa famille à lui, et celle de tous les autres si possible, avaient été épargnées. Elle se souvint de ce qu'il lui avait dit ce jour là dans les cachots. Comme quoi il avait de la famille moldue. Et comme quoi son père prônait la tolérance. Elle y avait cru, et elle voulait tellement y croire ! Elle voulait tellement croire à tout ce qu'il lui avait raconté, qu'il méprisait les supérieurs, que son vrai camp était chez les résistants, mais qu'il préférait résister discrètement, se faisant passer pour l'un d'eux, autant pour protéger sa famille que pour les affaiblir de l'intérieur. Elle avait eu confiance en lui, ce soir là. Il avait eu l'air de lui faire confiance aussi. Ils avaient paré de choses dont on ne parlait pas ouvertement, à Poudlard. Mais, comme il le dit si bien avant qu'elle ne l'interrompe, ça faisait longtemps... Beaucoup de choses et de temps étaient passés depuis la dernière et première fois qu'ils avaient parlé, et elle ne pouvait s'empêcher de douter, de vouloir se rassurer. Car quelqu'un les avait trahis, le 20 juillet. Quelqu'un les avait trahis, et comme par coïncidence, elle en avait parlé à quelqu'un. Elle en avait parlé à Jeroen, du concert. Alors, et si elle s'était trompée ? Si elle avait été complètement à côté de la plaque, ce jour là ? Trop fatiguée pour discerner qu'il ne faisait que la manipuler ? Trop faible pour résister, et même pour se rendre compte qu'il ne faisait que lui mentir sur toute la ligne ? Elle avait mis en danger le groupe, l'école entière, en lui disant ce qu'elle lui avait dit. Tout comme elle avait mis en danger Elias en écrivant cette dissertation fatale qui les avait tous deux menés si près de la mort. Elle avait aussi mis en danger Jeroen lui-même, comme si elle n'était faite que pour mettre ses amis en danger et s'acharner par la suite à les en tirer, sans leur éviter la souffrance pour autant. S'il pensait vraiment ce qu'il lui avait dit ce soir là, alors lui aussi était en danger. Il avait été le premier à lui dire qu'ils avaient les moyens et les compétences pour faire parler. Pour un agent double, savoir des choses était très utile, mais en savoir trop pouvait vite devenir risqué. Et pour un agent simple... Elle avait peur d'avoir fait une erreur, d'être la coupable. Elle ne voulait perdre ni sa dignité, ni son ami... Mais objectivement, le connaissait-elle vraiment ? Elle avait eu l'impression que oui, elle s'était sentie étrangement proche du jeune homme. Mais qu'en était-il aujourd'hui ? Qu'en serait-il si elle apprenait qu'elle était tombée dans le panneau, que c'était lui celui qui les avait trahis, et que c'était donc elle qui avait trahi son groupe ? Deux choses étaient sûres : elle s'en voudrait beaucoup, énormément, et elle lui montrerait qu'il ne la connaissait pas non plus, que s'il s'était amusé à lui soutirer des informations parce qu'elle sortait à peine de l'infirmerie où elle aurait dû rester plusieurs jours de plus, elle avait un tout autre caractère lorsqu'elle n'était pas au bord de l'épuisement. Elle perdrait dignité et amitié. Elle serait déçue et en colère, autant contre elle-même que contre celui en qui elle aurait cru voir un ami. Alors non, elle ne voulait pas engager une conversation anodine avec lui avant d'avoir eu une conversation sérieuse, importante.

- Jeroen, je peux te poser une question ?

- Est-ce que tu t’inquiètes vraiment d’avoir ma permission ?

Elle lui tira un sourire mi-forcé mi-sincère. Non, sur le coup, je m'en fous complètement d'avoir ta permission ou pas, parce que ma question je vais la poser. Ce dont je me foutrai pas, sera si tu y réponds ou pas, et de quelle manière.

- Qu’est-ce que tu entends par « erreur » ?

Réfléchis un peu par toi même, j'ai pas très envie de t'aider pour le coup, je veux savoir si t'es assez perspicace pour te douter de ce à quoi je fais allusion. Elle soutint le regard de la chouette perchée sur l'épaule du jeune homme qui semblait l'évaluer, la tête penchée sur le côté. Elle se demanda ce qui pouvait bien se passer dans la tête du rapace. Les animaux, disait-on, n'avaient pas d'intelligence à proprement parler, mais ils ont un instinct certain, et sans doute sentait-elle elle-aussi cette tension qui devenait palpable entre les deux jeunes adultes. Tu m'es sympathique, petite chouette, mais si ton maître s'avère être un traitre, chose que je redoute et que je regretterais amèrement, je ne l'épargnerai pas pour tes beaux yeux, désolée. Même si tu te mets à le défendre à coups de bec.

- Si tu entends par là que je vous ai balancés… c’est bien ça hein ?

Petit signe de la tête, et changement de position. La belle jeune femme croisa les bras sur sa poitrine et déplaça son poids sur sa jambe droite. Elle attendait. Un peu comme la dernière fois, dans les cachots. Sauf que contrairement à la dernière fois, elle n'était pas à deux doigts de tomber dans les pommes, elle n'était pas effrayée, ni torturée à l'idée que le temps avançait et qu'Elias souffrait. Elle était méfiante, ça oui. Froide sans doute, et peut-être un peu effrayante car en même temps qu'elle dégageait une détermination farouche, elle espérait sincèrement, presque desespérément, de ne pas être déçue. Mais voilà, le fait était qu'elle doutait, et même si ça pouvait paraître vexant, même si ce n'était pas très noble de sa part, elle n'arrêterait pas de douter avant qu'il ne parle.

- Non, je n’ai rien dit. Pour ne rien te cacher, peut-être que si j’avais su ce que ça générerait dans le château, je l’aurais dit, mais ce n’était pas le cas… et il y avait beaucoup trop de vies en jeu. J’ai vraiment eu peur pour vous quand je me suis rendu compte que c’était votre concert qui avait dégénéré.

Caitlyn plissa les yeux. Peut-être que s'il avait su ce que ça générerait dans le château, il l'aurait dit... Qu'est ce que ça signifiait, ça ? Beaucoup trop de vies en jeu... Autrement dit, s'il n'y avait pas autant de vies en jeu, il n'aurait pas hésité à les trahir ? La chouette s'envola et alla se percher sur une branche à proximité, et un petit sourire naquit sur les lèvres de la belle jeune femme, avant qu'elle ne se rende compte de ce qui se passait. Il le faisait encore ! Il la mettait à l'aise, et elle ne savait pas comment il s'y prenait, mais c'était comme s'il irradiait des bonnes ondes qui prenaient possession de son corps, qui contrôlaient son esprit et ses sens, qui l'envoûtaient, et elle n'aimait pas ça, pas en ces circonstances ! Elle ne voulait pas lui faire confiance aussi facilement, même si en soi c'était quelque chose de merveilleux et tellement agréable. C'était tellement facile que c'en était beau. C'était le genre de choses qui exprimaient une parfaite entente de deux jeunes gens, et c'était beau de voir que c'était encore possible. Mais elle ne voulait pas lui faire confiance aussi facilement, elle ne voulait pas être faible, elle voulait être sûre objectivement, et pas qu'émotionnellement.

- Tu veux t’assoir ?

« NON JE VEUX PAS M’ASSOIR ! »

Elle avait crié, en décroisant brusquement les bras. C'était sorti comme ça. Un pétage de câble. Incontrôlable. Et, tout aussi incontrôlables, deux larmes apparurent aux coins de ses yeux, car déjà elle s'en voulait. Elle s'en voulait de lui avoir crié dessus sans raison, elle s'en voulait d'avoir craqué, d'être faible. Et plus elle s'en voulait, plus elle était faible. Elle prit sa tête entre ses mains, passant ses doigts dans ses cheveux, et finit assise sur le tronc d'arbre que Jeroen lui proposait, lui murmurant un « Désolée ». Elle étouffa un sanglot, et l'instant d'après, elle était debout à nouveau.

I guess it's time I run
far far away
find comfort in pain
all pleasure's the same, it just
keeps me from trouble


Faible, faible, faible. Lâche. Elle s'éloigna rapidement du Slytherin, en direction de la forêt interdite dans laquelle elle s'enfonça un peu histoire de disparaitre de la vue des autres. Sa baguette à la main, elle s'acharna sur un arbre qui n'avait absolument rien demandé et dont le tronc finit par craquer à plusieurs endroits sous ses sorts imprononcés. Elle avait besoin d'extérioriser, retenir ne serait que repousser, remettre à plus tard quelque chose qui devait sortir. Son petit manège ne dura pas très longtemps, dans le fond. Deux trois minutes, cinq tout au plus. Ses larmes avaient arrêté de couler dès les premiers sorts qu'elle avait jetés hargneusement. Mais ses pensés, ses émotions, ses souvenirs, étaient toujours autant en désordre et se battaient, alors elle avait besoin de les calmer, de se calmer. Puis, immobile devant le désastre qu'elle venait d'infliger à l'arbre, elle inspira profondément, fermant les yeux. Elle sentit sa présence derrière elle. Elle s'était doutée qu'il la suivrait, mais elle avait réussi à l'oublier pendant les quelques minutes pendant lesquelles elle avait perdu contrôle. Elle passa sa main gauche dans ses cheveux, les recoiffa fébrilement, puis se retourna, fit quelques pas en sa direction. Sourire gêné. Et finalement :

« Tu vois ce que ça fait ? Je vais pas m'amuser à faire genre que je suis forte, avec toi, Jeroen. Tu m'avais dit que t'étais pas un héros. Maintenant... dis-moi que t'es pas un traitre. »

It's more than just words, it's just
tears and rain
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MessageSujet: Re: « As my memory rests, but never forgets what I lost. » | Jeroen && Caitlyn   Lun 9 Déc 2013 - 23:24

Ça le prenait tellement au dépourvu. Une telle demande, une telle suspicion venant de quelqu’un à qui il s’était ouvert comme il l’avait fait, au point d’en dire plus qu’à sa propre famille ou à Julian… C’était vraiment dur à encaisser. Elle l’avait si bien pris au départ que ce retournement de situation lui donnait la sensation que tout recommençait à zéro, mais le pire était qu’il n’avait pas lancé la conversation et n’avait donc aucun contrôle. Bien entendu, il n’avait plus rien à cacher, il avait repris sa vie en main et comptait s’y tenir tant il voulait retrouver une vie de jeune adulte lambda. Mais il ne savait pas quand son passé lui foutrait la paix, quand on arrêterait de le regarder de travers comme s’il mentait encore. Ça avait été dur de revenir et de se réhabituer aux regards, surtout maintenant qu’il n’y avait plus aucune limite, plus aucune censure. Comment faisait-il pour ne pas regretter cette situation bloquée où il était protégé par son statut ? Ce n’était pas si simple que ça. Parfois, il regrettait. Il avait du mal avec cette idée mais il y avait une différence entre la motivation qu’il avait il y a deux mois et la situation à laquelle il devait faire face aujourd’hui. Perdre le peu de pouvoir qu’il avait, devenir l’ennemi de tous y compris des alliés, devoir rassurer les doutes de ceux qui l’avaient cru à une époque… Bon sang, et si rien n’avait changé, est-ce que ça n’aurait pas été plus simple ?

D’autant qu’elle ne l’aidait pas beaucoup. Dans sa volonté de ne pas faillir ni céder, Caitlyn se renfermait totalement, incapable de préciser ses propos. Ou peut-être réfléchissait-il trop rapidement pour lui donner le temps de répliquer à ses remarques, il ne se rendait pas compte, ça semblait si surréaliste. Slight aussi n’avait pas l’air de comprendre tout ce qui se passait, mais elle ne bougeait pas et continuait de fixer la jeune femme, qui se ferma lorsqu’il émit l’hypothèse qu’elle le prenait peut-être pour un traitre. Il était un peu chagriné, mais mieux valait s’expliquer calmement et ne pas prendre ça pour lui. Elle aussi avait souffert. Ils avaient tous souffert, c’était triste à dire mais il n’était pas le seul à avoir perdu quelque chose dans cette bataille et il était de loin celui qui était le moins à plaindre. Il souffrait intérieurement, sans réellement s’en rendre compte, mais il devait d’abord calmer les craintes de la jeune serdaigle parce qu’il ne se relèverait pas s’il ne se rapprochait pas de certaines personnes. C’était dur de devoir compter sur les autres.

Donc il répondit. La vérité, bien entendu. Dans d’autres circonstances, s’il n’avait pas été pris par surprise par ce qui s’était passé au même titre que tous les autres habitants de cette école, il aurait vu dans cette rébellion l’occasion rêvée d’aller mettre encore plus de bordel. Mais il ne l’avait pas fait. A cause d’un sort, à cause du fait qu’il avait dû s’allier avec deux poufsouffles incapables de se défendre tous seuls, mais prêts à en découdre s’il faisait un pas de travers. Il n’aurait fait qu’attaquer ceux qui l’avaient tant rabaissé… Ses intentions n’avaient jamais été mauvaises ! Certes emplies de violence et de rancœur, mais jamais mauvaises envers ceux qui ne méritaient pas de souffrir, et il comptait les pauvres paumés qu’il avait vu sombrer avec lui dans les rangs des supérieurs. Alors il se permettait de parler franchement… mais il vit à la tête de la serdaigle qu’il devrait peut-être mesurer un peu ses propos. Mesure mon gars, arrête d’en dire trop et dire ce que les gens voulaient entendre, c’était là sa seule échappatoire.

- NON JE VEUX PAS M’ASSOIR !
Il sursauta brusquement. Après la violence des combats, il lui arrivait de sursauter pour un rien, de se réveiller en sueur, le corps comme endolori par un simple cauchemar… Mais Caitlyn qui s’énervait, c’était loin d’être rien. Il ne la connaissait pas depuis si longtemps, mais il l’avait vue au plus bas et il ne l’imaginait pas s’emporter autant à cause d’un déclencheur si « anodin »… Elle s’était retenue jusque-là, elle avait même souri au gryffondor qu’elle avait croisé à l’orée de la forêt mais à présent, les limites de ce qu’elle pouvait encaisser étaient atteintes et il en faisait joyeusement les frais. Soit. Au point où il en était, si elle évitait de le faire sursauter toutes les six minutes, il allait peut-être y arriver ; tant que ça ne le concernait pas il avait toujours plus de facilités à gérer les situations, et vu qu’il devait se concentrer pour l’aider elle, il ne pensait pas trop à ce qu’il devait dire. Elle s’assit. S’excusa platement, les larmes au bord des yeux, puis se leva à nouveau et s’éloigna. Pudeur, peur de son regard… il la comprenait bien, lui aussi il avait pleuré de devoir montrer à quel point il était abîmé à son frère. Il ne la jugerait certainement pas là-dessus.

Au lieu de répondre du tac au tac, risquant d’envenimer la situation inutilement, il la regarda s’éloigner d’un pas rapide. Il était triste pour elle. Elle semblait tellement fragile, tellement épuisée par tout cela et il se sentait un peu fautif, comme si le fait d’être entré dans sa vie lui avait rajouté des soucis de plus. Il avait déjà fait du mal à tellement de monde… involontairement, il continuait à remuer le couteau dans la plaie. Il fallait vraiment qu’il fasse attention à être sincère mais pas trop s’il voulait avoir une chance dans ce monde-là. Il commençait juste à se rendre compte ce que c’était, d’être comme il fallait, de rentrer dans les normes… En même temps, il l’avait sorti des cachots, une action héroïque qui l’avait rendu un peu moins antipathiques, mais comment aurait-il pu penser qu’elle irait jusqu’à lui avouer la date du concert du 20 juillet et que lors de ce même concert, le château serait le théâtre de la révolte tant attendue ? Il aimait tout savoir, mais sur ce coup-ci, ils s’étaient tous faits avoir en beauté et il n’avait absolument aucune idée de qui avait les avait balancé et où était ce traitre à cette heure-ci… Mais ce n’était pas lui. Il s’en serait rendu compte, quand même.

Nous sommes de ceux qui veulent à tout prix tabasser leur part d’ombre et faire taire leurs sales travers
Nous sommes de ceux qui cherchent à rejoindre les rangs des lions,
Des maquisards, des résistants, des sentiments
Fauve, De ceux

Lorsqu’elle commença à disparaître derrière les arbres, il se releva, lança un petit sourire fatigué à sa chouette et commença à la suivre. Il la retrouva bien vite, rien qu’en la suivant au vacarme qu’elle fit résonner en commençant à détruire un arbre qui n’avait rien demandé et qui s’effondra rapidement sous ses assauts désespérés. Fragile… il n’en démordrait pas, même si elle détruisait le château, elle était fragile et ce n’était qu’un moyen d’évacuer tout ce qu’elle avait au fond d’elle-même ; c’était mieux que retourner toute cette violence contre quelqu’un ou contre elle-même. Chacun son truc après tout ; lui, il parlait bien à une chouette quand il était malheureux, et aux bêtes en général car comme les arbres, les bêtes ne jugent pas et ne répondent pas.

Il la laissa reprendre son souffle sans dire un mot, par respect, se tenant en retrait pour ne pas la prendre par surprise si elle ne s’attendait pas à ce qu’il l’ait suivie. Elle se retourna en essayant de masquer ses larmes. Petit sourire gêné. Il répondit par un sourire compatissant, sans aucun jugement. S’ils avaient été plus proches il l’aurait presque pris dans ses bras, mais il n’aurait jamais osé.

- Tu vois ce que ça fait ? Je vais pas m'amuser à faire genre que je suis forte, avec toi, Jeroen. Tu m'avais dit que t'étais pas un héros. Maintenant... dis-moi que t'es pas un traitre.
Il l’avait dit, il ne reviendrait pas dessus. Il appréciait juste qu’on lui donne l’occasion de se justifier comme elle le faisait, même si elle avait tant de mal à faire la part des choses elle restait attentive. Ça valait la peine de ravaler ses angoisses personnelles.

- Tu n’as pas besoin d’avoir l’air forte avec moi, Caitlyn. J’ai peut-être la sale manie de vouloir contrôler mes émotions et l’image que je renvoie, même avec les personnes qui me sont le plus proches, mais je ne demanderai jamais à quelqu’un d’autre de faire pareil. Et puis… tu as des capacités respectables en matière de déforestation, ça compense.
Il était bien content de ne pas être un arbre, il fallait l’avouer. Il finit de répondre en détaillant l’arbre détruit, évitant son regard - il s’était rendu compte qu’il évitait plus souvent les regards quand il parlait avec ses tripes, qu’est-ce que ça l’agaçait… ça montrait beaucoup trop de choses sur ce qu’il ressentait, sur sa gêne, alors qu’au fond il n’était pas vraiment gêné, il n’avait juste pas envie de devoir faire face à ce regard qui posait trop de questions à la minute et qui demandait une aide qu’il n’était pas en mesure de donner. Chaque chose en son temps.

- Je ne suis pas un traître. Je n’étais même pas au courant de ce qui se passait ; j’ai appris que ça chauffait quand les combats ont commencé à prendre de l’ampleur dans le château, mais j’ai soigneusement fait attention à ne pas attirer l’attention tout en suivant ce qui se disait… Je ne sais pas qui vous a balancés, je ne sais pas combien de personnes étaient au courant, mais ce n’était pas moi.
Rien n’avait laissé présager le retournement de situation de ce jour-là. Il avait collé les Supérieurs pour suivre l’actualité de ce qui se passait, mais hormis les informations habituelles, l’angoisse que les fuites provoquaient chez les hommes en noir, il ne pensait pas qu’ils pouvaient être au courant du concert. Peut-être avait-il été mis à l’écart sur ce coup-ci, peut-être que son comportement, ces derniers temps, avaient provoqué le doute ; peut-être qu’il aurait pu savoir… Les Supérieurs n’étaient plus là pour répondre à ses questions. Ceux qui restaient… il irait bien faire un point avec Alec, il en saurait peut-être plus. Son cousin était devenu un peu intouchable depuis qu’il était passé directeur, mais s’ils restaient dans le flou trop longtemps, Jeroen finirait par aller lui taper la discussion cinq minutes pour pouvoir passer à autre chose.

- Je ne voulais pas te mettre dans un tel état. Excuse-moi.
Il préférait laisser Caitlyn assimiler tout ça et reprendre ses esprits avant de continuer. Le but n’était pas qu’elle pète les plombs, mais plutôt de l’aider à faire la part des choses et à réfléchir au fait qu’elle n’était pas seule, qu’il était là même s’il était un peu étrange comme allié. Il comptait sur elle pour lui faire confiance, alors elle pouvait compter sur lui.
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MessageSujet: Re: « As my memory rests, but never forgets what I lost. » | Jeroen && Caitlyn   Mar 17 Déc 2013 - 12:58

Elle lui avait tellement fait confiance. Elle l'avait écouté, sans le juger, elle l'avait cru quand il lui avait dit que les supérieurs le dégoûtaient, qu'il les méprisait. Elle l'avait cru tellement fort... Et aujourd'hui, la voilà en train de douter, en train de se demander s'il ne lui avait pas simplement dit ce qu'elle voulait entendre, si il n'avait pas lâchement profité de quand elle était au fond du trou. Ils avaient été trahis, au concert du 20 juillet, ils avaient été trahis et elle, comme par hasard, en avait parlé à quelqu'un. Quelqu'un que tout le monde considérait comme un pro-sup. Elle ne pouvait pas s'empêcher de douter, et ça lui faisait mal, tellement mal, de devoir venir demander des comptes à quelqu'un qui lui avait donné ce sentiment de confiance dont elle se souviendrait probablement toute sa vie. Un sentiment profond, qui l'avait submergé, qu'elle aurait presque pu toucher, qui était presque devenu palpable dans l'air qui les entourait. Une confiance magique. Oui, elle se souvenait encore combien elle avait eu l'impression de le comprendre, combien il lui avait été facile de parler avec lui de choses presque taboues, aussi bien pour elle que pour lui : de famille alors qu'elle venait juste de perdre la sienne, de résistance alors qu'ils se trouvaient en plein milieu de l'enfer... Elle ne lui avait pas accordé sa confiance tout de suite, ça aussi elle s'en souvenait. Ça avait même pris plutôt longtemps avant qu'elle ne se détende un peu, qu'elle cesse de se méfier, qu'elle sorte de son silence buté et arrête d'irradier des ondes de méfiance et d'agressivité. Mais il était parvenu à lui faire entendre ce qu'il avait à lui dire. Et on ne pouvait même pas dire qu'il l'avait persuadée, vu qu'il ne l'avait jamais forcée à le croire. C'était elle qui avait senti qu'il était sincère, que ce qu'il lui disait était bel et bien la vérité. Qu'il n'était qu'un gosse comme eux tous, qu'il se défendait à sa manière, qu'il détestait l'état dans lequel se trouvait le château, qu'il méprisait et craignait les supérieurs, qu'il était, oui, un gosse comme eux tous, pris au piège comme eux tous, et soufrant comme eux tous. Elle ne lui avait pas accordé sa confiance tout de suite, mais elle avait fini par le faire, et pas qu'à moitié. Revenir maintenant vers lui avec ce même air buté, ce même air méfiant, cette même crainte et ce même mépris, était dur, très dur. Mais elle sentait qu'il le fallait, et s'il avait été totalement honnête l'autre fois, il le serait à nouveau. Il comprendrait, il devait comprendre, qu'elle était obligée de lui demander. Il aurait fait la même chose à sa place, non ? Il comprendrait, et il verrait, surtout, qu'elle ne demandait qu'à pouvoir lui faire confiance à nouveau.

Il n'était pas difficile de remarquer qu'elle l'avait blessé. Il ne s'était probablement pas trop attendu à ce qu'elle le soupçonne, pas après qu'il l'ait tirée des cachots et qu'il se soit ouvert à elle comme il l'avait fait. Il semblait déçu, déçu qu'elle envisage qu'il puisse la décevoir. Il avait peut-être pensé que Caitlyn serait une sorte de pilier, pour lui, quelqu'un qui le croirait sur parole et qui soutiendrait ses dires auprès de tous ceux qui ne voudraient pas les croire. Oh, combien elle aimerait que ce soit le cas ! Mais pour ça, il fallait qu'il la rassure, qu'il lui dise qu'il n'avait pas trahi le groupe, qu'il ne l'avait pas trahie elle. Elle ne savait plus où elle en était ni ce qu'elle en pensait. Il y avait tellement de possibilités. Elle ne voulait pas se résoudre à croire qu'il l'aurait menée par le bout du nez depuis le début. Au fond, même s'il y avait cette petite voix dans sa tête qui venait la faire douter, elle ne le suspectait pas vraiment de lui avoir menti, l'autre soir, dans la cellule dans laquelle il l'avait enfermée. Mais il pouvait très bien avoir été interrogé par les supérieurs. En lui parlant du concert, ce n'était pas que le groupe qu'elle avait mis en danger, mais aussi Jeroen lui-même. Si les supérieurs s'étaient doutés de quelque chose le concernant, il se pouvait qu'ils l'aient mis sous véritaserum, voire pire. Ils avaient les moyens de faire parler, il le lui avait dit lui-même. Et troisième possibilité, peut-être qu'il n'avait vraiment rien dit, et elle priait pour que ce soit le cas. Mais quoi qu'il en soit, elle voulait savoir. Elle voulait qu'il soit sincère, comme la première fois, qu'il ose lui dire tout et n'importe quoi, qu'il ait le courage de lui avouer qu'il les avait balancés – exprès ou pas – si c'était le cas, ou dans le cas contraire, qu'il lui affirme qu'il n'avait rien dit à personne. Et pourtant. Quand il le lui affirma, ça ne suffit pas. Autant elle avait apprécié le fait de pouvoir lui faire confiance aussi simplement jadis, autant maintenant, elle avait peur que ses sentiments et ses espoirs ne soient en train de lui jouer des tours. Elle voulait le croire vraiment, et intelligemment, pas qu'instinctivement, même si elle savait que ses premières impressions avaient l'avantage d'être juste assez souvent. Elle voulait qu'il le lui dise plutôt deux fois qu'une, mais c'était tellement en désaccord avec ses sentiments qu'elle finit par exploser, tout simplement. Il sursauta lorsqu'elle lui fit un peu trop bien comprendre qu'elle ne voulait pas s'asseoir – au point de le faire sursauter, ce qui n'était certainement pas rien. Elle n'était pas dans son assiette, comme on disait. Pas du tout, même. Trop de choses dans sa vie. Même si parler à Jeroen les écartait de son esprit immédiat, il semblerait qu'elles restent tout de même présentes quelque part dans son inconscient, et elles se manifestaient par sa froideur, son air au bord des larmes, et finalement son acharnement physique sur... un arbre. Elle n'était pas assez forte pour ça, elle n'avait juste plus la force de tout encaisser. Elle n'avait plus l'espace dans sa caisse, c'était aussi simple que ça. Elle avait encaissé trop de choses déjà, et maintenant, elle débordait. Elle n'avait plus la force pour tout retenir, et elle ne voulait pas faire genre qu'elle l'avait, pas avec lui.

« Tu n’as pas besoin d’avoir l’air forte avec moi, Caitlyn. J’ai peut-être la sale manie de vouloir contrôler mes émotions et l’image que je renvoie, même avec les personnes qui me sont le plus proches, mais je ne demanderai jamais à quelqu’un d’autre de faire pareil. Et puis… tu as des capacités respectables en matière de déforestation, ça compense. »

Autre petit sourire de la part de la jeune femme. C'était ça qu'elle aimait, chez Jeroen. Sa manière de dire les choses. Tellement détachée, tellement naturelle. Non, elle n'avait pas besoin d'avoir l'air forte avec lui, il ne la jugerait pas, et puis de toute manière, il lisait en elle comme dans un livre ouvert. Il voyait ce qu'elle était et ce qu'elle n'était pas, il voyait ses forces et ses faiblesses. Il savait qui elle était sans qu'elle n'ait eu à le lui dire. Il observait, réfléchissait, interprétait, sans jamais juger. Et peut-être était-ce justement ça qui les avait rapprochés : car c'était réciproque. Ça n'allait pas que dans un sens. Elle avait aussi l'impression de le connaître depuis toujours. Elle avait aussi le sentiment de connaître ses forces et ses faiblesses, de lire en lui comme dans un livre ouvert. Ils avaient eu des vies différentes, des parcours différents, ils avaient fait des choix différents, mais c'était comme s'ils avaient toujours été sur la même longueur d'onde, et ils continuaient à l'être. Il disait qu'il avait la sale manie de vouloir contrôler ses émotions et son apparence, Il lui avait raconté plus de choses sur lui, l'autre fois dans les cachots, qu'elle n'avait bien pu en dire sur elle, certes, mais ce n'était pas ce qu'ils connaissaient de la vie privée l'un de l'autre qui faisait la différence. Ce qui les rapprochait, c'était qu'ils avaient tous les deux cerné le caractère de l'autre, son comportement, ses principes, ses valeurs, ses idéaux, et qu'ils les avaient acceptés, sans poser de questions, juste comme ça, naturellement. Comme s'ils avaient toujours été faits pour s'entendre, se comprendre. Ils voulaient se comprendre, ils s'écoutaient, et ça, ça aidait aussi. Écouter sans juger, sans discriminer. Mais pourtant, quand il reprit la parole, il avait détourné le regard, l'avait rivé sur l'arbre qui gisait sur le sol et auquel elle tournait le dos désormais. Comme s'il avait peur que tout à coup, elle se mette à le juger, alors que ça n'avait jamais été le cas. Comme si le fait qu'elle soit venue se rassurer, lui demander honnêtement de la rassurer, faisait d'elle son ennemie. Mais tout comme il ne pouvait pas la blâmer de vouloir vérifier, elle ne pouvait pas le blâmer d'être mal à l'aise. Alors non, elle n'insisterait pas pour qu'il la regarde dans les yeux, même si ça l'aurait certainement aidée à le croire plus facilement encore... Mais c'était sans doute mieux ainsi, il ne la forçait à rien au moins, encore une fois. Elle ne devait que l'écouter, et tout en lui, pas seulement ses paroles mais aussi le ton de sa voix, sa posture, son corps entier lui criait qu'il était sincère avec elle lorsqu'il lui expliquait ce qu'il avait ressenti.

« Je ne suis pas un traître. Je n’étais même pas au courant de ce qui se passait ; j’ai appris que ça chauffait quand les combats ont commencé à prendre de l’ampleur dans le château, mais j’ai soigneusement fait attention à ne pas attirer l’attention tout en suivant ce qui se disait… Je ne sais pas qui vous a balancés, je ne sais pas combien de personnes étaient au courant, mais ce n’était pas moi. »

Elle hochait discrètement la tête pendant qu'il parlait, attentive. Son petit moment de pétage de câble passé, elle avait bien plus de facilités à l'écouter et à accepter ce qu'il disait – ou plutôt à accepter qu'il était tellement simple de le croire, chose qui l'avait pas mal frustrée au début, au point de lui faire péter un câble, justement. Elle avait eu peur que ses espoirs ne soient en train de lui jouer des tours, elle avait craint qu'en voulant tellement entendre qu'il ne les avait pas balancés, elle serait trop facile à convaincre et à mener par le bout du nez. Et probablement aurait-elle continué à se méfier, si ça n'avait pas été Jeroen. Car au fond, avec lui... c'était différent, point.

« Je ne voulais pas te mettre dans un tel état. Excuse-moi. »

Elle eut envie de lever les yeux au ciel, mais elle ne le fit pas, de peur que se détachent les larmes qui menaçaient de couler depuis tout à l'heure. Elle sentait qu'elles avait réussi à les ravaler un peu, mais elle savait qu'elle ne devait pas trop tenter le diable car, si la crise de nerfs était passée, la crise de larmes pouvait toujours revenir. Elle n'était pas du tout dans le même état qu'en juillet, elle n'avait pas mal partout et ne menaçait pas de s'écrouler d'épuisement, mais psychologiquement, elle était au fond du trou, à nouveau. Elle n'aurait pas cru que, même une fois les supérieurs partis, elle pourrait ne pas redevenir la fille un peu fofolle et gamine mais surtout joyeuse et sociable qu'elle était depuis qu'elle était née. Elle croyait qu'elle avait eu sa dose, elle croyait qu'elle avait assez donné, mais apparemment, non. Elle croyait que lui prendre ses parents leur aurait suffi. Mais là, c'était Elias qu'elle venait de perdre. Elle n'aurait jamais imaginé que ça pourrait arriver. Pendant les deux ans qu'ils avaient occupé le château, elle s'était forcée à ne pas perdre sa bonne humeur, elle s'était opposée à ce qu'ils la lui prennent, car ce serait le comble, à ses yeux. S'il y avait une chose qu'ils ne pouvaient pas faire, c'était lui gâcher son humeur, car elle restait, ou du moins comptait rester, maître de ses émotions. Depuis le début, elle s'était efforcée de rester elle-même, de ne pas se soumettre à penser ce qu'ils voulaient qu'elle pense. Et au final, ils avaient réussi. Au fond, c'était tellement simple de rompre quelqu'un. Il suffisait de s'attaquer à ses proches. C'était tellement, terriblement, simple ! Mais Jeroen ne savait rien de tout ce qui s'était passé dans sa vie ces deux derniers mois. Qu'il s'excuse de l'avoir mise dans un tel état lui semblait presque absurde, même si bien sûr on ne pouvait pas dire que la question de la confiance qu'elle pouvait avoir en lui ne l'avait pas inquiétée. Il était vrai que sa conversation avec lui avait peut-être fait déborder le vase, mais en aucun cas était-il responsable de tout ce qui s'était passé, surtout depuis qu'il lui avait dit que ce n'était pas lui qui les avait balancés. Alors, sans se poser davantage de questions, elle le prit un court instant dans ses bras, histoire de lui faire comprendre qu'elle ne lui en voulait pas le moins du monde. Une fois le petit câlin terminé, elle dit :

« Faudrait pas qu'on reste là trop longtemps. Ta chouette doit se demander où t'es passé. »

C'était une manière de lui dire qu'elle comptait retourner plus près du château. Après quelques pas, elle reprit la parole.

« C'est plutôt moi qui devrais m'excuser, j'aurais pas dû te crier dessus tout à l'heure... et puis, je suis désolée de t'avoir fait prendre des risques en te mettant dans la confidence pour le concert. C'était pas censé se passer comme ça, c'était juste censé être un moyen de faire reprendre un peu confiance à tout le monde. J'savais bien qu'on finirait par être découverts... mais j'pensais pas que dès la première fois... »

Sa voix se brisa. Elle revit dans sa tête ce premier éclair vert fuser et ce premier innocent tomber. Comme dans une slow-motion.

« Si quelqu'un aurait dû mourir ce soir là, c'était... »

C'était moi. Mais je ne le dirai pas. Avec un peu de chance, tu ne m'as pas entendu prononcer cette dernière phrase, je l'ai fait d'une voix faible, étouffée. Je me choque moi-même à penser ce genre de choses. Je n'ai jamais été suicidaire, je n'ai jamais eu de crise d'adolescence, d'identité, de déprime ou quoi que ce soit, et je sais que penser à la mort est absurde. Mais sur ce coup là, finalement, ça m'aurait bien arrangée. Ça m'aurait arrangée de quitter ce monde pour rejoindre mes parents et mon petit frère. J'aurais pas eu à aller sur leur tombe cet été, j'aurais pas failli coucher avec Matthew dès le premier jour, j'aurais pas giflé Elias pas plus tard que ce matin... Oui, je me demande pourquoi je suis encore là, pourquoi je ne suis pas morte, moi, en tant que partiellement responsable de cette bataille. Arf. Je secoue la tête, comme si ça pouvait en chasser mes pensées noires et complètement connes. Il faut absolument changer de sujet, ou alors je vais dire des choses qui ne plairont à aucun de nous deux. Alors, même si je ne veux absolument pas avoir à évoquer les miennes, je demande :

« Bon, alors, ces vacances ? »

Et, bientôt :

« Ça doit pas être très facile de revenir ici... J'aurais presque cru que tu resterais à la maison. »

Elle faisait allusion aux deux années passées à suivre les supérieurs. Il ne devait pas s'être fait beaucoup d'amis parmi les jeunes de son âge. Elle se demandait comment il faisait pour gérer, pour s'intégrer. Soit était-il très motivé... soit ne s'en rendait-il absolument pas compte. Mais le connaissant, il ne devait pas être très enchanté d'être considéré comme un ancien supérieur au même titre que Connor ou son cousin par exemple.
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MessageSujet: Re: « As my memory rests, but never forgets what I lost. » | Jeroen && Caitlyn   Lun 30 Déc 2013 - 3:29

Cette compréhension profonde qu’elle avait ressentie lorsqu’il les avait enfermés dans ce cachot… il l’avait ressentie aussi. Il s’était senti tellement libre de parler avec elle, libre de tout dire, de ne pas être jugé pour ses actes alors qu’il avait tout fait pour la repousser… ça en avait été effrayant sur le coup, mais son instinct, celui qui lui faisait penser que Caitlyn était fiable à partir de détails et d’impressions, son instinct ne l’avait pas trompé. C’était évidemment plus compliqué que cela. Ils n’étaient pas du même « monde » en quelque sorte, ils n’avaient rien à faire ensemble. L’espèce d’amitié qui les liait sortait vraiment d’une pochette surprise… Parce que s’il avait su où se trouvait la cellule d’Elias, s’il n’était pas inquiété lorsqu’il se promenait dans les cachots avec une prisonnière qui s’était échappée quelques jours plus tôt, c’était bien parce qu’il avait dû faire ses preuves auprès des Supérieurs. Tout son double jeu s’était basé là-dessus : dès le départ, il avait léché les bottes des influents dans le seul et unique but de se fondre dans le décor, d’être catalogué comme le gars qui ne représente aucune menace, qui ne fait aucun remous, le gars dont on fait ce qu’on veut puisqu’il est faible et n’a aucune volonté propre. Et cette image s’était faite au détriment d’élèves en pleine rébellion et de moldus, lorsqu’ils avaient commencé à arriver au château. Oui, pour qu’un garçon aussi intelligent que lui passe pour un chiot soumis, il n’avait pas lésiné sur les moyens.

Les premiers jours, lorsque ses amis les plus proches avaient exercé quelques menaces pour le pousser à prendre cette voie… ça l’avait bien aidé. De son côté, ça lui avait donné un bref aperçu des risques qu’il prenait selon le camp qu’il choisirait officiellement. Dans l’esprit de tout le monde… ça pouvait passer comme de la peur, peur de se faire torturer, peur d’être dans le mauvais camp. Bon, c’est vrai qu’il avait vraiment eu peur, dans la volière, qu’il avait fait quelques cauchemars… mais tant qu’on ne jouait ni avec sa phobie, ni avec des sorts impardonnables - il n’avait pas digéré le doloris, pauvre chou - il pouvait gérer. Mais c’était tellement simple d’avoir l’air un peu douillet… Hop, on attrape un air un peu craintif, on s’aplatit quand ça commence à chauffer et le tour est joué. Par fierté et par égoïsme, certain de valoir mieux que tout le monde en faisant ce qu’il faisait, il était devenu un élève qu’on avait rangé dans une case et qui risquait d’y rester un bon moment encore. Elle avait accepté de le mettre dans une autre case… certes, sans se défaire de toute sa méfiance, ce qui était légitime, mais rien qu’une case de transition, alors que lui-même ne savait plus comment se positionner aujourd’hui, c’était tellement important.

Alors elle doutait, mais s’il avait décidé que son avis ne comptait pas, il ne serait pas là, en train de la regarder exploser un arbre après avoir remis toute sa parole en doute. Ça ne lui ferait peut-être pas aussi mal, d’ailleurs, mais c’était un mal nécessaire qu’il était décidé à ne pas fuir : si elle l’acceptait, il gagnerait une alliée de taille, fiable et capable de se défendre… Il y avait toujours un intérêt derrière tout ce qu’il faisait, mais cet intérêt, tout le monde le trouvait en se faisant des amis, qu’on ne le traite pas d’opportuniste… Caitlyn y gagnerait peut-être des emmerdes, mais si Jeroen savait qu’elle était de son côté, il ferait tout pour qu’elle n’ait pas de problèmes, en particulier avec les quelques morceaux de Supérieurs qui étaient restés, vu que c’était avec eux qu’elle risquait d’avoir le plus de mal. Prêt à en découdre le serpentard. Ils se comptaient sur les doigts de la main les gens pour qui il pouvait se battre sans problème - d’ailleurs, c’était soit des serpentards, soit des serdaigles, soit des moldus, influence familiale oblige.

Le sourire de la jeune femme lorsqu’il plaisanta avec leurs émotions respectives et ses talents de déforestatrice lui fit plaisir. Il ne se forçait jamais lorsqu’il fallait parler franchement, son ton restait calme, neutre, tout pouvait sembler naturel avec lui. D’autant qu’il avait sa notion propre de la normalité et du bien. Il savait comment il fonctionnait mais il savait surtout que chacun avait ses principes, ses habitudes, ses limites, et qu’on ne pouvait pas en fait abstraction si l’on voulait comprendre et utiliser autrui. Quoiqu’il ne devrait peut-être pas utiliser ce mot avec n’importe qui… parlons de mettre dans sa poche les gens avec qui il n’avait pas envie d’un lien très amical. Son sens de l’observation hors du commun lui permettait de comprendre très vite les gens, leur façon de fonctionner. Lui, en retour, était fermé comme une huitre, pas très engageant mais c’était sa façon de se protéger, sa façon de faire face aux choses, d’accorder sa confiance… Car s’il lisait en Caitlyn comme dans un livre ouvert, il équilibrait en s’ouvrant un peu. Ça leur suffisait. Il n’en fallait pas plus pour qu’ils se comprennent et s’écoutent comme peu pouvaient le faire. De l’amitié ? Il n’utiliserait pas si vite les grands mots mais c’est ce qui s’en rapprochait le plus. Être écouté…

Il la sentait au bord des larmes malgré tout ce qu’elle voulait faire croire. Une expression un peu figée, les restes de sa petite crise… Une femme blessée. Soudain, elle s’approcha et le prit dans ses bras. Il posa sa main sur ses épaules pour lui rendre le geste, peu habitué à ce genre de démonstrations d’affection… Il était assez distant et pudique dans ses contacts avec tout le monde, même avec sa famille - cet été, ça avait été exceptionnel qu’il tombe dans les bras de son frère dès son arrivée. Mais bon. Si ça faisait du bien à Caitlyn, tant mieux.

- Faudrait pas qu'on reste là trop longtemps. Ta chouette doit se demander où t'es passé.
- Bah. Elle a le chic pour me retrouver où que je sois, ça m’évite de lui courir après. Et au fait, elle s’appelle Slight.
Il sourit. Revenir un peu sur leurs pas, c’était une bonne idée, au moins elle en avait fini avec la destruction des arbres du coin. La discussion sur la chouette remettait un peu de légèreté dans la discussion, comme quoi un animal apporte toujours du bon… Mais comme il le disait, Slight n’était pas une bestiole qu’on perdait si facilement. A quelques mètres de là, derrière les arbres, elle guettait en silence, scrutant les environs avec ses yeux perçants. Elle lui évitait de monter à la volière tellement elle pouvait être collante, un trait de caractère qu’il avait adopté immédiatement… En plus, elle n’arrêtait pas d’apporter du courrier depuis que les lignes de communication avaient été rétablies, il se sentait inondé par sa famille qui n’avait de cesse de lui témoigner tout son soutien, lettres auxquelles il répondait de la même façon, suant l’amour protecteur fraternel à un point inimaginable. Ils utilisaient Lili pour se donner une excuse pour envoyer des courriers dès qu’ils avaient cinq minutes. Une famille étrange mais qu’est-ce que ça lui avait manqué. S’il avait du mal à trouver sa place dans ce nouveau monde, il y avait au moins quelques avantages… Ils avancèrent un peu. Il faisait relativement clair sous le couvert des arbres, mais la semi-obscurité donnait une impression de cocon à cet endroit. Il adorait la forêt interdite… Slight attendait comme prévu sur sa branche, impassible, scrutant la forêt derrière eux lorsqu’ils arrivèrent un peu plus à la limite des arbres. Calme, impassible, têtue, ça lui faisait penser à quelqu’un…

- C'est plutôt moi qui devrais m'excuser, j'aurais pas dû te crier dessus tout à l'heure... et puis, je suis désolée de t'avoir fait prendre des risques en te mettant dans la confidence pour le concert. C'était pas censé se passer comme ça, c'était juste censé être un moyen de faire reprendre un peu confiance à tout le monde. J'savais bien qu'on finirait par être découverts... mais j'pensais pas que dès la première fois...
- Ne te soucie pas de moi. Je sais contrôler mes arrières, et je sais dire stop lorsqu’il y a un risque… le concert, ce n’était pas votre faute. Les seules personnes fautives, ce sont ceux qui vous ont balancés et ceux qui ont lancé cette bataille. Vous n’êtes pas responsables, vous avez suivi ce que vous dictait votre raison. Certes, c’était franchement risqué, mais quelqu’un l’aurait fait à votre place…
Elle n’avait pas à se sentir fautive. Il n’entendit par lorsqu’elle murmura qu’elle aurait dû mourir à leur place ce soir-là, mais il imaginait que vu sa sensibilité, c’était une idée qui lui avait forcément effleuré l’esprit. Les seuls qui étaient à blâmer étaient les Supérieurs. Eux, eux tous, pauvres gosses, ils n’avaient fait qu’obéir à la loi du plus fort qu’on leur imposait. « Il y a des circonstances dans le monde où la complexité d’un crime est préférable à la délation. » Le Marquis de Sade n’avait que trop raison lorsqu’il disait cela, même si le contexte n’avait rien à voir. D’ici à mourir… il ne comprenait pas qu’on veuille mourir. Il avait une certaine faculté à s’abstraire de ce genre de pulsions de mort ou de regrets en tous genres, mais ce n’était pas le cas de tout le monde… Il la secouerait bien s’il savait que la serdaigle avait ce genre de pensées, comme il aurait secoué Doryan au lieu de lui donner la recette de la goutte du mort-vivant - mais vu qu’il n’était même pas au courant de sa tentative de suicide, ça réglait le problème. Pouah. Trop compliqué, trop de questions. C’était bien d’avoir un Poudlard libéré, mais ils auraient peut-être dû mettre en place une cellule psychologique ou quelque chose de ce type, comme dans le monde moldu lorsqu’un drame se produisait dans une école…

- Bon, alors, ces vacances ?
Il haussa les épaules avec un air neutre, comme si ces vacances n’étaient pas vraiment sorties de l’ordinaire. Evidemment, elles étaient sorties de l’ordinaire, ils étaient sortis, il avait revu sa famille qui lui avait manqué pendant deux ans, mais ça voulait dire ressasser quelques mauvaises pensées…

- Des vacances en famille. Je ne suis pas resté à Londres très longtemps, juste deux semaines. On s’est marché dessus et je n’ai jamais fait autant de courses de ma vie à cause de ma sœur, mais ça nous a fait du bien…
Beaucoup de bien… Il sourit.

- Ça doit pas être très facile de revenir ici... J'aurais presque cru que tu resterais à la maison.
- J’ai besoin de finir mes études, d’apprendre à me défendre et à défendre les autres faute de l’avoir fait pendant deux ans. On ne croirait pas comme ça, mais j’ai envie de bosser au Ministère. Tireur d’élite de baguette ou Auror… Je suis obligé de finir mes études pour ça et je n’aurais pas pu recommencer dans une autre école.
Défendre la veuve et l’orphelin… mais surtout être en contact avec le danger, avec la violence, combattre ces forces du mal qu’il cherchait tant à comprendre… Peu pouvaient se rendre compte de ce qui le poussait à vouloir bosser là-dedans. Pour simplifier, on pouvait juste dire qu’il voulait suivre les traces de son père.

- Et puis, à Londres, mon père doit déjà gérer ma sœur et l’ambiance qui se dégrade au ministère de la Magie. Mon frère fait ses études supérieures… Et ici, j’ai quand même des personnes sur qui compter. Et toi ? Tu as pu revoir ta famille ?
Une question qui semblait tellement anodine…
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MessageSujet: Re: « As my memory rests, but never forgets what I lost. » | Jeroen && Caitlyn   Dim 5 Jan 2014 - 23:32

Faible. Elle était faible, à bout de forces. Depuis trop longtemps elle s'épuisait à essayer vainement de gérer des choses qu'elle n'arrivait tout simplement pas à comprendre dans leur intégralité, et encore moins à accepter. Elle était lasse d'être toujours confrontée à des échecs, et plus elle était lasse, plus elle avait l'impression d'en accumuler. Prendre sur soi ? C'était ce qu'elle faisait depuis des mois, des années déjà. Mais les derniers mois avaient été particulièrement chargés, si bien que même prendre sur soi devenait un échec. Elle n'y arrivait pas. En fait, elle n'y arrivait plus. Elle saturait. La boite était trop pleine, la pression dans la casserole était trop importante, et finalement, le couvercle finissait par sauter et le contenu par se déverser tout autour. Elle pétait un câble, elle exorcisait tout ce qu'elle avait accumulé, parce qu'elle n'arrivait pas à l'intégrer. Elle se doutait bien que ça finirait comme ça. Si on ne s'ouvrait pas, si on ne partageait pas ses peines volontairement, elles finissaient toujours par sortir par elles-mêmes, sans qu'elles n'y soient invitées et sans plus attendre de l'être pour le faire. Elle s'y attendait, mais qu'est ce que ça pouvait être humiliant et inconfortable... Certes, avec Jeroen, elle n'avait pas besoin d'avoir l'air forte, il venait de le lui assurer et puis elle le savait bien, mais quand même. Il la prendrait pour une femme fragile, et qui dit femme fragile, dit soit pitié, soit exploitation. Elle ne voulait pas avoir l'air d'une femme fragile, elle n'arrivait pas à supporter ni des regards compatissants, ni des attitudes opportunistes qui la rabaisseraient, les uns comme les autres, au statut d'animal. Ouais, encore cette foutue fierté. Elle ne se manifestait pas très souvent, mais elle était bel et bien là, sa fierté, un peu exagérée dans ce genre de situations de faiblesse. Or, faiblesse et fierté étaient des attitudes très difficilement compatibles, et sans doute à l'origine de beaucoup de malaises ressentis après des pétages de plombs. Heureusement, Jeroen avait cette faculté de ne pas beaucoup exprimer ses émotions, et pour le coup, ça l'arrangeait bien de ne pas voir dans ses yeux, son visage ni ses mouvements, de la pitié ou de la compassion. Il comprenait, mais ça s'arrêtait là, et c'était énorme, magique. Il pouvait comprendre sans juger et sans compatir. Rien que la première fois qu'ils s'étaient parlés, alors qu'elle était dans un piètre état aussi bien physiquement que moralement, il n'avait pas exprimé de pitié à son égard. En retour, elle ne l'avait pas jugé pour son engagement dans les rangs des Supérieurs, et lui avait fait confiance, l'avait cru, lorsqu'il lui avait affirmé qu'il ne le faisait que pour se protéger et protéger ses proches.

Elle ne connaissait pas sa vie privée, tout comme il ne connaissait pas la sienne. Elle ne savait en somme que très peu de choses sur lui, pour ne pas dire rien du tout, et il en savait probablement encore moins sur elle. Mais pourtant, c'était comme s'ils se côtoyaient depuis leur enfance. Du moins, c'était comme ça qu'elle le ressentait. Elle n'avait pas besoin de faire d'efforts, avec lui. Le croire, le comprendre, tout était tellement facile. Lui aussi donnait l'impression de ne pas devoir faire d'efforts, d'être sincère sans forcer, d'être naturel. Il avait l'air d'être quelqu'un de solitaire, de calme, de réfléchi. De beaucoup observer les autres et de ne s'exprimer pas très souvent. Et pourtant, il s'était ouvert sans retenue lorsqu'il les avait enfermés dans une cellule, ce soir là, lorsqu'elle était revenue dans l'antre du diable de laquelle elle n'était sortie que grâce à un enchaînement de coups de bol - dont son aide - pour en tirer Elias. Elias, l'homme qu'elle aimait, et qui l'aimait en retour, la seule famille qui lui restait... et qui désormais était son ex. Elle aurait été prête à tout pour lui, pour ne pas le voir souffrir, pour le rendre heureux, et pourtant, elle avait été la cause de son malheur, de leur malheur à tous les deux. C'en était ridicule de mélodrame, de s'entendre penser ça, mais c'était bien ce qu'elle ressentait quand elle repensait à leur dispute de ce matin, à la gifle par laquelle elle y avait mis fin, autant à la dispute qu'à la relation. Et elle avait envie de pleurer, et de se faire mal, mais ce n'était absolument pas la faute au jeune homme, bien au contraire. Il n'était en aucun cas responsable de l'état dans lequel elle était, tout comme il n'avait pas été responsable de son état en juillet. Il avait eu le don, les deux fois, de faire un peu déborder le vase, mais si ce dernier était plein, c'était bien parce que... ben, tout simplement parce qu'il lui arrivait plein de merdes. Ouais, voilà, elle avait l'impression qu'il ne lui arrivait que des merdes, et même si elle avait passé un été plus qu'agréable dans la famille de l'homme qu'elle aimait... eh bien maintenant, tout venait de tomber à l'eau et elle était encore plus bas qu'elle ne l'avait été en juillet.

Elle ne se doutait de loin pas de la gueule de déterrée qu'elle aurait les jours qui suivraient, et encore moins de la vengeance terrible que prévoyait Connor et qui la ferait descendre encore plus bas, alors même que ça lui semblait impossible. Quoi qu'il en soit, même si elle sentait qu'elle était à deux doigts de pleurer à force de repenser à toutes les merdes qui lui arrivaient, elle n'avait pas spécialement envie de le faire devant Jeroen. Le pauvre il n'avait rien demandé et surtout pas à la consoler. Et puis de toute manière, il avait un tout autre effet sur elle, un effet qu'elle n'arrivait que difficilement à expliquer, mais en gros, c'était comme s'il dégageait des ondes positives. Elle savait bien qu'il serait capable de comprendre si elle se mettait à chialer comme une madeleine, mais peut-être était-ce justement ça qui la mettait de meilleure humeur, la faisait se sentir mieux, comme si son besoin d'évacuer avait été satisfait par la simple présence du jeune homme dont elle connaissait les facultés de compréhension et de tolérance envers les autres. Oui, avec ces traits de caractère, c'était comme s'il avait aspiré ses peines et ses larmes, et lui avait donc permis de sauter l'étape cruciale qui comportait pleurs, sanglots et ce genre de chose. Mais par dessus tout ça, en sa présence, elle se sentait redevenir soi-même, et ça lui faisait énormément de bien en cette période où elle avait l'impression de se perdre de vue, et de devenir quelqu'un qu'elle n'était pas. Ce fut probablement pour toutes ces différentes raisons que, sans se poser trop de questions, sans trop réfléchir, elle le prit dans ses bras, et le serra un court instant contre elle. Elle avait simplement besoin d'un peu d'affection, de compréhension. Elle sentit son bras s'enrouler autour de ses épaules, et même si elle sentait qu'il était un peu gêné, pris de court, par ce câlin totalement inattendu et pas très justifié – après tout, ils ne se connaissaient pas et ne s'étaient vraiment parlé qu'une fois auparavant – ça ne changeait rien au fait que ça lui faisait beaucoup de bien. Il ne dura pas très longtemps, le câlin, et lorsqu'elle s'écarta, elle avait retrouvé une certaine contenance, et ce fut d'une voix presque enjouée qu'elle lui dit qu'il devraient retourner plus près du parc, d'autant plus que le Slyth était sans doute attendu par sa chouette.

« Bah. Elle a le chic pour me retrouver où que je sois, ça m’évite de lui courir après. Et au fait, elle s’appelle Slight. »

Elle étira son sourire. Elle savait bien que les chouettes retrouvaient souvent leur maître où qu'il soit, mais elle aimait bien ce petit début de conversation normale et détendue. Un peu banale, certes, et d'apparence forcée, mais au fond elle ne forçait rien du tout.

« Joli prénom, elle a l'air trop cool. J'sais pas pourquoi, mais j'ai jamais eu d'animaux, pourtant j'aime ça... mais bon. »

De toute manière, maintenant, une chouette ne lui serait plus très utile, vu qu'elle n'avait plus à qui envoyer du courrier. La mère d'Elias lui avait bien envoyé quelques cartes, mais elle avait toujours un petit pincement au cœur elle observait ses camarades déchirer avec hâte leurs enveloppes et leurs paquets, chaque matin et parfois même en cours de journée, dans le dortoir, alors qu'elle n'avait de courrier que une fois tous les plusieurs jours. Et maintenant... elle n'en aurait probablement même plus. Elias ne tarderait pas à avouer à sa famille qu'ils avaient cassé, surtout si sa mère le lui demandait, vu qu'il n'était pas trop du genre à mentir, et Mme Fletcher n'aurait plus aucune raison de continuer à correspondre avec celle qui avait été la petite amie de son fils mais qui ne l'était plus. Argh, un peu de nerf, Catouille, tu voulais pas pleurer, je te rappelle ! Je sais que c'est plus facile à dire qu'à faire, mais pense à autre chose, tu verras, une fois la folie de la rentrée passée, les courriers deviendront moins fréquents pour les autres jeunes sorciers aussi, et d'ici quelques semaines, tu t'y seras faite, à tout ça. Tu viendras probablement un peu plus souvent par ici, pas nécessairement pour déforester mais rien que pour la tranquillité que t'offre le couvert des arbres, tu te défouleras avec ta batte et ton cognard de temps en temps, te changeras les idées dans les airs sur ton Nimbus, et tout ira bien. Un jour. Maintenant, excuse-toi, pour lui avoir crié dessus, et pour le danger que t'as pu lui causer, comme à pas mal de tes proches vu la folie que t'as eue en écrivant cette maudite dissertation et en créant ce maudit groupe.

« Ne te soucie pas de moi. Je sais contrôler mes arrières, et je sais dire stop lorsqu’il y a un risque… le concert, ce n’était pas votre faute. Les seules personnes fautives, ce sont ceux qui vous ont balancés et ceux qui ont lancé cette bataille. Vous n’êtes pas responsables, vous avez suivi ce que vous dictait votre raison. Certes, c’était franchement risqué, mais quelqu’un l’aurait fait à votre place… »

Nouveau sourire. À croire qu'elle ne faisait que lui sourire. D'un côté, c'était vrai, mais ce n'étaient pas des gros sourires, à peine si on voyait ses dents. C'étaient des sourires amusés, non pas moqueurs, mais plutôt reconnaissants, et surtout, sincères. Elle haussa les épaules. C'était vrai, ils n'étaient pas vraiment responsables de ce qui s'était passé ce soir là. Ils n'auraient jamais provoqué une bataille juste comme ça, pour le fun, sans raison particulière. La raison de la mort de tous ces innocents, c'était la présence des supérieurs, et au fond, tous ceux qui étaient présents dans la salle sur demande ce soir là, c'étaient des gosses ne faisaient que se défendre face à quelque chose de bien plus fort qu'eux. Jeroen imitait tellement bien la petite voix dans son esprit qui essayait de la déculpabiliser, qu'elle devait se retenir pour ne pas imiter celle qui au contraire l'inculpait. Heureusement, il n'entendit pas lorsqu'elle commença à dire qu'elle aurait dû mourir pendant la bataille, ça faisait trop le stéréotype de la fausse modeste qui ne cherchait qu'à recevoir des compliments – ou dans ce cas la fausse déprimée qui voulait qu'on lui remonte le moral. Sauf que pour le coup, c'était presque sincère, même si au fond elle trouvait qu'elle était ridicule et que ça ne lui ressemblait absolument pas de penser à la mort ainsi. Elle avait toujours été de l'avis que la vie était faite pour être vécue, et que s'ils ne mouraient pas, c'était parce qu'il y avait une bonne raison. Elle avait toujours été convaincue que se laisser porter par la vie, sans forcer le destin, était la chose la plus intelligente et la plus sage à faire. Alors s'entendre penser et même dire de pareilles idioties la surprenait assez. Elle préférait changer de sujet.

« Des vacances en famille. Je ne suis pas resté à Londres très longtemps, juste deux semaines. On s’est marché dessus et je n’ai jamais fait autant de courses de ma vie à cause de ma sœur, mais ça nous a fait du bien… »

Voilà un sujet qui lui plaisait. Elle adorait ce sourire qui illuminait le visage de Jeroen malgré le haussement d'épaules qu'il avait eu, comme si il ne s'était rien passé d'extraordinaire. Elle voyait bien que ça lui avait fait du bien, beaucoup de bien, d'avoir revu sa famille, et à l'entendre en parler, à le voir s'épanouir malgré lui, elle avait à nouveau un sourire aux lèvres, et cette fois-ci c'était le genre de sourire qui dévoile les dents et qui fait plisser les yeux.

« Haha, ouais, ça change de Poudlard où tu vois des magasins que dans tes rêves. »

Au fond, ça lui avait toujours un peu manqué, les magasins, les gens inconnus, les trottoirs et les routes... Il y avait beaucoup de gens, au château, et une grande majorité d'inconnus, mais ça ne remplaçait pas cette atmosphère d'apparence banale mais dont on réalisait la singularité que lorsqu'elle était absente. Si elle était folle ? Probablement, oui. Elle doutait que les autres comprendraient si elle leur avait dit que la rue lui manquait et la ville lui manquaient. Bref.

« J’ai besoin de finir mes études, d’apprendre à me défendre et à défendre les autres faute de l’avoir fait pendant deux ans. On ne croirait pas comme ça, mais j’ai envie de bosser au Ministère. Tireur d’élite de baguette ou Auror… Je suis obligé de finir mes études pour ça et je n’aurais pas pu recommencer dans une autre école. »

Elle hocha deux-trois fois la tête.

« Ah ben ouais, t'as pas trop le choix là. Auror... c'est un truc qui me tenterait ptêtre aussi... Mais bon, j'verrai, à vrai dire, je sais pas trop qu'est ce que je veux faire. »

Elle avait encore le temps, plein de temps même, avant de devoir prendre une décision. Elle n'était qu'en huitième année, et puis de toute manière, elle n'avait pas encore trop la tête à ça, même si pour le coup, elle devrait presque être celle à s'en occuper le plus, vu qu'elle ne dépendrait que de soi-même dans le futur. Oui, il allait falloir qu'elle fasse un bon choix de métier, quelque chose qui lui plaise et qui lui rapporte assez de sous. Mais chaque chose en son temps.

« Et puis, à Londres, mon père doit déjà gérer ma sœur et l’ambiance qui se dégrade au ministère de la Magie. Mon frère fait ses études supérieures… Et ici, j’ai quand même des personnes sur qui compter. Et toi ? Tu as pu revoir ta famille ? »

Elle avait continué à hocher la tête discrètement, attentive, pendant qu'il parlait de sa famille, jusqu'à ce qu'il mentionne la sienne. Elle eut une sorte de blocage, et dût se forcer à ne pas arrêter subitement de marcher. Sa famille ? Heu, comment dire... nan. Enfin, en un sens, oui, elle leur avait rendu visite, mais il ne sous-entendait probablement pas une visite au cimetière en lui demandant si elle avait pu les revoir. Elle passa une main dans ses cheveux, comme pour essayer d'aérer sa tête qui devait presque fumer. Rouge ou livide, elle n'aurait su dire, peut-être aucun des deux, mais elle n'était pas très à l'aise, en tout cas.

« Heuu, oui jeee... Beeen... »

Inspire, expire. Souris, gênée, et reprends.

« Je l'ai pas encore trop dit autour de moi, mais en fait... »

Elle n'y arriverait pas. Comment pouvait-elle prétendre avoir fait le deuil, si elle n'arrivait même pas à le dire ?

« Nan, j'ai pas pu revoir ma famille. Et je ne le pourrai plus jamais. »

Voilà, c'était dit. Pas directement, mais c'était plutôt clair, non ? Elle eut un petit rire sec.

« C'est ridicule, hein de dire ça ? C'est d'un cliché, c'en est presque flippant. »

Elle secoua la tête. Oui, elle était nerveuse, toujours en train de faire quelque chose, des petits mouvements fébriles et stéréotypés. Une main dans les cheveux tout d'abord, puis un petit sourire, et un rire, et maintenant ça, le tout accompagné de petits gestes des doigts, et si ils n'avaient pas été en train de marcher, elle aurait sans doute changé de pieds au moins dix fois depuis le début de la conversation à ce sujet.

« Enfin bref, c'est comme ça, cliché ou pas cliché. J'avais juste imaginé ça un peu... différemment. En fait nan, je ne l'avais pas imaginé du tout. »

Et ce fut à ce moment là qu'elle s'arrêta enfin de marcher. Ils avaient tellement ralenti que ça ne changeait presque plus rien. Elle pouvait voir la chouette du jeune homme en haut d'un arbre à quelques pas de celui sous lequel ils se trouvaient actuellement. Ils avaient longé la lisière, restant sous le couvert des arbres mais avançant en direction du tronc d'arbre sur lequel il était assis avant qu'elle ne le rejoigne... et elle ne voulait pas spécialement quitter cet univers un peu plus sombre et plus intime, plus secret, que leur procuraient les arbres. Elle leva les yeux vers lui, mais ne réussit pas à soutenir son regard, et finit par les détourner à nouveau, tout comme elle les détournait depuis le moment où il avait posé la question fatidique d'une manière tellement anodine.
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MessageSujet: Re: « As my memory rests, but never forgets what I lost. » | Jeroen && Caitlyn   Mer 15 Jan 2014 - 23:30

Cette discussion presque légère lui plaisait. Les dernières barrières de défense de la jeune femme étaient tombées sans un bruit, sans un remous. Non pas qu’il aimât la voir sans défenses ! Mais il n’était pas la menace qu’elle pensait, ça lui semblait légitime d’apprécier ce relâchement des barrières de protection. Il n’était plus qu’un gars paumé, abimé, cherchant à effacer des erreurs qu’il n’arrivait pas encore à regretter tout à fait, un imbécile sous couvert de bonne conscience. Il voulait qu’on lui pardonne, qu’on lui dise que malgré toutes ses erreurs, il avait une chance de redevenir lui-même et non plus un fantôme de ses plus grands rêves de gloire. C’était utopiste, et il regarderait bizarrement quiconque l’accepterait sans aucune question… mais elle l’aidait. A le prendre pour un morceau de héros, à l’accepter dans sa vie alors qu’elle n’appartenait pas au même monde, c’était un peu comme lui dire qu’il était encore capable d’être quelque chose pour quelqu’un, d’être autre chose, un gars bien peut-être. Il n’avait même pas à faire semblant d’être plus sensible ni plus gentil qu’il ne l’était. Caitlyn était contente d’avoir en face d’elle un serpentard qui n’avait pas pitié inutilement et qui pourtant acceptait ses petites faiblesses avec tout le naturel du monde… C’était gagnant-gagnant. Un peu étrange, comme beaucoup de ces relations qu’il construisait à partir de rien, mais gagnant-gagnant quand même.

Bon. De là à commencer les papouilles, hein… Il y avait tout un monde. Il n’avait jamais été très tactile avec les gens. Sa famille, c’était hors concours, même s’il était littéralement tombé dans les bras de tout le monde en rentrant tellement ils s’étaient manqué les uns aux autres… Il faisait une très nette distinction entre l’amitié et les relations plus fusionnelles comme les relations familiales - et maintenant amoureuse, grand bien lui fasse. Julian était son record personnel en matière de sentiments, le besoin physique était omniprésent, mais ça faisait déjà beaucoup à encaisser. Il prit l’étreinte de Caitlyn comme une étreinte de soutien, ce qu’il savait faire le mieux. Prendre un inconnu par l’épaule et le porter en pleine bataille, serrer Ju pour lui éviter de se tuer contre un mur… soutenir, mine de rien, il l’avait fait et pas qu’une fois. Il savait faire, ça. Tant qu’il avait d’autres personnes pour le soutenir en retour, il ne faillirait pas. Rien que le sourire de la bleue… tous ses sentiments que l’on peut faire naître à partir d’un contact… Il répondit à son sourire.

- Joli prénom, elle a l'air trop cool. J'sais pas pourquoi, mais j'ai jamais eu d'animaux, pourtant j'aime ça... mais bon.
- Quand elle t’aime bien, elle te le fait vite comprendre. C’est la seule à s’être approchée à l’animalerie… On habite en ville, dans le Londres moldu. C’est difficile pour un animal nocturne mais il suffit de s’organiser. Prends-toi une bestiole si tu aimes ça, à la prochaine sortie ou pendant les vacances, ça fait toujours un peu de compagnie.

Oui, il était gaga de sa chouette, et alors ? Ce n’est pas parce qu’il était adulte et serpentard qu’il n’avait pas le droit de donner un nom léger (c’était le cas de le dire vu que « slight » signifiait « léger », à l’image de l’animal taille réduite) et d’aimer son animal de compagnie plus qu’un être humain. Il pouvait se révéler être un vrai gamin lorsqu’on le mettait avec un animal : soigneux, calme, passionné, voire même avec des étoiles dans les yeux si on le mettait seul avec une bestiole rare ou dangereuse - il avait dû passer pour un psychopathe auprès de Stoneheaven, à faire face sans broncher à un chien à cœur… Bon, tout de même, il fallait le faire pour le mettre dans cet état-là, mais tout le monde est prévenu : il est possible de rendre ce mec imbu de lui-même complètement hystérique à la vue d’une simple bêbête. Il était satisfait que Caitlyn aime bien sa chouette. Elle était un peu lente à ramener le courrier, elle déviait lorsqu’il y avait trop de vent tellement elle était minuscule… mais lorsqu’elle était là, c’était comme un toutou hyper attachant, et se faire complimenter sur son toutou, c’est un peu la fête à chaque fois… Un vrai gamin, donc. Slight tourna la tête de côté en réponse à leurs regards sur elle, inquiète de savoir qu’ils parlaient d’elle. Jeroen se retint de faire la même chose. Le mimétisme, c’est amusant, mais pas en plein milieu d’une conversation, soyons sérieux.

Ils passèrent rapidement sur les événements du 20 juillet. S’appesantir dessus ne les ferait pas aller beaucoup plus loin, ils s’étaient à peu près tout dit et maintenant que la méfiance était retombée, il avait juste envie de ne plus en parler. Caitlyn ne lui avait attiré aucun ennui, et elle était sortie de là en un seul morceau elle aussi, c’était l’essentiel. Ils n’étaient pas responsables, de simples pions sur un jeu d’échecs explosifs. Elle avait intérêt de le comprendre rapidement, parce qu’à prendre la responsabilité d’une œuvre aussi gigantesque et monstrueuse, c’était se condamner à ne plus se relever. Le pire étant qu’elle n’était certainement pas la seule à se sentir fautive pour une raison ou pour une autre. C’est bien d’être une personne fiable et sympathique et altruiste, mais il y a des limites à ce que l’on peut encaisser. En tant que serpentard, il avait du mal à comprendre qu’on puisse donner plus d’importance aux autres qu’à soi-même… alors que si l’on n’a aucune espèce d’importance, on n’a aucun moyen de les aider. Comme la mère qui se nourrit avant de nourrir ses enfants afin de garder des forces pour continuer de leur trouver à manger. Les conséquences pouvaient d’ailleurs être presque moins dramatiques dans leur cas, ils pouvaient s’estimer heureux. Bref. Changer de sujet semblait aussi une bonne idée pour la jeune serdaigle. Les vacances, ça semblait une bonne idée pour détendre l’atmosphère…

- Haha, ouais, ça change de Poudlard où tu vois des magasins que dans tes rêves.
- Dans mes cauchemars surtout…

Il sourit avec ironie. Il détestait ça, les boutiques. Ça lui filait des boutons la plupart du temps. Le monde, la ruée dans les magasins, les sens saturés d’informations parfois un peu trop surprenantes… D’autant qu’ils avaient dû aller dans les boutiques moldues ET les boutiques du chemin de Traverse. Autant dire que ça avait été une véritable expédition où le sac de vivres sans fond les avait sauvés plus d’une fois. Il en était ressorti épuisé à chaque fois, avec des crampes telles qu’il se demandait où étaient parties ses années de Quidditch… Piétiner n’était pas son truc. Son passif avec les balades en ville ne l’aidait pas beaucoup non plus. Même après cinq ans, lorsqu’il passait près de la rue où il avait assisté à l’attaque magique qui avait fini par tuer sa mère, il se crispait un peu. Ça avait peu de chances de se reproduire évidemment, les accidents magiques étaient rares et ça avait vraiment été un malheureux hasard… Mais l’image ne l’avait jamais quitté, même si elle n’était plus qu’un ensemble de sensations floues.

De plus, la menace des Supérieurs, elle, était toujours bien présente. Son père avait pu les accompagner puisqu’il avait pris quelques jours de vacances pour profiter de ses enfants, et il était constamment resté en alerte dans les espaces sorciers. Même si c’était resté discret, la méfiance s’était aussi installée dans l’esprit de ses garçons. Pas mal de gens le connaissaient et ça n’était déjà pas calme au Ministère, il ne fallait qu’un pas pour que ça s’étende à la rue… Non, franchement, il avait vécu ces sorties en ville comme un supplice sans fin. Emeric aussi n’avait pas cessé de se plaindre, cherchant à faire croire qu’il avait du boulot pour ne pas venir. Quel soutien. Le jeune homme n’avait été content que lorsqu’il était rentré le dernier jour, avec sa petite chouette, son nouveau balai et la chemise offerte par sa sœur, petits cadeaux plein d’amour et de bonnes intentions dont il profitait allègrement depuis qu’il était revenu à l’école.

Quant à son retour, il pensait bien que ça en étonnerait plus d’un, mais pas pour les bonnes raisons. Il n’était plus le chien des Supérieurs, ça l’agaçait qu’on lui dise de foutre le camp ; même Rivers n’avait fait aucune remarque à propos de ça, alors que certains anciens pro-Supérieurs avaient dû se battre pour rester, eux… Il voulait étudier, puis foutre le camp et s’émanciper, c’était tout. Couler au moins quelques mois au calme dans un château apaisé avant d’aller s’engager dans la lutte contre les forces du mal… Il ne se faisait pas d’illusions, les Supérieurs étaient toujours là, mais rester dans les pattes de son père était bien la dernière chose à faire.

- Ah ben ouais, t'as pas trop le choix là. Auror... c'est un truc qui me tenterait p’t’être aussi... Mais bon, j'verrai, à vrai dire, je sais pas trop ce que je veux faire.
- Tu as encore le temps.

Elle avait quoi, au moins deux ans de moins ? Quatre années la séparaient encore des études supérieures. Qu’elle en profite. Certes, dans un contexte de crise, on a vite fait de vouloir s’améliorer et gagner en force à une vitesse éclair, mais à son âge et avec sa résistance, mieux valait qu’elle y aille à son rythme et sans forcer. Les nouveaux cours les aideraient à se préparer en cas de danger, mais il ne fallait pas verser dans la paranoïa, ça pouvait avoir des effets totalement inverses à ce qui était prévu. Il parlait comme un vieux… En même temps, il était des anciens de l’école et c’était quelque chose dont il devait se servir pour aider les autres. Un de ces jours, il faudrait qu’il aille discuter avec Logan de la suite des événements… ça faisait un moment qu’il y pensait mais le nouveau directeur était tellement occupé avec tout ce qu’il fallait gérer en même temps qu’il ne le voyait pas beaucoup passer.

Caitlyns sembla sur le point de s’arrêter de marcher lorsqu’il lui retourna la question. Elle passa sa main dans ses cheveux en se décomposant à vue d’œil, au point qu’il se demanda si elle n’allait pas lui faire un malaise d’ici dix secondes. C’était quoi cette réaction ?

- Heuu, oui jeee... Beeen... Je l'ai pas encore trop dit autour de moi, mais en fait... Nan, j'ai pas pu revoir ma famille. Et je ne le pourrai plus jamais.

Oh la grosse bourde de débutant. Oh la cata. Ça, c’était la question qu’il n’aurait pas dû poser, mais il ne s’attendait vraiment pas à ce genre de nouvelles. Ça expliquait bien des choses évidemment : son état depuis quelques mois, ses sautes d’humeurs… Mais il n’en avait pas entendu parler. Il devinait beaucoup de choses, mais lorsque la principale concernée gardait ça pour elle autant de temps, il ne pouvait pas faire des miracles à partir de rien. Il ne connaissait rien de sa famille, en fait il ne connaissait rien d’elle en-dehors de l’enceinte du château. Lorsqu’ils s’étaient officiellement rencontrés, il s’était concentré pour connaitre son implication dans le concert, mais à cette époque sa vie familiale lui importait assez peu… Situation pourrie. Ça le désolait d’arriver à un moment où elle avait vraiment l’air de perdre tout ce qui lui était cher…

- Je suis désolé. Je ne savais pas.

Qu’est-ce qu’il aurait pu dire d’autre, hein ? Sincères condoléances, qu’ils restent en paix, des trucs bateau, des futilités. Il était là, évidemment, si elle avait besoin de soutien. Niveau sauveteur des causes perdues, il s’en sortait bien et avait eu le temps de s’entrainer avec Julian, donc il n’allait pas se dérober avec elle. Il ne savait pas trop comment offrir son soutien mais il choisit de continuer comme d’habitude, sans rien changer, tout en restant attentif. Si elle aimait bien qu’il reste à sa place, mieux valait continuer sur cette lancée.

- C'est ridicule, hein de dire ça ? C'est d'un cliché, c'en est presque flippant.
- Je ne dirais pas ça. C’est normal que ce soit flippant mais ça n’a absolument rien de ridicule.

Il n’y a rien de ridicule à la détresse. On dépend tous de quelqu’un ou de quelque chose, et lorsqu’on se retrouve seul, il faut forcément faire face à un grand vide… ils passaient tous par là un jour ou l’autre. Dévaloriser les liens sociaux, c’était dévaloriser l’espèce humaine toute entière. Et il n’y avait rien de ridicule à ne pas savoir mettre de mots là-dessus.

- Enfin bref, c'est comme ça, cliché ou pas cliché. J'avais juste imaginé ça un peu... différemment. En fait nan, je ne l'avais pas imaginé du tout.
- C’est… je sais ce que c’est. J’ai perdu ma mère il y a quelques années. Il faut le temps d’encaisser. Je ne dis pas que ça prendra du sens un jour, mais ça finira par s’apaiser… un peu… C’est difficile à expliquer.

Leur marche finit par s’arrêter, lentement. Encore cachés sous le couvert des arbres, ils étaient isolés du monde extérieur, et le serpentard ne comprenait que trop bien ce besoin de rester dans un endroit un peu isolé, fermé au monde… fermé aux questions en quelque sorte. Comme si ce monde hostile qui les guettait dehors risquait de les manger s’il sentait le sang qui sourdait de leurs blessures respectives. Il s’arrêta à côté d’elle, réprimant un air un peu gêné, ne sachant pas vraiment que dire. On ne sait jamais quoi dire dans ce genre de situations. Des phrases bateau, des questions bateau… de toute façon, la douleur mettait toujours un temps fou à s’effacer, c’était difficile de savoir jusqu’où il était utile de parler ou non, d’autant que les mots étaient souvent vides de sens lorsque c’était encore trop frais. Il se racla la gorge.

- Tu as envie d’en parler ? Je ne suis peut-être pas l’interlocuteur idéal, je suis un handicapé de la discussion lorsqu’il s’agit de faire le deuil de quelque chose… mais si ça peut t’aider, j’écoute bien.

Petit sourire un peu désolé. Original pour offrir son soutien. Mais c’était vrai. Lorsque sa mère était décédée, il n’avait pas parlé de ce qu’il ressentait. Il avait intériorisé, intériorisé, et ce n’était pas forcément mieux mais il n’aurait pas pu faire autrement : c’était dans ses gênes de garder ses sentiments pour lui, et ça lui avait permis de soutenir les autres. Sa sœur avait été la seule à vraiment montrer ce qu’elle ressentait, et à six ans, il fallait faire très attention… Son père, lui, s’était retrouvé seul. Ses deux fils repartis à Poudlard, il avait dû gérer la petite, le déménagement, la douleur, tout en ayant l’air constamment fort et infaillible pour ses gamins… même à l’époque, les deux frères avaient compris qu’ils avaient tout intérêt à ne pas s’effondrer, alors Jeroen avait commencé le Quidditch et Emeric s’était forcé à reprendre le boulot comme un dingue pour garder sa place de tête dans la classe. Et ils s’en étaient sortis. Lily, elle, n’avait pas cessé d’en parler. De temps à autre, elle réclamait encore sa mère, mais elle avait réussi à faire son deuil elle aussi en prenant une place de princesse quasi-toute-puissante dans sa famille d’hommes, bien aidé par papa qui s’était efforcé de donner de l’attention pour deux.

Il n’était pas passé voir sa tombe, maintenant qu’il y pensait. Ces vacances avaient été pour les vivants et seulement pour eux. Papa n’avait rien dit à ce propos, comprenant bien qu’après tout ce qui s’était passé, il fallait faire un break. A son prochain passage à Londres peut-être… Un courant d’air fit frémir les feuilles des arbres autour d’eux. Slight couina en vacillant légèrement. C’est fou comme on pouvait se sentir proche de la nature dans ces moments-là… Il passa sa main dans ses cheveux, l'air toujours aussi calme.
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MessageSujet: Re: « As my memory rests, but never forgets what I lost. » | Jeroen && Caitlyn   Dim 19 Jan 2014 - 20:20

Une conversation normale, entre deux ados normaux, dans un lieu normal. Ou pas. Ils étaient dans l'enceinte d'une école de magie, sous le couvert des arbres d'une forêt interdite car abritant des créatures dangereuses magiques. Ils venaient de vivre deux années de terreur, avaient souffert des pertes et des mauvais traitements, et ne seraient plus jamais comme les autres gens de leur âge, ne se sentiraient plus jamais à leur place dans le monde extérieur qui n'avait pas vu ce qu'ils avaient vu et vécu ce qu'ils avaient vécu. Ils étaient condamnés à être des incompris, où qu'ils aillent. Mais c'était bien ça qui renforçait leur solidarité. Ça les rapprochait, ça les soudait. Beaucoup étaient revenus à Poudlard malgré les souvenirs traumatisants que représentaient ses murs justement parce qu'ils étaient trop différents, trop meurtris par les événements récents, pour recommencer à vivre une vie normale. Ils avaient besoin de temps, et ils avaient besoin de soutien. D'amis. Même leurs familles n'auraient pas compris les peines qu'ils auraient eu à se relever. Les gosses qui avaient survécu aux supérieurs ne seraient plus jamais des gosses normaux, mais ça n'excluait pas qu'ils pouvaient tout de même avoir des conversations normales, du moins en apparences. Ils essayaient tous, chacun à sa manière propre, de retrouver le chemin de leur vie, de se relever, de refermer leurs plaies et de se remettre à avancer. Ils avaient besoin de cette normalité, c'était à ça qu'ils se raccrochaient. Ils avaient eu des vacances, ils avaient pu revoir le monde, les visages familiers et amicaux, les lieux de leur enfance, et maintenant, les revoilà à nouveau là où tout avait commencé, avec ce besoin cuisant de se remémorer les vacances et la famille aimante, mais aussi celui, pas toujours évident à reconnaitre comme tel, de parler de ces drames qu'ils avaient vécus, de les partager avec les autres, de briser les tabous et de banaliser un peu tout ça. De s'y habituer, de pouvoir en parler comme si de rien n'était. De passer par dessus, pour finalement arrêter d'y penser comme à un traumatisme, mais comme à une partie de leur vie. Certains avaient été blessés, violés, torturés. D'autres avaient fait des erreurs, des choses qu'ils regrettaient. D'autres encore n'avaient rien fait et s'en voulaient. Mais tous avaient besoin de soutien, de compréhension, de tolérance. De temps et de patience, aussi. Bref, ils avaient besoin de s'en remettre, mais ils s'en remettraient.

Caitlyn voulait s'en remettre. Elle voulait remonter à la surface, retrouver le chemin de sa vie. La vie, comme le train, n'attendait pas, elle avançait. Et elle ne voulait pas louper le train. Elle voulait continuer à vivre. Elle repensait de plus en plus souvent à la mort ces derniers temps, mais elle n'aimait pas cette partie d'elle-même qui déprimait et qui s'était résignée, qui ne se battait plus. Elle avait toujours été quelqu'un qui se tirait des pires situations imaginables, elle avait toujours réussi à garder le sourire en toutes conditions. Elle n'était pas quelqu'un qui baissait les bras à la première petite complication qui se mettait en travers de son chemin. Elle se battait, elle se battait pour ses convictions, pour ses idéaux, ses rêves et ses buts, mais plus globalement, elle se battait pour la vie. Et, même si c'était dur de s'empêcher d'avoir des idées noir alors qu'elle avait perdu sa famille, sa maison, et depuis ce matin même son homme, elle voulait s'en remettre, de tout. Elle voulait se relever, malgré les obstacles qui semblaient vouloir l'en empêcher, comme lorsque les Dieux s'acharnaient sur un héro tragique. Jeroen l'aidait, à sa manière. Il avait ce caractère posé et tolérant qui calmait les battements effrénés de son cœur et les secousses de sa respiration haletante. Il avait ce regard sincère et cette voix douce qui lui permettait de ravaler ses larmes plus facilement et de lui sourire plus naturellement. Elle ne savait pas s'il s'en rendait compte, mais il signifiait beaucoup pour elle. Ils n'étaient même pas vraiment amis, ils s'étaient parlés une seule fois dans toute leur vie auparavant, mais voilà, les faits étaient qu'il avait une sorte de bonne influence sur elle, sur son humeur, sur ses espoirs et sur ses réactions. Réciproquement, il semblait apprécier son caractère en retour. Elle ne l'avait pas jugé, elle avait réussi à accepter sans poser trop de questions le fait qu'il se soit joint aux supérieurs, à le croire lorsqu'il lui avait dit qu'il ne pensait pas comme eux, qu'il était différent, mais que s'il faisait ça, c'était pour des raisons stratégiques. Pour protéger sa famille, en premier lieu - chose qu'elle n'avait pas réussi à faire, soit dit en passant - et puis pour pouvoir bénéficier d'un certain avantage en ce qui concernait leurs faiblesses et leurs plans, pour avoir un pas d'avance sur eux tout en cachant son jeu. Bref, alors que tout le monde devait le considérer comme un traitre, que ce soit les supérieurs qu'il avait balancés ou les résistants qu'il avait torturés, elle, elle ne l'avait tout simplement pas jugé là dessus. Elle ne savait toujours pas pourquoi, d'ailleurs. Ça aurait été tellement simple de ne plus lui adresser la parole, de le mépriser, mais elle ne l'avait pas fait, comme si c'était normal pour elle de se dire que c'était sa manière à lui de se défendre et qu'elle n'avait pas le droit de la discriminer. Peut-être que, tout comme lui il l'aidait, plus ou moins inconsciemment, à se relever, elle faisait la même chose pour lui. Alors oui, elle lui avait fait un câlin. Et oui, elle avait complimenté sa petite chouette. Et oui, elle avait commencé à parler de vacances. Et, oui, elle avait ri, pas qu'un peu d'ailleurs, lorsqu'il avait sous-entendu qu'il détestait faire les magasins. Et, oui elle était admirative quand il lui avait dit qu'il voulait être Auror. Mais tout ça, toute cette atmosphère détendue qui s'était installée, elle l'oublia bien vite lorsqu'il fut question de ses parents à elle. Elle n'allait pas lui mentir, ça c'était sûr, mais c'était quand même dur de lui avouer qu'elle n'allait plus jamais les revoir. Malgré toute l'agitation que suivait son cerveau à cet instant, elle vit que l'attitude de Jeroen avait elle-aussi changé du tout au tout. Il ne s'était sans doute pas attendu à ça, hein ? Non, il ne savait pas, et il était désolé.

« Moi aussi. »

Et bim. Elle aurait voulu lui dire qu'elle était désolée de ne pas lui avoir dit plus tôt, et de le lui dire comme ça maintenant. Pour lui non plus ça ne devait pas être simple, il était sans doute mal à l'aise, regrettait d'avoir posé cette question fatidique...

« Tu pouvais pas savoir. Moi, je l'ai su... en juillet. Une semaine avant qu'on se croise dans les cachots, tu te souviens ? »

C'était un peu la seule fois où ils s'étaient parlés, et vues les circonstances, c'était un peu difficile d'oublier.

« Enfin bon, c'est la vie. »

Oui, c'était la vie, allez, maintenant, il fallait qu'elle se calme, qu'elle se ressaisisse. Elle l'avait fait, son deuil, alors pourquoi est-ce qu'elle avait tellement envie de pleurer, hein, pourquoi ? Peut-être parce qu'elle avait aussi perdu Elias, pas plus tard que dans la matinée ? Argh, qu'est ce qu'elle détestait cette dépression dans laquelle elle se sentait sombrer sans retenue et cette résignation qui s'emparait d'elle ! C'était d'un cliché, oui, c'était ridicule de dire ça, c'était comme dans les films pourris. Elle rit sèchement.

« Je ne dirais pas ça. C’est normal que ce soit flippant mais ça n’a absolument rien de ridicule. »

Elle haussa les épaules.

« Mouais... »

Comment ça, c'était pas convainquant du tout ? Elle n'avait pas envie de paraitre convaincue, donc peu lui importait. De toute manière, c'était comme ça, et elle n'y changerait rien. Elle avait juste imaginé ça autrement. Elle pensait qu'elle serait prête, qu'elle s'y attendrait. Elle pensait qu'elle les aurait vu vieillir, qu'ils auraient eu l'occasion de l'aider à devenir une adulte et une citoyenne à part entière, qu'ils auraient pu l'accompagner dans sa vie de mère aussi, qu'elle leur aurait donné des enfants à garder quand elle aurait dû travailler. Elle se voyait assister au mariage de son frère, elle se voyait être marraine de ses enfants à lui, aussi. Elle se voyait s'occuper de ses vieux parents dont les cheveux auraient blanchi et les mouvement perdu en assurance. Elle n'avait vraiment pas imaginé perdre ses parents à même pas dix-huit ans, devoir s'occuper elle-même de ses tous premiers pas dans la vie d'adulte. Taxes, impôts, banque, héritage, scolarité... Des choses nouvelles pour elle, et malgré son caractère plutôt débrouillard et autonome, elle était perdue. Perdue dans l'immensité de cette vie sans famille et sans chez-soi. Et là, elle venait de perdre l'homme qu'elle aimait. Non, elle ne voyait pas où était passée la justice, dans ce monde. Cela faisait deux ans qu'elle avait disparu de Poudlard, mais là, elle le sentait encore plus qu'avant, même si les supérieurs étaient partis. Pas de justice, pas de logique. Juste de l'acharnement, et l'éternel combat pour la vie.

« C’est… je sais ce que c’est. J’ai perdu ma mère il y a quelques années. Il faut le temps d’encaisser. Je ne dis pas que ça prendra du sens un jour, mais ça finira par s’apaiser… un peu… C’est difficile à expliquer. »

Elle lui sourit faiblement lorsqu'ils s'arrêtèrent.

« Oui c'est ça, faut le temps d'encaisser. »

Point à la ligne ? Il ne l'entendait apparemment pas de cette oreille, et après s'être râclé la gorge, il reprit la parole.

« Tu as envie d’en parler ? Je ne suis peut-être pas l’interlocuteur idéal, je suis un handicapé de la discussion lorsqu’il s’agit de faire le deuil de quelque chose… mais si ça peut t’aider, j’écoute bien. »

Ce fut à son tour de lui sourire un peu. Il se proposait pour l'écouter. Il la connaissait à peine, il n'avait clairement pas que le malheur des autres à gérer, et pourtant, il se proposait pour l'écouter.

« T'inquiètes, ça va passer. »

Elle lui avait dit, quelques minutes auparavant, qu'elle ne voulait pas faire genre qu'elle était forte, avec lui. Mais là, c'était pas parce qu'elle voulait garder la face qu'elle lui disait qu'il ne devait pas s'inquiéter pour elle. C'était simplement parce qu'il n'avait pas à faire ça, il n'avait pas à jouer les psys. Tout le monde avait assez de son propre malheur de toute manière, et elle n'avait aucun droit d'imposer le sien à un quasi-inconnu, même si celui-ci lui proposait volontairement son aide.

« De toute manière, parler ne changera pas grand chose, hein ? »

Là, elle se mentait à soi-même. Elle était la première à affirmer que parler, s'ouvrir, partager ses peines les diminuait. Elle était la première à affirmer qu'il fallait extérioriser par la parole, qu'il ne fallait pas garder pour soi, car ça finirait par sortir un jour de toute manière, et plus ça sortait tard, plus ça sortait violemment. Mais, une fois de plus, c'était "faites ce que je dis, pas ce que je fais". Elle incitait tout le monde à parler de ce qui n'allait pas, mais dès qu'il s'agissait de le faire à son tour, elle se renfermait et trouvait des excuses pour ne pas le faire. Elias avait cassé avec elle à cause de ça. À cause du fait qu'elle ne lui avait pas dit ce qui n'allait pas, et qu'elle n'avait pas été capable de lui promettre qu'elle lui dirait toujours tout. Il le prenait comme une preuve du fait qu'elle ne lui faisait pas confiance, et que donc elle ne l'aimait pas. C'était tout à fait logique. À sa place, elle l'aurait pris aussi mal que lui. Et Jeroen ? Comment le prendrait-il ? Elle avait repoussé tellement de monde déjà. Elle s'était tellement isolée. Elle avait perdu Elias, elle avait failli perdre Aeliane aussi. Elle était en froid avec la plupart des personnes avec lesquelles elle traînait, avec lesquelles elle riait, auparavant. Elle ne voulait pas perdre Jeroen dans la foulée ! Elle ne le connaissait quasiment pas, certes, mais il avait déjà une place des plus importantes dans son cœur. Il était quelqu'un de particulier, et elle n'avait pas envie de le blesser, de le vexer, de le repousser. Il fallait qu'elle se réveille, parce que là, c'était précisément ce qu'elle était en train de faire : le repousser. Elle lui disait des choses, mais seulement à moitié. Elle avançait d'un pas, et reculait immédiatement après. N'avait-elle donc pas tiré de leçon ? N'avait-elle pas compris la morale ? Elle se sentait seule, abandonnée, mais c'était tout bonnement par sa faute, alors il fallait qu'elle arrête de repousser tout le monde, il fallait qu'elle assume le fait que c'était à son tour d'avoir des problèmes, et au tour des autres de l'écouter, de l'aider et de la soutenir. Et la plupart des autres ne demandait probablement rien d'autre. Elias, Aelie, Casey, Rafael, Dylan, Lise, Jeroen, ils étaient tous là pour elle et il fallait qu'elle accepte le fait qu'elle avait besoin d'eux. Il fallait qu'elle fasse l'effort de leur demander de l'aide. Jeroen lui tendait une perche. Il fallait qu'elle la prenne.

« Ben... c'est juste que... c'est dur. J'arrive pas. J'ai eu toutes les vacances pour m'y habituer, mais j'y arrive pas. Au début, en juillet, je croyais que j'arrivais pas à admettre que c'était vrai, mais qu'une fois que j'aurais vu la tombe et la maison de mes propres yeux, ben... ce serait plus simple. Et en fait... en fait nan. Ils me manquent chaque jour un peu plus. »

Elle baissa la tête, détournant ainsi le regard, et laissant ses cheveux faire office de barrière, d'isolation, autour de ses joues.

« Ca faisait deux ans que je les avais pas vus. J'leur avais pas parlé ni rien. J'ai... j'ai même pas pu les serrer dans mes bras. »

Ce fut à cet instant que les premières larmes débordèrent et coulèrent sur ses joues, tandis qu'elle réprimait un sanglot, en subissant la secousse. Sa voix était tremblante et tendue lorsqu'elle reprit la parole.

« Je croyais vraiment qu'une fois les supérieurs partis, je pourrais rattraper le temps perdu, tu vois ? Et en fin de compte, j'ai perdu bien plus que deux années ridicules. J'ai perdu toute ma vie avec eux. Je les reverrai plus jamais, plus jamais ! »

Elle ne balbutiait pas. Les mots sortaient tous seuls de sa bouche, elle n'avait même pas besoin de réfléchir pour les prononcer, c'était simplement le flot de ses pensées qui s'échappait sous forme de paroles.

« Et pis ma maison, quoi. J'ai plus rien, rien du tout. J'suis pas matérialiste, t'sais, j'ai jamais exigé beaucoup de choses... mais là... T'arrives à t'imaginer qu'un tas de cendres et quelques briques, c'est tout ce qui reste de ta maison ? J'suis une SDF, mec - une putain de SDF avec un putain de compte en banque quasi vide et un putain de jardin qui sert plus à rien sauf à servir de chiottes pour les chats et les chiens du quartier ! »

Elle s'était retournée, s'était rapprochée de l'arbre, avait agrippé les replis de son écorce avec ses doigts, puis avait serré ses petits poings et frappé deux trois fois, avant de s'accroupir et d'enfoncer ses doigts dans ses cheveux, se forçant à respirer profondément.

« J'suis désolée, j'sais pas pourquoi je te raconte tout ça, t'es pas mon psy. C'est pas très convainquant que je te dise ça comme ça, je sais, mais ça va passer, donc t'en fais pas ! »

Elle avait beau être par terre, elle n'était plus vraiment en train de pleurer. Pas en mode crise de larmes, en tout cas. Elle avait toujours les yeux humides, et elle était très loin d'être de bonne humeur, mais voilà, ça allait passer, elle le savait, et elle ne voulait vraiment pas faire chier Jeroen avec ça. Même si pour le coup, c'était un peu trop tard. Elle se releva, et désigna la chouette du menton.

« Tu devrais retrouver Slight, elle au moins elle te fait pas chier avec des trucs déprimants. »

Petit sourire pour la route. Allez, Jeroen, sois raisonnable, vas-t'en, c'est pour ton bien.
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MessageSujet: Re: « As my memory rests, but never forgets what I lost. » | Jeroen && Caitlyn   Lun 20 Jan 2014 - 22:53

Ces discussions qui dérapaient avaient quand même tendance à mettre un froid. Même si les deux jeunes gens savaient se tenir et garder leur calme lorsque ces sujets aussi peu anodins que la mort arrivaient sur le tapis, ils tenaient tête. Caitlyn avait cessé de marcher, ses mots s’essoufflaient mais elle restait debout avec fierté, pudeur et dignité. Elle n’avait rien montré jusque-là, se contentant de parler avec tout le naturel du monde et de sourire lorsqu’il racontait avec un air de gamin ses vacances en famille. Il l’admirait, un peu. Les gens qui arrivaient à faire face avec autant de calme méritaient qu’on leur tire leur chapeau. Bien entendu, ce n’était pas une raison pour mettre de côté ce qu’elle ressentait. Il n’allait pas continuer à parler innocemment de sa famille alors qu’elle était dans un tel état de détresse au fond d’elle-même. C’était normal qu’il l’écoute, et ça ne lui posait aucun problème. Il avait déjà affronté bien pire…

- Moi aussi. Tu pouvais pas savoir. Moi, je l'ai su... en juillet. Une semaine avant qu'on se croise dans les cachots, tu te souviens ? Enfin bon, c'est la vie.
- Je comprends. Tu avais peu de raisons de me le dire à ce moment-là…

Logique. Il imaginait bien qu’après une semaine seulement, elle devait à peine se rendre compte de ce que cette nouvelle signifiait pour elle… et vu les circonstances, elle n’aurait pas eu une seule raison, bonne ou mauvaise, de lui dire ce qui s’était passé. Ça met toujours du temps à monter au cerveau, d’autant que si elle ne les avait pas revu depuis des années, ce genre de mots ne signifiaient rien en eux-mêmes. Il faut sentir l’impact réel sur sa vie pour comprendre à quel point on va souffrir d’une absence. Jeroen aussi avait dû attendre de rentrer chez lui pour comprendre que sa mère n’était plus au fond de son lit, malade. Pour comprendre qu’elle n’était plus du tout. Il avait fallu qu’il voie son père et sa sœur, aux premières loges. C’est comme ça. En tout cas, il n’allait pas lui en vouloir ou agir comme un crétin parce qu’il n’avait pas été au courant : elle ne lui devait rien, surtout pas des infos aussi personnelles, normal qu’il sache trois plombes après.

- Oui c'est ça, faut le temps d'encaisser.

Du temps. Des années sûrement. Elle partait pour une longue route où elle risquait de pas mal se casser la gueule, et elle n’encaisserait peut-être jamais tout à fait cette mort incompréhensible. C’est la vie. C’est vraiment nul mais c’est la vie. Alors il lui proposa de l’écouter, c’était normal après tout. Elle sourit légèrement.

- T'inquiète, ça va passer. De toute manière, parler ne changera pas grand-chose, hein ?

Elle parlait de ne pas avoir l’air forte, quelques minutes plus tôt, mais elle avait du mal à se défaire de cette idée… Rien que l’interrogation, à la fin de sa phrase, soulignait une incertitude dans ses propos. Jeroen savait différencier ceux qui ne parlaient pas parce qu’ils n’en avaient pas envie, de ceux qui préféraient se taire par pure fierté ou par impression de déranger ou de ne pas être assez important pour être écouté. Il avait pratiqué tous les cas de figure dans sa famille : son père et son frère pour la fierté et le besoin de parler d’autre chose, et sa mère et sa sœur pour la détresse silencieuse et le besoin impérieux d’avoir une oreille pour écouter. Caitlyn avait peur de le déranger, de prendre trop de place alors qu’ils n’étaient pas intimes. Sauf que quelque part, ils étaient aussi intimes que des amis, et ils devraient bien se résoudre un jour à se considérer comme tel. Une connaissance qui apporte autant est toujours plus qu’une connaissance. La jeune femme valait la peine qu’il l’écoute, et c’était tellement rare… Tu es fichée ma grande. Jéjé n’est pas si con que ça. Il n’allait bien sûr pas la forcer à parler, mais ses propositions étaient rarement des paroles en l’air, elle avait intérêt de graver ça dans son petit crâne.

- Comme je te l’ai dit, je n’ai jamais vraiment parlé de ce que je ressentais dans ces moments-là. On passe parfois pour des insensibles mais… il y a autant de manière de faire un deuil que de gens. Je comprendrais que tu n’en aies pas besoin, tu n’as pas à te sentir gênée. Mais si, selon les gens, parler peut aider. Mettre des mots sur les choses permet parfois de les assimiler et d’évacuer un peu les frustrations…

En y réfléchissant… si, il avait bien parlé. Quelques mois après la nouvelle du décès de sa mère, il avait parlé à sa chouette de l’époque - qui l’écoutait d’une oreille distraite, mais bon. Il compensait à sa manière : sur le coup, il gardait la face, et lorsqu’il commençait à digérer l’information, à voir l’impact que ça aurait sur sa vie future, il s’occupait d’évacuer la frustration petit à petit en monologuant avec des créatures qui ne pouvaient pas lui répondre. C’était un processus long, mais le sport l’avait pas mal aidé à évacuer régulièrement les sentiments violents qu’il refrénait. Tout le monde n’avait pas son self-control. Et puis, évacuer les sentiments sur le coup était souvent perçu comme une meilleure option pour éviter la névrose. Peut-être qu’il finirait complètement névrosé de ne pas avoir parlé directement au moment des faits. Ou peut-être qu’il finirait par parler. Rien que cet été avait été riche en discussions vitales : ils avaient même parlé de la perspective qu’il arrive un problème et que son père se fasse tuer… quelque part, ça préparait le terrain… Mauvaises pensées. Il était trop intelligent pour se faire attraper en pleine magouille contre les Supérieurs infiltrés au Ministère. Et puis ce n’était pas le sujet. Caitlyn, pendant ce laps de temps très court où elle avait l’air de ne vraiment pas vouloir parler, avait fini par ouvrir la bouche, et plus pour faire semblant.

- Ben... c'est juste que... c'est dur. J'arrive pas. J'ai eu toutes les vacances pour m'y habituer, mais j'y arrive pas. Au début, en juillet, je croyais que j'arrivais pas à admettre que c'était vrai, mais qu'une fois que j'aurai vu la tombe et la maison de mes propres yeux, ben... ce serait plus simple. Et en fait... en fait nan. Ils me manquent chaque jour un peu plus. Ça faisait deux ans que je les avais pas vus. J'leur avais pas parlé ni rien. J'ai... j'ai même pas pu les serrer dans mes bras. Je croyais vraiment qu'une fois les supérieurs partis, je pourrais rattraper le temps perdu, tu vois ? Et en fin de compte, j'ai perdu bien plus que deux années ridicules. J'ai perdu toute ma vie avec eux. Je les reverrai plus jamais, plus jamais ! Et pis ma maison, quoi. J'ai plus rien, rien du tout. J'suis pas matérialiste, t'sais, j'ai jamais exigé beaucoup de choses... mais là... T'arrives à t'imaginer qu'un tas de cendres et quelques briques, c'est tout ce qui reste de ta maison ? J'suis une SDF, mec - une putain de SDF avec un putain de compte en banque quasi vide et un putain de jardin qui sert plus à rien sauf à servir de chiottes pour les chats et les chiens du quartier !

Finalement, elle en avait des choses à dire… Il écouta sans rien répondre, sans la couper. Il aurait pu être en train de faire autre chose qu’elle ne se serait pas arrêtée de causer, mais il s’obligeait un peu à regarder la vérité en face. Parfois, il doutait, se demandant s’il n’aurait pas gagné à rester dans un système similaire à celui des Supérieurs. Voir la détresse de Caitlyn lui remettait une bonne claque, et il se sentait mieux - hors contexte dramatique bien évidemment, il était vraiment triste de voir à quel point ces monstres avaient fait du mal autour d’eux, et pas seulement ici. Il écouta, donc. Ça lui permettait aussi de comprendre la réalité de sa situation : maison brûlée, parents assassinés, il ne lui restait plus grand-chose, il ne lui restait que Poudlard en fait, ce lieu où elle avait tant souffert et qu’elle était obligée de retrouver, comme une cage dans laquelle on retourne s’enfermer parce qu’on n’a pas les moyens de survivre au-dehors. Elle avait peut-être de la famille éloignée, évidemment, mais si elle n’en faisait pas mention, il y avait sûrement une raison. Elle frappa un peu toute sa rage contre un arbre - décidément, elle allait déraciner la forêt interdite… et il la laissa faire. Ça lui rappelait vraiment la situation avec Julian, mais Caitlyn rejetait moins sa colère contre elle-même. S’il y avait eu un risque, il l’aurait arrêtée, mais pour le moment elle se maîtrisait.

- J'suis désolée, j'sais pas pourquoi je te raconte tout ça, t'es pas mon psy. C'est pas très convaincant que je te dise ça comme ça, je sais, mais ça va passer, donc t'en fais pas !

Il sourit légèrement et vint s’asseoir à côté d’elle, à même le sol pour être à sa hauteur. Il n’était pas psy, mais avait-elle réellement besoin d’un psy pour évacuer toute cette angoisse qui la rongeait depuis des mois ? Certes, lui parler ne suffirait certainement pas, peut-être aurait-elle réellement besoin d’aller voir un spécialiste si elle n’arrivait pas à faire face, mais pour l’instant, elle devait déjà accepter que parler relevait de l’urgence ; et son flot de parole présent était une belle preuve de ce besoin pressant de mettre des mots sur les choses qui lui arrivaient… Donc il souriait avec gentillesse. Elle se contredisait totalement, c’était amusant.

- Hé, ce n’est pas à toi de décider si je dois m’en faire pour toi ou non. Tu vois, tu avais sacrément besoin de parler. C’est un bon début. Ça ne résout rien, mais il y a des moments où juste lâcher prise fait un bien fou…

Oui, elle ne lui avait pas demandé d’aide, elle ne s’était pas appesantie sur les problèmes matériels auxquels elle devait faire face. Ainsi, il était aisé d’identifier ses priorités et c’était là-dessus qu’il fallait se concentrer, même s’il ne fallait bien entendu jamais perdre de vue la vie quotidienne… Elle avait besoin de dire à quel point sa famille lui manquait, et c’était on ne peut plus normal. Il ne pouvait pas dire que ça s’arrangerait. Ceux qui étaient partis laissaient toujours un grand vide derrière eux… et en même temps, ce vide était petit à petit comblé par l’amour de plein d’autres personnes. C’était un peu comme s’installer dans une grande maison : au début c’est le néant, puis on ajoute ses meubles, les amis ajoutent leurs bibelots, on se retrouve avec un capharnaüm sans nom mais plein de vie. Ça prend du temps. Et il est difficile de se projeter quand on est encore devant ce vide et ce silence oppressant… Sauf qu’elle était obligée de faire table rase sur toute sa vie, et elle s’en sortirait. Elle était intelligente, bornée, pleine de ressources. Elle saurait compter sur ses amis et sur sa force de caractère pour se reconstruire, même si ça prendrait certainement des années. Dur à dire à quelqu’un qui se croit au fond du trou, n’est-il pas ?

- Tu devrais retrouver Slight, elle au moins elle te fait pas chier avec des trucs déprimants.

Il sourit en regardant sa chouette et répondit avec humour.

- Pitié. Elle, c’est pire. Elle ne supporte pas que je sois déprimé, alors elle m’agresse carrément pour me signifier qu’elle est mécontente… On se demande qui commande qui. Un vrai tyran.

Il exagérait un peu, elle avait un bon effet sur lui, mais c’est vrai qu’elle l’agressait lorsqu’il n’était pas disponible pour une gratouille dès qu’elle en avait envie, et elle avait souvent envie de gratouilles lorsqu’il avait l’air de tirer la tronche. A côté de cela, elle savait rester à sa place lorsqu’il était occupé, comme maintenant. Il repoussa sa manche et leva le bras en regardant Slight, qui perçut immédiatement l’invitation à venir se percher. Elle décolla de sa branche et vint s’accrocher au bras de son maître, plantant ses petites griffes dans sa peau nue. Il n’avait pas mal. Une griffure, ce n’était rien comme douleur, alors depuis qu’il avait subi un doloris, c’est comme s’il ne sentait plus rien. De plus, elle ne pesait presque rien, c’était vraiment une chouette poids plume. Sa race, les chouettes chevêches, était connue pour leur toute petite taille. Il gratta doucement le crâne de la bête et tendit le bras vers Caitlyn pour l’inviter à rencontrer officiellement l’animal. La bestiole tourna la tête à 180° vers son maître, se demandant bien ce qu’il avait dans la tête. Il reprit les gratouilles pour calmer ses réticences à rencontrer un autre humain inconnu.

- Elle est un peu farouche. Si tu la laisses t’apprivoiser, tu pourras aussi la toucher…

La thérapie par la relation à l’animal… ça avait fait ses preuves, non ? C’était un peu son isoloir, sa petite pièce calme où il aimait se réfugier lorsqu’il saturait de ce monde un peu dingue, mais il voulait bien partager le concept. Si ça pouvait faire sourire Caitlyn, tant mieux, et puis rares étaient ceux qui empiétaient sur les passions des autres. Non, ça se résoudrait rien, mais elle avait bien le droit à une pause dans ce flot continu d’emmerdes…

Instant douceur ♥:
 

Il finit toutefois par répondre un peu à ce qu’elle avait dit. D’un ton calme, neutre, parce que prendre un ton mélodramatique ne ferait qu’accentuer le côté désagréable et indigeste de la conversation.

- Tu sais… tu n’es pas seule. Tu auras toujours des amis sur qui compter, moralement, financièrement… Et puis, c’est bête ce que je vais dire, mais ta famille n’aurait certainement pas voulu que tu lâches l’affaire. Accroche-toi. Pour l’instant tu as Poudlard, et dans quelques années tu pourras reconstruire ta propre maison, ton propre jardin et leur rendre hommage en allant au bout de tes rêves. Ok ? Et n’hésite jamais à demander de l’aide. A moi ou à qui tu veux, bien entendu… On a tous besoin des autres. Même moi j’ai demandé de l’aide cet été, je n’ai rien perdu au change.

Il sourit. Caitlyn devait déjà poser les fondations avant de repartir au galop, et ça passait par l’acceptation qu’elle dépendant des autres, sur tous les plans. Elle aurait le temps, par la suite, de rembourser ses dettes envers tous ceux qui l’avaient aidée d’une manière ou d’une autre. Le plus urgent, c’était de trouver le point d’équilibre et d’accepter l’idée que ça irait mieux. Elle était encore jeune, pleine de ressources. Elle s’en sortirait, il en était certain.
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MessageSujet: Re: « As my memory rests, but never forgets what I lost. » | Jeroen && Caitlyn   Sam 25 Jan 2014 - 1:02

Elle aurait voulu n'avoir besoin de personne. Elle n'avait jamais eu besoin de personne. Elle avait toujours été autonome, elle se débrouillait pour régler seule ses problèmes, pour se tirer seule des situations compliquées. La bonne ambiance à la maison et ses facilités scolaires et sociales constituaient un cadre favorable pour son évolution, et lui suffisaient en guise de soutien. Elle n'attendait pas plus de personne. Elle n'avait pas besoin d'écoute, de conseils, de réconfort. Elle n'avait pas besoin de psy ni de guide. Globalement, tout allait toujours bien dans sa vie, et elle ne se plaignait jamais car elle considérait qu'elle n'avait pas de quoi se plaindre. Au contraire, elle était là pour les autres, les écoutait, les soutenait, considérant que si tout allait bien pour elle, elle devait en profiter pour aider à ce que tout aille mieux pour les autres aussi. Elle était reconnaissante d'avoir une famille aimante, des amis fidèles et des bonnes notes facilement, donc, comme pour remercier le hasard de lui avoir offert du bonheur, elle essayait d'en distribuer autour d'elle. Rien que sa bonne humeur quotidienne suffisait souvent à illuminer les journées de ceux qu'elle côtoyait. Elle avait le rire facile, la langue bien pendue et cet entrain caractéristique des enfants insouciants et simples. Et surtout, elle n'avait pas peur. Ni du ridicule, ni des adultes, ni de la foule, ni de la solitude, ni de la nuit et ni du silence. Elle mêlait beaucoup de traits de caractère, probablement grâce à cette intelligence toute particulière dont elle faisait preuve et qui avait sans doute été à l'origine de sa répartition chez Ravenclaw. Elle savait aussi bien rigoler et courir dans tous les sens que parler sérieusement ou écouter attentivement. Elle savait s'amuser quand il le fallait, oublier l'école et les bonnes manières quand elle le pouvait, les adopter quand elle le devait, respecter les adultes ou leur répliquer selon les situations. Plus tard, elle savait apprécier l'ambiance des fêtes tout comme la sérénité de la nuit. Elle ne savait pas trop ce que les autres pensaient d'elle. Elle se doutait qu'elle était l'image de la petite fille parfaite pour certains, mais elle savait aussi qu'elle pouvait être très garçon manqué. Elle n'avait pas d'étiquette collée à son front, et à chaque personne qui la décrirait, elle aurait des choses à rajouter, selon la facette que cette personne avait pu voir d'elle et celles qu'elle n'avait pas eu l'occasion de lui montrer.

Elle avait toujours été quelqu'un de fort, d'autonome. Très ouverte quand il s'agissait de faire connaissance, de s'amuser, ou d'exprimer son avis sur quelque chose, mais extrêmement renfermée et presque cachottière concernant ses problèmes, qu'elle mettait un point d'honneur à résoudre seule, et avec lesquels elle s'efforçait de ne pas embêter les autres. Elle avait du sang froid, un esprit optimiste. Elle était quasiment toujours de bonne humeur et surtout, elle était assez intelligente pour savoir qu'il fallait aller de l'avant. Alors oui, elle était du genre à savoir faire face aux complications la tête haute, fière. La fierté, c'était probablement son plus grand avantage, dans ces situations là. Mais ça pouvait aussi s'avérer être son plus grand défaut. Car elle n'était pas invincible, elle n'était pas imbrisable ni inrompable. Et quand elle craquait, quand elle tombait et n'arrivait plus à se relever seule, quand elle se perdait et se sentait abandonnée, alors sa fierté lui rendait la tâche encore bien plus compliquée. Elle ne voulait pas passer pour la fille qui avait besoin qu'on s'occupe d'elle, qu'on l'écoute et qu'on la console. Elle ne voulait pas passer pour la fille celle qui dépendait des autres et qui n'était pas capable de se démerder seule. Elle voulait pas passer pour quelqu'un qu'elle n'était pas. Sauf que tout le monde avait besoin, un jour ou un autre, qu'on l'écoute et qu'on le soutienne, et manifestement, elle ne faisait pas exception à la règle. Elle s'était imaginé que oui, pendant longtemps. Elle avait refusé de parler, elle s'était renfermée sur elle-même, avait rejeté beaucoup de ses amis - ou "amis" - pour ne pas prendre le risque de craquer en leur présence. Elle avait mis son bon sens à l'épreuve, s'était raisonnée, s'était conseillée, s'était soutenue elle-même. Elle avait cru pouvoir y arriver. Une fois, une fois seulement, elle s'était retrouvée à pleurer dans les bras de quelqu'un d'autre, et ce lorsqu'une Huffle lui avait foncé dedans en descendant les escaliers. Elle était encore dans un bien piètre état physique, et la douleur du choc avait ramené à ses yeux des larmes qu'elle n'avait pas été capable de refouler. Mais à part ça, c'était la nuit qu'elle les laissait couler, en repensant avec nostalgie à tous les bons moments en famille auxquels elle n'aurait plus le droit. Et en présence de ses amis, une fois passée la période critique, elle n'avait parlé de ses parents qu'avec cette expression contrôlée au visage, avec ce sourire faible mais sourire quand même, leur assurant tout comme s'assurant à elle même que tout allait bien ou du moins irait mieux. Puis elle avait eu les vacances pour finir de faire son deuil, pour aller sur la tombe de sa famille et sur les ruines de sa maison, pour régler les affaires administratives, officielles. Elle avait vraiment cru que ça lui suffirait pour considérer son statut d'orpheline comme normal, pour ne plus y penser comme à un abandon, et pour ne plus pleurer en se souvenant ou en en parlant. Et la voilà au bord des larmes en racontant tout ça à Jeroen. Et, vraiment, c'était humiliant, et elle n'aimait pas ça du tout. Elle appréciait énormément la manière dont le Slyth pouvait rester calme, posé. Il était tellement tolérant et discret qu'il donnait l'air d'être insensible. Et c'était exactement ce dont Lyn avait besoin pour craquer. Si bien qu'elle lui était reconnaissante et lui en voulait à la fois. Oui, foutue fierté.

« Hé, ce n’est pas à toi de décider si je dois m’en faire pour toi ou non. Tu vois, tu avais sacrément besoin de parler. C’est un bon début. Ça ne résout rien, mais il y a des moments où juste lâcher prise fait un bien fou… »

Il avait raison, tellement raison ! Et c'était rageant, tellement rageant... Il s'était assis à même le sol pour être au même niveau qu'elle, il lui souriait, et elle avait juste envie de le serrer dans ses bras à nouveau. Mais voilà, elle ne ferait pas, parce qu'elle venait de faire bien plus que ce qu'elle n'aurait voulu. Certes, ça faisait du bien à la partie d'elle-même qui voulait "lâcher prise" pour reprendre ses mots, mais l'autre partie, celle qui voulait se démerder seule, qui n'aimait pas faire chier les autres avec ses soucis purement personnels, était en train de lui foutre des claques et de semer en elle le remord, le regret, d'avoir craqué ainsi. Mauvaise, très mauvaise combinaison de traits de caractères. Elle ne se simplifiait absolument pas la vie, et elle en était bien consciente, mais c'était comme ça. Elle réfléchissait trop, et elle ne pouvait ni ne voulait se défaire de sa fierté, alors elle restait là, partagée entre cette envie de le serrer dans ses bras et celle de s'enfuir loin, très loin, et de revenir pour lui effacer la mémoire. Lâcher prise. Elle ne voulait pas lâcher prise. Elle ne voulait pas se dire qu'elle avait besoin de parler. C'était faible, comme concept. C'était faible et au fond, ça ne lui ressemblait pas. Elle savait très bien admettre que d'autres gens avaient réellement ce besoin de parler et de partager leur peines, là n'était pas le problème. Justement, elle avait toujours été celle à les encourager à le faire, et à les écouter, soutenir, conseiller, car elle savait que ça faisait beaucoup de bien, mais elle ne s'était pas imaginée que ça serait l'inverse un jour. Et vraiment, elle n'était pas sûre d'aimer ça. Elle était même plutôt certaine qu'elle n'aimait pas, pas du tout. Même si au fond, ça lui faisait plaisir que Jeroen accepte d'être là pour elle. Alors elle lui dit une fois de plus qu'il devrait la laisser là, utilisant sa chouette comme excuse. Et ça, c'était comme la fausse modestie, elle n'aimait pas du tout non plus, trouvait ça ridicule, pathétique. Les gens qui disaient que leurs dessins étaient moches juste pour qu'on leur dise qu'ils étaient trop doués. Métaphore, bien sûr. Ici, c'était plutôt la meuf qui disait qu'elle ne voulait pas faire chier le mec tout en espérant qu'il insisterait pour qu'elle lui fasse chier. Bref. La revoilà partie dans un cercle vicieux de ses pensées. Heureusement, Jeroen répondit avec humour, mettant l'accent non pas sur le fait que Lyn lui faisait chier ou pas, mais sur sa chouette et son petit caractère bien à elle, avant de tendre le bras où, comprenant qu'elle était attendue, elle vint se percher. La jeune fille le regarda gratouiller le petit rapace, esquissant un sourire. Elle pouvait sentir l'affection que se vouaient ces deux êtres et ça lui réchauffait le cœur. Lorsqu'il avança un peu le bras vers elle, rapprochant Slight de l'humaine qui lui était toujours encore inconnue, elle ne bougea pas d'un poil, et la regarda doucement. Oui, elle aimait les animaux, elle les aimait beaucoup même, tout comme elle aimait la nature dans sa globalité. Elle était un peu farouche, ça se voyait bien. Tous les animaux étaient farouches. Il fallait simplement savoir comment s'y prendre avec eux, ne pas s'imposer, les laisser vous approcher d'eux-mêmes tout en leur en donnant envie. Bref, il fallait trouver cet équilibre entre air désinvolte et insistance.

« Salut, toi ! T'es trop mignonne, tu sais ça ? J'sais pas si c'est trop le genre de ton maître de te faire des compliments, donc sache que t'en mérites ! Slight, c'est ça ? Enchantée, moi c'est Caitlyn, mais tu peux m'appeler Lyn si tu préfères. »

Ouais, j'm'appelle Lyn et je parle avec les animaux. Tout va bien. Ahm.
Mais à part ça, ça marchait bien, car bientôt, Caitlyn put poser sa main sur la tête de la mini-chouette et la caresser doucement. Et ça faisait du bien. Partie, l'envie de pleurer, et parties les larmes mêmes. Elle avait craqué plus que prévu, mais ça aurait pu être pire. Quoique... difficilement, on est d'accord. Elle avait tout de même recommencé à s'en prendre à un arbre, comme si elle était victime d'une obsession, et elle avait pleuré, aussi, et pas qu'un peu. Enfin, en gros, plusieurs larmes avaient coulé sur ses joues, donc non elle n'était pas en train de pleurer comme une madeleine non plus... mais voilà, elle avait pleuré, elle avait frappé un arbre, elle s'était laissée descendre le long du tronc et elle avait fini accroupie, donc non, ce n'était pas comme si elle était restée stoïque, et oui c'était dur pour elle d'admettre ça, mais c'était comme ça. Le plus terrible, c'était sans doute le fait qu'elle était constamment en train de se contredire dans sa tête – et pas que dans sa tête d'ailleurs mais bref. D'un côté, elle ne voulait pas continuer à se renfermer sur elle-même et à repousser les autres qui lui proposaient leur aide. Et d'un autre côté, elle avait énormément de mal à accepter le fait qu'elle puisse justement avoir besoin de cette aide, et qu'il fallait parfois la demander. Bref, finalement, Jeroen reprit la parole pour répondre à tout ce qu'elle avait dit quelques instants plus tôt. Et c'était un peu comme s'il disait ce qu'elle voulait entendre. Comme si elle ne lui avait conseillé de la laisser que dans le but de l'entendre lui dire tout ça. Bref, toujours cette image de la fausse modestie qui la dégoûtait tant. Mais elle sourit. Il avait raison, dans le fond, et elle le savait bien. Et puis, il ne disait pas ça sûr un ton dramatique, il restait fidèle à lui-même, c'est à dire calme et posé. Elle avait des amis sur lesquels elle pouvait compter, elle n'était pas seule dans la vie. Elle avait Poudlard, c'était devenue sa maison, et puis en dehors, elle pourrait toujours habiter chez d'autres gens, Aelie ou Rafael ou n'importe qui seraient probablement même heureux de l'héberger si elle le leur demandait. De l'aider financièrement aussi, probablement, mais ça, elle n'était vraiment pas disposée à s'y abaisser. Elle ne possédait pas beaucoup, mais ce n'était pas rien non plus, et avec un peu de courage et de soutien, elle pouvait se reconstruire, et ainsi faire hommage à ses parents, exactement comme le disait le Slyth. Allez, un peu de nerfs et d'optimisme, il fallait pas qu'elle oublie comment s'amuser, non plus ! Quoique pour le coup, elle sentait que ça serait un peu compliqué de rire comme elle avait l'habitude de le faire depuis toute petite, vu qu'elle venait de quitter Elias et que ça n'avait pas été ce qu'elle aurait voulu. Mais bref, ça, c'était encore un autre sujet, et même si c'était probablement à cause de ça qu'elle était devenue aussi sensible et vulnérable, elle n'avait pas spécialement envie de l'aborder avec le jeune homme.

« T'as raison. Ils auraient pas voulu que j'abandonne. C'est facile de dire ça, mais c'est vrai, alors bon. C'est pas la fin du monde, hein ? J'ai du mal à demander de l'aide aux gens, mais faut que j'arrête de m'isoler, ça sera mieux pour tout le monde. »

Elle se remit à caresser la mini-chouette d'une main, tandis que de l'autre elle ramenait ses cheveux vers la droite et les coinçait derrière son oreille. Les garçons, ça ne connaîtrait jamais ça. Elle sourit.

« Tu sais quoi Jeroen ? Je t'aime beaucoup. Je suis vraiment contente de t'avoir rencontré, t'es quelqu'un de bien. »

Et non je ne suis pas en train de te faire des avances. Heureusement, je sais que tu risques pas de mal le comprendre... enfin j'espère.

« Bon, je sais que tu viens de me dire plusieurs fois que t'étais pas du genre à te confier, mais quand je suis amie avec quelqu'un, c'est dans les deux sens, alors j'veux pas que t'aies peur ou honte de me parler à ton tour, hein ? »

Petit air mi-taquin mi-menaçant en prime. Elle reprenait du poil de la bête. Elle ne se doutait pas encore à quel point elle allait sombrer dans la dépression pendant la nuit à venir, ni à quel point ladite dépression se prolongerait sur des journées. Pour l'instant, elle était avec Jeroen, qu'elle venait de qualifier d'ami en espérant qu'il le voyait du même œil, et malgré tout, elle passait du bon temps.

HRP:
 
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MessageSujet: Re: « As my memory rests, but never forgets what I lost. » | Jeroen && Caitlyn   Mar 11 Fév 2014 - 13:22

Parfois, il se demandait d’où il tenait toutes ces ressources qui lui permettaient de rester calme dans des situations complètement folles. Il voyait toutes sortes de gens péter les plombs, y compris ceux qui se contrôlaient le mieux habituellement. Il avait vu son père au bord des larmes ; le fils n’était pas infaillible non plus, mais ils avaient cette capacité un peu hors du commun de se blinder dans la famille - en-dehors de sa mère, qui avait toujours eu besoin de côtoyer des êtres blindés pour compenser son manque de défenses. Il encaissait les coups, les remarques, sur le court terme ça ne l’atteignait même pas ; il ne s’ouvrait au dialogue que lorsque c’était nécessaire, et faisait attention à rétablir l’équilibre de temps à autre pour éviter la rupture… depuis qu’il avait Slight, il se sentait revivre. Certes, ça n’effaçait pas tous les problèmes auxquels il devait faire face, mais ça l’aidait à décompresser. Il parlait de choses qu’il n’aurait jamais dites à son propre père, avouait l’inavouable, apprenait à se connaitre comme dans une bonne séance de thérapie accélérée. Aller voir un psy ? Haha, foutaises. Pas qu’il se sente au-dessus de tout ça, mais surtout qu’il n’était pas sûr de trouver quelqu’un de suffisamment compétent et digne de confiance pour qu’il s’ouvre sur ce qui n’allait réellement pas. Caitlyn pourrait y trouver son compte, comme de nombreuses personnes en situation de deuil, mais lui, non. Pour certaines choses, il y avait aussi le risque de se faire cataloguer psychopathe, dans le sens où il pouvait rester de marbre face à la violence et faire preuve d’un manque d’altruisme à hérisser les poils de n’importe qui d’un peu censé. Sauf que ça lui permettait d’être le gars impassible qui écoute ses amis lorsqu’ils ne vont pas bien et qui sait parler avec un calme qui désamorcerait une bombe. Il avait un fonctionnement très particulier, effrayant quand on ne le connaissait pas bien, mais aussi des principes à l’épreuve des balles…

Ça se confirmait encore une fois. Caitlyn avait su regarder au-delà de l’apparence et elle avait droit à son calme en récompense de ses efforts et de sa confiance. Une vie facile, un bonheur quasi-complet, une chute un peu trop brutale, c’était sa vie et il écoutait avec l’attitude d’un psychologue un peu trop impliqué. Il serait prêt à l’aider si elle en avait besoin, et franchement, qui de mieux placé que lui pour dire ça ? Au fond du trou, il mettrait des semaines à accepter l’idée qu’il ne pourrait pas s’en sortir seul. Il tâchait d’éviter de se fracasser, mais s’il perdait sa famille, il serait dans le même état que Cait, la conscience en moins. Elle pouvait se laisser aller, il n’irait pas juger, répéter ce qu’elle avait dit ou fait… Il avait la même attitude que sa chouette, à peu près attentif, impassible, pas très conciliant, et ça marchait. Elle avait besoin d’une soupape, et elle pouvait même caresser sa chouette - parce que lui n’était pas très câlin contrairement à d’autres bêbêtes, elle avait dû s’en rendre compte. Explose, frappe, vis. Sois la douleur que tu tentes vainement de garder éteinte, c’est comme le feu : une fois que le bois est consumé, il ne reste que des cendres, sur lesquelles on pourra finalement reconstruire un jour. Elle n’avait qu’à laisser couler, il s’occupait de surveiller qu’elle ne se laisse pas trop aller, sans pour autant empiéter sur son espace vital et sa fierté.

Parler, ce n’était pas être faible. Parler, c’était instinctif, comme le loup qui hurle, une nécessité à toute épreuve. La voir parler le mettait face à son propre besoin de dire ce qui n’allait pas. Il avait des angoisses, détestait de plus en plus le Quidditch, détestait ces élèves aveuglés par leur haine. Il se détestait, par moments. Le serpentard était lui aussi une combinaison de nombreux sentiments contradictoires et mauvais pour sa santé mentale. Sa soupape, ç’avait été son frère, cet été. Aujourd’hui, c’était Julian qui par sa seule présence transférait toutes ses peurs vers quelque chose de plus niais, de moins désagréable et oppressant. Il avait moins peur d’aimer que de s’effondrer, et il était difficile de mesurer à quel point ce dernier point pouvait l’obséder… Il n’allait pas parler à la serdaigle bien sûr, pas maintenant. Elle ne serait pas en état d’écouter réellement ce qu’il avait à dire, et puis ce serait un manque de tact que de se plaindre de ses bêtises alors qu’elle pleurait des morts. Non pas qu’il minimisait ses problèmes, mais… il trouvait ça normal de ne pas chercher à légitimer ses actes lorsque la situation ne s’y prêtait pas. Il trouvait ça normal de rester alors que la serdaigle lui demandait de partir sans aucune conviction. Même Slight pourrait en profiter. Elle observa un peu l’humaine, un peu timide et pas très encline à faire le premier pas. Ce n’était pas juste : il n’y avait que Jeroen qu’elle attaquait lorsqu’il était de mauvais poil, par contre les autres, elle s’en contrefoutait royalement… Sale bête.

- Salut, toi ! T'es trop mignonne, tu sais ça ? J'sais pas si c'est trop le genre de ton maître de te faire des compliments, donc sache que t'en mérites ! Slight, c'est ça ? Enchantée, moi c'est Caitlyn, mais tu peux m'appeler Lyn si tu préfères.

Il sourit largement. Elle avait la technique pour gagatiser tout comme il faut, mais surtout pour approcher une bête sans trop s’imposer. Slight se laissa lentement aborder, en partie rassurée par la présence de son maitre, sûre qu’elle ne courait aucun risque avec lui dans les parages. Ses grands yeux restèrent un instant grand ouvert tandis que Cait tentait une approche par les caresses, puis elle finit par céder et cligna brièvement des paupières. Telle chouette telle maitre. Elle ne le montrait pas mais elle était contente d’avoir de l’attention et de se faire caresser dans le sens des plumes. La serdaigle aussi semblait s’apaiser. Le contact avec un animal aussi frêle l’obligeait sans forcer à reprendre une attitude calme, posée, et vu qu’elle appréciait les bêtes, ça se faisait tout en douceur. Il repensa à Candice… elle aussi appréciait beaucoup les bêtes. C’est ce qui les avait rapprochés, au début. Sauf qu’elle, elle s’était éloignée par manque de confiance. Caitlyn avait cette faculté d’écoute en plus, non pas qu’il s’amuse à remplacer systématiquement ses amis perdus, mais… il se sentait moins seul à faire le couillon devant des bêbêtes. « Lyn », hein ? Il lui ressortirait ça un jour, juste pour l’emmerder. Elle aussi était trop mignonne quand elle régressait joyeusement avec la chouette chevêche.

Il se permit toutefois de couper un peu ce moment magique pour revenir encore une fois sur les mauvaises pensées qu’elle avait évacué. Malgré ce qu’elle n’avait pas cessé de répéter, il savait qu’elle avait besoin d’une réponse, besoin qu’on la rassure. Le contrôle se traduit généralement par un silence total ; quand on ne veut pas de remarques sur quelque chose, on se tait, point barre. C’était inconscient, la plupart du temps, mais aucune discussion n’était réellement anodine… Si elle n’arrêtait pas de parler du fait qu’il n’était pas là pour ça et qu’elle le dérangeait, c’était parce qu’elle voulait parler mais ne se l’autorisait pas. Qu’est-ce qu’on peut être dur avec soi-même. Elle sourit finalement. Ce serait top, maintenant, qu’elle fasse comme si ces pensées positives lui appartenaient et n’étaient jamais sorties de la bouche de quelqu’un d’autre, comme ça elle se permettrait d’avancer.

- T'as raison. Ils auraient pas voulu que j'abandonne. C'est facile de dire ça, mais c'est vrai, alors bon. C'est pas la fin du monde, hein ? J'ai du mal à demander de l'aide aux gens, mais faut que j'arrête de m'isoler, ça sera mieux pour tout le monde.

Exaaaactement. Qu’elle fasse ça, elle n’en tirerait que du bon ; d’autant qu’elle était d’un tempérament tourné vers les autres, elle avait forcément besoin de contact humain pour aller mieux, même si ça voulait dire faire face à des questions qui lui prenaient la tête… Mais comme on dit dans ces moments-là, quand c’est fait, c’est fait. Parole de Jeroen, quand c’est sorti, ça fait un bien fou et la pression redescend dès lors qu’on n’a plus besoin de mentir pour se « protéger »… Il n’avait goûté qu’à la moitié de cette sensation en continuant de mentir à son père, mais il n’avait plus été seul pour le faire, et à deux, tout devient vachement plus simple, même et surtout quand on a l’habitude de bosser en solo…

- Tu sais quoi Jeroen ? Je t'aime beaucoup. Je suis vraiment contente de t'avoir rencontré, t'es quelqu'un de bien.

Il ne put s’empêcher de rire, ce qui fit tressaillir Slight. Quelqu’un de bien ? Elle avait toujours une vision originale du bien et du mal. Oh, bien entendu, ça lui plaisait, il y gagnait au change. Mais il savait que face à lui-même, il se serait franchement méfié, qu’importe tous ses efforts gargantuesques pour ne pas avoir l’air pas trop sociopathe… alors ça le faisait toujours rire quand quelqu’un qui n’était pas dans sa tête lui disait qu’il était bien, digne de confiance… et ça lui réchauffait le cœur, surtout.

- Merci. Toi aussi, tu es quelqu’un de bien. Enfin, non, tu es carrément meilleure que moi, mais ça fait jamais de mal de côtoyer de bonnes personnes.

Il sentait bien qu’elle serait là pour le recadrer s’il s’éloignait du droit chemin, elle avait le potentiel pour. Ce n’était pas comme sa famille ou comme Julian, qui n’avait pas une notion du bien et du mal très calée en ce moment, ni comme Derek ou les Rivers ou tous les autres ; il s’était déjà fait secouer comme il faut, et la jeune femme avait un tempérament un peu trop explosif pour le laisser faire n’importe quoi… Peut-être qu’il avait besoin d’un recadrage après tout. Que c’est pour ça qu’il s’était rapproché d’elle alors qu’ils n’avaient franchement rien en commun. Après tout, quand on a besoin de toujours tout contrôler, c’est agréable et franchement reposant de laisser le contrôle à quelqu’un d’autre, même pour un court instant… Oui, elle serait là pour lui mettre une claque s’il faisait une connerie. C’était un peu effrayant, mais très rassurant en même temps. Mélange étrange.

- Bon, je sais que tu viens de me dire plusieurs fois que t'étais pas du genre à te confier, mais quand je suis amie avec quelqu'un, c'est dans les deux sens, alors j'veux pas que t'aies peur ou honte de me parler à ton tour, hein ?
- Ok, alors… Il prit une attitude faussement défensive en souriant. Ce n’est pas de la peur ou de la honte, c’est avant tout un manque d’habitude. Je n’ai jamais beaucoup parlé aux gens, alors ne prends pas ça pour un manque de respect ou de confiance. Je suis comme ça. En plus, c’est un indicateur de bien-être et de forme chez moi, donc je préfère les jours où je ne parle pas beaucoup…

Tout mou le serpentard à la fierté démesuré. C’est vrai qu’il parlait plus depuis qu’il abaissait ses défenses. Ça lui apportait des alliés, mais il craignait de tomber sur la mauvaise personne ou de trop en dire et de perdre le contrôle de ce qui pouvait être dit ou non. Le contrôle, encore le contrôle… mais c’était sa nature, c’était comme ça qu’il se sentait bien, rassuré par les murs qu’il érigeait dans sa tête et qui l’avaient tenu en vie et en « bonne » santé mentale pendant deux ans. Elle avait de l’espoir si elle voulait vraiment le voir parler… mais si elle l’embêtait, c’est bien que ça allait mieux. Il était content. A coup sûr il l’éviterait dès que ça irait mal, histoire de ne pas se faire mordre parce qu’il refuserait obstinément de parler, vu qu’il n’irait pas changer en quelques semaines pour ses beaux yeux… mais c’était bien comme ça.

- C’est bon, Slight t’a adoptée. Tu sais quoi ? Si tu arrives à l’approcher, je suis certaine qu’elle sera contente de t’écouter contre quelques gratouilles. Si tu peux, prend-toi un animal rien qu’à toi, ça pourrait te faire du bien. Enfin… prend surtout soin de toi, ok ? Tu n’auras plus le droit de me faire la morale tant que tu ne te seras pas occupée de toi.

Plus facile à dire qu’à faire, mais si elle voulait tant qu’il s’ouvre un peu, elle ferait des efforts. Il sourit encore une fois. Slight commençait à fermer les yeux de contentement. Il tendit sa main libre pour sceller le pacte, un peu pour la forme. Tout était déjà dit - enfin presque, mais n’en demandons pas trop…

HJ:
 
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MessageSujet: Re: « As my memory rests, but never forgets what I lost. » | Jeroen && Caitlyn   Dim 16 Fév 2014 - 19:50

Parfois, elle se demandait d'où lui venait cette capacité qu'elle avait à voir au delà des simples apparences, comment elle arrivait à ne pas s'arrêter aux préjugés. Elle se demandait d'où lui venait cette sorte de maturité et de sagesse dont ne faisait preuve que très peu de personnes. On disait que les adultes étaient matures, et que les personnes âgées étaient sages. Elle sortait à peine de l'adolescence, et dépassait en maturité et en sagesse bien des adultes et bien des personnes âgées. Et bien souvent, elle ne s'en rendait même pas vraiment compte elle-même, tellement elle arrivait à se fondre dans la masse malgré tout, grâce à sa sociabilité et sa bonne humeur. D'ailleurs, les autres ne s'en rendaient probablement pas trop compte non plus. Jeroen, s'il était aussi intelligent qu'il en donnait l'air, devait être un des seuls à l'avoir remarqué. Elle aurait pu trouver une multitude de raisons valables pour ne pas l'apprécier, pour se méfier de lui. Les circonstances de leur première vraie rencontre étaient tout sauf rassurantes, ce qu'on disait de lui n'était pas à son avantage, et ça aurait été très simple de ne pas le croire, tout simplement. Et pourtant, il y avait ce quelque chose qui avait fait qu'elle lui avait accordé non seulement sa confiance, mais aussi sa sympathie, son... amitié ? Oui, elle était contente de l'avoir rencontré, et elle était contente de la manière dont elle l'avait rencontré. Sans le danger et la souffrance autour d'eux, peut-être n'aurait-il pas décidé de l'en préserver ? Elle ne savait pas trop ce qui l'avait mené à l'aider deux fois de suite, mais elle aurait très bien pu ne pas accepter ni reconnaître son aide, et elle ne serait pas là aujourd'hui, à caresser sa chouette et à lui confier sa tristesse ? Elle ne lui avait pas non plus accordé aveuglément sa confiance, et c'était ce qui lui permettait d'affirmer avec certitude qu'il était quelqu'un de bien. Elle ne le connaissait pas complètement, mais elle savait ce qu'elle avait besoin de savoir pour se sentir à l'aise avec lui, comme si de bonnes ondes émanaient de son corps, en même temps que des bons conseils. C'était quelqu'un de bien, elle en était profondément convaincue, et peut-être que sans sa détresse deux mois plus tôt, elle n'aurait pas eu l'occasion de l'apprécier, tout comme la majorité des élèves à Poudlard. On le craignait, souvent, ou alors on le méprisait. On ne l'aimait pas, et il fallait dire que c'était assez compréhensible vu ce qu'il avait dû faire et fait. Il avait su gagner la confiance des supérieurs, c'était pour dire ! Il avait su se faire passer pour l'un d'eux, alors tous ceux qui s'étaient opposés à leur doctrine s'opposaient aussi au jeune homme lui-même. Elle ne savait pas s'il l'avait expliqué à grand monde, mais à elle en tout cas, oui, et même si elle n'aurait sans doute pas fait les mêmes choix que lui, elle pouvait les comprendre, ils étaient justifiés. Si ça faisait de lui quelqu'un de bien ? À ses yeux, certainement que oui. Il avait été jusqu'à sacrifier ses convictions - enfin, plus justement, la partie officialisée de ses convictions - pour protéger sa famille, tout les conservant intactes au fond de lui - officieusement. Peut-être avait-il même su en toute discrétion affaiblir ceux dont il avait rejoint le camp. Elle n'en savait pas grand chose, en vérité, mais - et probablement ne réussirait-elle que très difficilement voire pas du tout à en convaincre quelqu'un d'autre, d'autant plus si c'était une de ses victimes - il restait quelqu'un de bien à ses yeux.

Qu'elle était meilleure que lui ? Peut-être, mais contrairement à celle de Jeroen, sa famille n'était plus là pour en témoigner. Alors certes, elle ne savait pas et ne saurait sans doute jamais les vraies raisons de leur mort, mais peut-être qu'en se mettant moins les supérieurs à dos, comme l'avait fait le Slytherin, elle aurait pu leur rendre visite autre part qu'au cimetière cet été. Mais c'était trop tard pour faire quoi que ce soit, désormais. C'était peut-être sa faute s'ils étaient morts, mais peut-être que non, qu'elle n'aurait rien pu faire pour empêcher les supérieurs d'aller les tuer, alors, comme le disait son nouvel ami, il fallait aller de l'avant maintenant, et savoir s'appuyer sur ses amis. Elle le savait bien, elle était même la première à dire ce genre de choses, mais elle était l'incarnation du "faites ce que je dis, pas ce que je fais", donc c'était bien de se l'entendre dire de la part de quelqu'un d'autre. Elle ne pouvait donc qu'être d'accord avec lui lorsqu'il disait que ça faisait du bien de côtoyer les bonnes personnes, et elle étira ses lèvres en un sourire sincère. Il avait une bonne influence sur elle, et malgré toutes leurs différences, elle se sentait proche de lui. Elle avait l'impression que c'était réciproque, qu'il lui faisait confiance tout comme elle lui faisait confiance, probablement pas pour les mêmes raisons, mais le résultat était là, et elle était heureuse. Et puis, qu'il n'ait pas l'habitude de se confier, au final, c'était pas si grave, et même si ça lui aurait fait plaisir qu'il le fasse, elle devait avouer qu'elle ne s'attendait pas trop à ce qu'il accepte, et peut-être était-ce mieux comme ça, surtout en supposant qu'il ne lui mentait pas en affirmant que lorsqu'il ne disait rien, c'était parce qu'il n'avait rien à dire. Nouveau sourire de la part de la jeune fille, en réponse à son air faussement défensif. Et, bien qu'elle aurait pu dire quelque chose comme "Je comprends, t'inquiètes", elle eut tout à coup une envie de plaisanter un peu plus.

« Faites ce que je dis, pas ce que je fais, hein ? Je sais insister quand il le faut... il se pourrait bien que j'vienne te secouer et je ne connais pas la pitié quand c'est comme ça - j'dis ça j'dis rien ! :face: »

Le tout dit d'un ton taquin et tout en continuant à caresser la petite Slight. Mais rapidement, elle se reprit, ne voulant pas causer de malentendu non plus

« Plus sérieusement, t'inquiètes, reste comme tu es, ça me va très bien ! »

Et moi pour ma part, je resterai comme je suis aussi, c'est à dire que je n'hésiterai vraiment pas à te secouer si je vois que quelque chose ne va pas, et ce même si tu fais tout pour m'éviter. Mais ça, je ne te le redirai plus. Tu l'as peut-être déjà compris si t'es pas idiot, ou alors... ben tant pis pour toi. Je sais foutre des claques aussi bien verbales que physiques, et je n'ai pas peur de le faire. T'as qu'à demander à Rivers, Logan (et d'ailleurs Alec aussi), si tu veux un témoignage fiable. Ou à Elias, aussi, plus récemment, mais ça c'est une autre histoire, et même si elle n'arrête pas de me revenir à l'esprit alors qu'on est là tous les deux dans cette forêt, je n'ai vraiment pas envie d'en parler. Peut-être ai-je peur, tout simplement. Peur de réaliser à quel point tout ça est déprimant. Je retarde le moment inévitable où ma conscience me rattrapera. C'est mal, je sais, mais... non, vraiment, j'ai pas envie. J'ai déjà assez parlé de mes p'tits problèmes pour aujourd'hui, et puis, ça fait du bien de discuter un peu avec toi, juste comme ça. Tu vois ce que je veux dire ?

« C’est bon, Slight t’a adoptée. Tu sais quoi ? Si tu arrives à l’approcher, je suis certaine qu’elle sera contente de t’écouter contre quelques gratouilles. Si tu peux, prend-toi un animal rien qu’à toi, ça pourrait te faire du bien. Enfin… prend surtout soin de toi, ok ? Tu n’auras plus le droit de me faire la morale tant que tu ne te seras pas occupée de toi. »

Elle fit mine de prendre la mouche, malgré ce qu'elle venait de lui affirmer quelques instants plus tôt.

« Ah, donc à elle, tu lui parles, et moi pas ? Je suis vexée, et je suis jalouse, et je proteste ! »

Un petit rire lui échappa.
Tu vois, je vais bien, je m'amuse. D'ailleurs, c'est grâce à toi, donc merci. Bref, stop les gamineries.

« Pardon, j'suis bête. :roll:Merci pour le partage de chouette, j'suis sûre qu'on s'entendra bien, mais t'inquiètes pas, j'vais pas non plus la monopoliser ! »

Quelques petites gratouilles. N'est ce pas qu'on s'entendra bien ?

« Tu l'as depuis longtemps ? »

Et tu l'as eue où ? Et pourquoi elle ? Et... STOP. Trop de questions tue les questions.

« Sincèrement, j'arrive pas trop à m'imaginer avec un animal de compagnie. Je les préfère en liberté, en fait. Donc c'est vrai que les animaux sorciers sont complètement différents, beaucoup plus indépendants, que les animaux moldus, mais... je sais pas. De toute façon, j'ai ma musique. Et au pire, ya encore quelques arbres dans la forêt interdite ! Non, je rigole, le Quidditch ça défoule très bien de toute façon ! »
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MessageSujet: Re: « As my memory rests, but never forgets what I lost. » | Jeroen && Caitlyn   Mar 18 Mar 2014 - 0:04

C’était agréable de parler le même langage avec quelqu’un… Ils avaient deux ans d’écart, mais il parait que les filles sont matures plus rapidement alors ça ne se sentait pas. Jeroen avait été précoce pour son âge, même aujourd’hui il avait de l’avance sur la plupart sur les autres - et même des plus vieux qui, avouons-le, creusaient loin dans le gouffre de la bêtise - mais il se rendait compte qu’il n’était pas le seul à avoir évolué rapidement dans sa tête. Discuter avec l’une de ces personnes, c’était agréable. Il cherchait sans cesse le contact avec des gens qui parlaient la même langue que lui, avec qui il pouvait lâcher un peu de lest et laisser ressortir son petit côté un peu plus impulsif… Arriver à en trouver était tellement rare que c’était toujours une petite fête. Parce que oui, il avait beau être un gars tout à fait charmant quand on le connaissait bien - et cela, dit sans prétention aucune ! -, il ne faisait jamais l’unanimité. Il avait trop d’ambition, trop de prétention pour être à la portée de n’importe qui. Depuis des années, il avait fait une croix sur la popularité, et il ne l’atteindrait pas avant d’avoir quitté Poudlard vu comme c’était parti… Ce n’était pas le même monde. Caitlyn était accessible, tournée vers les autres. Elle ravalait tout autant sa colère et ses états d’âme que lui, mais elle se rendait accessible à tous. Ça devait être fatiguant, d’avoir ce genre de contraintes-là. Elle était intelligente, mais elle mettait ses capacités au profit des autres, s’oubliant elle-même. C’était dommage. On sous-estime beaucoup trop l’importance de faire passer notre bien-être avant celui des autres. C’était l’une des raisons qui feraient qu’il resterait un peu distant avec elle. Si ça ne lui posait certainement pas de grand problème d’être vue avec un gars comme lui, ça pouvait lui attirer des remarques un peu mauvaises. Bon, mauvais, on ne sait jamais trop quel côté va primer sur l’autre, si c’est la gentillesse de Caitlyn ou les exactions de Jeroen qui prendrait de l’importance avec le temps… N’empêche qu’à titre personnel, il était bien content de pouvoir la compter parmi ses alliés les plus proches.

- Faites ce que je dis, pas ce que je fais, hein ? Je sais insister quand il le faut... il se pourrait bien que j'vienne te secouer et je ne connais pas la pitié quand c'est comme ça - j'dis ça j'dis rien ! … Plus sérieusement, t'inquiètes, reste comme tu es, ça me va très bien !
- Tant mieux si j’ai le droit de rester comme je suis, parce que je n’aurais pas changé pour tes beaux yeux.

Il sourit. « Faites ce que je dis, pas ce que je fais »… Il n’aurait pas dit mieux. Mais en général, ça avait tout de l’accord tacite où tout le monde y gagnait - enfin, tout le monde, on parle toujours du cercle proche hein. Il écoutait, on lui parlait, il se taisait sur ce qu’il avait dans la tête mais il fallait vraiment vouloir lui soutirer des informations pour ne pas supporter qu’il ne veuille pas en dire trop sur lui-même… En général, l’échange restait donc positif. Il sentait bien que Caitlyn risquait d’être collante si elle le voyait dans un état un peu différent de d’habitude, mais… il tâcherait d’être discret, de parler à mi-mot et, si besoin est, de cracher quelques semis-vérités ponctuelles et sans importance. C’est ce qu’il faisait quand il disait que son silence signifiait qu’il n’avait rien à dire. En cherchant, il aurait eu de quoi monologuer pendant des heures, mais il n’était pas de ce genre, pas avec les humains… Dans tous les cas, autant faire comme si vu qu’elle n’en démordrait jamais. Tous deux resteraient campés dans leurs camps respectifs, avec leurs caractères bien trempés et leurs fiertés déplacées. Il s’était - encore - lancé dans une relation amicale franchement spéciale qui risquait de lui poser problème s’il se laissait trop faire mais soit. Il tenait le pari, c’était ces relations qui étaient le plus intéressantes après tout. Pour sceller le pacte implicite et plein de petits caractères illisibles, il proposa à la jeune femme de se prendre une bestiole. Il ne fallait pas s’étonner : il aurait proposé ça à n’importe qui pourvu qu’il trouve le potentiel d’amour nécessaire au bonheur de l’animal en question. Caitlyn n’avait besoin que de ça, d’un peu de chaleur, d’une présence, d’un amour inconditionnel comme celui de la famille. Et qu’elle ne vienne pas prétendre le contraire.

- Ah, donc à elle, tu lui parles, et moi pas ? Je suis vexée, et je suis jalouse, et je proteste !
- L’avantage avec elle, c’est qu’elle ne me force jamais à parler et qu’elle n’essaie jamais de me donner son avis ou de me faire la morale, contrairement à certaines personnes… Il sourit avec un petit air ironique. Pourquoi j’aimerais autant les bêtes sinon ?

Il s’était démasqué. Son attrait pour les bêtes ne se résumait pas qu’à ça, mais ça y jouait pour beaucoup. Une bestiole ne parle pas, n’émet aucune critique, au contraire, une bête ne fait attention qu’à l’essence d’une personne, à son odeur, à l’instinct qui lui intime de fuir ou l’autorise à s’approcher… La pureté des réactions animales le fascinait. En société, il était absolument l’inverse de l’homme sauvage, mais changer de peau était son repère, sa planque dissimulée sous le couvert des arbres de la Forêt Interdite ou dans les bras de sa famille où il avait si peur de se plonger… C’était… Non mais réfléchis pas bécasse, prends-toi une bestiole, ça adoucirait un papi réac’ !

- Pardon, j'suis bête. Merci pour le partage de chouette, j'suis sûre qu'on s'entendra bien, mais t'inquiètes pas, j'vais pas non plus la monopoliser ! Aucune inquiétude sur ce point-là, Slight aimait trop l’oreille de Jeroen pour l’abandonner comme ça. Elle gratouilla encore l’animal avant de continuer. Tu l'as depuis longtemps ?
- Depuis cet été. Je l’ai prise dans un élevage. J’ai déjà eu des chouettes avant, mais la dernière n’a pas fait long feu avec les Supérieurs qui interceptaient le courrier… J’ai eu envie d’en reprendre une pour marquer le coup et garder un peu le contact avec l’extérieur.

Il était libre de communiquer. Slight, c’était la preuve de cette liberté retrouvée. Même si elle faisait peine à voir quand il s’agissait de porter des colis les jours de grand vent et qu’il fallait obligatoirement utiliser un hibou un peu plus costaud, elle était vaillante quand on lui demandait d’amener une lettre express à Londres. Il l’envoyait d’ailleurs assez peu traverser le pays, parce qu’il préférait l’avoir avec lui. C’est un peu comme si elle était toujours prête à poster un courrier d’urgence si la situation venait à évoluer dans le mauvais sens. Elle était la solution de secours, celle qui lui permettrait d’appeler à l’aide si la révolte s’avérait impossible à maintenir… ou du moins de prévenir son père que son deuxième fils ne tenait pas ses promesses et qu’il irait se battre, qu’importe ce qu’il avait dit cet été. Jeroen savait intimement qu’il ne fuirait pas, pas devant les Supérieurs, même s’il avait promis à son père et à son frère. Pas une nouvelle fois. S’il venait à devoir trahir une promesse de cette importance, il aurait au moins l’amabilité de prévenir. Un mec adorable et fiable, disions-nous.

- Sincèrement, j'arrive pas trop à m'imaginer avec un animal de compagnie. Je les préfère en liberté, en fait. Donc c'est vrai que les animaux sorciers sont complètement différents, beaucoup plus indépendants, que les animaux moldus, mais... je sais pas. De toute façon, j'ai ma musique. Et au pire, y’a encore quelques arbres dans la forêt interdite ! Non, je rigole, le Quidditch ça défoule très bien de toute façon !
- Les animaux en liberté, c’est différent. C’est beaucoup plus beau, quelque part, mais avoir un rapport avec eux peut s’avérer difficile. Slight est relativement sauvage mais elle s’est tout de suite approchée de moi. En fait, elle me permet de lui demander des services et non l’inverse… Je trouve ça intéressant comme relation. On ne sait jamais trop qui mène et qui suit…

Il n’acceptait des ordres que des bestioles et de Julian, c’était clair et net. Il sourit avant de continuer en caressant le ventre de la chouette chevêche.

- Et puis je n’ai pas de musique, moi, et je ne détruis pas les arbres de la Forêt Interdite. Je compense en faisant ami-ami avec toutes les bestioles qui passent et qui veulent bien de moi sur leur territoire. Chacun son truc. Quant au Quidditch… ça défoule, mais je n’arriverais pas à m’en suffire.

Référence ouverte à son vertige bien connu. Il avait peu de soutien du côté de sa famille dans sa pratique sportive, ça changeait des critiques habituelles envers les garçons des bonnes familles. Emeric se foutait même royalement de lui, un peu inquiet de voir son petit frère se bousiller dans une activité qui ne lui apportait rien, finalement… L’ex-serdaigle avait peut-être raison. Il avait un bon feeling dans la compréhension des mécanismes de son petit-frère, et il avait aussi compris que Jeroen n’écouterait pas ce qu’il disait. D’ici deux ans il cesserait le Quidditch, de toute manière… Mais ça ne l’empêchait pas d’en parler.

- Impatiente que la saison commence, alors ?
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MessageSujet: Re: « As my memory rests, but never forgets what I lost. » | Jeroen && Caitlyn   Lun 31 Mar 2014 - 17:19

Et les voilà en train de parler d'animaux, comme si de rien n'était. Comme si la discussion n'avait pas commencé de manière catastrophique. Comme si elle n'était pas venue lui faire part de ses doutes et craintes le concernant, lui demander de la rassurer, de ne pas la décevoir. Comme si elle n'avait pas sous-entendu qu'elle avait du mal à lui faire confiance, à continuer de lui faire confiance, et comme si ça n'avait pas été vexant pour lui de voir que quelqu'un comme elle puisse douter, après la force de ce qui s'était passé lorsqu'ils s'étaient parlés pour la première fois. Comme si, finalement, elle n'avait pas craqué et déchiqueté un arbre, et comme si à la suite de ça, elle ne lui avait pas parlé de la mort de ses parents. Tellement de choses s'étaient passées en si peu de temps. C'était comme ça, avec eux. Tout ou rien. Lorsqu'ils se retrouvaient ensemble, quelque chose se passait. Quelque chose passait, tel un courant électrique dans un circuit fermé. Ni l'un ni l'autre ne craignaient d'être honnêtes, d'être eux-mêmes. Certes, Lyn n'avait pas peur du jugement des autres même en temps normal, et était quelqu'un d'essentiellement ouvert et franc, mais étonnement, elle réalisait que ces principes-là ne valaient que sur ses opinions et son caractère. Elle disait ce qu'elle avait sur le cœur, faisait ce qu'elle voulait, et ne craignait pas les conséquences, ou du moins les assumait quoi qu'il arrive. Mais aussi spontanée qu'elle soit, elle ne parlait pas vraiment de sa vie privée, et en particulier des difficultés qu'elle pouvait rencontrer dans sa vie privée. C'était une erreur, elle le savait, et elle venait d'en payer les frais... Avec Jeroen, c'était plus facile. Elle savait qu'il allait ni s'apitoyer sur elle, ni se prendre trop la tête avec ce qu'elle lui dirait, ni même lui reprocher de ne pas l'avoir mis au courant plus tôt. Quelque chose passait entre eux, et c'était précisément cette conscience de pouvoir parler sans craintes, que ce soient des craintes pour soi-même ou pour l'autre. Et finalement, ils se retrouvaient à parler d'animaux de compagnie, plus précisément de sa chouette Slight, tout naturellement.

« L’avantage avec elle, c’est qu’elle ne me force jamais à parler et qu’elle n’essaie jamais de me donner son avis ou de me faire la morale, contrairement à certaines personnes... Pourquoi j’aimerais autant les bêtes sinon ? »

Elle sourit. C'était exactement ça qu'elle appréciait chez lui aussi. Il ne la forçait pas à parler, n'attendait rien d'elle si ce n'est sa confiance, et c'était probablement ce qui rendait les conversations si faciles. Et quelque part, elle était comme ça aussi. Mais elle s'adaptait. Elle s'adaptait aux personnes, et à sa propre curiosité. Certaines personnes aimaient qu'on insiste pour qu'elles racontent ce qui s'est passé. D'autres n'aimaient pas en apparence, mais au fond, ils en avaient besoin. Et avec d'autres encore, il fallait tout simplement attendre qu'ils se décident d'eux-mêmes. Elle faisait au feeling, elle suivait son instinct, lorsqu'elle sentait que quelque chose n'allait pas. Mais en général, elle ne repartait que très rarement sans qu'on ne lui ait fait part de ce qui s'était passé. Quant à son avis, à la morale, là aussi elle s'en remettait à ses réflexes, et disait ce qui lui passait par la tête, que ce soit intelligent ou au contraire complètement tiré par les cheveux, auquel cas c'était plutôt dans le but de faire rire l'autre. Que Jeroen ne soit pas trop du genre à lui dire ce qui n'allait pas la peinait un peu, il fallait se l'avouer. Mais il faisait partie de ces personnes qui doivent venir d'elles-mêmes. Il avait peut-être quelques caractéristiques des deux autres cas, mais sans le vouloir, il ne dirait jamais rien sur sa vie privée. Quoi qu'il en soit, elle ne pouvait pas réellement lui en tenir rigueur, car il ne lui devait absolument rien, et encore moins des comptes. Mais c'était agréable de parler avec lui, et quelque part, elle sentait qu'ils avaient le même langage. C'était comme si un accord muet s'était créé entre eux, qui permettait le passage de ce courant électrique. Malgré toutes leurs différences. Deux ans d'écart. À des moments, ça lui revenait en tête, et elle réalisait que le garçon avait déjà passé le cap des vingt ans, alors qu'elle sortait à peine de l'adolescence. D'autres seraient probablement restés bloqués sur cette différence d'âge, qu'ils soient dans la peau du Slyth ou dans celle de la Raven d'ailleurs. Mais Jeroen et Caitlyn savaient faire abstraction des préjugés, ils en avaient déjà fait l'expérience pour ce qui était des rumeurs, et désormais ils le prouvaient une nouvelle fois en ne se focalisant pas sur l'âge réel l'un de l'autre, mais sur sa personnalité. Oui, qu'il reste comme il était, tout comme elle restait celle qu'elle était. Souvent, c'étaient les défauts qui faisaient la beauté d'une personne, et l'absence de réponses aux attentes des autres qui lui donnaient tout son intérêt.

« Depuis cet été. Je l’ai prise dans un élevage. J’ai déjà eu des chouettes avant, mais la dernière n’a pas fait long feu avec les Supérieurs qui interceptaient le courrier… J’ai eu envie d’en reprendre une pour marquer le coup et garder un peu le contact avec l’extérieur. »

Nouveau sourire. La conversation s'enchaînait tout naturellement. Pourtant, même si ça lui aurait été facile, elle n'allait pas lui rappeler qu'elle n'avait plus grand monde avec qui garder contact, pour ne pas dire personne. Les parents d'Elias prenaient des nouvelles lorsqu'ils écrivaient à leur fils, mais ça ne serait plus le cas, car elle avait réussi à retourner même l'être qui lui était le plus cher au monde contre elle. Si les choses avaient été différentes cet été, elle aurait sûrement choisi une chouette, et elle pouvait tout à fait comprendre la symbolique du geste. La liberté de communication, c'était quelque chose dont Poudlard avait été dépourvu pendant deux ans. Mais en ce qui la concernait, elle n'avait plus de raison de marquer le coup, et elle n'avait jamais eu de chouette ni d'autre animal avant, alors ça ne lui était tout simplement même pas passé par l'esprit. À la place, elle s'était procuré un balai, et elle ne regrettait pas, surtout au vu de la sensatione extraordinaire qu'elle éprouvait lorsqu'elle l'enfourchait et s'envolait vers le ciel. Elle disait qu'elle n'aimait pas l'idée de posséder un animal, qu'elle les préférait en liberté. Elle disait qu'elle n'avait pas besoin de psy, et elle n'aimait pas s'apitoyer sur son sort et encore moins que d'autres s'apitoient dessus. Elle fuyait à la pensée même de raconter ses problèmes à quelqu'un. Elle disait que si elle avait besoin de s'exprimer, elle pouvait le faire à travers la musique, la déforestation ou le Quidditch. Mais peut-être qu'elle ne cherchait au fond rien d'autre que de pouvoir parler comme on lui avait si souvent parlé, d'être écoutée comme elle avait si souvent écouté. D'être comprise, d'être poussée, tirée, soutenue. Et peut-être que tout ça ne dépendait au fond que d'elle, et de sa capacité à accepter d'être soutenue, tirée, poussée, écoutée et entendue. Allez savoir. Les pensées commencèrent à se bousculer dans sa tête. Tout était trop compliqué. Heureusement, Jeroen reprit la parole et elle chassa ses doutes pour se concentrer sur ce qu'il disait.

« Les animaux en liberté, c’est différent. C’est beaucoup plus beau, quelque part, mais avoir un rapport avec eux peut s’avérer difficile. Slight est relativement sauvage mais elle s’est tout de suite approchée de moi. En fait, elle me permet de lui demander des services et non l’inverse… Je trouve ça intéressant comme relation. On ne sait jamais trop qui mène et qui suit… »

Un rapport avec les animaux. C'était vrai que de ce point de vue là, les animaux de compagnie étaient plus pratiques, plus intéressants. Affirmer qu'elle n'avait jamais rêvé d'avoir un animal aurait été mentir. Comme tous les enfants, elle avait voulu avoir un toutou. Soit un chaton, ou alors un lapin, un truc doux quoi, un truc de quoi s'occuper, avec qui papoter, partager des secrets. Un petit bichon rien qu'à elle, qu'elle verrait grandir, et dont elle pourrait être fière. C'était le stéréotypes des idées d'enfants qui voulaient un animal. Et maintenant ? Non, vraiment, elle n'arrivait même plus à s'imaginer avec un animal de compagnie. Elle n'en avait pas réellement besoin. Elle n'avait besoin de pas grand chose en réalité, elle n'avait jamais été très exigeante, du point de vue matérialiste du moins. Mais, encore une fois, elle pouvait tout à fait comprendre l'avis de Jeroen.

« Qui mène et qui suit. J'avoue que des fois, on peut se demander c'est qui le maître. Mais si c'est comme tu dis... il n'y a pas de vrai maître, vous êtes plutôt amis qu'autre chose, avec Slight, non ? Complices. En tout cas, elle est vraiment trop mignonne ! »

Et à le voir la caresser sur le ventre comme il était en train de le faire, elle se sentait remplie de bonheur, et son sourire s'étira.

« Et puis je n’ai pas de musique, moi, et je ne détruis pas les arbres de la Forêt Interdite. Je compense en faisant ami-ami avec toutes les bestioles qui passent et qui veulent bien de moi sur leur territoire. Chacun son truc. Quant au Quidditch… ça défoule, mais je n’arriverais pas à m’en suffire. Impatiente que la saison commence, alors ? »

Et il s'étira encore plus. Oui oui, c'était possible. Parler de la saison de Quidditch qui approchait, il n'y avait rien de tel pour lui faire dévoiler ses dents et pour faire pétiller ses yeux.

« Oh que oui, t'imagines même pas à quel point j'ai hâte. J'me suis acheté un nouveau balai cet été, moi. Je l'ai testé ce matin, il est génial. Je pense que si j'étais pas batteuse, j'aurais volontiers fait attrapeuse, rien que pour la vitesse. Voler, c'est un peu comme skier, mais en version sorcière. Ça fait longtemps que j'en ai pas fait, du ski, et je sais pas si j'en serais encore capable, mais je me souviens que j'adorais ça quand on partait en vacances d'hiver avec mes parents et mon frère. »

Et cette fois, il n'y avait aucune amertume, aucune tristesse, ni aucune mélancolie dans sa voix. Elle évoquait son passé de la même manière qu'elle l'aurait fait s'ils avaient encore été en vie, tous autant qu'ils étaient. Et elle était contente de voir qu'elle en était capable. Elle n'avait certes pas encore tout à fait accepté le fait qu'elle soit orpheline, et la preuve en était son pétage de câble de tout à l'heure, mais elle était sur la bonne voie, et bientôt, elle pourrait en parler comme d'une partie intégrante de soi.

« Les plaisirs de la vie moldue me manquent souvent, depuis que je suis arrivée à Poudlard. C'est pour ça que j'aime bien juste me promener, et observer. Pour l'arbre de tout à l'heure, c'était le premier et j'espère bien que ça sera le dernier, en général c'est pas trop mon truc de m'en prendre à la nature. Je viendrai en replanter un, un jour. Là, je pense que... je pense que je vais y aller. C'était cool de te reparler. »

Elle se releva alors, après avoir gratouillé une dernière fois la minuscule chouette chevêche.

« Et merci, au fait ! »

Merci pour le partage de chouette, merci pour la séance psy, et surtout, merci de m'avoir rassurée, tout au début, quand je suis venue te demander si tu nous avais trahis.

Quelques instants plus tard, la jeune femme avait à nouveau enfourché son nouveau balai, et, comme à l'aube, arpentait le ciel, le vent frais lui fouettant le visage, faisant voler ses cheveux derrière elle et l'obligeant à plisser les yeux et à tirer une légère grimace. Heureuse, comme à chaque fois qu'elle avait l'occasion de contempler la nature de quelle manière que ce soit, mais néanmoins, deux-trois larmes avaient coulé sur ses joues.

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